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Merci YANN, mon frère, le meilleur, Yann Poirier

10/02/2015 - Découvertes
Yann Poirier, mon frère, est mort à 44 ans, mardi 10 février 2015 à l'hopital d'Angers. Il a succombé cérébralement lundi soir à une blessure à la tête survenue en fin de matinée au Haras du Chêne, son écurie, à Soucelles, son village natal. Il avait donné toute sa vie aux chevaux et à la grande famille des courses, ainsi que toute sa famille personnelle, surnommée le clan des Poirier, le clan "des Mottes". La cérémonie des adieux a rassemblée 1800 personne samedi 14 février sur l'hippodrome du Lion d'Angers , où Yann a été applaudi à tout rompre. " Je vous embrasse tous", a dit son père Joël, montant spontanément au micro au terme des discours.

La famille remercie très chaleureusement toutes les personnes qui se sont déplacées, parfois de très loin, et ont offert à Yann un hommage à sa mesure, gigantesque. Sortant de son rôle habituel, neutre et recueilli, le reponsable des Pompes Funèbres, Julien Guez a même déclaré au micro face à l'assemblée qui a rempli le grand hall de l'hippodrome au point que certains ne pouvaient pas rentrer : " De mémoire personnelle, je peux vous dire que très rarement, voire jamais je n'ai vu ça..." Et pourtant j'en fait 4 par semaine depuis des années..." m'a-t-il précisé ensuite. Ainsi, Yann a été applaudi, applaudi, applaudi et encore applaudi, à la fin de la série de discours, plus de dix, dont un Fado extrêmement raffiné joué par son cousin, guitariste professionnel. Oui, c'était beau, très grand.

 

 

 

Une histoire commencée par mes parents Claudie et Joël, juste après sa naissance, au début des années 70, et poursuivie avec le brio que tout le monde sait par lui, sa femme Anne-Marie, ses deux filles Charlotte et Juliette, et moi-même. Il est tombé en état de mort encéphalique entouré de sa femme, ses filles, ses deux frères et sa soeur, sa cousine et ses parents, mes parents. Créateur, acteur, impliqué dans les institutions, admiré par moi et tant d'autres, il était reconnu de tous pour son talent, sa volonté et son altruisme. On a perdu un grand homme. Merci Yann.

Mais que c'est dur, que c'est injuste. Facile à dire, impossible à vivre. Bien sûr, on le sait quand on fait ce métier. On sait que le risque y est inhérent. Un risque conceptuel de tout système de compétition, celui-même qui génère l'adrélanine et l'espoir qui fait endurer les épreuves à ses acteurs, mais aussi le risque physique. Yann était prudent, consciencieux, attentionné. Et pourtant c'est arrivé. L'accident bête, comme tous les accidents. Un cheval échappé dans la cour en sortant pour un lot. Avec son personnel, il va pour le rattraper. C'est une pouliche pas méchante pour un sou. Mais tout à coup le coup de pied part. Bien que protégé par sa carapace et son casque, il est projeté au sol si brutalement que sa tête heurte le sol avec une violence qui sera fatale.



Au propre comme au figuré, le choc est immense, incommensurable. Ma famille est effondrée, l'équipe aussi. Mais il faut tenir le coup, pour ses filles, Charlotte, 12 ans, Juliette, 8 ans, pour sa femme Anne-Marie, pour ses oncles et tantes, ses cousins, pour l'inaltérable Tata Mimi, reconnaissable sur les hippodromes pour l'équilibre savant avec lequel elle porte une clope d'une main et une coupe de champagne de l'autre, et qui le considérait comme le fils qu'elle n'a pas eu, et pour mes parents dont la douleur est inqualifiable. Et puis pour l'aventure. Car l'aventure continue, c'est évident. Une si belle aventure, partie de la rencontre de mon père avec Maurice François, crack jockey d'obstacle des années 60 dans l'ouest, au comptoir de son restaurant l'Ecubier, rue Château-Gontier, à deux pas de la Catho à Angers. A l'époque il était marié avec deux enfants, Florence, Jean-Marc. Puis la rencontre avec ma mère, Claudie, dans un club hippique d'Angers où la jeune fille apprenait à monter à cheval.

 

Alors qu'aucun des deux n'avait de lien familial dans le monde des courses, ils se sont pris de passion. Ils ont rencontré des gens, des entraineurs, Henri Bidon, les Bourgeais, Michel Hardy, qui leur a offert la 1e victoire en tant qu'éleveur, le 9 juillet 1978 à Pornichet, avec un 2 ans débutant nommé Le Cam, car entre temps, mon père était passé de la restauration au marché. Il était devenu camelot. Lui qui avait crée la 1e restauration d'entreprise, il a inventé le métier de soldeur. Ma mère a commencé sa vie active en tant que professeur. Le maigre salaire aidait à payer la pension du cheval à l'entrainement. Ensuite elle a créé une bijouterie, puis deux. Ils ont transmis à leur deux enfants cet acharnement au travail mêlé au goût du risque, l'esprit de l'entreprise. Yann, courageux, tenace, fidèle, homme de cheval par ses mains, capable de se lever le matin. Le contraire de moi... Lui pas particulièrement attiré par les courses en elles-même pendant son adolescence, mais ayant cette idée qu'il y aurait un truc à faire dans le dressage des chevaux de courses, dont les entraineurs commencent déjà à se lasser à la fin des années 80. Il a son bac scientifique parce qu'il est doué par nature, mais son double titre de champion d'Angers de babyfoot et de billard (décidement il est hyper doué par nature, toujours le contraire de moi) est incompatible avec la bonne poursuite de ses études.

