Saint des Saints : la vraie histoire d'un formidable chef de race, racontée par Franck Champion

01/04/2025 - Zoom Etalon
Grand-père paternel des 2 grands vainqueurs de dimanche à Auteuil, Goliath du Rheu via Castle du Berlais et Sobriquette via Golliath du Berlais, Saint des Saints restera sans doute comme le meilleur étalon d'obstacle des temps modernes, en tout cas le chef de race le plus marquand, en digne fils de son mère Cadoudal. Franck Champion nous en conte les débuts, qui furent pourtant moins simples que prévus...

Retrouvez Saint des Saints lors de la Route des Etalons en 2014, alors présenté par Nicolas de Chambure.

 

Célébrés sur toute la planète obstacle, Saint des Saints, retraité ce printemps à l'âge canonique de 27 ans, a encore réussi un grand coup le dimanche 30 mars à Auteuil. En effet, il a gagné les 2 plus grandes courses du jour, le Prix Murat (Gr.2) et le Prix Fleuret (Gr.3) non pas en tant qu'étalon mais en tant que père de pères, ce qui est encore un défi plus difficile surtout en obstacle. Ainsi, il est l'auteur de Castle du Berlais et Goliath du Berlais, deux élèves de Jean-Marc Lucas, qui sont les pères, dès leurs 1ères générations respectives âgés de 5 et 4 ans, de Goliath du Rheu et Sobriquette. Cette dernière est entrainée par Marcel Rolland. Le maître de Royan, Guillaume Macaire, entraineur de Saint des Saints, est d'ailleurs le formateur de la majorité des étalons d'obstacle qui fonctionnent si bien en France après avoir brillé eux-mêmes dans la discipline.

 


Saint des Saints à Auteuil, sous la casaque de Jacques Détré portée par Benoit Gicquel.

 

Elevé par le Haras de Saint-Voir, Saint des Saints est un fils du grand Cadoudal, leader des étalons français en obstacle dans les années 80 et 90, et Chamisène (Pharly), gagnante des Prix de Sandringham (Gr.2) et de Malleret (Gr.2) en 1983 sous la casaque de Mahmoud Fustok. Nicolas de Lageneste avait récupéré cette soeur de Le Balafré (Gr.1) après son début de carrière de poulinière sans éclat aux Etats-Unis. Sous la casaque de Jacques Détré, Saint des Saints fut un excellent 3 ans à Auteuil, gagnant du Grandak en débutant puis du Petit Bob en steeple (devant La Zingarella) avant de chuter dans le Congress. Revenu en haies à 4 ans, il a enchaîné les 4 Groupes du printemps et conclu 2e de Great Love dans le Prix Alain du Breil (Gr.1), toujours monté par Benoit Gicquel, en 2002.

 


Saint des Saints au Haras d'Etreham.

 

" Le cheval avait été acquis par Etreham pour sa carrière d'étalon en fin d'année de 3 ans, pour une somme d'environ 500.000 €, ce qui représentait un montant considérable déjà à l'époque ", explique Franck Champion, le responsable historique des ventes de saillies à Etreham, et passionné d'obstacle depuis toujours. " L'affaire s'est faite à la Brasserie Murat, en face de l'hippodrome d'Auteuil, entre Jacques Détré, Nicolas de Lageneste, Marc de Chambure (qui dirigeait Etreham à l'époque avant de passer le flambeau à son neveu Nicolas de Chambure ndlr), et moi-même. C'était ainsi la toute 1ère fois qu'un haras de plat d'envergure internationale portait un intérêt à un étalon d'obstacle. Mais j'avais bien senti à l'époque le déclenchement d'un marché pour la discipline.

 


Franck Champion (ici avec Almanzor) connaît l'histoire de Saint des Saints sur le bout des doigts.

 

La saillie a été lancée à 5000 €, mais nous n'avons sailli, à grand peine, que 50 juments la 1ère saison. Il faut rappeler qu'il y a 20 ans, il n'y avait que 2 ou 3 étalons en France qui saillissait 70 ou 80 juments. Mais quand même, on était un peu déçus. Le départ a donc été difficile... Honnêtement, les 1ers produits ne ressemblaient pas à la Joconde ! On leur reprochait leurs jarrets, comme ceux de Cadoudal d'ailleurs. Les femelles étaient des ablettes et en plus on avait la concurrence de Kapgarde, entré étalon un an après nous, et qui bénéficiait d'un fort soutien de la part de son entraineur Guillaume Macaire. De plus, les irlandais qui commençaient à s'intéresser de près aux foals d'obstacle en France, avaient acheté tous les meilleurs mâles de la 1ère génération. Parmi eux, il y avait d'ailleurs Quito de la Roque, qui a été le 1er gagnant de Gr.1 de Saint des Saints outre-Manche. Bref, je vendais péniblement 40 saillies par an. Pour la 4e année, j'avais même fait un lot de saillies à 2500 € à des éleveurs du Centre-Est que j'étais allé voir lors d'une assemblée d'association."

