L'histoire de DNA : Godolphin Arabian le roi des boute-en-train

06/12/2019 - Grand Destin
L'un des 3 étalons fondateurs de la race du pur-sang, dont le nom a été repris par Cheikh Mohammed Al Maktoum pour son écurie, Godolphin Arabian a connu un destin rocambolesque à travers l'Arabie et l'Europe. Avant de devenir reproducteur, il a fait cheval de carriole et...souffleur !

 
Godolphin Arabian

A l’issue d’un banquet fort convivial et arrosé comme il se doit, un de nos joyeux compères déclara fièrement : « Pour amuser la galerie je suis le premier, le roi des boute-en-train ! ». Comme vous vous en doutez le pauvre garçon n’était pas homme de cheval, sinon il aurait su que le boute-en-train, ou souffleur, est le mâle utilisé dans les haras pour insuffler aux belles demoiselles le désir de recevoir les honneurs du maître des lieux, le seigneur étalon.

 

 
 
Un petit jeu bien frustrant qui n’est pas du goût de tous et que n’appréciait guère Godolphin Arabian, souffleur en fonction à Longford Hall dans le Derbyshire (GB) en 1731. C’est que la jolie Roxana était bien trop pimpante pour que l’animal trouve la force de résister à la tentation…
 
 
 
Godolphin Arabian lorsqu'il a débarqué sur le port de Tunis, au milieu de son long périple à travers le monde
 

 
 
 
L’accident se transforma onze mois plus tard en un splendide poulain, très distingué et élégant, qui fut baptisé Lath et qui devint tout simplement le meilleur coursier anglais depuis le Champion Flying Childers. Vainqueur des Newmarket Great Stakes et d’un match devant Little Partner sur 6400 m à 5 ans avant de terrasser le Champion Squirt dans un autre Match sur 6400 m l’année suivante, ses exploits offrirent à son géniteur Godolphin Arabian son premier titre de tête de liste des pères de gagnants. Et le souffleur devint ainsi officiellement un étalon…
 
Et quel étalon, puisqu’il se classa à nouveau tête de liste des pères de gagnants en 1745 et en 1747, concevant volontiers des chevaux de très grande classe. De sa production riche de 118 foals émergent trois étalons de très grande influence qui pérennisèrent son sang : Regulus, 8 fois tête de liste en GB et père de mère du Légendaire Eclipse ; Blank, 3 fois tête de liste ; et Cade, fils de Roxana et donc propre frère de Lath, qui décrocha 5 titres de tête de liste et qui restera à la postérité pour avoir conçu le patriarche Matchem
 
 
 
 
Godolphin Arabian, dont l’ADN représente aujourd’hui plus de 14% de la base génétique de nos pur-sangs contemporains, est né aux alentours de l’an 1724 au Yemen. Il était d’origine arabe pure mais le General Stud Book, l’ayant confondu avec le cheval Brown Western Barb, le déclara d’origine barbe de race Jilfan.
 
Selon la Légende relatée par Eugène Sue en 1838, il aurait transité en Syrie puis en Tunisie avant d'être offert parmi neuf chevaux orientaux au roi Louis XV de France par le Bey de Tunis, Empereur du Maroc. Peu après, le gentleman anglais Edward Cook l'aurait découvert tirant un fiacre dans les rues de Paris (il aurait alors été utilisé comme porteur d'eau !), avant de l'importer en Angleterre.
 
Son passage en France fut attesté par le Vicomte de Manty, qui le décrit comme étant un cheval d'une grande beauté, très bien fait et d'un tempérament affirmé et très difficile. Il répondait alors au nom de "Shami".
 
Après son transfert en Angleterre en 1729 (ou en 1730 selon les sources), Edward Cook le stationna dans son haras à Longford Hall (Derbyshire) où il fut alors connu sous le nom de "yeArabian". Mr Roger Williams le récupéra suite au décès de Edward Cook, puis le céda à son tour à Lord Godolphin qui l'intégra dans son haras à Gog Magog, près de Babraham (Cambridgeshire), où il fit la monte jusqu'à sa disparition le soir de Noël 1753, alors âgé de 29 ans.
 
 

Tiberius Cesar au Haras du Logis
 
 
Deux siècles et demi plus tard, le 4 mars 2011 pour être précis, un souffleur répondant au nom de Tiberius Caesar se prit pour Godolphin Arabian et ne put se priver des joies d’honorer la ravissante Toamasina, qui ne lui était pourtant pas destinée. Une union accidentelle mais bénie des Dieux qui donna le jour à Tiberian, triple gagnant de Groupe dont le Grand Prix de Deauville (Gr.2) !!!
 
On raconte, dans les travées des hippodromes, que pour obtenir une saillie de Tiberius Caesar il suffisait alors de s’armer d’une caisse de bon vin et de laisser un pourboire au Stud Groom. Quoi qu’il en soit, l’ex-souffleur Tiberius Caesar est aujourd’hui un étalon digne de ce nom, qui plus est stationné au Logis, le haras français qui abrite les sires ayant fait carrière sous les couleurs de l’écurie … Godolphin !
 
 


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