Nouveau roman en série de Guillaume Macaire : chapitres 10 et 11

06/05/2021 - Actualités
 Oh la boulette... Ce n'est sans doute pas la 1ère fois qu'un jeune homme fait un léger écart dans un pays étranger, mais dans ce cas il faut faire très attention avec la technique. Guillaume Macaire poursuit l'histoire du jeune jockey Juan Bautista, un jeune fils prodige qui fait en Pologne la rencontre d'une comtesse qui va changer sa vie.
 
 

Résumé du 1er roman
 : l'un des top jockeys de plat en France, Jean-Barnabé Ermeline se préparait à disputer avec une 1ère chance le Prix de l'Arc de Triomphe en selle sur son champion Enigmatique. Mais à la suite d'aventures rocambolesques, il se retrouve à l'hôpital avec une balle dans la cuisse. Télécharger " A Cheval, à pied ou en voiture. "
 
Résumé des 9 premiers chapitres :
 
Ancien jockey proche de l'élite, Jean-Barnabé Ermeline a subi un grand coup d'arrêt en ayant été pris dans une sombre histoire, puis a terminé sa carrière sans éclat. Resté à Chantilly, le voilà redevenu simple lad, et cavalier d'entrainement vieillissant, tandis qu'un fils découvert sur le tard est arrivé d'Espagne plein de talent et d'ambitions pour briller au plus haut niveau sous l'habit de lumière. Alpagué par une compagne assez "hargneuse", sur laquelle Jean-Barnabé mène sa propre enquête, le jeune Juan Bautista fait rencontre fulgurante avec une comtesse lors d'un championnat en Pologne. Le soir des courses, elle l'emmène en son château pour fêter la victoire à sa façon.
 
 
 
 
 

Chapitre 10 : Téléphone
 
 
Dans le lit à baldaquin d'une chambre où ils avaient émigré un peu plus tard, la nuit  pour les deux amants ne fut pas propice au sommeil. Dansla béatitude intense, Juan Bautista avait l'impression de vivre un rêve, complètement transporté par cette aventure tellement romanesque. Abandonné aux mains expertes de sa Comtesse de roman, Juan Bautista entendit la sonnerie de son portable et fut ramené à une réalité plus terre à terre. Il attrapa son pantalon pour en extraire l'IPhone, contrarié par cette inopportune interruption. La sonnerie avait cessé mais il vit sur l'écran le nom de Bérengère. Il pensa à l'éteindre pour que pareille interruption ne se reproduise pas, mais Ana l'attira à elle en disant d'un air espiègle « Monsieur est occupé ! »
 
Il posa le téléphone sur la table de nuit et sa partenaire lui fit comprendre ses désirs. Elle semblait insatiable et son fougueux amant non moins. Le téléphone à nouveau se manifesta. Juan Bautista allongea le bras pour le faire taire tandis que sa maîtresse le chevauchait intensément. Leur fougue retombée, allongés côte à côte alors qu'elle le caressait doucement blottie contre lui, elle lâcha : « Cela fait bien longtemps que je n'avais pas fait l'amour comme cela, tu sais! »
 
L'émotion qu'il ressentait empêcha le jeune homme de trouver une répartie de circonstance. Repu d'amour charnel, il laissait son esprit vagabonder alors qu'un bip caractéristique annonça l'arrivée d'un SMS sur son portable. « Tu ne regardes pas qui c’est? » lui souffla t’elle en lui mordillant l'oreille. Certain de savoir qui venait troubler cette harmonie douce et enflammée, il répondit l'air macho: « Ça attendra ! »
 
Elle avait allumé une cigarette et ramené les draps sur elle, et semblait savourer l'instant, détendue et sereine.
« Tu ne boirais pas quelque chose? » lui demanda t’elle en se levant en souplesse avant de se couvrir d'une veste d'intérieur chamarrée. Elle traversa la chambre comme un félin. La veste était courte et Juan Bautista voyait la naissance de ses fesses bouger sensuellement alors qu'elle se dirigeait vers la porte.
 
Il regarda sa montre qui indiquait 2H30 et allongea le bras vers son téléphone pour lireen catimini le texto dont il semblait faire si peu de cas quelques instants auparavant devant sa maîtresse. « Je pense que tout va bien pour toi. On se verra à ton retour. » La rédaction pour le moins sèche, alors qu'habituellement Bérengère usait et abusait des smileys, petits cœurs et bisous virtuels, lui laissait augurer un retour peu chaleureux dont, pensait-il, il aurait vite fait d'oublier le désagrément passager. L'aventure qu'il venait de vivre avait quand même un autre goût !
 
En comparaison, il avait l'impression que sa relation avec Bérengère était bien pâle. Machinalement, il revint sur le menu et les deux appels en absence. Une vive inquiétude le traversa quand il vit que le deuxième appel, qu'il avait pourtant stoppé, avait duré 4 minutes 20...
 
Alors que la Comtesse Ana toujours féline rentrait dans la chambre avec un plateau garni d'une bouteille et de verres, il réalisa sa méprise... Dans la pénombre de leurs ébats, il avait, en voulant couper cette sonnerie dérangeante, décroché au lieu de refuser l'appel... Bérengère avait du entendre le lit à baldaquin secoué de soupirs et de mots d'amour qui, de circonstance pour les deux amants malgré leur vulgarité, ne lui avaient certainement pas déclenché la même extase ! Il riait jaune en imaginant les retrouvailles cantiliennes.
 
