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Black Sea, un parfum de Jockey Club

26/03/2016 - Grands destins
Le fils de Dubai Destination aurait déjà dû être gagnant de «black-type» lors de son succès dans le Prix Policeman, mais le rating de la course cagnoise étant trop faible, elle venait tout juste d’être rétrogradée «A». Avec des «si».......Sur la Riviera, il faisait encore partie de l’effectif d’Elie Lellouche. Par Xavier BOUGON.

Black Sea et Anthony Crastus triomphent dans le Prix François Mathet 2016, l'une des premières étapes au Prix du Jockey-Club ©APRH

 

Black Sea, trois hommes et un poulain

Depuis une dizaine d’années, les gagnants du Prix François Mathet (l’ex Prix de Courcelles), sont de bonne facture. Cette Listed ne réunit, en général, que peu de partants. Cette année ne déroge pas à la tradition puisque seulement cinq concurrents étaient au départ. Mais, il y a du beau monde : le gagnant du Prix Policeman, un rentrant de chez Rothschild-Fabre (placé de «B» à Chantilly), un rentrant mansonnien de chez « maître » Gallorini (gagnant d’une « B » à Saint-Cloud) et le vainqueur du semi-classique du sud-ouest (une ancienne Poule), le Prix des Landes à Mont de Marsan.

 

C’est justement de la capitale des Landes qu’aurait dû venir, Black Sea, le top-price des ventes de Deauville puisqu’il avait été acheté par un montois, Antoine de Watrigant pour Gérard Laboureau qui avait signé le bon à hauteur de 90.000 € à la V2 du mois d’août.

 

L’entraineur de Gailo Chop fait le « boulot » propre à un yearling qui profite de l’hiver clément du sud-ouest pour s’étoffer. Le printemps arrive, il fait meilleur dans l’Oise et c’est ainsi, qu’au mois de mai, son entourage décide de lui faire changer d’air. Il débarque la semaine précédant le Prix du Jockey Club dans la cour d’Elie Lellouche à Lamorlaye.

 

Le nouvel entraineur de Black Sea Nicolas Caullery, au centre, et le propriétaire du poulain Gérard Laboureau à droite ©APRH

 

 

Lamorlaye, Cagnes, Lamorlaye

Il débute, dès son premier engagement, dans le Prix de Montaigu sur le gazon de Deauville sur 1.600 mètres réservé aux inédits. Le gagnant n’est autre que Cloth of Stars, le fils de Sea The Stars. Payé 400.000 Guinées, il va enlever ensuite le Prix des Chênes et finir aux basques de Robin of Navan dans le Prix de Condé et dans le Critérium de Saint-Cloud.

Après deux podiums en septembre et octobre à Saint-Cloud et Maisons-Laffitte, toujours sur 1.600 m., Black Sea perd son statut de maiden sur la PSF de Chantilly.

Juste après Noël à Deauville, il n’est devancé que par Dicton et Toliman. Les deux représentants du chinois Robert NG (managé en France par Rupert Pritchard-Gordon), viennent de remporter le Prix Omnium II et le Prix Monténica.

Direction la Riviera où il ne peut contrer le « Rouget », Hurricane (futur vainqueur de « la Californie » sur 1.600 m.) avant de se promener dans le Prix Policeman (2.000 mètres), encore sous la coupe d’Elie Lellouche.

Début mars, le poulain change, une fois encore, d’air quoiqu’il demeure toujours à Lamorlaye mais chez Nicolas Caullery. En route donc pour le Prix du Jockey Club. C’était, non pas trois hommes et un couffin, mais trois hommes et un poulain.

 

Black Sea yearling lors de sa vente à Deauville ©APRH

 

 

Né en France pour un éleveur sans sol

Pour en revenir à ses débuts, le poulain est donc présenté, yearling, à la V2 de Deauville. Il est né au Haras de la Perrigne, chez Jean-Hughes de Chevigny (situé près de St Corneille dans la Sarthe), pour le compte d’un propriétaire anglais, Cyril Humphris qui avait déjà fait naître, dans les mêmes pâturages, le premier produit de sa mère, Goleta (Royal Applause), une pouliche sprinteuse, Dibajj (Iffraaj). Cette dernière, présentée par le Haras de la Reboursière, avait été adjugée yearling lors du premier jour de la session d’août 2011 à Deauville pour 57.000 €.

