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A Shin Hakiri : un crack japonais dans la plaine de l'Ispahan

25/05/2016 - Focus divers
Une centaine de Japonais, doit une bonne partie du maigre public de Chantilly, s'est déplacé sur l'hippodrome pour assister à un Gr.1 de très haute volée disputé dans le total anonymat d'un mardi, où leur nouveau crack A Shin Hikari a gagné de 10 longueurs avec Yutaka Také. Heureusement, ce n'était qu'une étape vers Royal Ascot et sa foule. Ouf.

 
Promenade de santé de A Shin Hikari qui s'impose de 10 longueurs dans le Prix d'Ispahan 2016 (photos APRH)

 

Deux jours après un Grand Steeple-Chase de Paris disputé devant une assemblée plus que clairsemée, voilà que le Prix d'Ispahan se déroule un mardi, sans que personne ne soit vraiment au courant, mis à part l'entourage des partants, tout de même. Parmi eux, des gens du bout du monde avaient préparé le déplacement depuis des mois. Venu du Pays du Soleil-Levant, A Shin Hikari a pulvérisé l'opposition pour gagner de 10 longueurs, un écart jamais vu dans une telle épreuve en France ! Et en plus, c'était tout sauf un lot de "has been" car la piste de Chantilly proposait un plateau formidable, avec notamment Dariyan et New Bay, le vainqueur du Prix du Jockey-Club au même endroit un an plus tôt. Mais manifestement, tout le monde s'en fout en France, ce qui amène à penser que la filière est aussi condamnée que tous les spectacles sans spectateurs.

 


Une scène d'une autre planète prise sur le vif par le photographe de l'ARPH : un jockey et son cheval paradent devant des tribunes françaises totalement vides après la victoire dans un Gr.1... sauf une poignée de Japonais car le gagnant, heureusement, a fait 20.000 kilomètres pour disputer ce Prix d'Ispahan. Si c'était faux, ce serait drôle

 

Heureusement donc, des Japonais portent encore un intérêt aux courses françaises. Ainsi, grâce à la présence d'un cheval nippon, d'autant plus monté par la superstar Yutaka Take, le Prix d'Ispahan a vu déferler une joyeuse cohorte nippones avec journalistes, caméras, fan clup parisien etc... Il faut savoir que les Japonais forment un peuple non seulement fier de son pays mais carrément très (très très...) nationaliste. Par conséquent, les sportifs qu'ils soient chevaux ou jockeys, qui gagnent à l'étranger deviennent des héros nationaux et suscitent passion et admiration du public. Les sportifs nippons n'ayant guère d'occasion de briller au niveau mondial, les disciplines où ils peuvent être les plus forts de la planète, comme le patinage ou les courses de chevaux, n'en deviennent que plus importantes.
 

 

Donc, sur la route de Royal Ascot et de ses Prince of Wales Stakes sur 2000 m devant 50.000 spectacteurs dont la Reine d'Angleterre, A Shin Hikari, stationné à Chantilly dans les boxes de Satoshi Kobayashi en compagnie de son leader,  a remporté en France la 10ème victoire de sa carrière en 12 tentatives. Estimé et protégé, ce 5 ans a débuté en avril de ses 3 ans. Cela parait fort tardif mais au Japon, les meilleurs chevaux ne participent pas aux filières de 2 ans. Ils débutent, au plus tôt, en décembre ou en janvier. Envoyé face aux meilleurs à 4 ans, il a effacé son échec radical dans le Tenno Sho le 1er novembre par un succès éblouissant dans la Hong Kong Cup mi-décembre. En bref, ce cheval a gagné toutes ses courses par un boulevard, à l'exception de deux échecs complets.

Pour une fois, il ne dépend pas directement de la famille Yoshida, mais de la famille Hiraï, qui élève dans deux haras à Hokkaido (plus une antenne en Irlande) et fait courir sous la bannière d'Eishindo Co Ltd. Ses chevaux portent tous le nom Eishin (comme Eishin Flash, le fils de King's Best qui a gagné le Derby) ou A Shin. Les Hiraï sont quand même en étroite relation avec les Yoshida puisqu'ils avaient acheté Eishin Flash à Shadaï et ils ont utilisé les services de leur étalon vedette Deep Impact pour faire A Shin Hikari.

Personne n'a oublié ce crack Deep Impact, sûr de gagner l'Arc de Triomphe mais finalement 3ème puis disqualifié pour contrôle positif. Une fois digéré cet épisode prévu pour être le sommet de la gloire et qui s'est fini piteusement, Deep Impact est devenu un étalon extraordinaire, meilleur successeur de Sunday Silence, tout en conservant un modèle particulièrement léger et peu attractif. Cela n'empêche pas les hordes de supporters, encore aujourd'hui, de descendre des bus garés sur le bord de la route pour prendre des photos du cheval dans son paddock à travers la barrière en bois...

 


Deep Impact à Shadaï Farm

 

Au niveau maternel, tout semble nippon et américain au pemier coup d'oeil, avec une mère par Storm Cat qui est soeur de Sir Beaufort, un solide "yankee" gagnant du Santa Anita Handicap à 6 ans pour plus d'un million de dollars de gain. Cette poulinière est nommée Catalina. Elle avait déjà 17 ans quand elle a fait A Shin Hikari. Auparavant, elle a fait plein de bons chevaux, dont le plus riche fut aussi un solide compétiteur lauréat de 15 courses, mais pas un élément de l'envergure de A Shin Hikari. Un homme en France croit depuis longtemps en ce croisement Sunday Silence / Storm Cat et vice versa. Il s'agit d'Alain Regnier du Haras de la Haie Neuve avec les résultats que l'on connait. Ces étalons Peer Gynt ou Hurricane Cat proposent soit le sang de Sunday Silence soit celui de Storm Cat.

Mais en regardant de plus près ce pédigrée, on retrouve un bon nombre d'éléments phare qui ont gagné des Gr.1 en France, comme le père de la 2ème mère, Caro, ou le père de la 4ème mère, Sea Bird. Quant à Deep Impact lui-même, il descend du croisement d'Alzao avec une fille d'Highclere (Prix de Diane). Comme quoi, comme ils disent à BFM TV, la France a tout pour réussir !

Note : un grand merci à Patrick Barbe pour toutes les informations précieuses qu'il nous livre au sujet du Japon.