Les Doumen, une histoire africaine

11/08/2017 - Grands destins
 A 77 ans, François Doumen vient d'annoncer qu'il mettait un terme à une carrière d'entraineur exceptionnellement riche tant en plat qu'en obstacle. Pionnier des voyages sur les obstace anglais ou aux milliards asiatiques, il a débuté...dans le prêt à porter en Afrique du Sud. Xavier Bougon revient ainsi sur ses 1e années.


François et Elizabeth Doumen avec Gérald Mossé, leur jockey fétiche.

 

 Lorsqu'il a remporté sa 1e édition des King George en 1987 avec Nupsala, au dépend de la légende vivante Desert Orchid sur le steeple-chase de Kempton Park, François Doumen a crée une onde de choc en Angletere telle qu'elle a déclenché le fantastique marche de l'obstacle te de l'AQPS qu'on connait aujourd'hui. A titre personnel, évidemment, il entrait d'un seul coup avec cet exploit dans le cercle des entraineurs qui auront marqué l'histoire. Il enfoncera le clou...Pendant une 20aine d'années ensuite, à la tête d'armée de sauteurs internationaux, avec notamment les "mousquetaires" AQPS Ubu III, Ucello II et The Fellow, puis First Gold et des 10aines d'autres vedettes, il dominera la scène européenne, d'Auteuil à Cheltenham.

 


Revoir la victoire de Nupsala à 25/1 dans le King George 1987, monté par André Pommier.



Mais il n'aura de cesse de se battre pour ne pas se faire coller une étiquette obstacle uniquement. D'ailleurs, il sera également précurseur dans les aventures exotiques mais aussi millionnaires. Tout d'abord avec son cher Double Bed, dès 1988 aux Etats-Unis. Puis avec son crack globe trotter Jim and Tonic, également son élève et fils de Double Bed, il a décroché la gloire et la fortune tant à Hong Kong qu'à Dubaï. François Doumen a remporté son dernier Gr.1 en 2012, dans la même veine étrangère, à l'occasion des EP Taylor Stakes au Canada avec Siyouma, une soeur de Siyouni judicieusement achetée en décembre de ses 3 ans à Deauville, en 2011. Siyouma était alors monté par Gérald Mossé, le pilote de Jim and Tonic et finalement le jockey des plus grands succès de Doumen en plat. D'ailleurs, Le jockey d'aujourd'hui 50 ans aura monté le dernier gagnant de François Doumen, Capital Flight, début aout 2016 à Deauville.

 
 
Les débuts des époux Doumen
 
Né dans la Vienne, François Doumen (en photo ci-contre avec son épouse Elizabeth) débute dans le métier comme gentleman-rider (250 montes environ en plat) tout en étant assistant de son père, Jean, entraîneur à Maisons-Laffitte depuis 1926.
 
Par volonté d’indépendance, François Doumen et sa petite valise, à moitié vide, part en Afrique du Sud chez des amis. Il crée une affaire de prêt-à-porter et découvre la passion de la planche à voile et du polo. C’est au Club d’Inanda, au cours d’un tournoi de polo à Johannesburg, qu’il rencontre la fille d’un commissaire de courses, Elizabeth Krause (alors âgée de 19 ans) qui «était née à cheval».

Trois ans plus tard, c’est le coup de foudre. Rédactrice en chef d’Habitat, Elizabeth et François se diront «oui» en novembre 1974 et de leur union, naîtra en Afrique du Sud (à Sandton, près de Johannesburg) leur premier fils, Xavier.

En 1977, Jean Doumen connaît quelques problèmes de santé. François abandonne maillets, dérives, fringues et soleil et revient en France afin d’épauler son père qui mettra un terme à sa carrière peu de temps après. François obtient sa licence d’entraineur et en 1979, il déménage à Chantilly et s’installe dans une écurie louée à Léon Flavien : « L’étiquette de Chantilly a beaucoup d’importance auprès des étrangers et de ce fait, la vie y est plus internationale. »
 
Il «sort» en 1983, une bonne pouliche, propriété de son éleveur Louis Sayer (qui avait créé de toutes pièces, en 1972, un haras moderne, La Huderie), Lady Eglantine (Lightning), qui, malgré une fracture du paturon, se classera 4ème du Prix Pénélope derrière Smuggly, Escaline et Alexandrie (excusez du peu !). Pour l’anecdote, Lady Eglantine, donnera naissance à, entre autres, Miss Brésil...
François a goûté au «classique» et il en redemande : on connaît la suite.
 
Notes :
 
François Doumen prendra le risque d’acheter, sans client, un yearling 176.000 F. à Deauville (compte tenu de son papier, je ne l’ai pas payé très cher, mais la raison est d’être né tard, le 3 juin). Ce yearling, Double Bed, sera son premier partant dans un Gr. 1 (1er juin 1986 à Longchamp), le Prix Jean Prat, en l’occurrence, dont il terminera 4ème tout près de du trio de tête composé de Magical Wonder, Highest Honor et Art Français.
 
Gagnant de Gr. 1 aux USA, de Gr. 2 en France, second des Irish Champion St. de Park Express, devant Triptych) et placé de Gr. 1 en France pour le compte de Ronald Reeves, le fils de Be My Guest entrera au haras et fera le bonheur des poulinières de la famille Doumen, entre autres.
 
