Coolmore Stud America : visite guidée d'Ashford Stud dans le Kentucky

31/10/2015 - Découvertes
L'un des haras les plus puissants du Kentucky, donc du monde, Ashford Stud est l'entité américaine de la multinationale irlandaise Coolmore qui rentre étalon le crack American Pharaoh, 1er vainqueur de la Triple  Couronne depuis 37 ans. Il rejoint notamment Giant's Causeway, le cheval de fer devenu un top étalon international. Visite guidée d'un mastodonte de 1000 hectares !

 

On ne savait pas Versailles et Frankfort si près l'un de l'autre... Car c'est le long de la route entre de ces 2 villes que s'étend majestueusement sur 1000 hectares Ashford Stud. En fait, l'Amérique profonde, notamment le Kentucky qui est particulièrement profond, regorge, autour du pôle hippique de Lexington, de ces bourgades cerrnées de McDo, Starbuck's et d'innombrables fast food qui portent des noms de la vieille Europe, données par les 1ers colons en mal de leur pays d'origine ou d'imagination. Dans le lot, il y a même Paris, où se trouve le séculaire Claiborne Farm ! Ashford est un cas un peu différent. Il s'agit d'un nouveau riche, d'une colonisation moderne. Celle des Irlandais, dont la tristement célèbre misère du peuple a envoyé des millions de pauvres êtres démunis découvrir un nouveau monde sans trop d'Anglais lors de la conquête de l'ouest, à la fin du 19e siècle.

 

 

100 ans plus tard, les Irlandais débarquant dans le Kentucky présentaient un tout autre profil. En quête permanente de développement, et déjà très riches, les Magnier et associés parviennent à mettre un premier pied en Amérique au début des années 80. Ils trouvent une ferme bovine de 200 hectares, Hereford Farm, dans la région environnant Lexington en pleine explosion économique sous la période Reagan. C'est l'époque où le Kentucky aspire et rassemble tous les meilleurs étalons du monde (à l'exception de Northern Dancer, resté toute sa vie au Canada). Après 3 ans de travaux, le site est transformé en haras par le Dr Bill Loockridge et Coolmore y envoie un 1e étalon en 1982 : Storm Bird (Northern Dancer), champion européen des 2 ans de 1980 sous l'entrainement de Vincent O'Brien, mais issu de souche canadienne. Il a d'ailleurs été acquis 1 million de dollars aux ventes de yearlings de Keeneland et revient donc pour stationner à quelques encablures de la salle de vente. Coolmore envoie aussi des juments parmi lesquelles Terlingua. Le croisement avec Storm Bird donnera d'emblée Storm Cat.

 


Giant's Causeway, le seul étalon vivant aux Etats-Unis déjà sacré 3 fois " champion sire" en Amérique du Nord.


Le levier Giant's Causeway

 

Dans la foulée, Coolmore fait d'Ashford son antenne américaine officielle en 1984 et la développe jusqu'à dépasser les 1000 hectares aujourd'hui. Ce mouvement s'est fait grâce à des étalons de la trempe d'El Gran Senor, Woodman, Hennessy ou autre Thunder Gulch, un vrai exemple du mariage du nouveau monde et de la vieille Europe. Issu de l'Américain et d'une fille de Storm Bird et d'une double gagnante d'Oaks, Shoot A Line, il remporte le Kentucky Derby 1995 sous la casaque de Micheal Tabor, puis les Belmont Stakes (ayant raté la triple couronne car 3e des Preakness Stakes), puis devient étalon tête de liste en 2001. Mais plus que tout autre, Giant's Causeway a porté Ashford au sommet américain. Le cheval de fer conclut 2ème de la Breeders'Cup Classic pour ses adieux, ce qui lui ouvre grand les portes du marché yankee. Agé aujourd'hui de 18 ans, officiant à 85.000 dollars, il est le seul étalon vivant à détenir 3 titres de champion d'Amérique du Nord, père de 31 gagnants de Gr.1 dans le monde, dont Shamardal, son fils le plus connu et influent en Europe.
 


L'intérieur d'une des cours d'étalons.

 

Il faut absolument briller pendant la Breeders'Cup

 

Aujourd'hui, Coolmore continue de faire courir de nombreux pensionnaires irlandais d'Aidan O'Brien dans les différentes épreuves de la Breeders'Cup, tentant même des paris osés sur le dirt du Classic, afin de convaincre les éleveurs américains de la qualité de leurs futurs étalons. Le championnat international des pur-sang est donc le pièce maîtresse de la saison de courses du point de vue d'Ashford Stud. Cela d'autant plus que les mouvements inverses sont devenus très difficiles face à des éleveurs européens de plus en plus réfractaires à l'utilisation des sangs purement américains soupconnés de doping massif. L'exemple type est Storm Cat, sur lequel le grand patron John Magnier a investi lourdement pendant des années, d'autant plus après les succès de Giant's Causeway, mais dont il ne veut plus jamais entendre parler après avoir pris des gamelles en série.

