Triple Couronne US : Gallant Fox le Prince de Bel Air !

31/05/2014 - Grand Destin
Après Sir Barton en 1919, La 2e Triple Couronne américaine est remportée en 1930 par Gallant Fox,  dont le presse disait qu'il n'était pas un cheval mais une institution aux Etats-Unis. Surnommé The Fox of Belair, ce fils du français Sir Gallahad est né dans le Maryland à Belair Stud, le berceau de l'élevage américain dont l'activité a duré 250 ans...jusqu'à l'assassinat du patron William Woodward Jr par sa femme !  Gallant Fox donnera un fils, Omaha, qui a lui aussi gagné la Triple Couronne. Un doublé resté unique en son genre. Par Xavier BOUGON  
 
Gallant Fox
 
 
En mars 1927 naît dans le Maryland, à Belair Stud, un poulain nommé Gallant Fox, élevé par le propriétaire des lieux, William Woodward. C’est un fils de la 1e production américaine du français Sir Gallahad et de Marguerite, une souche maternelle importée par la famille Hancock de Claiborne Farm.
 
Pensionnaire de James («Jim») Fitzsimmons, Gallant Fox débute très tôt à 2 ans le 24 juin 1929 à Aqueduct sur 1.000 mètres. Encore vert, il termine 3e et recourt 5 jours plus tard pour finir 8e des Tremont S., portant plus d'intérêt à l'environnement qu'à la course...Après avoir finalement ouvert son palmarès fin juillet, il rencontre la crème dans les Belmont Futurity et malgré un problème de trafic, ne s'incline que d'un nez face à Whichone (le poulain d'Harry Payne Whitney). Gallant Fox finit sa saison par une victoire dans les Junior Champion S. (à Aqueduct), mais c'est Whichone qui est élu meilleur 2 ans de sa génération.
 
 
 
Un document extraordinaire ! Les 3 victoires de Gallant Fox en film 35 mm. A noter que dans cette triple couronne 1930, les Preakness St. se sont disputées exceptionnellement 8 jours avant le Kentucky Derby.

 
Gallant Fox, aussi populaire que Man O’War
 
A 3 ans, monté par le jockey vedette Earl Lande, il se promène dans les Wood Memorial S. (Aqueduct) après avoir été enfermé. Exceptionnellement, cette année là les Preakness S. se disputent avant le Kentucky Derby. Il s'impose brillamment à Pimlico bien qu'ayant dû tourner en 3e épaisseur. Le 17 mai, Gallant Fox fait sien le Kentucky Derby dominant de 2 longueurs Gallant Knight (un élève des frères Jones à Audley Farm, l’un des plus grands haras de l’histoire de la Virginie, où Sir Barton avait débuté sa carrière d’étalon en 1921).
 
Le départ du Derby avait été donné, pour la 1e fois, à l’aide de stalles de départ, ce qui représente une grande révolutin dans les courses mondiales. Gallant Fox avait tiré la stalle N°8 (15 partants). Pour l’anecdote, parmi les spectateurs se trouve Edward Stanley, Lord Derby (17e du nom) invité par Joseph Widener, membre éminent du Jockey Club US (par ailleurs, éleveur à Elmendorf Farm qui avait accueilli la mère de Man O’War).
 
 
Malgré un accident de voiture qui lui avait laissé des traces, le crack-jockey Earl Sande remporte les Belmont Stakes 1930 et donc la 2e triple couronne de l'histoire américaine avec Gallant Fox.  Sande avait raccroché ses bottes deux ans plus tôt suite au décès de sa femme, mais il avait perdu toute sa fortune lors du crack boursier de 1929 et avait donc repris du service.
 
 
Arrivent enfin les Belmont S., il retrouve son rival à 2 ans Whichone, absent des 2 premières manches à cause de problèmes au genou mais était revenu à la compétition avec une victoire tellement impressionnante dans les Withers S. que le public le place favori.
 
