Dunaden, la fierté de l’élevage Decazes

22/11/2011 - Infos générales
Le Dunaden World Tour se poursuit. Après son triomphe dans la Melbourne Cup, le protégé de Mikel Delzangles a désormais le Hong Kong Vase en point de mire. Depuis Lausanne, le Comte Edouard Decazes suivra sa tentative asiatique avec attention, et probablement fébrilité et émotion. On peut le comprendre. Dunaden incarne près d’un demi-siècle de son investissement et de son engagement en tant qu’éleveur.

Sa mère, La Marlia, porte le label du Comte Edouard Decazes. Sa grand-mère également. En fait, remonter la lignée maternelle Decazes de Dunaden nous entraîne jusque dans les années 60, jusqu’à la belle et bonne Si Sage. Pour retracer l’une des plus belles aventures contemporaines de l’élevage français, nous avons sollicité la mémoire et les notes de Pierrick Rouxel. Dirigeant le Haras de Maulepaire dans la Sarthe, où l’élevage Decazes est ancré depuis le début du XXe siècle, il revient sur les six mamans à l’origine du crack hexagonal, mais aussi sur la démarche de son éleveur.

 

 

Dunaden

 

 

A propos de l’élevage Decazes


«Remporter des courses lui plaisait, élever des pur-sang était sa passion,  mais gagner de l’argent avec ses chevaux n’a jamais été son moteur. Fils du Duc Decazes, le Comte Edouard, en tant que propriétaire ou éleveur, s’inscrivait dans une tradition que l’on pourrait qualifier de très XIXe siècle. Qui dit tradition, dit fidélité. Fidélité aux hommes (entraîneurs par exemple), fidélité à des croisements (les juments Decazes ont été souvent saillies par des étalons du Haras du Mesnil). Fidélité encore à une ligne de conduite. Le cas Dunaden est d’ailleurs très représentatif de la conception Decazes de l’élevage. La lignée maternelle de Dunaden, pour des raisons mercantiles ou autres, aurait pu être brisée à plusieurs reprises, mais les Decazes ont toujours été attachés à leurs juments. Paradoxalement, Dunaden, qui récompense leur persévérance, est né en 2006, à un moment où son éleveur a connu de gros soucis de santé qui l’ont contraint à restreindre son activité hippique et quitter sa résidence de Chantilly. Aujourd’hui nonagénaire, il vit désormais en Suisse et suit à distance les exploits du fils de La Marlia. A distance mais avec intensité. Pour l’anecdote, lors de notre plus récent échange téléphonique, le Comte Edouard s’est souvenu qu’il avait été l’invité d’honneur de la Melbourne Cup 1976 et avait été saisi par l’impact de cet événement en Australie. J’imagine ce qu’il a dû ressentir lorsque Dunaden, « l’un des siens », a franchi la ligne d’arrivée le 1er novembre dernier. »    

 

Pierric Rouxel

 

 


La lignée maternelle de Dunaden

 

Jument Année de Naissance Père/Mère
SI SAGE

1963

Sicambre / Tête Sage
BAYLEAF 1976 Roybet / Si Sage
MAPLE SUGAR 1984 Northern Treat / Bayleaf
SUGARBERRY 1989 Comrade In Arms / Maple Sugar
LA ROTUNDA 1993 Romildo / Sugarberry
LA MARLIA 1997 Kaldounevees / La Rotunda

 

 


Si Sage, la rampe de lancement


Née en 1963, cette fille de Sicambre est l’une pierres angulaires de l’élevage Decazes. Lauréate du Prix Malleret édition 66, elle s’est aussi distinguée à plusieurs reprises au niveau groupe, se classant notamment quatrième du Prix Vermeille. Disparue en 1981, elle n’a mis au monde que deux pouliches, Signare et Bayleaf.
Pierric Rouxel :
« Les Decazes avaient voulu se faire plaisir en faisant l’acquisition d’un produit de Sicambre. Ils ont donc acheté Tête Sage alors qu’elle était pleine de celui-ci. Ils n’ont pas été déçus. Leur fille, Si Sage, était une très belle jument, très gentille (avec un bien meilleur caractère que son père). Redoutable compétitrice, elle s’est toutefois révélée moins efficace au haras qu’en piste.  Elle n’était pas une très bonne laitière. » 
 

 

 

Sicambre

 

 