 

A 19 ans, en plein hiver pendant les partiels, il est grand temps de changer d'air. Mon père appelle un certain Ghislain Drion, alors directeur des haras irlandais de l'Aga Khan, et qui, pendant une période de vaches très maigres dans sa jeunesse, avait mangé à l'oeil pendant près d'un an au restaurant l'Ecubier. Yann part en Irlande à Sheshoon Stud. Il travaille aussi à Kildangan Stud, au pré-entrainement, y apprend la méthode des longues rênes, fait le cours de l'Irish National Stud. Puis il revient en France pour s'installer à Soucelles, près de ses parents, mais en créant de toute pièce son écurie en 1993, le Haras du Chêne. Pendant les travaux, occupe des boxes au Haras de la Rousselière, chez Nelly et Pierre de la Guillonnière, ainsi que chez Michel Hardy. Son premier client, Etienne Leenders, un ami lui aussi. Depuis, le haras n'a cessé de progresser, pour atteindre aujourd'hui les 80 boxes. C'est un précurseur admiré de tous ses confrères, pour lequel il crée d'ailleurs l'Association des Débourreurs Pré-entraineurs.

 

Au Haras, il rencontre sa femme, Anne-Marie, se marie en 2001 alors que cette dernière, ayant appris les chevaux chez elle au Pays-Bas dans le milieu des sports équestres, avait tellement pris goût aux courses qu'elle avait gagné à Durtal pour Norbert Leenders juste avant de tomber enceinte. De cette union naîtront deux filles adorables et adorant leur père. Avec Anne-Marie, il se lance dans l'entrainement, tout d'abord en tant qu'amateur. Le premier partant, un vieux coucou pété des deux jambes, Marcelo des Mottes, donné à Guéna, notre costaud de l'écurie, termine 2e après 3 ans d'absence ! Dès le 2e partant, bingo avec la débutante AQPS de 3 ans Puszta des Mottes, le 14 mai 2006 à Royan, monté par Yann Barberot, un ami, l'alter égo de Joël Boisnard, un autre ami, devant une pouliche sûre de gagner de François Nicolle, un ami, élevée par les Cyprès, des amis. Quelques mois plus tard, cette pouliche remporte le Prix des Guillédines, le Prix de Diane des AQPS, immense fierté régionale pour tout le clan, monté par Laurent Huart, un ami. Depuis 2014, ce dernier est arrivé comme homme de confiance de l'entrainement "professionnel" et la licence publique d'Anne-Marie, couronnée d'emblée par 12 victoires avec seulement 19 chevaux, et un nouveau succès dans ce fameux Prix des Guillédines, avec Bloane, pourtant outsider.

Ca c'était lui, mais lui c'était aussi les autres. Outre les débourreurs, il était vice-président de l'Association Nationale des AQPS et Président des AQPS Ouest. Très impliqué, on lui devait tous la réussite du Show AQPS du Lion-d'Angers, et le sauvetage du Salon des Etalons du Lion-d'Angers, dans cette commune si symbolique des courses de l'ouest, qui fait rêver tout le monde chez nous, et où Yann avait accompli un rêve a priori complètement fou : reprendre le Haras du Lion en 2014 et le faire redémarrer sur les chapeaux de roue.


Il y aurait tant de choses à dire mais l'internet entier ne serait pas assez long. A titre personnel, je remercie ses proches, mes proches, si nombreux, nos entraineurs, actuels ou pas, Elie, Joël, François, Etienne, Cyriaque, Patrick, Philippe, Cédric, Gilles (désolé si j'en oublie) et tous les autres, à tous les niveaux, égaux face au drame. Les messages de soutien de la grande famille des courses pleuvent depuis hier soir. La grande famille des courses, oui la grande famille des courses, existe. Et tout continue, malgré tout, malgré ça. Nos équipes sont là. Le clan Poirier n'a pas de hiérachie, mais elle est hyper structurée, avec des gens, notre équipe du Haras des Mottes, du Haras du Chêne, du Haras du Lion, de France Sire, qui assure un max avec une abnégation et un plaisir de vivre inaltérable. Merci Yann. Le meilleur, mon frère, mon alter ego, mon complément, le seul en qui j'ai toujours eu absolue confiance. Merci Yann.


PS : la date et le lieu des obsèques seront indiqués en tête de cet article. Venez. Venez tous.
 


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