Ramsey Farm : chez le plus grand propriétaire-éleveur du Kentucky

01/12/2015 - Découvertes
Il possède 240 poulinières sur son haras de 800 hectares, Ramsey Farm, dans le Kentucky. A 80 ans, Kenneth, le plus grand propriétaire de pur-sang du Kentucky, a construit son empire hippique autour de son étalon vedette Kitten's Joy. Il vous livre tous ses secrets en ayant accordé une journée complète à la visite de France Sire. Ramsey, c'est l'Américain pur et dur, celui qui y croit, celui qui fascine l'éleveur de la vieille Europe tellement il voit la vie autrement. 

 
 
Kenneth Ramsey vit, pense, rêve et respire au rythme de ses chevaux à tel point que tout dans son domaine est blanc et rouge, avec le sigle "R" de Ramsey Farm. Tee-Shirt, Casquette, pin's (ça existe encore !) et même jusqu'au papier toilette. Vu de loin, en arrivant dans le haras où tout ne semble que gigantisme, à ne visiter que les nombreuses salles de trophées qui regorgent de coupes qui brilllent, on pourrait penser que ce républicain affirmé qui présente fièrement sa photo prise avec George W. Bush est une caricature de l'Américain prétentieux et surtout complètement mégalomane. Mais non en fait pas du tout. Cultivé, pertinent, fin et plein d'humour et amoureux de la nature, Ramsey est tout simplement un type qui aime la vie, qui adore construire et partager, qui présente avec passion ce qu'il a fait dans les moindres détails mais sans sembler en être éhontément fier. C'est le rêve américain incarné.
 
 

Kenneth Ramsey posant fièrement à côté de la statue en bronze de Kitten's Joy, recouverte par la couronne de fleurs remportée par sa fille Stephanie's Kitten dans la Breeders'Cup 3 jours avant notre visite.
 
 
L'Amérique, les States, le nouveau monde, les grands espaces, la liberté, l'entreprise, là où tout est possible... Tout cela n'est pas qu'une légende. On en a au moins trouvé une preuve vivante avec Kenneth Ramsey, un homme qui a décidé de tout consacrer aux chevaux de courses, sa passion de jeunesse, lorsqu'il est arrivé à 60 ans, âge de la retraite en France. A la faveur de la vente de son entreprise de téléphonie pour 37 millions de dollars, ce turfiste invétéré, amateur des réclamers, a conservé sa façon de penser complètement atypique mais est parvenu en deux décennies à trôner au sommet du pays. Dans le Kentucky, en terme de nombre, il surpasse les Gainesway, Claiborne, Three Chimneys, Ashford (Coolmore), Jonabell (Cheikh Mohammed), Juddmonte ou autre Adena Springs (son propriétaire Franck Stronach a aussi une énomre antenne en Floride). Donc Ramsey est le plus grand propriétaire américain au Kentucky. Il a 600 chevaux sur son haras ( y compris le centre de pré-entrainement), mais aussi...115 chevaux à l'entrainement ! Et il gère tout lui-même. Au 30 octobre, Ramsey Farm avait gagné 91 courses de Groupe dont 28 Gr.1....
 
 
 


 

 
 
L'ovni du Kentucky
 
Autant dire que c'est un ovni dans l'establishment  finalement très traditionnel de l'élevage américain organisé autour de quelques grandes familles dans le Kentucky. "Dans le monde des courses, on dirait de moi que j'ai un pédigrée outcross ! Ni mes parents, ni mes grand parents, ni quiconque de ma famille n'était investi dans le business des courses. J'ai grandi dans vieille ferme construite par mon oncle Mo. Il avait 2 mules. Donc rien à voir avec les PS. Quand j'ai eu 5 ans, ma tante, qui tenait une petite boutique à Louisville, m'a emmené à Churchill Downs pour voir l'hippodrome. J'ai eu un déclic. J'ai continué de m'y intéresser. J'écoutais le Kentucky Derby. Quand j'ai appris à lire, j'ai acheté les journaux et je faisais le papier des courses."
 