Bayleaf, une girafe pas très commode


Issue des amours de Roybet et de Si Sage, elle n’aura fait qu’un tour de piste, se montrant d’ailleurs fort discrète à cette occasion. Beaucoup plus performante au haras, elle mettra au monde une femelle (Maple Sugar), et trois mâles Wilton, le polyvalent North Bay et Baywood. Sans être des cracks, les deux derniers auront tout de même passé le poteau en tête à dix-sept reprises à eux deux.
Pierrick Rouxel :
« Nourrie artificiellement, choyée, Bayleaf n’avait pas un caractère facile. Il fallait lui dire « vous ». C’était une grande pouliche, le genre un peu girafe. Elle n’a pas fait carrière, se montrant assez rétive en course. Malgré cela, Monsieur et Madame Decazes ont souhaité la conserver pour en faire une poulinière. Elle a d’ailleurs produit des mâles qui ont fait une carrière très correcte. »    
 

 

Maple Sugar, racée et dominante


Comme sa mère, Maple Sugar n’aura effectué qu’une seule sortie en compétition, fournissant d’ailleurs une prestation discrète sur les haies de Clairefontaine. Comme elle, celle-ci s’est surtout distinguée au haras où elle aura mis au monde six rejetons. Parmi eux deux femelles (dont Sugarberry), mais aussi un certain Northern Spy qui a réussi une très jolie carrière en compétition (placé de groupe des deux côtés de l’Atlantique).
Pierric Rouxel :
« Maple Sugar a un peu hérité du caractère fort et dominant de sa mère. Bien croisée (elle est par Northern Treat, un étalon du Haras du Mesnil), elle avait du cadre. Elle a effectué une courte carrière de course chez Emmanuel Chevalier du Fau, un homme qui respecte les chevaux et que, pour cette raison, les Decazes apprécient particulièrement.  Son meilleur produit, Northern Spy, entraîné quant à lui par Dominique Sepulchre, a été acheté pour faire carrière aux Etats-Unis après avoir brillé en France. »
 

 

Sugarberry, super Nanny


A l’instar de sa mère et de sa grand-mère, Sugarberry n’aura pas fait d’exploit lors de ses deux seules sorties en compétition à 2 ans. Après avoir mis au monde La Rotunda à 4 ans, elle donnera naissance à une demi-douzaine de rejetons dont Kalberry qui a pris part au Prix Pénélope 2001 et qui n’est autre que la mère de l’excellent sauteur Berryville.
Pierric Rouxel : 
« Comme Maple Sugar, elle est issue d’un étalon du Haras du Mesnil (Comrade In Arms) et n’aura pas beaucoup couru. Elle ressemblait davantage à un cheval de chasse qu’à un pur-sang. Enorme, avec des aplombs très cagneux, cet amour de jument avait un instinct maternel très développé et se comportait en nounou avec tous les poulains, y compris ceux qui n’étaient pas ses descendants. Elle a mis au monde des sujets d’un modèle assez imposant. Lorsqu’ils se sont retirés, Monsieur et Madame Decazes ont tenu à conserver sa fille, Kalberry. » 
 

 

Berryville

 

 

La Rotunda, symbole de la philosophie Decazes 
 

A la différence de sa mère, La Rotunda ne mettra jamais les pieds sur un champ de courses. Très tôt poulinière, elle donnera d’abord  naissance à La Marlia avant de mettre au monde quatre sujets qui ne feront pas beaucoup d’étincelles en compétition (aucun d’entre eux ne goûtera aux joies du succès).
Pierric Rouxel :
« La Rotunda n’a jamais couru pour une raison toute simple. Au débourrage, elle a fait preuve de mauvais vouloir et s’est d’ailleurs cassé l’épaule. Comme Si Sage, elle a eu plus tard des problèmes de lactation. Avec elle, Monsieur et Madame Decazes auraient pu rompre la chaîne qui ira de Si Sage jusqu’à Dunaden, mais il n’a jamais été question pour eux de condamner une jument. Le cas La Rotunda est l’une des illustrations de cette philosophie.»
 

 

La Marlia, la maman 


Maman de Dunaden, cette fille de Kaldounevees n’a comme sa mère jamais débuté en compétition. A l’exception du crack de Mikel Delzangles, celle-ci a enfanté des sujets modestes à l’instar de Monbello (quatorze sorties publiques, aucune victoire, aucune place).
Pierric Rouxel  
« Il ne faut pas se fier aux résultats par les premiers produits de La Marlia, qui est à mon sens une jument amélioratrice. Certains d’entre eux ont connu des problèmes de croissance, ce qui est le cas de Monbello (victime de la maladie de Chien)  ou de Belluna. La Marlia avait un modèle très correct. » Foal, Dunaden était lui assez petit, très actif, facile. En le voyant, nous nous sommes dit que nous n’aurions pas avec lui les problèmes rencontrés par ses aînés.»       

 

 

Kaldounevees
 


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