Prix Rothschild : la surprenante Maria et le vieux milliardaire Sir Robert Ogden

04/08/2015 - Grands destins
Prometteuse à 2 ans, Amazing Maria ne fait que confirmer les espoirs de son ancien entraineur. Mais qui est vraiment Sir RObert Ogden, vieux milliardaire anglais parti de rien, qui a su faire jaillir la lumière de là où tout le monde fuyait l'obscurité, fu fond des mines de charbon à Manchester ou au sol trempé des docks malfamé de Londres.


SIr Robert Ogden, ramenant sa jument Amazing Maria après son succès dans le Prix Rothschild 2015 à Deauville. (PHOTO APRH)


Son premier entraineur, Edward Dunlop, voyait en elle une gagnante des Oaks

Amazing Maria a pris pension dans les boxes de David O’Meara après être passée dans ceux d’Edward Dunlop à Newmarket. L’écurie «d’Ed»est touchée par un virus qui affecte l’ensemble de son effectif. Les résultats se font attendre et il n’en faut pas plus pour que la prometteuse fille de Mastercraftsman (Danehill Dancer) ne rejoigne, durant l’hiver 2014, le Yorkshire, entre Thirsk et Nawton. Tous les espoirs étaient permis puisqu’en août de ses 2 ans, elle survole, à Goodwood, les Prestige St. (Gr.3), montée par Gérald Mossé. L’entourage fait l’impasse sur l’automne et compte lui faire faire sa rentrée à 3 ans dans les Nell Gwyn St., en vue des 1000 Guinées. Que nenni, Ed. Dunlop est, malgré tout, confiant et lui fait prendre le départ des Oaks, sans préparatoire. Son entourage avait fait appel à Frankie Dettori qui, malgré son talent, ne pourra la porter sur son dos. Elle terminera au dernier rang.

Même résultat à Deauville, le 15 août suivant, montée par Gégé (Mossé), dans le Prix de Lieurey, celui de Bawina (qu’elle retrouvera un an plus tard) et en septembre à Doncaster. C’est ainsi que l’élève de Sir Robert Ogden prend la direction du nord du Yorkshire (où est également installé un certain Kevin Ryan, l'entraineur de The Grey Gatsby).
 
Notes :
 
  • Les pensionnaires d’Edward Dunlop (l’ex mentor de Snow Fairy et de Ouija Board) n’ont pas gagné un seul groupe depuis octobre 2013, date de la victoire de Joshua Tree dans la Canadian International de Woodbine. La mauvaise passe s’estompe enfin en juin dernier avec le succès de Trip To Paris dans la Gold Cup à Royal Ascot, mais Amazing Maria est déjà partie ! 
  • David O’Meara, né en Irlande en 1977, a obtenu sa licence d’entraineur en 2010 après avoir été jockey d’obstacles pendant 13 ans pour, entre autres, Tim Easterby. Installé à Arthington Barn Stable, situé entre Thirsk et Nawton, il serait actuellement à la tête de 120 chevaux. Blue Bajan (Montjeu), âgé de 9 ans en 2011, lui décroche son premier gagnant de groupe (Henry II St.), suivi de Penitent (second du Prix La Forêt 2012). Son premier Gr.1, il le doit à G Force (Tamayuz) dans la Sprint Cup d’Haydock suivi, moins d’un mois après, par Move In Time (Monsieur Bond, fils de Danehill Dancer) dans le Prix de l’Abbaye de Longchamp. 
  • Le succès d’Amazing Maria dans le Prix Rothschild (devant notre championne de 3 ans, Ervedya et la 4 ans, Bawina) vient après celui du 10 juillet à Newmarket dans les Falmouth St. (dans lesquels elle avait été supplémentée) et celui des Duke of Cambridge St. (Gr.2) à Royal Ascot qui devançait, à cette occasion, Rizeena et la cantilienne, Cladocera. Le résultat des Falmouth St. donnait à penser qu’elle avait eu de la chance après une course sans train face aux françaises, Avenir Certain, Bawina et Fintry. Mais si l’on se réfère à la carrière qui aurait pu être la sienne à 3ans, ne doutons pas qu’elle est pétrie de talent. David, qui présentait son premier partant à Deauville, avait fait appel à Olivier Peslier, en remplacement de James Doyle (son pilote à Newmarket et Ascot) retenu par Clive Brittain sur Rizeena. Le programme futur d’Amazing Maria passerait par les Matron St. à Leopardstown en septembre. Dommage que le Jacques Le Marois vienne si tôt.
     


Amazing Maria s'impose sous la selle d'Olivier Peslier.

 
Sir Robert Ogden, l’ainé de six enfants, débute à la ferme
 
Né en 1936 à Bradford (près de Leeds dans le Yorkshire), Robert Ogden est l’ainé de six enfants d’un père entrepreneur à Bradford. Dès l’âge de 15 ans, son père le fait travailler dans une ferme ce qui lui donne une idée. Après le service militaire, il fonde une entreprise d’engins capables d’extraire des carrières les matériaux destinés à la construction de routes permettant à des fermes ne plus être isolées. Il reçoit une subvention du gouvernement. C’est le début d’une entreprise mondialement connue.
 
