Rachael Blackmore : les adieux à la compétition d'une véritable pionnière du sport hippique

Femme-jockey de légende, Rachael Blackmore a annoncé ce lundi 10 mai, dans un communiqué, sa retraite sportive, après près de 600 victoires en piste, dont plusieurs fois au niveau Gr.1
Sa victoire avec Ma Belle Etoile (Doyen), le samedi 10 mai dernier, sur les claies de Cork, aura donc été la toute dernière de son immense carrière. Sa dernière victoire. Mais aussi sa toute dernière course. En effet, dans un communiqué relayé ce lundi 12 mai sur ses réseaux sociaux, la crack-jockey irlandaise Rachael Blackmore a annoncé se retirer des pelotons d'obstacle, avec effet immédiat. Une annonce perçue comme une véritable onde de choc sur la planète course, tant cette femme, au coeur aussi grand que son talent, a su marquer de son empreinte cette discipline, par-delà même les simples frontières de la Verte Erin.

Rachael Blackmore, lors de l'un de ses sacres dans le Champion Hurdle (Gr.1) de Cheltenham, associée à l'un de ses chevaux de coeur, la championne Honeysuckle
En un peu moins de 15 années dans les pelotons, Rachael Blackmore est en effet parvenue à passer le poteau en tête à 576 reprises, dont 564 fois rien qu'en obstacle. Un palmarès riche donc, quantitativement, et qualitativement parlant, puisqu'ayant également réussi à apposer son nom à quelques-unes des plus belles épreuves de l'obstacle européen, avec des chevaux ayant grandement contribué à son rayonnement. Comme la championne Honeysuckle (Sulamani), avec qui elle s'est notamment adjugée, à plusieurs reprises, le Champion Hurdle (Gr.1), l'Irish Champion Hurdle (Gr.1) ou encore le Punchestown Champion Hurdle (Gr.1). Minella Indo (Beat Hollow), sur le dos de qui elle a brillé dans l'édition 2019 de l'Albert Bartlett Novices' Hurdle (Gr.1), à Cheltenham, la "Mecque" des courses d'obstacle, où elle s'est également mise en évidence avec les "FR" Allaho (No Risk At All) et Envoi Allen (Muhtathir) dans le Ryanair Chase (Gr.1), Captain Guinness (Arakan) dans le Queen Mother Champion Chase (Gr.1) ou encore Bob Olinger (Sholokhov) dans le Stayers' Hurdle (Gr.1), décroché pas plus tard qu'en mars dernier.

Rachael Blackmore, une femme-jockey devenue l'idole de toute une génération
Incroyable d'équilibre, et solide comme un roc à la lutte, Rachael Blackmore est entrée à plusieurs reprises dans la légende. Non seulement grâce aux chevaux susnommés. Mais aussi à deux autres, placés sous la férule d'Henry de Bromhead, comme beaucoup de ces derniers, un entraîneur irlandais de renom ayant grandement compté dans sa carrière : Minella Times (Oscar) tout d'abord, qui a fait d'elle la première femme-jockey de l'histoire à avoir réussi à s'imposer dans le mythique Grand National de Liverpool (Gr.3), à Aintree, en 2021. Et le "FR" A Plus Tard (Kapgarde) ensuite, sur le dos duquel elle est devenue la première femme-jockey de l'histoire à gagner une édition de la Gold Cup de Cheltenham (Gr.1), en 2022.

Rachael Blackmore, une femme-jockey très proche de ses chevaux, comme ici avec Air Of Entitlement, à l'issue de leur victoire commune dans le Ryanair Mares' Novices' Hurdle (Gr.2) du dernier festival de Cheltneham
Sacrée "Champion conditional jockey" à l'issue de la saison 2016-2017, et double "Cravache d'Argent" chez les jockeys d'obstacles en Irlande (2018-2019 et 2020-2021), Rachael Blackmore aura donc non seulement été reconnue par ses pairs, plus d'une fois. Mais aussi par le grand public. En effet, en 2021, celle qui s'apprête à souffler sa 36e bougie le 11 juillet prochain, avait reçu le titre "Personnalité Sportive internationale de l'année" par le grand groupe de télévision anglaise BBC. Un titre qu'avant elle aucun autre jockey ne s'était vu décerner depuis l'australien George Moore, en 1967, et dont le palmarès comporte de véritables stars comme les footballeurs Pelé et Cristiano Ronaldo, les tennismens Novak Djokovic, Rafael Nadal et Roger Federer, les boxeurs Mohammed Ali et Mike Tyson ou encore le sprinteur Usain Bolt. Pour ne nommer qu'eux !

Que de victoires glanées et de - nombreux - plafonds de verre brisés par Rachael Blackmore au cours de sa carrière dans les pelotons
Pourtant, de prime abord, rien ne prédestinait Rachael Blackmore à embrasser la carrière de femme-jockey professionnelle. Née à Killenaule, dans le comté de Tipperary, cette dernière résulte en effet de l'union entre entre un père producteur laitier, Charles, et une mère enseignante, Eimir. Comme son frère Jonathan, designer graphique, et sa soeur Charlotte, avocate, Rachael Blackmore a souhaité suivre des études. Mais sa dyslexie a réduit comme peau de chagrin ses espoirs de devenir un jour vétérinaire. Qu'à cela ne tienne, la jeune femme est néanmoins parvenue à obtenir un diplôme en sciences équines, à l'université de Limerick... sans assister à la traditionnelle cérémonie de fin d'études, souhaitant absolument monter en course ce jour-là ! Car bien que non issue d'une "racing family", Rachael Blackmore a en effet toujours été passionnée, et entourée, par les chevaux et les poneys, ayant appris les rudiments de l'équitation classique aux côtés de son père, avant de se rendre très régulièrement dans des poneys-clubs, puis de monter en courses de poneys (face à un certain Paul Townend d'ailleurs, autre grand jockey d'obstacles en Irlande) et enfin dans le rang des amateurs, en Point-to-Point, comme en courses officielles.

Rachael Blackmore, prête à s'envoler pour le succès en selle sur Bob Olinger, lors de l'édition 2025 du Stayers' Hurdle (Gr.1), à Cheltenham
Malgré des débuts pour le moins contrastés, avec "seulement" 18 victoires pour plus de 200 montes en huit années comme cavalière, un impressionnant lot de chutes, parfois violentes, et d'incessantes railleries à son encontre, notamment sur son niveau, son âge et sa féminité, Rachael Blackmore a tout de même souhaité faire de sa passion son métier, et est donc devenue professionnelle à partir de 2015, à l'âge canonique de 26 ans (!), sur recommendation de l'un de ses premiers mentors, John "Shark" Hanlon. Travailleuse hors-pair à l'abnégation sans faille, la jeune femme n'a donc eu de cesse de défrayer la chronique depuis sa première victoire "pro" en selle sur Most Honourable (Halling), à Clonmel, en septembre 2015. Une véritable "self made jockey", briseuse de plafonds de verre, devenue, comme Nina Carberry, Katie Walsh ou encore Hollie Doyle, une idole pour beaucoup, notamment chez les jeunes femmes souhaitant elles aussi embrasser la carrière de jockey. Et une idole qui va beaucoup manquer dans les pelotons...