 


Santa Bamba, la 1e gagnante et 1e black-type de Saint des Saints, et future mère de la crack De Bon Coeur.

 

Mais heureusement, le talent d'étalon de Saint des Saints s'est révélé immédiatement sur les pistes. Paradoxalement, alors que Saint des Saints a beaucoup mieux produit avec ses mâles qu'avec ses femelles, c'est une pouliche qui l'a lancé, Santa Bamba, la future mère de la crack De Bon Coeur. Santa Bamba était d'ailleurs co-élevée par Franck Champion avec Hervé et Jean-Louis Lair. " Ils avaient récupéré pour 5000 € la mère Bumble, de l'élevage Van Zuylen, chez David Smaga chez qui Etreham avait des chevaux à l'époque, et qui m'avaient dit qu'elle travaillent comme une championne le matin mais n'avançait plus l'après-midi... C'était une fille de Pistolet Bleu, que j'adorais tout comme son père Top ville. Santa Bamba avait été achetée par Jacques Détré et Nicolas de Lageneste, et confiée à Guillaume Macaire. " Gagnante du Prix d'Essai des Pouliches à Enghien, Santa Bamba a été la 1ère partante et la  1ère gagnante de son père, mais aussi sa 1ère black type quand elle s'est classée 2e du Prix d'Iéna (Listed) de Grivette. Elle a même gagné en steeple les Prix Duc d'Anjou (Gr.3) et Jean Stern (Gr.2) à 4 ans avant de devenir poulinière, et donc de donner naissance à la crack de François Nicolle De Bon Coeur (Vision d'Etat)".

 


Goliath du Berlais, gagnant de Gr.1 sur le steeple d'Auteuil.

 

A partir de 2007, le destin de Saint des Saints était lancé... ou presque. Car le futur chef de race n'a jamais été un guerrier du sexe, souffrant d'une libido plus digne d'un poète disparu dans le cercle que d'un marin débarquant au port d'Amsterdam. " En ne dépassant jamais 2 sauts par jour, avec des juments très bien préparées, on arrivait à tenir un rythme de 70 à 80 juments, par an, parfois 100 quand tout se passait bien." Saint des Saints a produit des gagnants de Gr.1 en pagaille, avec Kaadam, Fastorslow, Protektorat, Gentleman de Mée, Gaillard du Mesnil, St Donats, Gelino Bello, Monmiral, Northerly Wind, Northerly Wind, Fusil Raffles, Whetstone, Djakadam, Storm of Saintly, Quel Esprit, Quito de la Roque et bien sûr Goliath du Berlais, lauréat du Prix Ferdinand Dufaure.

 


Castle du Berlais, gagnant de Gr.3 sur le steeple d'Enghien.

 

Pour l'instant, avec ses fils au haras, Saint des Saints fait carton plein, tout d'abord avec Jeu St Eloi (exporté en Irlande grâce à ses succès), puis Castle du Berlais et maintenant Goliath du Berlais. Il a aussi David du Berlais, Na Has et Magic Dream, dont les produits ne sont pas encore en âge de courir. Saint des Saints a accompli finalement ce que son père Cadoudal n'a pu faire avant lui, lors d'une époque où on ne gardait presque jamais de poulains d'obstacle mâles dans la perspective d'en faire des étalons.

 


Cadoudal, sous la casaque de Bernard Boutboul

 

Il est par ailleurs très intéressant de constater que, si la mode est toujours à la vitesse et qu'il est plus fréquent d'avoir des futurs étalons ayant brillé sur les haies qu'en steeple, pour des raisons pratiques évidentes, la réussite des "vrais" sauteurs, c'est à dire des chevaux de steeple, la discipline restant la plus prestigieuse et authentique, est quasi parfaite. Alors qu'extrêmement peu de steeple-chasers sont devenus étalons, on peut citer dans l'époque moderne Nickname, Kapgarde, Castle du Berlais, Clovis du Berlais, Goliath du Berlais... Et rappelons aussi que, s'il reste connu pour ses propres succès en haies, Saint des Saints avait bien brillé sur le steeple-chase d'Auteuil, à l'âge de 3 ans dans le Prix Petit Bob.

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