"Quand je suis parti à l'armée dans la Navy, j'ai acheté mon 1er cheval et j'ai couru à Golden Gate à San Fransico en Californie. Puis quand je suis revenu chez moi, je suis allé à l'Université du Kentucky tout près d'ici et je rêvais d'avoir une grande écurie à Keeneland. J'ai toujours eu des chevaux mais quand j'ai eu du succès dans mes affaires, j'ai enfin eu les moyens d'acheter un haras et, en 20 ans, j'en ai fait ce que c'est devenu. A la base, j'ai acheté moins de 200 hectares. Maintenant, ça fait près de 800 hectares, avec mes toutes nouvelles terres."
 
 


Sur les nouvelles terres venant d'être achetées par Kenneth Ramsey, un séchoir à tabac traditionnel sera transformé en barn à chevaux. C'est le symbole même de l'élevage américain dans le Kentucky.

 
 
En effet, Kenneth Ramsey vient d'acquérir un peu plus de 150 hectares de terres "vierges", juste de l'autre côté de la route, des terres agricoles qui pour l'instant ne ressemblent pas à grand chose à part à une ancienne parcelle de la conquête de l'ouest qui serait tombée en friche. Ramsey va tout transformer en quelques mois en paradis pour pur-sang, tout en gardant le style d'orgine avec l'indispensable séchoir à tabac qui sera transformé en barn américain dans sa plus pure tradition. "A la base, les séchoirs sont des bâtiments haut en bois, divisés en case d'environ 3 m de large sur 4 m de long dans lesquelles les producteurs posaient, les unes au dessus des autres, des tablettes sur lesquelles était déposé le tabac. Ensuite, pour y mettre des chevaux, il suffisait d'enlever les tablettes et de mettre des portes aux cases pour faire des boxes protégés de la pluie, pratiques d'utilisation mais aussi parfaitement aérés."
 
Au pays de l'hectare à 85.000 euros !
 
Non seulement Ramsey aime la construction, mais en plus des terres vierges coûtent moins cher à l'achat. " Rendez-vous compte ! Je n'ai pas les moyens d'acheter du terrain déjà prêt et cloturé en 4 lices à 35.000 dollars l'acre ! (NDLR : cela met l'hectare à environ 85.000 € !). Avec cette ferme, je paie l'acre pour 20.000 dollars (NDLR : ce qui lui fait quand même 50.000 € par hectare). Mais tout n'est pas bon pour les chevaux. Alors je vais acheter un troupeau bovin. Il y a aussi un pré à un croisement de la grande route. Je ne veux pas y mettre des chevaux. Je projette de faire une station service. Pour l'instant la municipalité refuse, mais laissez moi 2 ou 3 ans et vous verrez que j'y arriverai ! (pour rappel, Ramsey a 80 ans...).
 
 




 
 
 
L'obsession des sources naturelles
 
S'il est un fervent républicain, fier de sa photo avec George Bush et partisan de Donald Trump, s'il continue d'accumuler des dollars en bâtissant des zones industrielles, des usines et des buildings, Kenneth Ramsey reste un passionné de la nature, fier comme Artaban de son jardin potager ultra bio, buvant bouteille d'eau sur bouteille d'eau (alors que nous, on voulait plutôt une bonne bière) et complètement obsédé par ce que boivent aussi les chevaux.
 
