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Chez Olivier Corbière, l'éleveur de Saonois : une victoire au goût de combat

12/06/2012 - Focus éleveurs
On boit encore du champagne au Haras de Nonant le Pin. Celui de la victoire évidemment, mais aussi celui de l'espoir. En remportant l'édition 2012 du Prix du Jockey Club, Saônois se transforme en "un signe tombé du ciel" confie Oliver Corbière, son éleveur, "un porte drapeau qui nous donne de nouvelles forces pour continuer à nous battre ". VOIR AUSSI LES VIDEOS. Par Lise Hallopé.

Un homme de la terre.

On plaisante à propos du "détour" qu'a fait Olivier pour se rendre aux courses le jour du Jockey : celui qui emmenait une jument à la saillie au Haras d'Etreham avant de filer à Chantilly à encore du mal a réaliser. Autour de la table, Florence son épouse, Marie Flore leur dernière fille et André Collange, le 1er garçon de l'écurie. Chacun savoure et se remémore cette incroyable journée. Les sombres yeux bleus d'Olivier pétillent et s'adoucissent.

 

         Autour de la table, Oliver Corbière avec son épouse Florence et leur fille cadette Marie Flore et André Collange,       le premier garçon du Haras.

Travailleur minutieux, Olivier exploite aujourd'hui une ferme de 160 ha avec une douzaine de poulinières, un troupeau de 60 vaches Salers et pas moins 150 moutons. Humble et fier à la fois, Olivier ne manie pas de baguette magique sur ses terres : il revendique plutôt du bon sens, de l'application et de la volonté. "Je ne suis pas plus malin qu'un autre", précise Olivier,  " moi, je suis seulement un homme de la terre, avec les pieds sur terre. Même si c'est parfois long à venir."

 

 

Olivier n'est jamais plus heureux que dans ses paturages : "Voir grandir les poulains et s'occuper des bêtes, c'est ça mon métier "

 

Une histoire de famille.

Depuis 3 générations, sur ces verts pâturages des terres du Haras de Nonant-le-Pin, nombre de champions ont vu le jour : pas moins de 4 gagnants du Jockey du Club et des noms de légende comme Belfonds, Château Bouscaut, Imprudence, Dupleix, Rodosco

Sur les murs épais de la maison familiale, tableaux et photos de ces célébrités ornent des tapisseries caressées par le temps. A 62 ans, Olivier, petit fils d'Henri Corbière, le fondateur du Haras, en a vu passer des bons. Aujourd'hui, il s'apprête à accrocher la photo de son dernier champion à lui. Passionné de chevaux depuis sa jeunesse, Olivier entreprend tout de même des études de biologie à Caen, sur les conseils de sa mère. Licence en poche, Olivier revient pourtant au haras où il apprend le métier aux côtés de son père, Jean.

Montons et vaches salers paturent aux côtés des champions d'Olivier. Sur ce domaine familial de Nonant le Pin, on travaille avec le coeur et on a la passion de la terre.

 

L'incroyable histoire de Sicambre, né un an après la restitution de sa mère comme prise de guerre par les allemands !

De belles et étonnantes histoires, il y en a dans chaque recoin de ce magnifique domaine. On croise les vestiges du château fort construit au XVe siècle. On chemine sous de belles allées verdoyantes. On traverse les écuries, reconstruites après la guerre… Le maître des lieux se souvient. Il aime raconter l’histoire de Sif, la mère du futur crack Sicambre, qui fut réquisitionnée par les allemands en 1942. Propriété de la famille Stern alors en exil, « l’armée avait débarqué un jour au haras et exigé qu’on leur livre la jument" , raconte Olivier, « tous seuls, ils sont allés la chercher dans les herbages. » Sif traverse le Rhin, on perd alors sa trace. Après la libération, les « prises de guerres » sont restituées et un beau jour de l’année 1946, sans crier gare, Sif est ramenée sur les terres de Nonant le Pin. L’année suivante, elle sera saillie par Prince Bio et donnera naissance au haras du champion Sicambre.

 

Sicambre, né au Haras de Nonant le Pin en 1948, remporte le Grand Prix de Paris en 1951. L'ambiance à Longchamp ne semble pas avoir vraiment changé ! Archives INA

 

Une bonne paysanne normande!