Malgré un accident de voiture, Earl Sande est présent à cheval. Une légère bruine tombe sur New York, ce qui n'empêche pas le couple de battre Whichone.. Les Belmont 1930 battent des records d'enjeux. Gallant Fox devient ainsi le 2e vainqueur de Triple Crown et le cheval le plus riche depuis Zev en 1923 ($ 328.165 pour 11 victoires dont 9 à 3 ans contre $ 313.639 pour 23 victoires dont 12 à 3 ans !). En 1941, Whirlaway (triple couronne) battra le record de gains dans une carrière complète, la sienne ayant duré jusqu'à 5 ans. Mais il faudra attendre 1946 pour battre le record des gains à 3 ans, avec Assault (8 victoires dont la triple couronne).
 
Gallant Fox se retire suite à sa victoire dans la Jockey Club Gold Cup. Il n’aura connu la défaite à 3 ans que dans les Travers S., sur une piste détrempée, dominé (8 longueurs) par Jim Dandy (à 100/1) mais laissant son rival Whichone à la 3e place. Il entre au haras en 1931 à Claiborne Farm où il fera toute sa carrière de reproducteur. Il débute à $ 3.000 la saillie et après 22 années de monte, il s’éteint en novembre 1954.
 
Depuis le retrait de Man O'War, aucun autre cheval n'avait attiré un si grand intérêt auprès du public américain. « Il n'était pas un cheval de course, mais une institution», avait écrit le Blood-Horse Magazine.
 
 
Omaha, son fils, vainqueur de la Triple Couronne, un exploit !
 
Dès sa première année de production, il «sort» Omaha (issue d’une famille maternelle française, celle de Medeah). Pour les couleurs de Belair Stud (William Woodward, blanche, pois rouges) et l’entrainement de Jim Fitzsimmons, il fait aussi bien que son père en s’adjugeant la Triple Couronne US 1935. Ce doublé n'est plus jamais arrivé depuis aux Etats-Unis. Il faudra attendre 58 ans et un certain Affirmed pour voir un US Triple-Crown winner donné, à son tour, un vainqueur de Triple Couronne mais au Canada avec Peteski en 1993.
 
Gallant Fox va également donner, l’année suivante, le propre frère d’Omaha, Flarès (né en 1933). Ce dernier est exporté chez Sir Cecil Boyd-Rochfort (futur beau-père d’Henry Cecil) en Angleterre où il est vainqueur des Champion St. (à 4 ans) et de l’Ascot Gold Cup à 5 ans. C'est le second poulain né aux USA à remporter l’épreuve après Foxhall en 1882. Portant les mêmes couleurs, Flarès venge alors son frère Omaha, 2e de cette Gold Cup en 1936, à 4 ans. La même génération comporte Granville, élu meilleur poulain de 3 ans après sa victoire dans les Belmont S. et sa 2e place dans les Preakness S. (à un nez) de Bold Venture, le gagnant du Kentucky Derby dans lequel le pilote (James Stout) de Granville est tombé. Granville sera le père de 19 stakes-winners.
 
Parmi la production de Gallant Fox, il faut signaler deux pouliches : Lady Reynard (grand-mère de Dan Cupid), Gilded Wave (élevée par Belair Stud, petite-fille de Frizette et dont descend une certaine Dahlia)

Notes

  • Medeah, gagnante du Prix de Diane et Vermeille 1908, est issue d’une famille élevée par Edmond Blanc au Haras de Jardy. Sa fille, La Flambée (Ajax), élevée au Haras du Gazon, sera vendue aux USA en 1919 par Mme veuve Duryea à William Woodward, accompagnée de sa 2 ans, La Rablée, et de sa yearling, Flambette (Durbar). Flambette va s’imposer dans les C.C.A. Oaks et deviendra une des «matrones» de Belair Stud.
     
  • Flarès terminera sa carrière comme étalon au Canada où son fils, Chop Chop, sera tête de liste à 7 reprises et deux de ses petits-enfants deviendront grands : Victoria Park (élu meilleur 3 ans de sa génération au Canada) et surtout la matrone, Ciboulette (Chop Chop). Signalons également la pouliche Shimmer (mère de Nantallah, à l’origine, entre autres, des mères de Canonero II et d’Alysheba).
     