" Les terres où j'ai construit Ramsey Farm ont toujours été un endroit parfait pour élever des chevaux de courses. Par exemple, Exterminator, qui a gagné le Kentucky Derby en 1918, a été élevé sur ces terres, qui ont donné aussi beaucoup de grands trotteurs à l'époque. Notre terroir s'appuie sur des bases très fortes en calcaire. Donc nous avons un sol riche et une bonne herbe. Une nourriture naturellement très bien équilibrée. Et de l'eau de source. Aucun de mes chevaux ne boit de l'eau de la ville, qui est pleine de chlore et de produits chimiques. J'ai 8 sources sur mon haras, qui donnent de l'eau naturelle à une température constante de 14 degrés. Mes poulinières, les foals, tout le monde boit de cette eau. Et ça fait des chevaux qui durent. Regarder Stephanie's Kitten, elle a 6 ans et gagne encore."  

En fait, l'histoire du haras remonte à celle des Etats-Unis tout court...Ainsi, le lieu a été fondé en 1783 par James Knight, un sergent de l'Armée d'Amérique qui avait reçu 150 hectares en remerciement après la victoire lors de la Guerre d'Indépendance. Les descendants se sont intéressés au pur-sang à la fin du 19ème et ont sorti leur 1er crack, Claude, surnommé le cheval de fer, vainqueur de 32 courses en 106 sorties dont les Derbies de Californie, du Tennessee et de Saint Louis en 1903. Après Exterminator, lauréat de 40 "stakes" en plus du Kentucky et mort à 30 ans en 1945, le haras des Knight s'est penché sur le trot, sortant le cheval du siècle aux Etats-Unis, Greyhound, phénoménal trotteur blanc, vainqueur de l'Hambletonian à 3 ans en 1935 puis étalon fondateur du trot dans le monde.
 
Le domaine, alors nommé Almahurst Stud, est resté dans le giron de la famille Knight jusqu'en 1960, puis il a été racheté par Kenneth Ramsey en 1994.
 
 

Exterminator, vainqueur du Kentucky Derby 1918.


Greyhound, vainqueur de l'Hambletonian en 1935
 
 
 
Kenneth Ramsey nous montre son secret : l'un de ses sources naturelles, où l'eau est d'une telle qualité que des salamandres y ont élu domicile !
 
 
L'un des fils de Kenneth Ramsey a mis au point le système très complexe d'irrigation des terres qui requiert des centaines de kilomètres de tuyau et une étude très poussée des niveaux sur des terres plutôt vallonnées. " Le calcaire et l'eau sont les secrets de la qualité des terres du Kentucky pour produire des pur-sang. Mais peu de haras l'utilisent ! Chez moi, c'est comme ça.  Et tous mes chevaux passent leur vie dehors. Ils grandissent sur l'herbe puis ils courent sur l'herbe.
 
Aujourd'hui, Ramsey Farm abrite 7 maisons, 280 boxes rassemblés dans 25 barns et 240 poulinières réparties en lots d'une dizaine partout sur le haras. Parmi celles-ci, 100 juments saillissent tous les ans à Kitten's Joy, le seul étalon du haras,  qui fait la monte à 100.000 dollars ! Il sert aussi de monnaie d'échange à Ramsey pour aller à d'autres étalons. " Par exemple, j'échange 1 saillie de Kitten's Joy contre 3 de Curlin. Cette année, je suis allé aussi à Into Mischief, Uncle Mo, que j'adore et à qui j'ai mis 8 juments, Arch, qui représente le croisement Roberto sur Northern Dancer, ainsi que son fils Blame. J'ai payé la saillie la plus chère de ma vie cette année, 300.000 dollars pour Tapit à qui j'ai envoyé Lie's Kitten, une propre soeur de Kitten's Joy."
 
Pour autant, Ramsey n'a que 35 poulinières par Kitten's Joy. En effet, il fait beaucoup tourner sa jumenterie. "Tous les ans, j'achète des pouliches à réclamer qui possèdent de bons pédigrées pour 25.000 à 50.000 dollars. Elles continuent de courir, en espérant qu'elle paient leur prix d'achat, puis je les rentre poulinières. J'achète aussi une vingtaine de nouvelles poulinières aux ventes de Keeneland et d'Ocala."
 
