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Syndicat des Eleveurs...sans sol : tiers état puissant mais trop silencieux

24/09/2015 - Focus divers
Les Eleveurs sans sol représentent près d'1/3 des éleveurs en France. Ils ne se sentent que peu considérés, à tort, et ont obtenu des avancées fiscales majeurs (possibilité d’opter pour la TVA agricole, possibilité pour les non-intervenants de rester hors fiscalité sauf pour les plus values, déduction des pertes de leurs autres revenus pour les intervenants professionnels, etc...). Le Syndicat des Eleveurs a été, en 2014, à l¹initiative d¹une démarche unique : conduire un grand audit sur les éleveurs sans sol pour mieux les connaître et mieux "prendre la température" de leur moral. Voir les conclusions ci-dessous.

 

 

 PARTIE 1 : LES ELEVEURS SANS SOL : QUI SONT-ILS VRAIMENT ?

Suite à un grand sondage interne, réalisé auprès de tous les éleveurs membres du Syndicat, un étude très détaillée a été livrée pour l'Assemblée Générale du Syndicat 2014. Elle révèle des états de fait parfois très surprenants, dont l'essentiel vous est livré ci-dessous avec force graphiques et visuels.

 


1 - Quand ont-ils débuté leur activité ?

Nous remarquons que la majorité des éleveurs sans sol a débuté son activité il y a plus de 10 ans. Dans cette pyramide des âges (inversée) consacrée au début d’activité : la base des nouveaux entrants (ayant moins de 5 ans d’activité derrière eux) est de 25 %.

En outre, 20% des éleveurs interrogés se situent dans la tranche intermédiaire (i.e. ayant débuté leur activité entre les 5 et les 10 dernières années).

2 - Combien de jument possèdent-ils ?

La majorité des éleveurs interrogés possède une à deux poulinières (40 %). 51 % de la population sondée possède tout au plus 2 poulinières. Les éleveurs qui détiennent 3 juments et plus représentent 49% de la population. Ce résultat peut paraître étonnant. Un rapprochement avec les données statistiques de l’IFCE sur la population totale d’éleveurs nous montre que principalement les éleveurs français, qu’ils soient avec ou sans sol, possèdent une à deux juments (pour une moyenne de 1,8 jument détenue par éleveur en 2012).

 

 

Les éleveurs interrogés, principalement membres du Syndicat, sont des éleveurs sans sol avec des effectifs d’élevage supérieurs à la moyenne nationale. L’échantillon d’éleveurs qui compose l’étude relève d’une population d’éleveurs majoritairement avisés et ayant tendance à avoir des raisonnements professionnels par rapport au gisement d’éleveurs sans sol français.

 

 3 - Leurs juments sont elles toutes dans le même haras ?

 

Les éleveurs sans sol entretiennent une relation d’exclusivité en majorité avec un seul haras (57 %), 1/3 mettent leurs chevaux dans plusieurs haras et enfin, 10 % des éleveurs optimisent leurs chances de bien vendre en confiant leurs poulains avant les ventes à des préparateurs spécialisés (un raisonnement très professionnel).

Logiquement, 73% des éleveurs ayant 1 à 2 poulinières les mettent dans le même haras. Chez les éleveurs propriétaires de plus de 5 poulinières : 69% les confient à plusieurs haras (dont 27 % à des préparateurs spécialisés avant les ventes) et 43 % les répartissent dans plusieurs haras.

 

 


Pierric Rouxel décrit l'importance capitale des éleveurs sans sol au sein du Syndicat des Eleveurs et de la bonne marche des courses en France en général et en particulier auprès des haras et éleveurs professionnels détenant des structures d'accueil de jumenterie extérieure avec le personnel compétent.

 

4 - Vendeurs ou pas vendeurs ?
Les débouchés majoritaires de la production sont..en fait très partagés ! En effet, les éleveurs mixtes sont majoritaires (45%), les éleveurs exploitant tous leurs produits en courses, sans vendre sur le ring, représentent un peu moins d’1/3 de la population globale.

Les éleveurs se réclamant d’être uniquement vendeurs de leur production représentent 24 %.

* : Éleveurs exploitant les poulains issus de l’élevage, en courses sous leurs couleurs, en association ou en location
 

 5 - Plat ou obstacle ?

Pour avoir une vision plus simple de l’orientation de la production, nous avons décidé de juste considérer les réponses des éleveurs qui destinent leurs poulains à une carrière uniquement en obstacle, uniquement en plat ou de manière équilibrée à une répartition mixte (50% des produits destinés au plat et 50 % à l’obstacle).

Ces éleveurs représentent 67 % des réponses reçues. La grande majorité (43%) de la population destine ses produits à une carrière de plat.