Au moment de son retour d’Afrique du Sud, son père possédait encore quelques bons chevaux dont les deux frères Nucladeno (Prix Maurice Gillois) et Nourylande, propriété de Monsieur et Madame Jacques Martinet, co-élevés par Jean Doumen
 
 
 
 
Tout commença avec Jimka et Tripolizza
 
A peine sa licence en poche, François Doumen fait son marché à Deauville et achète, pour ses premiers propriétaires, de jeunes chevaux dont des yearlings.
En août 1977, il se fait adjuger une pouliche d’Abdos, élevée par Patrick Champion et Jean Geslain, pour 44.000 F., une ancienne origine Boussac.
En août 1979, il remporte les enchères pour une fille de Jim French, élevée par Roger Besnouin au Haras de Grand’Cour, pour 32.000 F.
Les deux pouliches porteront la casaque d’une jeune propriétaire anglaise, Mlle Denela Platt (Noire, croix de Saint-André verte, toque écartelée vert et noir)
La première s’appellera Tripolizza (gagnante à 2 ans à Deauville du Prix de la Potinière) et la la seconde, Jimka(gagnante de sept handicaps sur les hippodromes parisiens).
Elles deviendront toutes les deux juments souches des éleveurs sans sol que sont les Doumen.
 
Le couple cantilien débute l’élevage dans les années 80 avec des juments mises en pension, soit au Haras de Grand’Cour soit au Haras de Victot, entre autres.
Les premiers produits de Tripolizza dont Gai Lizza (1982), sont élevés par l’association, Roger Besnouin et Elizabeth Doumen, ceux de Jimka naissent pour l’association Doumen-Mlle Denela Platt.
 
Gai Lizza (Gairloch) deviendra la mère de L’Année Folle (1993), de Rajpoute (1994), de Marital Bliss (1995), tous nés des amours de Double Bed. Marital Bliss mettra au monde en 2002 le fils de Kahyasi, Kasbah Bliss,et l’année suivante Xanadu Bliss (dont est issue, la gagnante du jour, Xcellence). Xanadu Bliss n’est, à l’heure actuelle, que la seule femelle de sa production.
 
Jimka mettra au monde le futur globe-trotter, Jim and Tonic (Double Bed) et sa propre sœur, Jimkana (qui une fois vendue donnera naissance à Petit Calva et Mauralakana).
 
Au fil des années et à la faveur de l’avènement de l’étalon Double Bed, les Doumen éprouvent le besoin de voler de leurs propres ailes, en un mot d’élever sur leurs propres terres.
 
Le Haras d’Ecouves et de Guébriant
 
Le Haras d’Ecouves débuta en 1990, à Cuissai (près d’Alençon), sur une ancienne ferme, où la superficie ne tarde pas à manquer. Faute de pouvoir acheter les terres avoisinantes, les époux Doumen se voient contraint de louer des terres chez Jean-Pierre Dubois.
 
Très vite, l’élevage Doumen (sous l’entité SARL Nupsala, du nom d’un champion AQPS sur le steeple vainqueur classique chez les british et second de Katko dans le Grand-Steeple de Paris) déménage au Guébriant, au lieu-dit Le Gué sur la commune de Boucé (Orne), toujours en bordure de la forêt d’Ecouves mais sur l’autre versant. Longtemps, le Haras de Guébriant fut la propriété du grand professionnel du trot, Pierre-Désiré Allaire, qui s’y était fixé sur les conseils de son associé, le Comte Pierre de Montesson, auquel la qualité des terres, arrosées par la Cance, n’avait pas échappé et dont le propre haras est d’ailleurs tout proche.
Aujourd’hui Guébriant est devenu Ecouves et les Doumen y ont, à la fois, leur centre d’entrainement (2 pistes en sable, l’une en ligne droite montante de 1.600 m. et l’autre en anneau de 1.000 m. avec un ruisseau en son milieu) et leur élevage, le tout s’étendant sur une centaine d’hectares de terres sur lesquelles une vingtaine de poulinières ont pris pension (dont la mère de Top TripTopka, issue d’une grand-mère achetée yearling à Newmarket).
 
Notes de la famille d’Xcellence
 
Kasbah Bliss n’est plus à présenter tant les aficionados l’on vu et revu sur les pistes plates et d’obstacles engrangeant pas moins d’1,3 M € de 2 à 11 ans, avec comme point d’orgue en plat, le Prix du Cadran 2011.
 
Rajpoute est vainqueur des Prix Niel et Guillaume d’Ornano pour les couleurs de John-David Martin qui l’a ensuite vendu aux USA. De retour en France, il décède rapidement après deux saisons au Haras de Mortrée.
 
L’Année Folle, gagnante du Prix Minerve et 3ème des E.P. Taylor S. (Gr.2 à l’époque) derrière Mousse Glacée, mettra au monde Spectrofolle (Spectrum) pour l’association Doumen-M. Somerset-Leeke. Seconde du Prix de la Nonette, elle sera ensuite vendue au Qatar.
 
Marital Bliss, restera maiden sur la piste, non sans avoir pris quelques places dans des handicaps pour les couleurs d’Henri de Pracomtal.
 

LES PLUS GRANDS SUCCES DE FRANCOIS DOUMEN :

FRANCE


CANADA


ANGLETERRE

HONG KONG

IRELAND

DUBAI

ETATS-UNIS


Commentaires

François Doumen compte 1.208 victoires en France (717 en plat, 491 en obstacles). Tylois (lui appartenant) est son tout premier gagnant, le 8 mars 1977 à Compiègne (Prix Jacques de Vienne, un steeple-chase). La même année, Nucladeno gagne à Auteuil (après avoir été second du Prix du Président de la République) et à Chantilly (Prix des Lions - monté par C. de Asis-Trem). Faneur, acheté yearling (comme Miss Emerson, gagnante à Evry), gagne le Prix des Yearlings à Deauville puis se classe 4ème du Critérium de Saint-Cloud.
xb - 12-08-2017 18:15

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