 

Kitten's Joy dans son paddock



 
 
 
Kitten's Joy : né d'une césarienne, aujourd'hui convoité de tous même l'Aga Khan.
 
 
Alezan avec beaucoup de blanc, et le genou gauche explosé lors de sa dernière sortie à 5 ans, Kitten's Joy ferait a priori peur à la plupart des éleveurs européens, malgré sa solide ossature. Et si les Américains craignent moins les jaunes et blancs que les Européens (enfin surtout les Anglais, qui sont les patrons in fine car ce sont eux qui ont l'argent), ils n'ont pas mis un seul dollar sur Kitten's Joy à ses débuts comme étalon en 2006, d'autant plus que Ramsey l'a démarré pour la somme de 25.000 dollars ! Aujourd'hui, Kitten's Joy produit des vainqueurs par paquet de 12, des gagnants de Gr.1 à n'en plus finir et surtout des chevaux qui durent allègrement jusqu'à 5, 6 ou 7 ans.
 
Il est pourtant né dans des conditions assez difficiles. Sa mère par Lear Fan fut la 1ère jument de Mme Sarah Katherine Ramsey, surnommée Kitten. La pouliche a donc été nommé... Kitten's First. Estimée par Bill Mott, elle s'est brisée une hanche à sa 2ème sortie, directement dans un Groupe à Belmont, en sortant des stalles. Elle a été conservée poulinière, mais à cause de son accident lui ayant causé une infirmité, ses 3 premiers produits sont morts nés ! Du coup, il a été décidé que la seule chance de survie était la césarienne, une opération fréquente chez le bovin et l'humain mais rarissime chez l'équin. Kitten's Joy est né ainsi, mais aussi son excellente soeur Precious Kitten, triple gagnante de Gr.1 sur le gazon (Gamely, Matriarch, John McBee) et qui a dépassé les 1,1 million de dollars. Elle était fille de Catienus, élève semi-classique de Darley qui fit la monte sur place à Ramsey Farm à ses débuts, en 2001. Deux ans plus tôt, Ramsey était allé chercher les services d'un étalon gris de plus en plus célèbre, El Prado. Premier fils de Sadler's Wells à faire la monte aux Etats-Unis, né d'une certaine Lady Capulet qui avait gagné les Irish 1000 Guineas 1977 pour ses débuts en compétition, El Prado a été champion des 2 ans en Irlande au dépend de son rival St Jovite en 1991. Déjà, Ramsey cherchait la capacité à courir sur le gazon. El Prado a été sacré meilleur étalon des Etats-Unis et du Canada en 2002.
 
De ce croisement est né Kitten's Joy, meilleur cheval de gazon de son époque, ayant décroché l'Eclipse Award 2004, vainqueur des Secretariat Stakes, le Joe Hirsh Classic et de 5 autres groupes. Il a aussi conclu 2ème de la Breeders'Cup Turf de Better Talk Now et 2ème de l'Arlington Million de Powerscourt, avec une blessure au genou qui signera la fin de sa carrière à 5 ans.
 

Kitten's Joy, une vedette sur le gazon, entrainé par Dale Romans et monté le plus souvent par Jerry Bailey.
 
 
C'est le père de Stephanie's Kitten, Bobby's Kitten, etc...
 
Kitten's Joy a été sacré meilleur étalon des Etats-Unis en 2014, ce qui fut une 1ère historique pour un cheval de gazon aux Etats-Unis. De romanichel, il est passé au statut de Prince capable d'attirer les juments de Gr.1 extérieures et même des juments venues d'Europe (fait devenu rare aux States). " L'an dernier, mon manager m'a appelé en me disant que l'Aga Khan voulait mettre une jument mais que la liste du cheval était pleine. Je lui ai dit " L'Aga Khan appelle ! La liste n'est pas pleine ! " Du coup, cette année, j'ai envoyé Shirley's Kitten (double placée de groupe en Italie)  chez l'Aga Khan pour la faire saillir à Siyouni C'est une bonne idée, je crois ? Un petit-fils de Linamix n'est-ce pas ?..."
 