 
Chapitre 11 : retour dans l’Oise
 
Le jeune jockey était installé siège 24B à l'arrière de l'Airbus A319 qui roulait en douceur sur le taxiway l'emmenant à son point de décollage. « L'avantage d'un physique de jockey, c'est qu'on est plus à l'aise dans les sièges exigus que les grands modèles, » pensa t’il. « Je crois qu’il ne va pas falloir me bercer pour que je m’endorme ... »
 
Il se remémorait sa nuit où les moments de sommeil avaient été si rares ! A vrai dire, après la lecture du texto de Bérengère, son excitation déjà calmée par ses ardeurs répétées était quelque peu retombée. L’organisation de son retour à l'aéroport via l’hôtel Popieluszko où ses bagages étaient encore en souffrance, acheva de mettre un point d'orgue à la belle symphonie nocturne avec sa maîtresse.
 
Dans l'univers clos de la Porsche emplie des notes à la fois douces et gaies des variations Goldberg - c'était à n'en point douter une adepte de J.S. Bach -, ils avaient, ou plutôt elle avait, envisagé une suite - pas de Bach cette fois ci - à leur histoire improbable. Elle lui confessa que cela faisait de longs mois qu'elle n'avait pas connu de moments aussi harmonieux et intenses, et qu'elle en redemandait...
 
Elle conduisait d'une main et de l’autre lui caressait le bras en lui disant : « Après tout, Paris n'est qu'à deux heures d'ici... Une belle ville pour abriter des amants, tu ne crois pas ? » Il n'osa pas lui avouer qu'il ne connaissait même pas Paris, à part les hippodromes… Après cette nuit folle et charnelle ils flottaient un peu. Mais elle avait du cogiter pendant qu'il sortait ses bagages de l'hôtel Popieluszko, aidé par un bagagiste à la tenue encore plus défraîchie que celle du concierge car, à peine fût-il remonté dans la Porsche , elle lui dit: « Écoute, j'ai vraiment envie de revoir Paris, je vais m'organiser. Donne-moi ton téléphone. » Ils arrivèrent devant l'aérogare sur l'espace réservé à la dépose minute. Ils s'embrassèrent une dernière fois. Elle sortit de la voiture le temps qu'il rassemble ses bagages et ses idées. Elle lui lança en riant un : « Je t'appelle ! Monsieur le jockey dont je ne pourrai pas me passer longtemps des services ! », et il disparut dans la cohue des voyageurs pressés.
 
Quand Juan Bautista se réveilla, l'avion allait atterrir à Roissy. Il rassembla ses esprits pour sortir de la délicieuse parenthèse que l'Europe centrale lui avait offerte et rentra dans la vraie vie. Il devait monter l'après-midi même à Compiègne pour son patron qui n'avait pas manqué de se tenir informé chaque jour de ses résultats dans cette compétition de l'Est européen. Le fait que Juan Bautista soit espagnol comme lui n'était sans doute pas étranger au coaching que son patron lui prodiguait. Le garçon avait du talent et c'était la première raison qui encourageait Javier Torresmeca à le soutenir, mais le fait qu'un espagnol puisse se hisser en haut des colonnes ravivait en lui une sorte de fierté, un « pundonor » propre aux ibériques.
En attendant ses bagages sur le tapis roulant, il acheta Paris Turf pour se remettre dans le bain. Il y trouva avec plaisir et fierté un article sur son succès dans ce championnat d'apprentis européen. Il y avait une photo de lui et des commentaires plutôt élogieux sur sa personne et son ascension dans la hiérarchie des jockeys.
 
Il regagna Chantilly sans problème et arriva suffisamment tôt pour aller monter un lot à l'écurie avant de se rendre à Compiègne où il ne montait que les deux dernières courses. Il avait surtout envie de se faire féliciter par les copains qui allaient lui poser cent mille questions. Il était si joyeux qu'il aurait eu envie de leur faire partager sa félicité complète. Mais c'était la dernière chose à faire dans cette confrérie où tout le monde est branché sur « radio chiottes ». Il suffit de raconter une histoire aujourd'hui à Chantilly pour que dans deux jours, dans les centres d’entraînement de Pau, Marseille, Mont-de-Marsan, Senonnes ou sur les plus reculés des sites d’entraînement privés, la rumeur ait fait son chemin, grossissant comme une éponge, s'amplifiant, et se déformant de bouche en bouche...« Para vivirfeliz, vivirescondida » se raisonna t’il dans sa langue maternelle...
 
Direction Compiègne à présent... Juan Bautista partait avec d'autres jockeys qui allaient également exercer leurs talents sur le charmant et intemporel hippodrome du putois, afin de ne pas avoir à conduire, même si il avait dormi une paire d'heures dans l'avion. Alors qu'ils quittaient l'autoroute en direction du champ de courses, son portable sonna, lui rappelant un problème qu'il allait falloir régler tôt ou tard : Bérengère! Il coupa court... Un de ses compagnons de route, l’œil en coin, vit son nom s'afficher sur l'écran et esquissa un sourire assorti d'un caustique : « C'est pour quand le mariage ? », car tout le monde localement connaissait le caractère opiniatrede la donzelle.
 
« Madre de dios! Ne parle pas de ça! Pour l'instant je suis marié à mon métier ! » Il n'empêche que dans son for intérieur il savait qu'il allait devoir affronter la demoiselle... et n'avait pas encore pensé quoi lui dire... Alors qu'ils arrivaient au parking de l'hippodrome, le son caractéristique d'un SMS fit encore dire à son collègue : « Elle ne va pas te lâcher comme ça mon vieux! » Le texto était bref mais sans animosité: « On se voit ce soir? » Son sac de course et sa selle d'une main, le téléphone dans l'autre, il prit la direction du vestiaire flanqué des autres occupants de la voiture, tout en pressant les touches du clavier pour écrire : « Rappelle moi après les courses. ».

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