Camelot : classique et fier de l'être

19/08/2018 - Ventes élevages
 Très remarqué lors de la journée d'ouverture de la vente d'août de Deauville, avec 4 lots vendus jusqu'à 400 et même 560.000 €, le jeune étalon Camelot, vainqueur de Derby d'Epsom, porte haut le drapeau du classicisme face aux valeurs "vitesse & précocité" qui font souvent la loi sur les marchés.

 
Camelot

 

On n'entend que ça : vitesse et précocité. Face à cela, dans le marché de l'élevage et des ventes, les chevaux qui sont illustrés sur la distance classique, 2400 m, restent souvent dans l'ombre des éléments les plus "speedés", victime d'une sort de défiance, comme seules les courses de 2 ans sur 1000 m comptaient dans la vie, ou comme si la capacité à tenir au delà du mile devenait un défaut.

Dans ce contexte, Camelot a réussi un très bel exploit lors de la 1e journée. Il était représenté par 5 lots. Si le 65 a été racheté pour 70.000 €, les autres lots ont été acquis respectiement pour 100.000 par Demi O'Byrne (lot 2), 110.000 € pour Joseph O'Brien (lot 53), 400.000 € pour Charles Gordon-Watson (lot 62) et même 560.000 € pour MV Magnier qui a acquis le lot 22, un frère de Young Rascal présenté par Anna Sundstrom pour le compte d'Elizabeth Fabre (Haras de Saint-Laurent).

 

 

On peut remarquer que 3 des acheteurs sont issus de la constellation Coolmore, qui est propriétaire du cheval depuis son achat pour 525.000 guineas yearling à Tattersalls, et qui le stationne étalon depuis 2014. Champion des pistes, gagnant de Gr.1 à 2 ans dans le Racing Post Trophy, Camelot a réussi l'exploit du doublé 2000 Guineas / Derby d'Epsom, qui n'a été réussi depuis Nijinsky que par 2 autres cracks, Nashwan et Sea The Stars. Camelot a même enchainé sur le Derby d'Irlande et il semblait invincible dans le St Leger de Doncaster, pour enfin accomplir cette triple couronne anglaise qui n'a pas été réussi depuis 1970. A la surprise générale, il n'a terminé que 2e, battu par un certain Encke, qui aurait été un illustre inconnu sorti de derrière les fagots s'il n'était pas fils de la championne Shawanda. Quelques mois plus tard, Encke faisait partie des chevaux de l'écurie Godolphin interdit de courir pour toute l'année 2013 à cause d'une énorme scandale de doping !

 


Le lot 22, fils de Camelot et Rock My Soul.
 

 

Camelot a mal couru ensuite dans le Prix de l'Arc de Triomphe, puis il a subi des problèmes de santé qui l'ont empêché de courir à 4 ans et est rentré étalon à 5 ans. S'il est entré dans la grande cour de Coolmore, il n'a pas été l'événement de l'année du fait qu'il ait gagné le Derby d'Epsom et donc été un cheval de 2400 m. Les gens ont semblé alors avoir oublié qu'il avait aussi remporté les 2000 Guineas devant French Fifteen. ll a marché sur les traces de son père Montjeu, champion classique, gagnant de 6 Gr.1 dont leJockey-Club et l'Arc de Triomphe sur 2400 m. Montjeu avait du attendre d'avoir une 1e génération en piste, d'ailleurs sensationnelle (Hurricane Run, Motivator, etc...) pour obtenir la reconnaissance des éleveurs commerciaux. Montjeu est malheureusement mort très jeune mais il a laissé une vraie marque dans l'élevage mondial, se transformant en un formidable père de père.

 


Montjeu, le père de Camelot.

 

Coolmore joue bien sûr sur cette corde, sans bien sûr rappeler qu'il en était de même pour son précédesseur Pour Moi, son aîné d'un an, autre fils de Montjeu gagnant du Derby d'Epsom, et dont la victoire du fils Wings of Eagles dans le Derby d'Epsom 2017 n'a pas suffi à masquer l'échec global de sa production. En fait, c'est cela dont se méfie les éleveurs commerciaux et les acheteurs de vente : que les étalons classiques deviennent des pères de trains de marchandises. Pourtant, les fiascos et désastres sont nombrex chez les étalons de toute espèce, des sprinters au stayer. Un mauvais étalon est un mauvais étalon, quelle que soit les distances sur lesquelles ne gagneront pas de toute façon.

 


Micheal Vincent O'Brien, le fils de John Magnier de Coolmore Stud.

 

Les classiques ne bénéficient donc pas d'a priori favorable et doivent avoir une production solide pour obtenir la reconnaissance. Hors, la 1e production de Camelot, si elle n'a pas fait un razzia à 2 ans en Angleterre, bien que sa fille Fighting Irish a remporté le Critérium de Maisons-Laffitte (Gr.2), fait aujourd'hui feu de tout bois à 3 ans des 2 côtés de la Manche et même de l'Atlantique. Il revendique ainsi les vainqueurs du Prix de Royaumont (Pollara), des Italian 2000 Guineas (Wait Forever), des Hampton Court Stakes (Hunting Horn) et même de 2 Gr.1, les Belmont Oaks (Athena) et Latrobe (Irish Derby).

 

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Latrobe, fils de Camelot, gagnant de l'Irish Derby 2018

 

D'ailleurs, le propriétaire de Latrobe, l'heureux Loyd Williams, également vainqueur de la Melbourne Cup 2017 avec Rekindling, est un fan inconditionnel de la 1e heure de Camelot. Il a investi sur son cas à Deauville, au moins pour le cheval acheté pour son jeune entraineur Joseph O'Brien. Camelot fait la monte actuellement à 30.000 €, un prix qui va évidemment monter l'année prochaine.