Kitten's Joy et le gazon qui devient à la mode.
 
Les Américains ne voient plus forcément que par le dirt, bien au contraire. Même si toutes les plus grandes épreuves se disputent sur le dirt, dont les 3 épreuves de la Triple Couronne (Kentucky Derby, Preakness Stakes, Belmont Stakes) et les Breeders' Cup Classic et Juvenile. Mais les professionnels américains n'en peuvent plus des blessures incessantes subies sur le dirt, que n'empêchent pas les recours lourds à la médication qui sont pratiques mais qui dans le fond n'arrangent personne. Les Américains sachant compter, ils savent que les traitements coûtent cher et que le doping les isolent du monde en terme de valeur commerciale internationale de leur production.
 
Donc, des solutions alternatives au dirt sont requises, à travers la création de pistes en polytrack mais aussi, tout simplement, de pistes en gazon, devenues en quelques années si populaires que plus un seul hippodrome américain n'en est dénué. Les conséquences sont énormes en terme d'élevage, au grand bénéfice de Kenneth Ramsey. D'ailleurs, le fait que Kitten's Joy a remporté le titre de meilleur étalon américain, en étant uniquement concentré sur le gazon, a été un choc pour des traditions vieilles de plus d'un siècle, c'est à dire l'antiquité aux Etats-Unis. Ainsi, un cheval de gazon sur les distances classiques (2000 / 2400 m) comme Kitten's Joy, qui fait des chevaux pas précoces mais qui durent, devient vedette des étalons, un truc complètement incroyable il y a encore 10 ans en Amérique, patrie de la vitesse et de la précocité sur le dirt pour ramener de l'argent plus vite. Mais "faire tourner" semble lasser les Américains aujourd'hui, alors que les Français ne parlent plus que de ça. Mais c'est bien connu, les Français ont toujours 20 ans de retard sur les Américains... surtout au moment où ils sont en avance.
 

Grâce aux gains de Kitten's Joy, Ramsey a fait construire le Kitten's Spa... qui lui a couté 300.000 dollars. Kitten's Joy y va tous les jours, mais aussi une dizaine de pensionnaires du haras, notamment les chevaux en repos.
 

Dans le barn de monte, à la barre de gynécologie, les juments profitent d'une vue grand angle sur une photo de Stephanie's Kitten.
 " Comme ça, on leur explique directement ce qu'il faut qu'elles produisent !  "
 
 
Symboliquement, après des importations massives dans les années 70 puis un retournement de casaque brutal dans les années 90 et 2000, on note un regain très net d'intérêt pour les chevaux de gazon. Et ce n'est plus seulement le cas de la part d'Ashford Stud, où les boss de Coolmore cherchent depuis 20 ans à infiltrer le marché américain avec leur pur-sang irlandais mais, maintenant, aussi de la part des haras purement américains, comme Gainesway Farm qui vient d'acquérir Karakontie (triple gagnant de Gr.1 en France et aux Etats-Unis). Le nouveau propriétaire de l'historique Calumet Farm, le multi-milliardaire Bill Bradley, plus gros propriétaire terrien des Etats-Unis, qui possède plus d'un million d'hectares, a commencé par acheter son 1er étalon avec  Americain, le 1er Français vainqueur de la Melbourne Cup sur 3200 m. Le voilà qui investit sur Kitten's Joy. "Je ne le connais pas personnellement mais il a essayé de m'acheter 50% de Kitten's Joy, ce que j'ai refusé. Il a acheté son 1er fils étalon, Real Solution, vainqueur de l'Arlington Million, après une saison de monte chez moi. Aujourd'hui, il vient d'acheter Big Blue Kitten, 7 ans, encore placé de la Breeders'Cup Cup Turf Sprint. Il m'ont dit qu'ils allaient encore courir une saison avant de le rentrer étalon."
 