 

  

PARLONS FISCALITE, PARLONS ARGENT...
 

6 - Plus de la moité de non-intervenants

Les éleveurs ayant choisi d’être non-intervenants sont majoritaires (55 %). Les éleveurs sans sol ayant opté pour un statut professionnel représentent un petit tiers de la population (31 %). Les intervenants non-professionnels ne représentent que 15 % de la population.

Les éleveurs assujettis à la TVA représentent 48% des éleveurs sans sol ayant répondu au questionnaire, les non-assujettis représentent eux 52 % de la population. Seuls 6 % au sein de cette dernière population souhaitent s’assujettir. L’augmentation de la TVA en 2013 n’a pas semble-t-il été suivie par un besoin fort de s’assujettir. De manière empirique, nous savons que les éleveurs sans sol craignent des lourdeurs et des coûts liés à l’assujettissement (frais d’un cabinet comptable, peur du contrôleur fiscal) pour « de faibles bénéfices » (retours de plusieurs consultations téléphoniques).

 

En bleu : éleveurs assujettis - En rose : éleveurs non-assujettis

Les éleveurs assujettis à la TVA représentent 48% des éleveurs sans sol ayant répondu au questionnaire, les non-assujettis représentent eux 52 % de la population. Seuls 6 % au sein de cette dernière population souhaitent s’assujettir. L’augmentation de la TVA en 2013 n’a pas semble-t-il été suivie par un besoin fort de s’assujettir. De manière empirique, nous savons que les éleveurs sans sol craignent des lourdeurs et des coûts liés à l’assujettissement (frais d’un cabinet comptable, peur du contrôleur fiscal) pour « de faibles bénéfices » (retours de plusieurs consultations téléphoniques).

 

 

7 - Combien ça coûte ? Combien ça rapporte ?

 

  • Les coûts d'exploitation

Pour les éleveurs-vendeurs, les frais de pension constituent la part la plus importante des coûts (54%). 20% de ces frais de pension sont consacrés aux frais de préparation aux ventes. Il était intéressant également de les isoler et de constater, pour cette catégorie, qu’ils représentent 10 % des coûts totaux pour les éleveurs-vendeurs. Les investissements en matière de saillies représentent 29 % des coûts d’exploitation.

Les frais de pension représentent la part la plus importante des coûts pour les éleveurs exploitants (38 %) et sont proches des frais d’entraînement (31 %). Les éleveurs-exploitants accordent en moyenne 10 % de moins à leurs investissements en achat de saillies. En ce qui concerne les éleveurs-mixtes, les frais de pension représentent 1/3 des dépenses, les frais de saillies et d’entraînement sont les charges les plus importantes à suivre avec un pourcentage identique (29 %). Les frais de préparation aux ventes comme pour les éleveurs exploitants ne représentent que 1% des frais de pension. Assez logiquement, la recette majoritaire des éleveurs vendeurs est constituée par les ventes (89 %), les primes à l’éleveur représentant 9 % des produits.

 



  • Les produits d’exploitation

Pour les éleveurs-mixtes, les allocations en courses représentent la majorité de leurs revenus (47%). La part des recettes des ventes (31%) se situe assez logiquement entre la part importante qu’elle représente chez les vendeurs (89%) et la part minoritaire dans les produits des éleveurs exploitants. Les produits des éleveurs-exploitants sont constitués là aussi logiquement en majorité des allocations en courses ; les redevances locatives ne représentent que 17 %. Les primes à l’éleveur représentent en moyenne 13 % du revenu des éleveurs, cependant, ces primes sont dépendantes des performances des produits en courses, elles sont donc très variables d’un exercice à l’autre.
 

8 - Le plat : une porte d'entrée

Conformément à ce que nous pensions de manière empirique, l’élevage à orientation plat est la porte d’accès à l’élevage sans sol. 67% des « nouveaux éleveurs sans sol » débutent cette activité par l’élevage de chevaux destinés à courir en plat (VOIR CI-CONTRE).

Chez les éleveurs-vendeurs, 78% se déclarent comme produisant majoritairement des chevaux de plat. Les éleveurs professionnels produisent majoritairement des chevaux de plat (64%), tout comme les intervenants non professionnels (77%). Ces deux constatations sont très logiques puisque l’élevage de chevaux de plat, souvent lié à de forts investissements en capitaux, « encourage » les éleveurs à adopter un statut fiscal vis-àvis de cette activité.

 

Les éleveurs exploitants sont majoritairement assujettis (55%). Très certainement parce que, exploitant leurs produits, ils peuvent récupérer la TVA sur les factures d’entraînement. Les éleveurs-vendeurs ont eux, majoritairement (à 68 %) opté pour un non-assujettissement.

