Exupéry, ou la réussite de Georges Lacombe à contre-courant des tendances de l'élevage
20/01/2026 - Focus Elevage
Dimanche, Georges Lacombe a remporté son 1er Groupe en tant qu’éleveur-propriétaire avec Exupéry, lauréat surprise du Grand Prix de Pau (Gr.3). Installé à Morlac dans le Cher, l’homme de 79 ans a passé sa vie à utiliser des étalons méconnus comme le père du cheval, Désir d’Un Soir, avec une réussite assez remarquable pour être soulignée. Par Alice Baudrelle.

Exupéry après sa victoire dans le Grand Prix de Pau entouré par l’entraîneur Fabien Lagarde et ses employés, Gwladys Fradelin et Antoine Daures, l’éleveur-propriétaire Georges Lacombe et le jockey, Quentin Défontaine
Proposé à 66/1 dans le Grand Prix de Pau, Exupéry a remporté la plus belle victoire de sa carrière à l’âge de 11 ans pour la casaque et l’élevage de Georges Lacombe, qui a triomphé pour la 1ère fois à ce niveau. Ce dernier signe son 1er succès en association avec Fabien Lagarde qui entraîne le cheval depuis quelques mois, et nous a expliqué : « Je cherchais un nouvel entraîneur pour Exupéry, et je crois avoir trouvé le bon avec Fabien Lagarde. Mon neveu, Thomas Figueira, monte de temps en temps en course pour lui et m’en disait beaucoup de bien, donc je lui ai confié le cheval. Il a réalisé du très bon travail avec Exupéry qui a toujours montré de la qualité, mais qui n’a pas eu beaucoup de chance. Je voulais courir le Grand Steeple-Chase de Paris avec lui, mais soit il n’était pas bien à ce moment-là, soit il n’avait pas le terrain lourd qu’il affectionne … Dimanche, tout était réuni pour qu’il fournisse une grande performance. J’aurais été content qu’il termine 4e, mais il avait tout pour lui et il a gagné ! ».

Ici au côté du maire de Pau, François Bayrou, Georges Lacombe soulève fièrement son trophée du Grand Prix
Exupéry est le meilleur produit de son père, le défunt Désir d’Un Soir (Assessor), qui a fini sa carrière d’étalon chez Georges Lacombe : « J’avais repéré ses origines et il me plaisait beaucoup. C’était un vrai cheval d’obstacle qui adorait le terrain lourd, gagnant de la Grande Course de Haies (Gr.3) pour Marcel Rolland. Ce dernier m’avait dit que si Désir d’Un Soir n’avait pas eu des problèmes de pied, il aurait fait une carrière de crack ! J’ai appelé son propriétaire, Michel Daugreilh, pour que le cheval fasse la monte chez moi, mais il l’avait déjà loué à un haras dans le Sud-Ouest. Il m’a rappelé un an plus tard, et j’ai récupéré Désir d’Un Soir. » En dépit d’une production très réduite, Désir d’Un Soir a donné plusieurs gagnants à Georges Lacombe dont le sextuple lauréat Grandeur d’Âme, qui est monté 2 fois sur le podium du Betfair Exchange Handicap Chase (Gr.3) à Cheltenham, et le propre frère d’Exupéry, Tropeureux.

Exupéry lors de sa victoire dans le Prix Andréa à Auteuil, à l’époque où il était entraîné par Gabriel Leenders © APRH
Depuis ses débuts en tant qu’éleveur de chevaux de course dans les années 80, Georges Lacombe a toujours utilisé ses propres étalons dont personne ne voulait, et les résultats ont été au rendez-vous. Sa toute 1ère poulinière, Ixia d’Akon (Wild Pam), lui a apporté de grandes satisfactions en étant croisée avec Showy (Sunday) et Missolonghi (Protanto) : « J’avais récupéré Ixia d’Akon auprès du comte Artus de Maillé. C’était une petite jument AQPS d’1,55 m, qui n’était pas débourrée. Elle m’a donné 5 gagnants incluant Twigy (Showy), Vivixia (Missolonghi) et Sirène du Lac (Missolonghi), qui ont remporté 31 courses en plat à eux 3, dont certaines face aux purs ! Twigy s’est notamment imposé dans le Prix de Craon à ParisLongchamp sous la selle de mon fils, Adrien, et Vivixia était une jument d’exception. Elle a été la 1ère à battre Vite Fait II (Radetzky Marsch) dans le Prix d’Estruval à Maisons-Laffitte, alors qu’il restait sur 8 victoires consécutives, et elle a même terminé 3e du Grand Prix de Villeurbanne (L.) à Lyon-la-Soie. »

