Aymeric Lelièvre : monter beaucoup est une chose, monter à bon escient en est une autre

26/02/2025 - Actualités
Sujet, comme bien d'autres de ses confrères, à des problèmes de poids, Aymeric Lelièvre ne peut donc se produire aussi souvent qu'il le souhaite dans les pelotons. Mais dès que l'occasion lui est donnée, celui qui a entamé une collaboration avec le très adroit Étienne d'Andigné depuis l'automne dernier sait on ne peut mieux comment "taper dans le mille", en attestent ses cinq victoires et trois places obtenues en neuf montes depuis le début de l'année. Par Juliano Denion.

Aymeric Lelièvre, après sa victoire en selle sur Goliador lundi dernier, dans le Prix Fineau, à Toulouse, pour l'entraînement d'Étienne d'Andigné et la casaque de Germain Le Borgne (© Facebook Écurie Étienne d'Andigné)

 

Dramaturge grec de derrière les fagots, Sophocle ne peut nous en vouloir de détourner sa célèbre citation pour aborder le "cas" Aymeric Lelièvre. Car il faut bien le reconnaître, le jockey d'obstacle, d'à peine un quart de siècle, détonne dans les pelotons d'obstacle... dans lesquels il ne se produit, pourtant, que très/trop peu. Mais à chaque fois avec beaucoup d'à propos. Chiffres à l'appui. En effet, au matin de ce mercredi 25 février, Aymeric Lelièvre totalise cinq victoires et trois places... obtenues en seulement neuf montes !

 

Aymeric Lelièvre, encore bien entouré ici après son sacre avec Moon Curse dans le Prix de la Trinité, lundi dernier, sur le steeple toulousain, cette fois-ci pour les couleurs de Roger de Mieulle, mais toujours pour l'entraînement très en forme d'Étienne d'Andigné (© Facebook Écurie Étienne d'Andigné)

 

Deux de ses victoires ont d'ailleurs été décrochées pas plus tard que ce lundi 24 février, sur l'hippodrome de la Cépière, à Toulouse, où le fils de Jean-François Lelièvre, permis d'entraîner bien connu de l'Ouest de la France, s'est imposé en selle sur Moon Curse (Very Nice Name) et Goliador (Goliath du Berlais), pour les casaques de Roger de Mieulle et Germain Le Borgne, et le même entraînement d'Étienne d'Andigné, auteur lui aussi, avec toute son équipe et pensionnaires du Louroux-Béconnais, d'un début d'année aussi remarqué que remarquable (27 partants, 8 victoires et 12 places au soir du mardi 25 février, ndlr).

 

Aymeric Lelièvre, posant ici avec ses parents, Cécile et Jean-François, après le succès de Gin Candice sur le steeple de Carhaix l'an dernier (© Fabienne Morin)

 

Fort donc d'un ratio de 56% "à la gagne", et de 89% "dans l'argent", qui auraient pu être meilleurs si L'Autocrate (Kamsin) et Aymeric Lelièvre n'avaient pas été mis hors course par un cheval en liberté dans la phase finale de la première épreuve du programme toulousain (le Prix de Grazac, ndlr), le dernier nommé pointe actuellement à la neuvième place dans la course à la Cravache d'Or des jockeys d'obstacle. Un bien joli classement quand on sait que le top 10 est majoritairement composé de pilotes ayant monté au moins 30 fois depuis le début de l'année... Seul Gaëtan Masure, huitième, figure dans la même situation qu'Aymeric Lelièvre, ne s'étant, pour le moment, produit qu'à dix reprises en piste, avec à la clé cinq victoires (dont les Prix Robert de Clermont-Tonnerre (Gr.3) et Antoine de Palaminy (L.), avec Kashdam (Kapgarde) et Lovely Guy (Beaumec de Houelle), ndlr) et quatre places, toutes obtenues pour ses "patrons", Arnaud Chaillé-Chaillé & François Pamart.