 


Scat Daddy, le vedette des 2 ans.

 

Scat Daddy nouvelle star

 En 2015, les 13 étalons d'Ashford Stud ont couvert pas moins de 1800 juments dont une bonne partie des 200 juments demeurant sur place à l'année, partagées entre l'effectif personnel de Coolmore et les poulinières de la clientèle extérieure. Si la star reste Giant's Causeway, le plus cher du parc, il est préservé à 18 ans et son carnet de bal est limité à 100 juments. L'étalon le plus populaire auprès des éleveurs est Scat Daddy, un fils de Johannesburg qui fait une razzia parmi les 2 ans et qui s'est même illustré en France avec le succès de l'Américain No Nay Never dans le Prix Morny 2013. 

 

 

Enfin un 1er fils de Galileo en Amérique

Fait surprenant, alors qu'il est omnipotent en Europe, Galileo n'a eu son 1er fils à Ashford Stud qu'en 2014 avec l'arrivée de Magician. Suivant la méthode décrite ci-dessus, ce vainqueur des Irish 2000 Guinées a décroché sa "green card" (permis de travail US) grâce à sa victoire dans la Breeders'Cup Turf 2013. Il a ainsi débuté à Ashford en 2015 après une campagne 2014 soldée par des 2èmes places de Gr.1 dans la Tattersalls Gold Cup, les Prince of Wales Stakes et l'Arlington Million. Il n'y a que 3 étalons par Galileo dans les grands haras du Kentucky dont aussi Noble Mission, le propre frère de Frankel, vainqueur du Grand Prix de Saint-Cloud et entré à Lane's End, également ce printemps 2015.

 


Magician, le 1er fils de Galileo stationné dans l'antenne américaine de Coolmore Stud.


Le grand tournant américain vers le gazon

On note d'ailleurs que l'influence de Sadlers'Wells, le père de Galileo, reste sans commune mesure Outre-Atlantique, où il est pourtant né, par rapport à sa domination écrasante en Europe. Néanmoins, il a brillé avec El Prado et continue d'avoir des succès avec Medaglia d'Oro (père de Rachel Alexandra) et surtout le phénomène Kitten's Joy (fils d'El Prado). Premier "champion sire" de l'histoire des courses américaines en ayant une production uniquement focalisé sur le gazon, ce Kitten's Joy, sorti de nulle part et fabriqué au départ par la volonté de son propriétaire éleveur un peu illuminé Kenneth Ramsey, symbolise un grand tournant dans l'industrie des courses américaines. En effet, le dirt, surface reine depuis toujours, est de plus en plus décrié au profit du gazon, moins accidentogène. Les professionnels et propriétaires, lassés des blessures à répétition, courent de plus en plus sur l'herbe et fournissent des lots plus fournis dans des courses qui, par voie directe de conséquence, sont proposées en nombre grandissant par les hippodromes. De fait, les sangs européens, adeptes du gazon par nature, deviennent de plus en plus convoités par des éleveurs américains toujours très pragmatiques et s'adaptant donc très vite au marché. C'est comme si Coolmore avait une nouvelle fois gagné un pari contre un rival beaucoup plus fort que lui... en ayant forcé la chance.

 


Le boxe d'American Pharaoh est déjà prêt...


American Pharoah, le grande recrue

Néanmoins, le grand événement de l'année pour Coolmore sera l'arrivée d'un pur champion américain jusqu'au bout des sabots, le plus belle recrue possible de l'époque moderne puisqu'il s'agit d'American Pharoah, le phénomène qui a enfin réussi le pari de la Triple Couronne américaine devenu impossible depuis 37 ans. Là encore, la symbolique est forte, puisque les colons de Coolmore marquent ainsi leur puissance de feu supérieure à celle des tous leurs rivaux autochtones. Pour cela, les argentiers irlandais ont fait jouer les dollars bien sûr mais beaucoup plus encore leur incroyable nez et leur goût du pari que leur pouvoir d'influence. En effet, plusieurs mois avant les exploits historiques d'American Pharoah, Coolmore avait déjà acheté sa carrière d'étalon au terme de sa saison de 2 ans, où il avait été sacré champion du pays malgré son absence dans la Breeders'Cup Juvenile pour cause de blessure. C'est ce qu'on appelle miser sur le bon cheval...

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