 

La carrière de Dibajj avait débuté chez Christophe Ferland et poursuivie chez Alain de Royer Dupré. Lors de ses premiers pas sur la piste, elle avait terminé juste devant sa compagne d’écurie, une certaine Chalnetta. Ensuite, en pension à Chantilly, elle a enlevé, à Longchamp, le Prix du Petit-Couvert (Gr.3), non sans mal puisqu’elle doit partager la victoire. Elle est également gagnante du Prix Servanne (L.) mais a dû se contenter de la place de seconde dauphine dans le Prix du Gros-Chêne (Gr.2) de Rangali et de Catcall et du Prix de Meautry (Gr.3) de Myasun.

Après une carrière forte honorable, Dibajj va, en décembre 2014, fouler une seconde fois les rings de ventes, celui de Newmarket où son propriétaire en voulait plus que les 240.000 Guinées proposées.

Après Dibajj, Goleta mettra au monde une pouliche de Sulamani, nommée Isla Vista. Malgré des débuts encourageants ponctués par trois places de première dauphine, elle restera maiden. Isla Vista vient de donner naissance, toujours au Haras de la Perrigne, à une pouliche de Rio de la Plata.

 

Le troisième produit, Galvez (Orpen), à l’entrainement chez Christophe Ferland, a ouvert son palmarès à Longchamp sur 2.000 m. puis s’est classé second d’une « A » toujours à Longchamp en juin dernier. Black Sea est le quatrième produit et donc le troisième vainqueur de la fratrie.

La sœur cadette âgée de deux ans, nommée Gaviota (Rio de la Plata), n’a pas trouvé preneur aux ventes de Deauville. Elle est retirée après une dernière enchère à 82.000 €. Elle est déclarée à l’entrainement chez Freddy Head pour le compte de son éleveur anglais. La yearling est une propre sœur de Dibajj.


Dibajj, la soeur ainée de Black Sea ©APRH

 

 

Pleine d’Anabaa, la sprinteuse Wardara gagne sa Listed

Goleta, donc la mère de Black Sea et de Dibajj, est restée maiden sur la piste après deux sorties à 3 ans ponctuées par deux allocations à Maisons-Laffitte sur 1.400 et 1.200 mètres pour les couleurs de son éleveur et sous la coupe de Jonathan Pease.

Goleta a été élevée par notre anglais après l’achat de sa mère, Wardara, une fille de Sharpo (Sharpen Up), gagnant, pour l’entrainement de Jeremy Tree, du Prix de l’Abbaye de Longchamp et de la July Cup 1982, du William Hill Sprint Championship (les futurs Nunthorpe St.) (Gr.2) à deux reprises et deux fois second de l’Abbaye en 1980 et 1981.

 

Wardara est venue grossir l’effectif de la casaque rayée vert et marron (celle de Cyril Humphris) durant l’hiver 96-97 après une carrière anglaise plutôt quelconque malgré ses six victoires sur le sprint, alternant les handicaps et les réclamers. Son entourage a, malgré tout, des ambitions, puisqu’il la fait participer aux épreuves de sprint italien, le Premio Bagutta et le Premio Umbria ; sans résultat.

Elle débarque en décembre à Deauville chez François Bellenger qui va lui faire débuter une carrière française à Argentan début mars sur 1.300 mètres. Bingo, elle devance l’opposition mais sera distancée pour ne pas avoir porté le poids.

Ce n’est que partie remise et à partir de sa seconde sortie, elle ne connaîtra plus que les courses principales : par ordre chronologique, seconde du Prix Cor de Chasse (L.), 3ème du Prix de Saint-Georges (Gr.3), seconde du Prix du Gros-Chêne (Gr.2), gagnante du Prix Hampton (L.), 4ème du Prix du Petit-Couvert (Gr.3).

Pour sa rentrée à 6 ans, le 24 mars, elle devance l’opposition dans le Prix Cor de Chasse (L.) alors qu’elle est pleine d’un certain sprinter, Anabaa. Le 10 mai, elle doit se contenter du pied du podium du Prix de Saint-Georges (Gr.3), un podium occupé par Sainte Marine et Pas de Réponse et le 30 mai, elle quitte la scène sur une 6ème place dans le Prix du Gros-Chêne (Gr.2) de Sainte Marine. Direction le haras.