Les poulains vendus par ces derniers
le sont sans TVA. Les coûts de production sont eux payés avec TVA sans possibilité de la récupérer (au taux réduit pour la plupart) (VOIR CI-CONTRE).

Les éleveurs sans sol non-assujettis (sans volonté de s’assujettir) sont majoritairement des éleveurs de plat (68%)

 

 

 

PARTIE 2 : LA CRISE ! COMMENT ON Y RESISTE ?

1 - Courber l'échine, plier les gaules ou ajuster le tir ?

Voici les réponses au questionnaire soumis aux éleveurs du Syndicat, sur le sujet de la réaction face à l'augmentation des coûts de production, notamment la TVA.



Voilà qui nous permet de mettre en évidence un certain « optimisme» chez les nouveaux éleveurs sans sol qui, aussi parce qu’ils ont moins d’effectifs, estiment pouvoir optimiser plus facilement leurs coûts de production. Ils sont plus disposés à effectuer une sélection dans leur stock d’élevage que les plus anciens qui, quant à eux, raisonnent en réduction d’effectif et doutent sur la poursuite de l’activité.

Les effets très négatifs sont situés a gauche et en bas et l’on voit bien que les losanges sont tirés vers le bas pour les éleveurs installés depuis longtemps. C’est un signe alarmant.

 

Près d’un quart des éleveurs, qu’ils soient vendeurs, mixtes ou exploitants, s’interrogent sur la poursuite de leur activité !

La figure CI-CONTRE témoigne de la plus grande « adaptabilité » et « réactivité » des éleveurs vendeurs qui sont plus prompts à optimiserleurs coûts de production et à sélectionner leur jumenterie face au signal négatif que représente l’augmentation générale des coûts de production. Ce qui n’est pas étonnant puisqu’ils sont déjà rompus à l’adaptation aux besoins du marché, étant vendeurs.

CONCLUSION :

En réaction face au signal fort de l’augmentation globale des coûts de production, les « jeunes éleveurs » sans sol et les éleveurs vendeurs réagissent avec plus d’optimisme en arborant une volonté d’ajustement. Les éleveurs plus « expérimentés » et qui, logiquement ont des effectifs d’élevage plus importants, ont plus de difficultés à se motiver pour s’adapter aux conditions actuelles. Une certaine « nostalgie fiscale » peut aussi les pousser à plus facilement envisager la cessation de l’activité. C’est le « ras-le-bol fiscal du cheval » avec plus du quart des éleveurs qui s’interrogent sur la poursuite de leur activité.

 

 


2 - Réduction des voilures

 

Pour les non-assujettis, l’augmentation en 2013 de TVA dans le secteur des activités équines :

Comme pour le point précédent, cette question proposait 3 choix différents.

Les 3 figures ci-dessous sont le
témoin direct du malaise profond.

 

 

Ce sont les éleveurs non assujettis qui produisent des chevaux de plat qui sont les plus enclins à remettre en cause leur activité d’élevage depuis le choc du 1er janvier 2013. Les éleveurs de chevaux d’obstacles semblent disposés plus majoritairement à procéder à une réduction d’effectif en réponse à l’augmentation de TVA. Chez ces non-assujettis qui produisent des chevaux d’obstacle, la question de la cessation de l’activité
reste néanmoins très présente (38 %).

 


La remise en cause de l’activité affecte plus du tiers de chaque catégorie d’éleveurs (aussi bien les éleveurs avec de petits effectifs que les éleveurs avec de plus larges
effectifs). VOIR CI-CONTRE


 




Tous les éleveurs non-assujettis, quels que soient les débouchés de leurs productions sont enclins à cesser l’activité ou à la réduire, comme conséquence à l’augmentation de TVA du 1er janvier 2013. Ils représentent, dans chaque catégorie, plus du tiers de la population, voire la moitié pour les éleveurs exploitants. La corrélation est très nette sur le graphique symétrique qui permet de visualiser les fortes dépendances, notamment chez les éleveurs exploitants et les éleveurs mixtes :

 


 

 

CONCLUSION :
L’augmentation du taux de TVA a eu un effet très préjudiciable sur l’ensemble des éleveurs sans sol qui disent considérer la cessation de leur activité assez nettement et ce, quel que soit leur profil. Alors que celle de l’augmentation des coûts de production a eu des effets plus contrastés.

Ce choc fiscal a eu notamment un impact négatif important sur les éleveurs avec de petits effectifs qui jusqu’alors semblaient mieux répondre à l’augmentation des coûts de production. C’est donc tout le tissu des éleveurs sans sol non assujettis, grands et petits, anciens et nouveaux, vendeurs et exploitants, en plat ou en obstacle qui envisage pour une part importante la cessation d'activité à la suite du choc de la TVA en 2013.