Le propre frère d’Exupéry, Tropeureux, s'est imposé 2 fois et s'est placé à 6 reprises en 8 sorties sur les obstacles © APRH
Outre Twigy, Showy a donné plusieurs autres vainqueurs, mais Georges Lacombe a été encore plus marqué par Missolonghi : « Showy était un très bon cheval de plat (gagnant à 11 reprises au niveau course à conditions et handicap, ndlr), que j’avais récupéré chez Willy Kalley. Missolonghi a été beaucoup moins percutant en piste mais c’était un étalon d’exception, malgré une jumenterie très moyenne. En plus de Vivixia et Sirène du Lac, il m’a notamment donné Agitato, qui a remporté 11 courses en obstacle et s’est classé 2e des Grands Cross de Craon et de Lyon, entre autres. » Missolonghi était surtout le père de Jingle Rose, élevé par la famille Chenu et vainqueur de plusieurs courses à Auteuil dont le Prix du Président de la République (Gr.3).
Désir d'Un Soir, présenté par Georges Lacombe à l'Étalon Show du Centre-Est en 2014
Georges Lacombe a hébergé bien d’autres étalons comme Fado (Unfuwain) ou encore Pistolero (Sadler’s Wells), qui ont chacun sorti une vedette du cross pour son élevage et sa casaque : Fassilado, gagnante du Grand Cross de Craon (L.) en 2010 et Bucéfal, vainqueur de l’Anjou-Loire Challenge (L.) en 2018. Il a également fait saillir le père de mère de Bucéfal, Franc Bleu Argent (Lyphard), le seul étalon qu’il ait acheté : « Hormis celui-là, je n’ai jamais mis un sou sur un étalon ! C’était un cheval compact issu d’une mère par Luthier (Klairon), avec des origines intéressantes pour l’obstacle. Les 1ers produits de Franc Bleu Argent ont bien couru, les suivants un peu moins … Quant à Fado, je l’avais récupéré par l’intermédiaire de ma nièce qui travaillait chez son entraîneur, Alain de Royer Dupré. Ce dernier est venu chez moi et a accepté de me le confier. Le propriétaire de Fado, Eduardo Fierro, a fini par me donner le cheval ! En ce qui concerne Pistolero, un frère de Pistolet Bleu (Top Ville), je l’avais loué pendant 2 ans au haras de la Baie. Il était petit, laid et oreillard, mais très plaisant dans sa façon de se déplacer. »
Fassilado, gagnante du Grand Cross de Craon en solitaire pour l’élevage et la casaque de Georges Lacombe
Georges Lacombe a encore un étalon chez lui cette année, El Valle (Dobby Road). Sous l’entraînement de Valérie Dissaux, El Valle a remporté le Prix Sigy (Gr.3) sur la ligne droite de Chantilly devant Finsbury Square et Goken : « C’est un cheval qui me plaît bien, et je l’ai pris pour ramener du sang sur mes juments. Ses origines sont moins axées vers l’obstacle que mes étalons précédents, mais il y a quelques sauteurs dans la famille. » El Valle a eu 6 produits jusqu’ici, les 1ers étant âgés de 3 ans … Mais il faudra attendre un bon bout de temps avant de les voir en piste, car Georges Lacombe n’est pas pressé avec ses chevaux : « Pendant que mes collègues gagnent à Auteuil avec des 3 ans, les miens sont encore dans les prés en attente d’être débourrés. Ce n’est pas forcément simple de trouver des entraîneurs qui veulent bien les prendre, d’autant qu’ils sont quasiment tous pressés de les faire débuter : s’ils pouvaient, ils les entraîneraient dans le ventre de la mère ! ».

Bucéfal, lauréat notamment de l’Anjou-Loire Challenge © APRH
Georges Lacombe a toujours privilégié la génétique aux performances, que ce soit avec les étalons ou avec les juments, et préfère exploiter ses chevaux lui-même plutôt que de faire du commerce : « Je suis un original qui travaille à contre-courant, mais j’ai plus de 200 victoires en tant que petit éleveur, donc ma méthode ne doit pas être si mauvaise ! J’ai fait un peu de commerce avec Éric Lemartinel avant son départ au Qatar et j’ai vendu quelques poulains aux Anglais, mais cela ne m’intéresse plus. Il me reste 6 poulinières et je n’en fais saillir que la moitié : je vais bientôt avoir 80 ans, donc il faut bien réduire ! J’ai encore la mère d’Exupéry, Sirène du Rheu (Ascetic Silver) ; elle a une 4 ans assez plaisante par Désir d’Un Soir également, qui va certainement partir à l’entraînement chez Fabien Lagarde dans le courant de l’année, et un joli 2 ans par El Valle avec beaucoup de sang. »

El Valle à 2 ans, devenu étalon chez Georges Lacombe © APRH