Les futurs étalons de Ramsey Farm
 
Pour succéder à Kitten's Joy, aujourd'hui âgé de 15 ans, Ramsey projette de rentrer son fils Bobby's Kitten, vainqueur de la Breeders'Cup Turf Sprint (Gr.1) pour la saison 2014. "J'ai aussi un "stallion prospect" qui s'appelle Hint of Roses, âgé de 2 ans, neveu de Kitten's Joy par Tapit. Il ne porte pas le nom de Kitten car ce n'est pas un fils de Kitten's Joy. C'est un ami, ancien gouverneur du Kentucky, qui m'avait conseillé de nommer ainsi tous les produits de Kitten's Joy, pour des raisons de marketing. Ca a bien marché !"
 

Bobby's Kitten, le futur étalon de Ramsey Farm.
 
Le retour triomphal de Stephanie's Kitten, après son succès dans la Breeders' Cup Filly & Mare Turf 2015, avec Kenneth Ramsey entouré de son fils Josh, et de deux de ses petits-enfants William et Stephanie.
 
 
La vente de Stephanie's Kitten pour 2,8 millions de dollars
 
L'une des meilleures femelles de sa génération, multiple gagnante de Gr.1, Stephanie's Kitten a remporté la Breeders' Cup Filly and Mare Turf le samedi 31 octobre 2015 à Keeneland. Toute la famille était présente, et surtout Madame Sarah Ramsey, épouse de Kenneth, qui a subi un AVC il y a 3 ans et a perdu depuis l'usage de ses jambes et de la parole, un drame d'autant plus terrible que Sarah était jusqu'alors une femme hyper active.
 
Kenneth Ramsey a ramené triomphalement sa championne de 6 ans au winner's circle, accompagné d'un des ses fils, Josh, qui travaille avec lui au haras, et de ses 2 petits-enfants, les jumeaux William et Stephanie, d'où la jument tire son nom. "C'était une journée exceptionnelle, très forte en valeur sentimentale. De plus, Stephanie's Kiten n'était pas du tout favorite, encore moins avec un mauvais n°11 dans les stalles. Elle est partie dernière, mais son jockey Irad Ortiz Jr, qui monte très souvent pour moi et que je considère comme le meilleur actuellement aux Etats-Unis, a monté une course formidable. Il a pris le risque de revenir à la corde entre les chevaux et nous avons gagné à 17/1! Une journée mémorable pour moi et toute la famille."
 
 




 
 
Cela n'a pas empêché Kenneth Ramsey de présenter Stephanie's Kitten sur le ring de Fasig Tipton (grand rival de Keeneland) dès le lendemain soir de la course. "J'ai demandé à mon manager, puis à mes fils, quelle était leur valeur estimée de la pouliche. Ca allait de 3,2 à 3,5 millions de dollars. Comme je fonctionne selon un régime de démocratie dictatoriale, c'est à dire que je décide après avoir consulté, j'ai choisi une réserve à 3 millions. Mais les enchères ne sont pas montées aussi haut."
 
J'avais déjà fait mon plan et si elle n'était pas vendue, je l'aurai emmenée à la saillie, soit de Tapit, ou alors je l'aurais emmené en Europe à votre nouvel étalon vedette. Comment s'appelle-t-il déjà ? Ah oui, Dubawi ! Et au fait, qui est le meilleur chez vous : Galileo ou...je n'arrive jamais à le dire, ah oui Dubawi ! Bref, les Japonais ont proposé 2,7 millions à l'amiable, offre que j'ai repoussé, car je voulais 3 millions. Deux jours après, j'ai accepté une offre de 2,8 millions, car le yen a perdu de sa valeur par rapport au dollar actuellement et la situation économique au Japon n'est pas rose.
 