 

L'HUMEUR DES ELEVEURS SANS SOL

Quand une image parle mieux qu'un long discours...

 

PARTIE 3 : ET CHEZ LES AUTRES, CA SE PASSE COMMENT ?

L’éleveur sans sol rentre dans la catégorie plus large des « recreational breeders » à l’échelle mondiale de l’élevage de pur-sang. Les « recreational breeeders » se définissent par opposition aux éleveurs professionnels (dont c’est le métier principal). C’est une définition large qui n’a rien de fiscale, comme nous pouvons l’entendre en France. L’industrie de l’élevage de pur-sang à connu depuis plusieurs années une succession de crises qui ont perturbé son fonctionnement. Ces crises sont liées à des crises globales économiques et financières (crises des subprimes, crise financière européenne, etc.) ou à des crises internes (grippe équine en Australie etc.).

Ces chocs ont eu pour répercussions une baisse significative du nombre de naissances. Lorsque Le Syndicat des Éleveurs a lancé une consultation mondiale auprès de ses homologues sur le segment d’acteurs qui avait le plus pâti de ces événements, c’est sans nulle hésitation qu’unanimement le « recreational breeder » a été cité. Voici un échantillon des retours des responsables interrogés sur cette question :

JAPON :

Fumi Tsuruoka (rep. JRA) constate que sur la période qui nous intéresse (2007-2012) le Japon est arrivé à une phase finale de stabilisation des naissances de foals après la crise économique qu’il a connue. Le segment d’éleveurs qui a le plus souffert de ce réajustement est celui des éleveurs ayant de petits effectifs d’élevage dont la plupart ont été rachetés par les quelques très grands haras japonais (Shadaï Farm, Northern Farm etc.) ; ce qui a permis à ces derniers de résister à la crise. Il y a aujourd’hui au Japon une situation très oligarchique des grands haras.

 



USA :

Pour Dan Metzger (dir. TOBA), entre 1990 et 2012, la production américaine a chuté de 46%. Le segment qui a le plus souffert de cette crise est probablement celui du stock de qualité inférieur et que la population la plus atteinte a été celle des éleveurs en activité secondaire (« recreational breeders ») en opposition aux éleveurs professionnels qui ont mieux résisté.

 



AUSTRALIE :

« Le principal facteur ayant déclenché la baisse des naissances à partir de 2007 a été l’épidémie de grippe équine sur le continent dans les états du New South Wales et du Queensland au début de la saison de monte 2007. La baisse a été ressentie dans tous les états australiens, et elle a affecté les éleveurs qui produisaient sans réelle considération commerciale. Clairement,là aussi, ce sont les éleveurs amateurs et ceux qui considéraient l’élevage comme un hobby qui ont le plus souffert. La tranche supérieure étant, au contraire, en plein essor en raison d’un parc d’étalons de grande valeur. » Chauncey Morris (dir. Association australienne d’éleveurs de pur-sang).

 



IRLANDE :

Pour Shane O’Dwyer, directeur de l’Association des Éleveurs Irlandais (ITBA), le déclin de 2007 correspond à l’explosion de la bulle spéculative arrivée à son pic historique à cette date a donc atteint de front « naturellement » en premier les petits éleveurs et la production d’obstacle principalement(…). Pour finir, les éleveurs professionnels de la filière ont été faiblement impactés par cette dépression, par rapport aux segments entiers de « petits producteurs » qui ont disparu de la circulation.

 



ROYAUME-UNI :

« (…) Aussi bien les grands éleveurs que les petits éleveurs ont été impactés par ce choc en 2010. La balance entre naissances et demande de partants du programme est vulnérable aussi bien pour le plat que pour l’obstacle sachant que le point critique concerne l’obstacle ». Pour Louise Kemble, directrice du TBA : « Il serait catastrophique que le nombre de naissances des poulains à profil obstacle baisse. Sachant que ces poulains sont principalement élevés par les éleveurs en activité secondaire et les éleveurs ayant des élevages de petites tailles, un observatoire a été mis en place
par le TBA afin de mieux appréhender ce segment d’éleveurs. Les éleveurs ayant de petits élevages et éleveurs en activité secondaire font naître 34 % des poulains anglais. »

 

CONCLUSION :

Le constat sur la fragilité du « recreational breeder » n’est donc pas que français (dans sa restriction à l’éleveur sans sol). Universellement, le constat de son importance dans l’économie en tant qu’acteur engagé, passionné et apporteur de capitaux extérieurs et acheteur de biens et de services fait l’unanimité.