  • Omaha, outre quelques fils, il est le père d’une certaine Flaming Top dont descendent Nijinsky, The Minstrel et tutti quanti.
     
  • Earl Sande, vedette de l’époque, avait aligné 39 stakes-winners durant l’année 1923, un record qui tiendra 30 ans. Mais après avoir perdu son épouse en 1927, Earl Sande décide de raccrocher pour prendre sa licence d’entraîneur. A peine deux ans plus tard, les difficultés financières le forcent à reprendre son activité première. De retour, donc, à 32 ans, il reçoit une offre de William Woodward (Belair Stud) pour monter Gallant Fox. Il raccrochera définitivement deux plus tard pour exercer le métier d’entraineur. Il gagne sa première course en juillet 1933 pour le Colonel Maxwell Howard. En 1938, il décroche le titre de meilleur entraineur. A 55 ans, il fait son come-back en selle, mais pour une dizaine de montes et une victoire.
 
Le fabuleux destin américain du français Sir Gallahad
 
 
Sir Gallahad est né en 1920 dans l’Oise au Haras de Fitz-James puis rejoindra l’Orne et le Haras de Bois Roussel, comme tout le cheptel de Jefferson-Davis Cohn, qui par ailleurs était également le propriétaire de Teddy et de Plucky Liege, les parents de ce futur crack étalon.
 
Entrainé par Robert Denman (l’ancien homme de confiance d’Edmond Blanc), Sir Gallahad, qui porte les couleurs de JDC (cerise, toque noire, gland or) va remporter en 1923 la 1e étape de la Triple Couronne française, la Poule d’Essai devant Niceas (élève de S.A. Aga Khan). En prenant le train à son compte dans le Prix du Jockey Club, il sera devancé d’une encolure par Le Capucin et ce même Niceas. Viendra l’automne, pour la 3e manche, le Prix Royal-Oak dans lequel il se classe second, à distance de Filibert de Savoie. Entre temps pendant l'été, il s’était adjugé le Prix Jacques Le Marois (3 partants) en devançant Niceas. A cette époque, on saute allègrement des épreuves pour milers aux épreuves pour stayers en passant par celles dites classiques et même celles réservées habituellement aux sprinters ! C’est ainsi qu’il terminera sa saison de 3 ans par un podium sur 1.000 m. dans le Prix du Petit-Couvert (qu’il avait gagné à 2 ans) puis définitivement sa carrière à 4 ans par une 2e place dans le Prix du Gros-Chêne, remporté par son vieux rival Niceas.
 
 
Sir Gallahad, cheval français au destin fantastique
 
 
Sir Gallahad a battu Epinard dans un duel à Saint-Cloud !
 
Entre temps, la foule des grands jours (y compris des anglais en nombre) se presse à St-Cloud, le 19 mai 1924 pour un match-race sur 1.300 mètres entre le crack de Pierre Wertheimer, Epinard (59 k.) et Sir Gallahad (54 k.). Le public fait une ovation aux hommes et aux chevaux qui leur ont offert un spectacle inédit ponctué par la victoire du demandeur J.D. Cohn et de son poulain qui va devancer le champion bleu et blanc d’une encolure.
 
Il prendra ses fonctions d’étalon au Haras de Bois Roussel puis deviendra le premier étalon français exporté aux USA. Ensuite les américains importent Teddy (élevage d’Edmond Blanc et propriété de J.D. Cohn) et son fils Bull Dog, propre frère de Sir Gallahad.
 

Le 1e étalon "Fr" exporté aux USA dans un paquebot aménagé
 
 
Sir Gallahad est l’un des tout premiers étalons syndiqués en l’occurrence pour $ 140.000 en 1925. Il rejoint, en décembre, la côte Est à New York en partance de Londres sur le paquebot, le Minnetonka II. La stalle est aménagée de sorte que le tangage du navire par gros temps ne blesse pas le cheval. Il faut dire qu’il est assuré pour plus cher que son prix d’achat.
Il fait escale à Belair Stud (Maryland) puis prend très vite la direction du Kentucky, à Claiborne Farm (A.B. Hancock).
 