Saônoise, issue de la bonne souche de Sarepta, est élevée au haras puis vendue à Jacques Bédel et exploitée en courses par un certain…Jean Pierre Gauvin! Dure à la tâche, en bonne paysanne normande, elle court jusqu'à 8 ans et empoche pas moins 145 000 € de gains. Olivier, qui a toujours eu de l'estime pour cette jument, décide de la racheter et lui offre une seconde carrière. Son 1e produit par Enrique (Sainte Baume - 25 courses pour 2 victoires et 8 places), l'a rejoint cette année dans les herbages pour devenir, elle aussi, poulinière. Son 2e produit n'est autre que Saônois. On découvrira très probablement lors du prochain meeting de Vichy, son 3e produit, Sarrebourg, un mâle de 2 ans par Sageburg, sous les couleurs et l'entraînement de Jean Pierre Gauvin. Aujourd'hui suitée d'une pouliche de Iron Mask et pleine de Turtle Bowl, Sâonoise n'est pas à vendre! "Ca serait une trahison", précise Olivier.

 

Dans le boxe de Saônoise, la mère de Saônois, Olivier raconte comment il s'est décicé à la mettre à Chichicastenango...

 

Un poulain "lambda"

Si Olivier se souvient de Saônois comme d'un poulain vif et plaisant, André Collange, lui, n'en a pratiquement aucun souvenir. Bras droit d'Olivier depuis plus de 10 ans, André c'est « la valeur ajoutée » du Haras de Nonant le Pin. Ce bosseur 100% normand manipule chaque jour poulains et yearlings du haras. Il y effectue un gros travail de désensibilisation, basé sur la méthode de l'entraîneur comportementaliste Pierre Blin, qui vise à mettre les chevaux "bien dans leur tête".

Saônois est donc passé entre les mains d'André pour plusieurs séances de travail. " Il était gentil", se souvient-il, " mais il ne m'a pas marqué plus que ça !" Idem pour l’agence de vente Arqana, qui refuse de le sélectionner pour la vente d'octobre. Ainsi va la vie et Saônois quitte les herbages normands avec 2 compagnons, suite à une vente amiable conclue avec Jean Pierre Gauvin et son associé Pascal Treyve, pour moins de 10 000€.

 

Visionner une séance de travail avec André Collange, 1er garçon du Haras de Nonant le Pin, qui pratique la désensibilisation au près de tous les pensionnaires du haras.

 

Un don du ciel

Il y a parfois des signes qui ne trompent pas. A l’heure où la commune de Nonant le Pin est menacée par l’implantation d’un site d’enfouissement de déchets ultimes, Olivier sait que ce haut fait d’arme sera un argument de plus face à GDE. Saônois et French Fifteen (élevé au haras voisin de la Reboursière et Montaigu) portent désormais les couleurs de toute une cause, ils sont la preuve, l’image et le symbole de la qualité de l’élevage, sur ces terres nonantaises.

 

                                     Comme tous, Olivier est très inquiet des conséquences écologiques et sanitaires de l'installation de GDE sur la commune de Nonant le Pin.

 

Olivier ne cache pas sa colère, son dégoût sur ce dossier. GDE, « plate-forme environnementale », comme on peut le lire cyniquement sur les panneaux qui indiquent l’accès au chantier, est une « pieuvre » qui a acheté près de 180he sur la commune et projette donc d’y construire l’un des grands centres d’enfouissement en France. Pas moins 90 000 tonnes par an de résidus de broyage automobile (RBA) et 60 000 tonnes de déchets industriels non dangereux seront traités sur place, dans une décharge « semi ouverte » pour une durée d’exploitation de 16 ans.  De quoi faire fuir toute une population et les éleveurs !

 

L'armée de pelleteuses semble aller grand train. GDE fait tourner les machines à fond en attendant le résultat définitif du jugement (pour l’instant non suspensif) quant à son implantation « légale » sur les hauteurs de Nonant.

 

" Les élus nous ont trahis ! "

L’inquiétude demeure, d’autant que le dossier aurait du se refermer dès 2010, lorsque que le préfet de l’époque rejette la demande d’autorisation d’exploitation de la plateforme environnementale du Plessis. « C’est une histoire d’argent et d’élus qui nous ont trahis » conclut Olivier, qui vient de gagner une bataille et compte surtout remporter la guerre. « Les Jeux Equestres Mondiaux de 2014 approchent à grands pas et on n’imagine pas meilleure publicité pour l’épreuve phare, le cross, qui se déroulera dans les bois du Haras National du Pin ». Une terre de champions qui ne compte pas se laisser transformer en poubelle ! Olivier s’en fait le garant, « jusqu’à la mort, si il le faut ! ».