 

Aymeric Lelièvre, un très bon jockey d'obtscale, malheureusement contrarié par le poids, l'empêchant de se produire plus régulièrement en compétition (© APRH)

 

Mais ces excellents ratios ne sont pas une nouveauté pour Aymeric Lelièvre. Car voilà maintenant plusieurs saisons  que l'ancien apprenti d'Emmanuel Clayeux, passé ensuite au sein de maisons comme celles d'Augustin de Boisbrunet, François Nicolle, Philippe Cottin, Jérôme Delaunay, Kevin Tavares en France, ou celles de Dan Skelton et Emmet Mullins outre-Manche, les entretient, avec la quasi précision d'un horloger suisse. L'accent helvète en moins. En 2024 : 61 montes, 20 victoires, 28 places, pour un ratio de 33% "à la gagne", et 79% "dans l'argent". En 2023 : 68 montes, 15 victoires, 38 places, 22% "à la gagne", 78% "dans l'argent". En 2022 : 41 montes, 9 victoires, 27 places, 22% "à la gagne", 88% "dans l'argent"... Aussi survient la question co..., la question ...quine, la question coquine que beaucoup de personnes suivant et aimant les courses se posen t: pourquoi ne voit-on pas plus souvent Aymeric Lelièvre dans les pelotons, au regard de ses statistiques pour le moins flatteuses ? La réponse tient en un mot, un tout petit mot de cinq lettres, qui demeure pourtant un problème immense, colossal même, pour bien des jockeys, de France et d'ailleurs: le poids.

 

Aymeric Lelièvre, lors d'une victoire avec Isagirl sur le cross palois, fin 2023 (© APRH)

 

Car oui, Aymeric Lelièvre est grand. Très grand. Trop grand. Et pas seulement par le talent à cheval. Toisant près d'1m80 au garrot, celui qui baigne dans l'univers des courses et du cheval depuis tout petit (il est aussi le neveu de Michel et Dominique, anciens entraîneurs, et le frère de Maud, qui a récemment rejoint les pelotons des Cavalières, ndlr) ne peut monter en-dessous de 67 kilos, et se voit donc souvent contraint de laisser sa place dans le "tabouret" à d'autres de ses collègues de vestiaire. Pas forcément meilleurs. Mais assurément plus légers. En outre, malgré tous ses efforts pour parvenir à stabiliser son poids, celui-ci demeure parfois encore bien trop lourd à certaines occasions, et nécessite que l'entourage de ses partenaires en piste ne lui accorde une ou plusieurs livres, selon les cas.

 

Aymeric Lelièvre, un jockey d'obstacle aux statistiques pour le moins flatteuses (© APRH)

 

De plus, malgré son jeune âge (24 ans, ndlr), il a déjà connu son lot de chutes et de blessures, l'ayant tenu un certain temps éloigné des hippodromes. Des période "d'inactivité forcée" propice à la prise de poids, ainsi qu'à l'apparition de l'embonpoint. Surtout lorsque l'on aime la bonne chère. Comme beaucoup sur cette Terre. Et c'est peu dire de la bataille psychologique et physique qui s'ensuit pour tenter de revenir. Une bataille âpre, douloureuse, qu'il faut souvent livrer plusieurs fois dans une seule et même saison. Et qu'Aymeric Lelièvre a déjà très/trop bien connue. À tel point de lui donner envie d'arrêter le métier. Plusieurs fois. Seulement voilà, chez les "Lelièvre", la passion pour le cheval est plus forte que tout. Et malgré bien des déboires, Aymeric a toujours su retrouver l'envie et la "niaque" de réendosser à chaque fois l'habit de lumière. Avec la réussite qu'on lui connaît. Une réussite qui ne se dément pas, et qui ne demande qu'à se poursuivre en 2025. Pour peu que ses problèmes de poids soient un peu moins... encombrants. De manière à ce qu'il puisse monter réguglièrement. Beaucoup plus régulièrement. Tout en continuant à être constant. C'est en tout cas tout le mal qu'on lui souhaite !

 

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