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Prix des Guillédines : le Diane des AQPS pour la petite Bloane, une sacrée histoire

03/11/2014 - Focus éleveurs
Entraineur public depuis 6 mois, Anne-Marie Poirier remporte le Prix des Guillédines 2014, le Prix de Diane des AQPS, avec Bloane le 1e novembre à Durtal. La pouliche de 3 ans imite sa tante, India d'Hérodière, à laquelle elle doit d'ailleurs son existence. Un destin, une histoire de famille rocambolesque. Par Arnaud Poirier

Au centre, Bloane (Ch. Grosbois) arrache le Prix des Guillédines de haute lutte face à Barbarella Smart (à l'extérieur) et Biennale à la corde.

 

Tout le clan Poirier (dont je fais partie), a crié fort dans les tribunes, puis à l'annonce de la photo d'arrivée accordant la victoire d'un nez à Bloane, dans le Prix des Guillédines 2014, qu'il remporte donc pour la 5e fois après India d'Hérodière (1999), Lasix des Mottes (2002), Puszta des Mottes (2006) et Royce des Mottes (2008). Eleveurs d'AQPS avec un cheptel important d'une douzaine de juments AQ dans l'ouest, les fondateurs de l'Ecurie des Mottes se font un point d'honneur à préparer soigneusement ce Prix des Guillédines avec des produits maison mais aussi certains achetés. Il leur échappait pourtant depuis 6 ans, malgré les 2e places de Sun des Mottes (2009) et Tataouin (2010, acquise dans l'élevage d'Armaillé).

 

VOIR LA COURSE

 

Bloane, née de souche "des Mottes" est la nièce d'India d'Hérodière. Mais pourquoi Bloane de porte-t-elle pas le suffixe "des Mottes", ni "d'Hérodière" et quelles sont les liens de famille et les aventures de cette souche, je m'en vais tout vous conter !

Il était une fois, il y a bien longtemps, en 1987. Accompagné de son jeune fils Arnaud (c'est à dire moi-même), Joël Poirier attelle le van à la CX en direction de Dragey, pour aller chercher une nouvelle poulinière chez Roger Chaignon. En quête d'une souche d'obstacle, il a trouvé chez le beau Roger une certaine Queen Mary IV, nièce par l'excellent Quart de Vin des champions du cross Denver et surtout Fado II, qui étaient petits mais grands sauteurs. Elle-même gagnante en steeple mais difficile, elle n'a couru que 6 fois et est pleine pour la 1e fois de Kouban.
 

Bloane avec Anne-Marie Poirier, au Haras du Chêne.

 

Tout commence à Dragey avec Roger Chaignon

C'est ainsi que tout a commencé...plutôt mal. Le 1e produit, un nain nommé Athos des Mottes, n'était pas bon. Le 2e produit, une naine nommée Bonny des Mottes, n'a couru qu'une fois un printemps  de ses 3 ans, très mal à Fougères. Les choses se sont un peu améliorées par la suite avec le 3e produit, la minuscule mais courageuse Clyde des Mottes, surnommée 'le chevreuil"... A la finale, Queen Mary IV a donné 4 vainqueurs de niveau standard. Pas de quoi rêver.  Mais c'est à partir de ses 2 premières filles, heureusement conservées à l'élevage, qu'une véritable dynastie a été fondée. Gagnante de 3 courses, dont la dernière au Lion d'Angers, alors qu'elle avait le tendon par terre depuis la mi-ligne d'en face mais qu'elle a refusé de s'arrêter malgré les efforts de son jockey, Clyde des Mottes avait sa place au haras malgré son modèle réduit. Elle est devenue la mère de grandes vedettes du plat, Jazz des Mottes, Kitch des Mottes, Lasix des Mottes, et la grand-mère d'un gagnant de Gr.1 sur le steeple Outre-Manche, Trifolium (en association avec le Haras de la Rousselière), sans oublier Urticaire, Aristo des Mottes et tant d'autres.

 

Bonny des Mottes, la grand-mère de Bloane.

 

La grand-mère juste bonne à accompagner une trotteuse

 

En revanche, Bonny n'avait pas sa place, d'autant plus que par Un Numide, étalon qui n'a pas laissé de grands souvenirs. Mais Joël Poirier l'avait bien aimé quand elle était pouliche, car toujours très éveillée, alors il lui a sauvé la tête en la vendant pour 3 queues de cerise à un couple de Cheffes/Sarthe, André et Pierrette Frémont, retraités de l'artisanat, installés au lieu-dit la Hérodière, qui avait une jument trotteuse et chechait une femelle gentille pour lui éviter d'être seule car non suitée cette année là....Puis comme Bonny était là  ne rien faire, ils l'ont amené à un étalon pas cher et proche, Abdonski (aussi le père de Clyde des Mottes). Le 1e produit était...une ultra-naine nommé Fanny d'Hérodière, qui a quand même gagné une petite course plate et pris des places en obstacle malgré sa taille. Ensuite, vu que la famille semblait décoller par ailleurs, Arnaud Poirier (moi-même) a racheté 8 de ses produits suivants (dont seulement 2 mâles) malgré des physiques souvent réduits. A la finale, alors que son dernier produit Vonny d'Hérodière vient de conclure sa carrière, la descendance directe de Bonny des Mottes a remporté 22 courses, beaucoup sous l'entrainement de Cyriaque Diard, mais seulement en plat compte-tenu de l'immense majorité de femelles et de la faiblesse des modèles.

