Comme au trot, verra-t-on à l'avenir des galopeurs déferrés ?

07/07/2026 - Actualités
Courir sans fers au galop relève encore de l'exception. Pourtant, plusieurs entraîneurs britanniques y voient un moyen d'améliorer la locomotion de leurs pensionnaires. Une approche qui interroge les certitudes du galop moderne et rappelle les débuts du déferrage chez les trotteurs.

 

 
Au trot, le déferrage est devenu un - si ce n’est le - paramètre le plus déterminant concernant la performance. Au galop, en revanche, la ferrure reste une évidence, au point que le Code des Courses de France Galop impose qu'un cheval soit présenté ferré des quatre pieds pour pouvoir prendre le départ. Pourtant, outre-Manche, plusieurs entraîneurs n'hésitent plus à remettre en question ce dogme. Une pratique encore marginale, mais qui soulève une question passionnante : le galop pourrait-il prendre le virage du déferrage ?
 
 
       On voit clairement ici que le protégé de Chelsea Branham n'a pas de fers aux pieds 
 
 
Longtemps, la ferrure a été considérée comme indissociable du cheval de course. Elle protège le sabot, limite son usure à l'entraînement et permet d'adapter l'équilibre de chaque sujet. On a toujours fait comme ça, pourquoi changer ? Mais depuis quelques années, une poignée d'entraîneurs britanniques défendent une philosophie radicalement différente : laisser le pied fonctionner naturellement.
 
Chelsea Branham est l'un des visages de cette approche. Plusieurs de ses chevaux évoluent sans fers lorsqu'elle estime que leur qualité de pied et les conditions de terrain le permettent. Plus récemment, la pouliche Evolutionnist a notamment été autorisée à courir déferrée des postérieurs. Ici, on ne parle pas d’une pouliche entraînée par un hurluberlu courant dans un petit champ de courses provincial, mais d’une concurrente venue remporter le Prix de la Grotte (Gr.3), préparatoire à la Poule d’Essai. Son mentor, Karl Burke, avait formulé une demande de dérogation exceptionnelle, qui avait été accordée par les Commissaires de France Galop. Une autorisation assez rare. En effet, ces trois dernières années, seuls trois autres chevaux ont obtenu cette dérogation en France.
 
 
 Evolutionnist était "DP" lors de son succès dans la Grotte ©APRH
 
 
Le sujet n'est pourtant pas nouveau. Dès les années 2000, l'entraîneur britannique Simon Earle faisait figure de pionnier en présentant la majorité de ses chevaux d’obstacle pieds nus. Convaincu que le sabot amortit naturellement les chocs, il estimait que cette pratique favorisait une locomotion plus fluide tout en limitant certaines blessures tendineuses ou les atteintes provoquées lorsqu'un cheval se touche. Il déclarait également qu’aucun de ses jockeys n’avait jamais senti ses chevaux glisser durant le parcours. Ses prises de position avaient suscité un vif débat au Royaume-Uni, au point d'entraîner plusieurs discussions réglementaires avec la British Horseracing Authority.
 
 
       Un pensionnaire de Simon Earles présenté déferré en obsatcle
 
 
Au-delà des convictions des entraîneurs, la science commence, elle aussi, à s'intéresser au sujet. Une étude menée sur des pur-sang a comparé des chevaux ferrés en acier, en aluminium, avec des fers composites et totalement pieds nus. Les chercheurs ont observé que les sabots non ferrés présentaient des accélérations d'impact plus faibles, laissant penser qu'ils absorbent davantage les chocs. Pour autant, ils restent prudents : ces résultats biomécaniques ne permettent pas encore d'affirmer qu'un cheval courra plus vite, ni qu'il sera moins sujet aux blessures sur l'ensemble de sa carrière.
 
Il y a encore quelques décennies, courir un trotteur déferré relevait presque de l'exception. Aujourd'hui, le déferrage est devenu un levier de performance majeur. Les entraîneurs ciblent certaines courses pour retirer les fers, les parieurs analysent la moindre modification de ferrure et les mentions « D4 », « DP » ou « DA » font désormais partie intégrante de la lecture d'une course. La question mérite donc d'être posée : le galop pourrait-il, un jour, considérer la ferrure comme un véritable paramètre de performance plutôt que comme une simple obligation réglementaire ?
 
 
    Idao de Tillard sans ses fers lors de son deuxième Prix d'Amérique ©APRH
 
 
Nous n'en sommes probablement pas là. Nombre de pur-sang ne possèdent pas des pieds suffisamment solides pour évoluer sans fers. Mais dans certains cas, notamment pour les épreuves disputées sur la PSF, le fait de courir sans poids sous les pieds pourrait potentiellement faire une vraie différence. Comme au trot il y a plusieurs décennies, la question peut aujourd'hui sembler anecdotique. Elle pourrait pourtant préfigurer une évolution plus profonde de la manière dont les professionnels envisagent la performance.

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