Sir Gallahad sera étalon tête de liste aux USA en 1930, 31, 33, 34 et 1940 pour 567 foals nés aux USA. Il a eu une influence capitale sur l’élevage américain surtout par ses filles, 12 fois tête de liste des pères de mères dont 10 années consécutives (de 1943 à 1952 et 1939 et 1955).
 
Il est le père de La France, la mère de Johnstown (Kentucky Derby 1939 pour Belair Stud), de French Vamp (d’où Decidedly, l'avant-dernier dernier californien vainqueur du Kentucky Derby, en 1962), de Gallette (d’où Gallorette, Northern Baby)... Grand-père maternel de Jet Pilot, entre autres (Kentucky Derby 1947 pour l’éleveur A.B. Hancock et la reine du cosmétique, Elizabeth Arden en son haras, Maine Chance Farm).
 
L’un de ses fils, Roman s’est aussi distingué par ses filles. Il est d’ailleurs tête de liste des pères de mères en 1965. On relève à ce titre les noms de Tom Rolfe et Chieftain (Bold Ruler)(pour Raymond Guest), la fratrie, Astray, Desert Love et Desert Law (pour William Perry, le futur associé des Hancock à Claiborne), Roman Brother. Le fils de Roman, Hasty Road, est également un bon père de mères, avec notamment Reviewer (Bold Ruler), Gay Matelda (Sir Gaylord), Forego (Forli), Queen of the Stage (Bold Ruler), Nonoalco (Nearctic), Arctic Tern (Sea Bird)...
 
Notons que lors de sa première et unique saison à Bois Roussel, il a engendré quelques pouliches dont Fête Royale (dont descendent entre autres, Acacio d’Aguilar et Floripedes, mère de Montjeu), Madame Pompadour (grand-mère de Pomare, Poule d’Essai des Pouliches), Flash (d’où Yaka), Lady Geneviève (d’où Lorenzo de Medici).
 
 
 
La grande matrone Marguerite, photographiée ici en 1927, suitée de son foal par Sir Gallahad qui sera nommé Gallant Fox.
 

Mère de Gallant Fox, Marguerite à ne pas confondre avec la Vache du Prisonnier

 

A travers l'histoire de l'agriculture françaises, des milliers de vaches ont porté le nom de Marguerite, dont la plus célèbre a été immortalisée avec Fernandel dans la Vache du prisonnier. Moins populaire dans le grand public, la jument pur-sang a pourtant marquée durablement l'histoire jusqu'à aujourd'hui.

Elevée par Claiborne Farm, Marguerite est achetée yearling en 1921 par William Wooward qui, dans un premier temps, avait pour objectif d’en faire une future poulinière (il ne s’est pas trompé de beaucoup). Elle deviendra donc la mère de Gallant Fox, mais aussi de ses propres frères, Foxbrough (Middle Park St. à Newmarket, entrainé par C. Boyd-Rochfort) et Fighting Fox (père de Crafty Admiral, d’où un certain Affirmed). Leur propre sœur, Marguery, n’est autre que la 3e mère de Trillion (mère de Triptych). C'est donc la souche de Trêve et de Moonlight Cloud.

 
Marguerite est issue de la dernière production de son père, Celt (né en 1905) qui avait été acheté par Ellerslie Stud (haras de Virginie qui avait été le premier élevage de la famille Hancock) pour $ 25.000 en provenance de Castleton Stud (James Keene). Il sera étalon tête de liste en 1921, deux ans après son décès.