Il a monté cette fortune colossale en croyant là où tout le monde ne voyait que tristesse et désolation. Des terrils noirs, sombres et obscurs. La dépression, le tunnel, le fond de la mine, le désert industriel. Voilà où Sir Robert Ogden a trouvé son inspiration, et où il a construit son immense fortune. A la base, il a acquis ses terrils, symboles de la chute inexorable de l'exploitation minière du nord de l'Angleterre, poussée dans le dos au fond du précipice par Margaret Thatcher. De monstrueux tas de déchets...Il les a vidés de leur contenu, ayant trouvé un débouché pour vendre les déchets de charbon, même à bas pris. Mais du coup, il s'est retrouvé avec d'immenses terrains parfaitement plats en banlieue toutes proches de grandes villes comme Manchester, qui lors de leur réveil se sont étendues. Il a vendu les terrains acquis des clopinettes. Un énorme bingo. La méthode se répète. Le lugubre quartier des docks de Londres a été longtemps abandonné tel une friche humide et malfamée. Puis le "boboisme" a poussé les jeunes riches vers ses quartiers en pleine réfection. Qui en était propriétaire ? Sir Robert Ogden. En 2006, il a vendu 1,8 hectare de terrains à bâtir sur les docks pour l'équivalent de 85 millions d'euros !
 
Sir Robert Ogden, souvent bien entouré, a deux passions : la charité, qui lui a permis d'être anobli par la Reine, et les courses de chevaux. Depuis des lustres, il fait partie des élites de l'obstacle. Sa casaque à damiers s'est illustrée outre-manche avec plusieurs anciens français, Fadalko, Ungaro, Exotic Dancer, Voy Por Ustedes, entre autres. Mais voilà qu'à près de 80 ans, Sir Robert se lance un nouveau défi, le plat. Finalement c'est assez logique, vu qu'à son âge, il évite désormais de passer ses hivers dans la froide et humide Angleterre, lorsque les courses d'obstacle s'y disputent, il préfère avoir des partants pendant l'été, la saison du plat, qui courent devant ses yeux et ceux des sa compagnie jeune et blonde.
 
 

Sir Robert Ogden, en campagnie sportive d'une part (Olivier Peslier) et flatteuse d'autre part.
 
 
Il est tout de même assez amusant de signaler cette arrivée fracassante de ce type de personnage sur le marché du plat, qui symbolise en fait un retour sur un circuit. Le plat a été délaissé par les riches anglais dans leur pays depuis 30 ans, à partir du moment où ils en eu assez d'être dominés par les princes arabes. Ces riches locaux, toujours passionnés par le turf, se sont alors dirigés vers l'obstacle, libre d'intérêts moyen-orientaux. Aujourd'hui, un grand propriétaire d'obstacle fait le chemin inverse. Et c'est juste au moment où il a pris place en haut des tribunes de Deauville, pendant la session d'août 2010, que celles-ci s'était vidées des princes du désert, les Maktoum qui sont très transparents voir complètement absents pour le cas de Cheikh Mohammed en cette été-là, et les qataris pas encore arrivés à l'époque. C'est à croire que même s'il ne le décide pas à l'avance, Sir Robert Ogden débarque toujours dans des places abandonnés...provisoirement
 
En 2006, sa casaque avait fait une première apparition remarquée en gagnant son premier Gr.3 dans les Albany St. à Royal Ascot, avec une 2 ans achetée ($ 500.000) aux Etats-Unis, Sander Camillo (Dixie Union), sous l'entraînement de Jeremy Noseda. Elle sera revendue en décembre de ses 3 ans à John Ferguson pour Darley Stud pour 3.200.000 Guinées.
 
En mars 2007 à Calder en Floride, il se fait adjuger à la vente de sélection de Fasig Tipton, trois 2 ans pour $ 2.030.000 dont une pouliche nommée Messias Da Silva (Tale of The Cat), payée $ 700.000. Elle deviendra la mère d’Amazing Maria, élevée en son haras du Yorskhire, près de Wetherby, Sickling Hall Stud (107 acres).
 
Olivier Peslier offre à Sir Robert Ogden son premier Gr.1 de plat outre-manche.
 
Un yearling acheté à Newmarket en octobre 2007 lui procurera trois ans plus tard son premier Gr.1 en plat avec Sans Frontières, un mâle issu de Galileo et d’une mère par Shirley Heights (le bon croisement), acquis pour la modique somme de 450.000 Guinées. Il s’impose dans l’Irish Saint-Leger sous la monte d’Olivier Peslier et l’entrainement de Jeremy Noseda.
 
En 2010, Ogden passe la vitesse supérieure et fait feu de tout bois en se faisant adjuger à Deauville huit lots pour 1,74 millions d'euros, conseillé par son courtier John Warren Bloodstock.
 
Sir Robert Ogden enlève donc son premier Gr.1 en France, plat et obstacles confondus, grâce à Amazing Maria dans le Prix Rotschild 2015.