J'ai vendu Stephanie's Kitten évidemment pour des raisons économiques. Même si ma petite-fille ne me parle plus depuis 2 jours, il faut bien faire bouillir la marmite ! Et puis je ne perds pas la famille car j'ai 2 propres soeurs à la maison et une 2 ans à courir bientôt.
 
 

Roses in May remporte la Dubaï World Cup sous la casaque de Ramsey Farm.
 
 
L'homme de Roses In May, vendu 8,2 millions de dollars au Japon
 
 
En parralèle de son élevage, Ramsey achète énormément de chevaux foals, yearlings, ou à réclamer. Le plus mémorable de ses "non-Kitten" fut sans aucun doute Roses In May, un champion aux Etats-Unis qui lui a remporté la Dubaï World Cup sous la selle de John Velasquez. "Ce fut mon cheval le plus rentable car il a gagné 5 millions de dollars en course, puis je l'ai vendu 8,2 millions de dollars comme étalon au Japon. Au départ, c'était 8 millions plus 2 cartes de saillies par an. Mais c'était trop cher et compliqué d'envoyer mes juments saillir au Japon, alors j'ai demandé 200.000 dollars de plus. Il stationne à Big Red Farm à Hokkaido mais il ne semble pas être un très bon étalon. J'ai bien fait de garder Kitten's Joy et de vendre celui-là." 
 
L'homme qui voulait conquérir le monde
 
Quand nous sommes allés à la rencontre de Kenneth Ramsey, il fêtait son 80ème anniversaire. "Ca veut dire que j'ai encore 20 ans devant moi pour atteindre mes objectifs. J'ai déjà des chevaux à l'entrainement en Europe, 2 en Irlande chez Dermot Weld, 7 en Italie chez Gianluca Bietolini (vainqueur du Prix des Sablonnets, Listed à Nantes, en 2013 avec Good Charlie Kitten) et 4 en Angleterre chez David Longdon. Je veux, avec des produits de Kitten's Joy, gagner d'une part la Melbourne Cup et aussi l'Arc de Triomphe, pour battre les meilleurs Européens sur leur propre terrain, et aussi gagner à Royal Ascot devant Sa Majesté la Reine d'Angleterre ! "
 
Lors de notre visite, Dermot Weld a appelé Kenneth Ramsey pour le féliciter de sa victoire dans la Breeders' Cup, puis lui dire que ses pensionnaires de 2 ans n'étaient pas précoces mais que ça irait à 3 ans et, surtout, qu'il voulait absolument 2 nouveaux pensionnaires pour l'année prochaine afin de préparer les courses de 2 ans à Ascot. Ramsey lui a répondu qu'il voulait que Weld lui gagne la Melbourne Cup. Weld a dit qu'il lui faudrait venir choisir le cheval adequat. Pas fou le Weld...
 
 




 
 
Il élève aussi pour l'hémisphère sud....et vise Cheltenham !
 
Les ambitions de Ramsey ne se limitent pas à l'Europe. Pour la 1ère fois, en 2014, il a fait saillir à l'automne des juments ayant pouliné le plus tardivement. "J'ai 16 produits de Kitten's Joy qui sont nés en août et septembre. Je veux avec eux attaquer le marché de l'Amérique du Sud. Je vais en envoyer aux ventes et à l'entrainement en Australie, en Argentine et au Chili."
 
Et ce n'est pas tout. Kenneth Ramsey, qui n'a peur de rien. vise... le meeting de Cheltenham. "C'est aussi un objectif pour moi. Je prévoyais un voyage avec Slip Away, un fils de Skip Away qui a été le meilleur steeple-chaser des Etats-Unis, mais il s'est blessé et son entraineur Tom Voss est mort brutalement. Alors nous avons mis le cheval à la retraite. J'ai un élève nommé Diplomat, par Kitten's Joy, vendu par Dermot Weld et revenu aux Etats-Unis où il a gagné au meilleur niveau en steeple, qui pourrait bien faire l'affaire ! "