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La chronique de GUILLAUME MACAIRE : les champions, les infirmes, les sauteurs

19/05/2015 - Grands destins
Le meilleur entraineur d'obstacle en France depuis 10 ans, qui aligne les titres de champion de la discipline avec des scores parfois doubles à ceux de ses dauphins, Guillaume Macaire a des idées et aiment à les exprimer. Ainsi, et c'est un honneur pour nous tous, il reprend sur France Sire ses célèbres chroniques. Dans la foulée du Grand Steeple, gagné par un fils de son ancien pensionnaire Kapgarde, il attaque son sujet favori, la race du sauteur et sa création aussi empirique qu'efficace !
Sport illégitime ou sport à part entière ?
par Guillaume MACAIRE
 
Dans l'histoire des courses au galop, le plat a toujours été considéré comme le sport des rois, le pur-sang y faisait apanage de toute sa classe tandis que les courses à obstacles fournissaient un débouché aux animaux à la qualité insuffisante. À la fin du XIXème siècle, les allocations de plus en plus attractives allouées par la société des steeple-chases de France motivèrent les entourages de ces chevaux de qualité médiocre à les orienter vers le steeple-chasing.
 
D'abord ce sport nouveau s'était développé surtout grâce à l'armée française. En temps de paix, il fallait bien occuper la troupe. Le commandement ayant jugé "que les courses militaires développent dans l'armée la hardiesse, le sang froid, le gout du risque, le mépris du danger, l'ardeur à la lutte" favorisa sa pratique car "les courses constituent le sport parfait du cavalier et il convient d'en encourager la pratique dans les limites que comportent les exigences du service". Dès lors, il fut de bon ton pour les officiers de se mettre en danger sur les obstacles de steeple-chase, pour ne se voir toutefois récompensés à l'issue d'une victoire que d'un objet d'art ou d'utilité militaire. Les amateurs emboitèrent le pas alors que les jockeys professionnels ne représentaient que la moitié des cavaliers se produisant sur les "bouts de bois".
 

Parti sur ces bases, le sport illégitime évoluera piano mais sano tout au long du XXème siècle et sera de moins en moins considéré comme un art mineur. Il reste cependant qu'à cette époque et jusque dans les années 70, on n'élevait pas pour l'obstacle... C'est toujours parce que son élève n'était pas assez bon, pour employer un euphémisme, que l'éleveur le voyait "devenir" cheval d'obstacle.

O tempora, o mores, les choses ont changé en effet, aujourd'hui le cheval d'obstacle constitue une race à part entière. On croise, on fait naître, on élève pour débuter directement en obstacle et y faire carrière, ou pour vendre aux mêmes fins et ce dès le plus jeune âge parfois. C'est au début l'AQPS qui a initié ce changement, puis le pur-sang "diesel" mais ayant conservé une vraie locomotion est venu grossir les rangs.

Cette "race" de chevaux d'obstacles a fait ses preuves et les "french bred sont tellement appréciés outre-manche, et le nombre de chevaux exportés est si important que cette situation salvatrice au début risque de mettre à présent en difficulté "cet" élevage et donc, à terme nos course qui se dépeuplent déjà...

Il y a encore 50 ans, la spéculation sur l'élevage et les étalons n'était pas la même, plus exactement elle n'existait qu'à peine. De fait aujourd'hui, il y a 3 races de coursiers:

  • La race avec laquelle on fait des champions "made in Coolmore ou Darley" réservée aux grands de ce monde, qui pourrait assurément faire de grands reproducteurs en obstacles mais dont le cout annihile toute velléité de fabrication pour une filière purement obstacle.
     
  • La race des infirmes pour PSF, une sous-race constituée récemment aussi celle-là, matinée d'imports outre-Atlantique. Bref, des animaux impropres à sauter des obstacles.
     
  • La race des chevaux avec une vraie locomotion, celle des seuls chevaux "utilisables" sur les obstacles, même s'il reste toujours des exceptions.
C'est ainsi que l'on peux expliquer la réussite comme étalons de mes anciens élèves qu'il s'agisse de Saint des Saints, de Robin des Champs pour citer d'abord ceux qui ont été tête de liste car les Kapgarde, ou autre Balko ont laissé des traces aussi. Et pour coller à l'actualité, les géniteurs des vainqueurs des deux derniers Grand Steeple-chase de Paris viennent ici magnifiquement étayer mes propos. Pourtant, ces étalons là n'auraient pas eu voix au chapitre il y a une trentaine d'années. Il était alors impensable de donner crédit à un étalon n'ayant jamais paru en plat, la qualité pour beaucoup ne pouvant venir que du sport des rois. C'était oublier que l'aptitude au saut, quand les "rues sont barrées", est indispensable!
 
Père de Milord Thomas, Kapgarde a fait une grande carrière à Auteuil sous l'entrainement de Guillaume Macaire. (PHOTOS APRH)
 
 
Tout comme il faut un tracteur pour labourer son champ mais une voiture pour aller faire ses courses au supermarché! Il s'est donc, par la force des choses, et par la volonté de quelques uns, crée une race dédiée aux courses à obstacles, les étalons performants en plat et génétiquement "non-tarant" se comptant sur les doigts d'une main quand, ils n'étaient pas inaccessibles financièrement parlant. S'ils furent critiqués au début, ceux qui le firent sont bien contents aujourd'hui de pouvoir utiliser leurs services. Ils permettent de surcroit d'être croisés aussi avec des juments qui auraient plutôt fait carrière en plat mais dont les pedigrees et les modèles ne leur interdisent pas de produire pour l'obstacle, permettant ainsi de maintenir en nombre suffisant un cheptel qui a tendance à s'étioler.
 
Le conditionnel reste toutefois à utiliser quand à la suite des évènements... L'excès, c'est bien connu, est nuisible en toute chose, aussi on peut craindre que la surexploitation du système commercial via l'export outrancier vers les iles britanniques finisse par le détruire, car je vois de plus en plus de femelles traverser le channel, pas seulement pour courir.
Ne voyez là qu'un reflexe anticipateur, une réflexion, afin de protéger et d'entretenir notre patrimoine le plus longtemps possible.