 

 

La victoire en débutant à Maure-de-Bretagne d'India d'Hérodière, la tante de Bloane, montée par Sandrine Boisnier.


En souvenir d'India, montée par la regrettée Sandrine Boisnier

 

C'est après que les choses se compliquent...Les Poirier conservent comme poulinière Gazèle d'Hérodière, le 1e de la série rachetés aux Frémont, et donc refont des "des Mottes", d'ailleurs de qualité avec Nocturne (gagnant à Enghien), Ouhétu (6 victoires dont 1 en haies en Irlande) et Phèdre (4 victoires). Mais ils ne peuvent pas garder India d'Hérodière, par souci d'équité avec les associés. A contrecoeur car cette India m'aura marqué profondément. Dotée d'une grande classe naturelle, cette pouliche alezane avec une fine liste en tête a gagné en traversant le peloton en débutant, puis a offert son 1e Prix des Guillédines à la famille en 1999, sous l'entrainement d'Etienne Leenders. Elle était de plus montée par la très regrettée Sandrine Boisnier, femme jockey hyper douée, plus tard victime d'une chute mortelle en course. Tout finira mal. Pleine pour la 1e fois, India d'Hérodière va mourir avec son produit lors du poulinage. Il faut dire que depuis toujours, les gestations et les poulinages sont très difficiles. D'ailleurs, Clyde des Mottes, qui avait été sauvé de justesse à la naissance, est morte lors d'un poulinage, et la liste des accidents, des avortements, des cancers, des chutes soudaines en stérilité est longue pour les poulinières de cette souche, qui donne pourtant une grande majorité de femelles dans la production.
 

Une mère folle à lier

 

Moins d'un mois après la mort d'India d'Hérodière, fin mars 2004, sa mère donne naissance à sa petite soeur...qui est son exacte copie ! Nommée Quéole d'Hérodière, cette fille de Maresca Sorrento nous donnera, contraurement à son adorable soeur défunte, pourtant beaucoup de difficiltés. Elle est folle à lier...Elle débute bonne 2e à Segré puis se met à tirer comme une folle dans les Guillédines. Elle restera incontrôlable jusqu'à la fin de sa carrière. J'y tenais quand même énormément, avait été soulagé lorsqu'elle était quand même parvenu à briser la glace sur la place de Plestin les Grêves, où elle avait été tellement surprise par les projections de sable mouillé en face qu'elle n'avait pas eu le temps de tirer !

A la fin de sa carrière mal terminée en course, j'insiste encore et ne me résouds pas à m'en séparer, cherchant toujours à faire ce qui avait raté avec sa soeur. Elle n'a pas sa place à la maison, déjà bien remplie, mais un ami de Baracé, Patrick Moulin, ancien apprenti des Frémont qui aimait lui aussi Quéole, accepte de la prendre à ses soins. Je gagne une saillie à l'Asselco de Dano Mast, un étalon du Haras du Saz qui finira dans l'oubli mais que j'avais adoré en course par sa bravoure, malgré son physique ingrat car il était très ensellé. Nait ainsi une crevette noire, nommée Bloane par Patrick Moulin, qui devra pour cause d'une chômage provisoire passe rendre peu après la jument, qui est finalement retournée chez les Frémont et a donné un magnifique 2e produit par Centennial nommée Chipie d'Hérodière.

 

Puszta des Mottes, montée par Laurent Huart, avait offert sa 1e grande victoire à Anne-Marie Poirier, en 2006, alors qu'elle était permis d'entrainer depuis quelques mois.

 

Bégue, elle tique à l'appui.

 

Bloane ne ressemble à pas grand chose. Elle est petite, bégue, ensellée (ça s'est amélioré...), étroite, elle tique à l'appui et déteste la compagnie de l'homme...Mais mon frère Yann l'aime bien au débourrage au Haras du Chêne. Comme elle est implaçable chez un entraineur, compte-tenu de son profil négatif en tout point, c'est ma belle-soeur, Anne-Marie, qui en hérite tout naturellement au printemps 2014 alors qu'elle vient d'obtenir sa licence publique. Elle n'a pas vraiment le choix, moi non plus. Anne-Marie connait ce Prix des Guillédines pour l'avoir emporté en 2006, alors qu'elle débutait en tant que permis d'entrainer. C'était sa 1e grande victoire, avec la complicité du jockey d'expérience Laurent Huart, qui a aujourd'hui raccroché ses bottes et travaille le matin comme pilote d'entrainement dans l'écurie d'Anne-Marie. A noter que Bloane est montée le matin par un autre ancien jockey d'expérience, Olivier Gachot, travaillant au Haras du Chêne.

Bloane est douée, mais pas très intelligente. Il lui faut 4 courses pour comprendre ce qu'est une course, et donc la victoire à la fin. Ce samedi 1e novembre dans un lot particulièrement relevé cette année, elle a eu le déclic avec son jocket Christopher Grosbois qui l'a bien comprise, a attaqué la 1e puis résisté à tous les assault. Finalement, dans cette famille, il suffit de savoir une chose. Tout l'élevage, le débourrage et l'entrainement est un cauchemar. Une seule chose intéresse ses membres : les courses. C'est le seul endroit où ils sont aimables, mais ils donnent à chaque fois tout leur coeur. Et à la fin ça marche. 


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