 

Jean-Hughes de Chevigny du Haras de la Perrigne où ont été élevés Black Sea et Dibajj

 

 

Wardara, la mère de Chineur

Après une carrière bien remplie sur la piste et bonifiée avec l’âge, Wardara prendra la direction de Mandeville en Bessin chez Alec Waugh, propriétaire de Jedburgh Stud où elle va donner naissance à un poulain, nommé Dark Charm. Il sera vendu dès le mois de décembre à Newmarket, 27.000 Guinées à Jeffrey-Colin Smith (Littleton Stud). Il s’imposera sur les hippodromes anglais sur toutes les distances y compris celle de 2.000 mètres.

Un an après, au mois de janvier, va naître une pouliche d’Acatenango, nommée Acola. Il n’y a rien à relater sur ses performances sur la piste mais au haras, elle va tout de même donner naissance à trois futurs vainqueurs tous nés à Jedburgh Stud pour le propriétaire des lieux, associé à Cyril Humphris.

 

Chineur

 

 

Chineur, un vrai sprinter

Wardara va pouliner en avril d’un foal, issu de la première production de Fasliyev (Nureyev), un gagnant du Prix Morny. Il sera vendu yearling à l’Agence FIPS pour la marquise de Moratalla, 63.000 €. Il va s’appeler Chineur.

A l’entrainement chez Mikel Delzangles, il débute second du Prix Yacowlef (L.) puis 3ème du Prix Eclipse (Gr.3) et ouvre son palmarès dans le Critérium de Vitesse (L.). Il termine sa saison sur une seconde place dans le Critérium de Maisons-Laffitte (Gr.2) de Whipper et une victoire dans le Prix Saraca (L.). A 3 et 4 ans, il passe la vitesse supérieure en enlevant pas moins de six courses principales dont les King’s Stand St. (Gr.2, couru cette année-là à York), le Prix de Saint-Georges (Gr.3), Hampton (L.) et Cor de Chasse (L.). Il finira sa carrière pour la « Marquise » sur une 4ème place dans le Prix de l’Abbaye de Longchamp. Il débutera sa carrière d’étalon en Irlande puis au Haras des Granges et enfin retournera sur la terre de ses débuts.

 

Après la naissance de Chineur vient celle de Farnesina (Anabaa). Pour les couleurs de son éleveur et l’entrainement d’Eric Danel, elle va remporter quatre modestes épreuves toujours sur les distances frisant avec le sprint mais finissant à plusieurs reprises au pied du podium des Listed. Elle donnera naissance à une «black-type» atypique, nommée Iffranesia. Cette fille d’Iffraaj sera vendue aux ventes d’automne de Deauville à la fin de son année de 2 ans, encore inédite. Elle part pour 2.500 € à destination des effectifs d’un permis d’entrainer des Côtes d’Armor, Jean-Pierre Domalain. Impossible de lui faire gagner le moindre euro sur n’importe quelle distance (de 1.500 à 2.600 m.) à Morlaix, à Tours ou à Guerlesquin à l’exception d’une troisième place à Niort dans une course à réclamer sur 1.500 m. en septembre. Cyril Humphris récupère la pouliche pour 9.321 € et part pour l’Angleterre chez Robert Cowell. Plus à l’aise sur le sprint, elle va s’imposer dès son arrivée et compte désormais sept victoires outre-manche. Elle reviendra même nous narguer deux fois à Chantilly pour enlever le Prix de Bonneval (L.) en octobre dernier après avoir été second de Son Cesio dans le Prix Hampton (L.).

 

 

Cyril Humphris, un collectionneur d’œuvre d’art, mondialement connu et reconnu

Né en 1932 à Bromley, près de Londres, Cyril Humphris a vécu avec ses frères dans un village du comté de Kent, Halling, un nom qui aura une incidence sur la nomination d’un de ses élèves. Il quitte l’école à 15 ans et s’engage dans l’armée à 17 ans pour deux ans. En 1952, il fait ses classes dans l’école de l’art et des antiquités sous la coupe d’un célèbre marchant d’art de Londres, Alfred Spero.

Il est, depuis, reconnu dans le monde entier pour ses collections, ses achats et ses ventes principalement de majoliques (faïences) italiennes de la Renaissance. Il est devenu un expert de la sculpture de cette époque.

Il « intègre » le monde du cheval en achetant sa première pouliche en 1970 avec l’idée de faire de l’élevage. Néanmoins, le néophyte loupe quelques bonnes affaires.