Notes

  • Le Haras de Bois Roussel appartenait à l’époque au comte Gérald de Rochefort, gendre du comte Louis Roederer.qui avait donné à sa fille le haras en dot, le jour de son mariage. Les époux louent le haras à Jefferson-Davis Cohn pour un bail de 24 ans, mais JDC ne peut respecter ses engagements suite au crash boursier de 1929 et c’est un consortium exploité par Léon Volterra qui occupe les lieux. Au bout de 15 ans, le bail n’est pas renouvelé et les époux Rochefort reprennent possession de leur bien.
     
  • Teddy avait été acheté pour une « bouchée de pain »5. 400 F. à 2 ans (19 octobre 1915) par J.D. Cohn à son éleveur Edmond Blanc, en provenance du Haras de Jardy. Edmond Blanc désirait vendre une partie de son effectif en raison du climat politique de l’époque. Teddy a remporté une édition très particulière du Prix du Jockey-Club, disputée en 1916 en plein pendant la guerre sur l'hippodrome de Moulins.

 

Teddy, le père de Sir Gallahad, a été exporté de France aux Etats-Unis après son fils.


 

  • Plucky Liege, née en Angleterre en 1912, avait été baptisée Lucky Liege par son éleveur (Herbert Stern, 1e Lord Michelham, riche banquier à Londres, Paris et en Belgique) qui la renommera Plucky Liege en hommage aux valeureux défenseurs de la ville de Liège en 1914. Gagnante de 4 de ses 6 sorties à 2 ans, elle rejoindra la France et les effectifs de JDC. Vide les trois premières années, elle donnera enfin naissance à son premier foal au printemps 1919, juste après le décès de Lord Michelham (janvier). Le foal s’appelle Marguerite de Valois (Teddy) dont la descendance est majoritairement américaine (Cequillo, Fappiano, Ogygian, Quiet Charm, Quiet American, Partygoer, poulinière Wertheimer). Outre son premier produit Marguerite de Valois et Sir Gallahad (Teddy), elle deviendra, la mère d’Admiral Drake, de Bull Dog (Teddy) (étalon aussi important que son frère, père de l’important Bull Lea, d’où Citation, triple-crown), de Noor Jahan (Teddy) (d’où Pia, Sanctus, Le Marmot) et à 23 ans, de Bois Roussel (Derby d’Epsom pour l’élevage Volterra). Elle a été «élue» l’une des plus importantes matrones du début du siècle.


Bull Dog, propre frère de Sir Gallahad, un étalon qui portait bien son nom...
 

  • Le syndicat de l’étalon Sir Gallahad était constitué, dans un premier temps, de 4 porteurs de parts, William Woodward, Robert A. Fairbairn, Marshall Field III, et Arthur-Boyd Hancock (Claiborne Farm).
     
  • Robert Ashley Fairbairn gagnera deux fois le Kentucky Derby avec deux fils de Sir Gallahad, Gallahadion (1940) et Hoop Jr (1945), tous les deux élevés par lui-même en son haras, Fairholme Farm (Kentucky).
     
  • Marshall Field III (fondateur du journal Chicago Sun) gagnera, avec deux fils de Sir Gallahad, les Preakness S. 1934 (High Quest) et les Futurity S. 1935 (Tintagel, élu meilleur 2 ans de sa génération). Par ailleurs, il était propriétaire également en Angleterre et en Irlande, vainqueur des Irish Oaks à 3 reprises dans les années 20.
     
 
Belair Stud : le plus ancien berceau de l'élevage américain qui remonte à 1740 !
 
 
Les haras comptant deux vainqueurs de la Triple Couronne ne sont pas légion. Belair Stud et la famille Woodward peuvent se vanter d’avoir réussi cet exploit avec Gallant Fox et son fils Omaha. Belair Stud, foyer de la famille Woodward, a été, pendant les décennies 30, 40 et 50, le premier haras américain et l’un des meilleurs au monde.
 
Le pur-sang et Belair remonte à 250 ans, ce qui lui valut le surnom de Berceau du turf américain. En 1740, Belair Mansion est acheté par Benjamin Tasker Sr (1690 - 1768), l'un des hommes les plus riches du Maryland. Il achète cette propriété entourée de plantation de tabac à Collington, rebaptisé plus tard, Bowie (7.000 acres, environ 3000 ha).

