Corée du Sud : les Japonais Crown Pride et Remake rafflent les courses internationales

La Corée du Sud est un curieux pays, aujourd'hui l'une des plus grandes puissances du monde, seulement 70 ans après la fin de la guerre de Corée qui a coupé le territoire en deux, avec la partie Sud et la partie Nord, tristement célèbre pour ses famines, son régime dictatorial et son arme nucléaire. Et avant même la 2e guerre mondiale, cette vaste péninsule asiatique surnommé le pays du matin calme avait dû subir le terrible régime d'occupation japonaise depuis l'annexion de la Corée par l'Empire du Soleil Levant en 1910. Bref, le pays était alors laminé, détruit, vidé de son sang, de son peuple, de tout. Mais les coréens, travailleurs acharnés, ont su conserver le meilleur de l'héritage nippon (l'ordre et l'organisation) et ont su parfaitement tirer profit de la présence américaine, avec sa vivacité, sa souplesse, son sens de l'efficacité et de l'innovation.

Les courses de chevaux ont trouvé ainsi leur place dans le théatre de la reconstruction du pays, avec 2 pôles principaux, dans la capitale Séoul et l'autre grande ville Busan. Les courses y sont riches, alimentées par le goût asiatique pour le jeu. C'est un système fermé, avec la plupart des courses réservées aux nés et élevés sur place, en l'occurrence issus des quelques 2500 juments presque toutes stationnées sur l'Ile de Jeju, au sud du pays, dans 223 élevages recensés. Il y a pas moins de 93 étalons disponibles. Importé à grand frais au début des années 2000, le champion américain Menifee a été tête de liste à répétition. La Corée du Sud continue d'importer tous les ans quelques étalons des Etats-Unis, qui font la monte aux côtés des cracks locaux comme Triple Nine. A noter que, comme partout en Corée, le système est fortement étatisé. En effet, le plus grand haras appartient à la Korea Racing Association, elle-même dépendant de l'Etat. Cet immense établissement propose une vingtaine d'étalons dont les saillies sont gratuites, des prairies pour l'élevage, un centre de débourrage pré-entrainement avec des centaines de boxes, un établissement de ventes, etc... Le jockey français Johann Victoire est installé depuis plusieurs années en Corée du Sud. Il y est le seul jockey étranger avec le vétéran Alan Munro, âgé de 57 ans.
Il y a aussi des courses ouvertes aux chevaux nés et élevés à l'étranger, qui doivent arriver sur place dans leur jeunesse, encore inédits. En l'occurrence, les acheteurs coréens font leur marché uniquement aux Etats-Unis sur le ring de Keeneland, en y faisant aussi l'acquisition tous les ans d'une dizaine de juments pleines pour avoir des produits "KR" issus d'étalons américains de haut niveau, et espérer tomber sur la perle rare. C'est ainsi qu'a été déniché dans le Kentucky un certain Dolkong, un fils d'Afleet Alex, qui fut le 1er vainqueur d'un cheval coréen à Meydan en 2019 sous la selle d'Olivier Doleuze, avant d'y conclure 3e d'un Gr.1, le Al Maktoum Challenge R3.

Les installations du Haras National de Corée du Sud sur l'Ile de Jeju.
Notons que Keeneland est depuis toujours un très généreux sponsor des courses en Corée du Sud, et fait aussi des ponts d'or aux investisseurs en éditant même des catalogues en coréen. Outre le soin apporté à ces clients, on peut aussi imaginer que des intérêts géostratégiques dépassent le cadre strict des courses de chevaux, pour que les américains soient aussi prévénants avec les riches propriétaires de Corée, directement rattachés, dans cet endroit très sensible du globe, aux plus hautes sphères étatiques d'un pays allié, d'autant plus intéressant qu'il est ennemi des féroces voisins nord-coréens, et donc chinois.

L'américain Menifee, la star des étalons en Corée du Sud.
En 2015, en plein développement, la Korean Racing Association, créait sa 1e course internationale, le Korea Cup sur 1800 m, bientôt accompagné par la Korea Sprint sur 1200 m, dont les vainqueurs sont évidemment invités gracieusement par Keeneland à la Breeders'Cup... Avec des allocations très riches, et des déplacements entièrement pris en charge, ces courses ont attiré des étrangers, mais les européens ont systématiquement sombré sur cette piste en sable/dirt où les courses sont menées tambour battant, alors que les japonais connaissent une réussite insolente. Mis totalement à l'arrêt pendant la période de Covid, le système est reparti difficilement mais a retrouvé désormais son rythme.
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Les courses internationales sont désormais trustées par les concurrents japonais. Ainsi, le dimanche 8 septembre sur l'hippodrome de Let's Run Park à Séoul, le Japon a signé les jumelés gagnants des 2 courses. Prévoyants, les organisateurs ne font pas retentir d'hymne national comme il est de coutume un peu partout dans le monde. Car ils savent que les coréens conservent une haine profonde contre le Japon et ses terribles exactions passées, sinon contre les provocations nipponnes toujours actuelles avec, par exemple, des revendications territoriales sur des ilots marins.

Remake, gagnant du Korea Sprint pour la 2e fois.
Bref, heureusement que les chevaux courent sans s'embarasser de telles considérations. Déjà vainqueur en 2023, le 5 ans Remake a justifié sa position de favori dans la Korea Cup (Gr.3) offrant plus de 500.000 € au vainqueur. Attentiste sous la selle de Yuga Kawada, Remake a refait progressivement son retard dans la longue ligne droite avant de prendre franchement l'avantage sur son compatriote Jasper Krone. Il remporte ainsi ce Korea Sprint pour la 2e fois. Multiple gagnant de groupe et de Listed au Japon, il avait déjà en janvier en gagnant le richissime Riyadh Dirt Sprint (Gr.3) le jour de la Saudi Cup. C'est un fils du méconnu Lani, fils américain de Tapit, gagnant de l'UAE Derby (Gr.2) à Meydan puis 3e des Belmont Stakes (Gr.1) avant de devenir étalon à Arrow Stud au Japon.
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Une heure plus tard, un scénario identique s'est déroulé quand le japonais Crown Pride, déjà vainqueur de la Korea Cup en 2023, a signé le doublé dans l'épreuve tête d'affiche... qui lui confère aussi une invitation à la Breeders'Cup. Monté par Takeshi Yokoyama, ce fils de Reach The Crown a littéralement pulvérisé ses rivaux de bout en bout, vainement poursuivi dans la phase finale par son compatriote Wilson Tesoro (Kitesan Black). Portant la casaque de Shadaï Farm, Crown Pride avait remporté à 3 ans l'UAE Derby (Gr.2) à Meydan, et conclu 5e de la Saudi Cup (Gr.1) puis le Dubaï World Cup (Gr.1) en 2022. Le Japon envoie donc en Corée du Sud des chevaux de très haute valeur internationale et des voyageurs déjà expérimentés. Cela explique mieux leur domination à Séoul.

Crown Pride réédite en 2024 son déjà très facile succès obtenu dans la Korea Cup 2023.