 

Une gagnante des Oaks pour 2.000 Guinées

En 1970, un ami veut faire acheter à Cyril Humphris une pouliche yearling à Newmarket. A 1.300 Guinées, la dernière enchère, la pouliche s’en retourne dans le box alloué à son éleveur, Lord Suffolk qui en voulait 2.500 Gns. Elle sera, dans le cadre des ventes, négociée ensuite à l’amiable pour 2.000 Guinées et repartira grossir les effectifs de Charles St George, associé à Peter Richards. C.A.B. St George est un habitué des bonnes affaires puisque, quatre ans plus tôt, il avait acheté pour la même somme, un certain Lorenzaccio (Champion St., Prix Jean Prat, 2ème Prix Morny puis étalon).

La yearling s’appellera Ginevra et gagnera les Oaks devant la française Regal Exception avant de prendre la 3ème place des Yorkshire Oaks et du St Leger de Doncaster. Ginevra sera vendue ensuite au Japon.

 

 

La sœur de Blinis

A défaut, il s’associe avec Paddy Prendergast sur l’achat d’une pouliche en provenance du Haras d’Etreham, nommée Crêperie (Dapper Dan), la demi-sœur cadette de Pithiviers (Traffic II) et d’un certain Blinis (Cambremont), acheté l’année précédente par Omar Sharif pour 165.000 F.

C’est à l’occasion de cet achat qu’il fera la connaissance de Roland de Chambure et d’Alec Head avec qui il tisse des liens d’amitiés. Cyril utilisera même les étalons de la cour tels que Luthier, Lyphard ou Green Dancer à des prix abordables.

 

Crêperie ira rejoindre l’écurie de Barry Hills qui réussit à lui faire prendre une 4ème place en débutant à Ascot en octobre à 2 ans. Victime d’une fracture du bassin à 3 ans, elle rejoindra le haras où elle deviendra l’une de premières poulinières de Cyril Humphris, mais sans résultat notoire.

 

Halling

 

 

Eleveur de Halling

Quelques années plus tard, en 1975, Cyril achète pour 560 Guinées irlandaises une pouliche nommée Never a Lady (Pontifex), élevée en Irlande par la famille McCalmont. Après trois succès à 2 ans en Irlande, lui et son associé, l’a revendent pour 25.000 Guinées. A 3 ans, elle ne fait rien de notoire pour son nouvel entourage. Elle revient sur le devant de la scène en gagnant à 4 ans à Kempton et en accrochant une seconde place dans les John of Gaunt St. (L.) de Persian Bold. Cyril l’a rachète pour 43.000 Guinées.

Quelques années plus tard, Never a Lady va à la rencontre de Green Dancer qui lui donnera une pouliche nommée Dance Machine.

 

A l’entrainement chez John Dunlop, Dance Machine s’adjuge les Sweet Solera St. (L.) à Newmarket. En France, elle termine au pied du podium du Prix de la Nonette (Gr.3) de Fitnah et de La Koumia.

Cyril a un penchant pour les fils de Sharpen Up. Après Sharpo (père de Wardara et de son bon achat, Lavinia Fontana), il utilise les services du meilleur de ses fils, Diesis pour sa jument Dance Machine. Le produit à naître sera, sans conteste, le meilleur produit de sa mère. Né dans le Kentucky, il est nommé Halling, (comme son village de son enfance). Elevé donc par Cyril Humphris, il a rejoint l’effectif de Godolphin sans pour autant avoir été présenté en ventes publiques. Après des débuts modestes, le fils de Diesis va se révéler être le meilleur cheval européen sur 10 furlongs : International S. (2 fois), Eclipse S.(2 fois), Prix d’Ispahan (1.850 m.). Halling est mort en février dernier.

Quant à Dance Machine, elle est morte en mettant au monde un foal de Kris en 1996 qui lui aussi n’a pas survécu.

 

 

Lavinia Fontana, encore une sprinteuse

Cyril va acheter encore une fille de Sharpo qu’il nommera Lavinia Fontana. Elle va gagner la Sprint Cup (Gr.1) à Haydock, les Premio Chiusura (Gr.3 - 2 fois) et Umbria (Gr.3), le Prix du Petit-Couvert (Gr.3). Elle est également à l’arrivée des Goldene Peitsche (Gr.2), du Premio Emilio Turati (Gr.2) et du Prix Maurice de Gheest (Gr.2 à l’époque). Sa carrière de poulinière n’a rien de comparable avec celle sur la piste.

 

En conclusion, il est amusant de constater que la grande majorité des élèves, élevés ou achetés, de Cyril Humphris ont des prédispositions pour la vitesse. Black Sea serait-il l’exception.