Samuel Ogle (originaire de Newcastle en Angleterre, ancien officier de cavalerie dans la Bristish Army) épouse sa fille, Anne, beaucoup plus jeune que lui (29 ans). En 1731, il est nommé, par Lord Baltimore (né Calvert), Gouverneur du Maryland. Membre du Jockey Club du Maryland, il crée les premières courses à Annapolis. En 1747, il crée sur la propriété un haras et un centre d'entrainement. Celui-ci débute avec deux chevaux, Spark et Queen Mab, deux cadeaux de Lord Baltimore.

A la mort de Samuel, en 1752, c’est le frère ainé de sa femme, Benjamin Tasker Jr (1720-1760) qui continue l’activité du haras. Il importe d’Angleterre la célèbre Selima, une fille de Godolphin Arabian, surnommée la Reine du Turf. Elle va donner naissance à 10 foals dont six pour Tasker ce qui fera d’elle l’une des plus grandes poulinières américaines. Selima reste associée au Maryland et chaque année se disputait une course de Gr.1 à son nom jusqu’en 2011.
 
  
Après le décès de Tasker Jr, Benjamin Ogle (né en 1749) continue la tradition jusqu’à son décès en 1809. Son fils conserve la propriété jusqu’au jour où la famille se divise. Suite à des difficultés financières, il est contraint de vendre.
Le banquier James T. Woodward (de la Hanover National Bank, connue plus tard sous le nom de Chase Manhattan Bank associé à JP. Morgan) achète le domaine en 1898 mais il n’est pas un féru d’élevage ni de courses. A son décès, resté célibataire, c’est son neveu, William Sr, qui hérite non seulement de ses affaires mais aussi du haras. Passionné dès son plus jeune âge (11 ans), il assiste aux courses sur l’hippodrome de Jerome Park (l’ancien hippodrome de New York où se courait les Belmont S.).
 
William Woodward Sr décède en 1953, l’année suivant la naissance de Nashua. Son fils, William Jr, meurt deux ans plus tard (octobre 1955), dans des circonstances encore restées non élucidées (sa femme l’aurait assassiné, ce qui a inspiré l’écrivain Truman Capote). En décembre, Nashua, âgé de 3 ans, est acheté par un syndicat présidé par Leslie Combs (Spendthrift Farm) pour $ 1.250.000.
 
 
William Woodward (d'où les Woodward St.), le dernier patron de Belair Stud, ici avec sa souriante épouse Anne, qui sera accusée plus tard de son assassinat resté non élucidé !
 
 
 
 
Suite à la tragédie familiale, le haras ferme ses portes et en août 1957, le domaine est vendu au promoteur-constructeur William-Jaird Levitt pour $ 1.7 M. puis la ville de Bowie acquiert le tout en 1968. Triste fin !
 
La piste d’entrainement était occupée par James-Edward (« Sunny Jim ») Fitzsimmons (de 1923 jusqu’à la fermeture du centre), qui aura remporté 13 classiques (un score qui ne sera battu qu’en 2000 par D. Wayne Lukas) dont 3 fois le Kentucky Derby (Gallant Fox, Omaha, et Johnston...Nashua ne sera que second de Swaps), 4 fois les Preakness S. (Gallant Fox, Omaha, Nashua, Bold Ruler) et 6 fois les Belmont S. (Gallant Fox, Faireno, Omaha, Granville, Johnstown et Nashua)
 
A la dispersion de Belair Stud, il continue pour la Wheatle Stable, l’entité de Gladys Mills Phipps (associée à son frère Ogden Livingston Phipps, décédé en 1937). Jim Fitzsimmons dirigera la carrière des élèves Phipps, Bold Ruler et Seabiscuit...mais à 2 ans seulement. Ensuite, c'était une autre histoire à l'américaine.
 
 
 
L'entraineur Sunny Jim Fitzsimmons avec son pensionnaire Gallant Fox

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