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Alec Head : l'anniversaire du régional de l'étape

31/07/2014 - Grands destins
Alec Head va fêter ses 90 printemps ce 31 juillet, le jour de l’ouverture du meeting estival de Deauville. Par Xavier BOUGON.
Alec Head, un nom, un homme
 
Un mesnilois expatrié à Maisons-Laffitte puis à Chantilly
Depuis la fin des années 50, Alec (Jacques-Alexandre) Head, éleveur, a élu domicile tout près de Deauville, au Haras du Quesnay, mais rappelons que sa carrière dans le métier avait débuté par une licence d’apprenti en 1940 avec comme maître d’apprentissage, son père, William, alors installé au Mesnil le Roi.
 
L’ex-jockey devient entraîneur en 1947 (à 23 ans) dans sa ville natale, Le Mesnil le Roi,banlieue de Maisons-Laffitte où il émigre en 1950, au 8, avenue Marengo près de la place Napoléon. Durant l’hiver 1954, il abandonne le Parc et s’installe avenue de Chartres à Chantilly dans l’ancien établissement d’Elijah Cunnington, nommée Irrintzina (hennissement en basque). Alec la renommera Villa Vimy, du nom du vainqueur des King George VI and Queen Elizabeth 1955, entraîné par lui-même pour Pierre Wertheimer (en photo à gauche), un propriétaire pour qui il consacrera la majeure partie de sa vie professionnelle. Après son décès, en avril 1965, il prend en main les destinées de l’élevage Wertheimer, commencée en 1910 et repris par son fils Jacques (décédé en 1996) puis par ses petits-fils, Alain et Gérard.
 
 
Au début des années 70, il déménage dans l’ancienne cour Pollet (un autre grand nom de la profession) puis s’installe définitivement, tout à côté, dans l’écurie du 32, avenue du Général Leclerc, propriété de Mme Volterra, qu’il achètera pour la famille Wertheimer.
 
 
L’heure de la retraite d’entraîneur (un sujet d’actualité) a sonné. Il la prendra à la fin de l’année 1983 et c’est dansces lieux de l’avenue du Général Leclerc, devenues propriété de la famille Head, que sa fille, Criquette, reprendra le flambeau.
 
Dans le rond de Longchamp, Alec Head et Alain Wertheimer
 
Criquette Head-Maarek en compagnie de Gérard Wertheimer
 
Le jockey
L’apprenti Head, déjà surnommé Alec, débutera à 16 ans en plat le 17 novembre 1940 à Auteuil sur un poulain de 3 ans, Valéry. Il finira second (dead-heat) à 87/1 du Prix Regain, un handicap ayant réuni 23 partants.A cette occasion, Alec porte une casaque blanche à coutures noires et une toque rouge, les couleurs d’Harry La Montagne.
 
Il ouvre son palmarès en plat, le 4 avril 1941 à Maisons-Laffitte en selle sur Sparkenbroke (poulain de 3 ans) pour les couleurs d’Antony Vidal (bleue, bretelles blanches, toque noire) et l’entraînement de son père, bien évidemment. Le Prix de Mâcon était réservé aux apprentis et Alec avait devancé un futur grand, Paul Blanc. Il faudra attendre le 22 novembre pour une seconde victoire, en selle sur une pouliche de 3 ans appartenant à sa mère. Plus âgé de 3 ans, Roger Poincelet, encore apprenti, avait terminé l’année avec 27 victoires. Alec finira sa carrière en plat avec 92 victoires dont 29 en 1943 (devant Henri Signoret) et un succès dans le Grand Prix de Groenendael le 30 juin 1946 sur un élève de Gustave Beauvois et d’Henri Gleizes.
 
En obstacles, à 19 ans, Alec débute victorieusement à Auteuil le 23 mai 1944 avec Nicky, entraîné par son père et appartenant à Jean Le Guillou dans un steeple-chase, le Prix des Chaumes. Trois ans plus tard, suite à une mauvaise chute survenue le 13 juillet 1947 à Auteuil, pour des problèmes de poids et par le désir de sa jeune épouse (mariés en 1945) de le voir mener une activité moins dangereuse, il met fin à sa carrière en obstacles sur un pensionnaire de Jacques Powels (qui sera l’un de ses premiers propriétaires par la suite) après 68 succès dont ceux de Vatelys en 1946 dans la Grande Course de Haies de Printemps (sous 73,5 kg), suivi de la Grande Course de Haies d’Auteuil et du Grand Prix d’Automne (sous 74 kg, le top-weight de tous les temps dans cette épreuve).  Sa carrière de jockey sera de courte durée (7 ans) mais fructueuse avec pour point d’orgue les années 1945 et 46. Avec 29 succès l’année de l’Armistice, il termine au pied du podium dont le jumelé est formé de Robert Bates (46) et Fernand Thirion (42). L’année suivante, avec 27 victoires, il prend la médaille de bronze derrière toujours Robert Bates (37) et Daniel Guilho (33).
 
Alec est encore jockey quand, le 14 décembre 1945, il épouse Ghislaine, Hélène, Marie-Madeleine van de Poële, la sœur aînée d’Henri, la progéniture de Louis et de la comtesse de Blois d’Arondeau, native de la province du Hainaut, près de Mons. Ghislaine lui donnera 4 enfants dont le premier, Freddy, né en juin 1947 alors que ses parents venaient de s’installer au Mesnil.
 
Trois générations classiques réunies, Freddy, Criquette, Alec et Willy Head
 
 
L’entraineur 
 
Ses débuts
C’est à 23 ans qu’Alec débute dans sa nouvelle profession, celle d’entraineur. Il s’installe donc au 5, rue de la République (rue Jules Rein) au Mesnil Le Roi dans la cour familiale.
Il débutera avec une douzaine de propriétaires dont certains sont aussi « clients » de son père : Jean Cardona, Daniel Courtois, Jean Delfarguiel, Jacques Géliot, Paul Guichou, Roger Guthmann, Serge Houyvet, Mohamed Ben Khalifat, Jacques Powels, Georges Rouquié, Robert Salvador, F.E. Vogel et sa mère, Mme William Head (casaque rouge, toque orange). Viendront s’ajouter l’année suivante, Pierre Chastenet, Dominique Clermont, Mme José Kékédakis, le Baron Samuel de Lopez-Tarragoya, et Mme Alec Head (casaque rouge, manches et toque bleu-clair).
 
Alec Head a eu sous sa responsabilité les élèves de 52 propriétaires différents dans une même année. Il deviendra ensuite, tout en continuant de s’occuper des intérêts Wertheimer, l’entraineur particulier de la famille Aga Khan, le père, le fils Aly Khan et le petit-fils Karim jusqu’en 1963, année de son « exil » chez François Mathet.
 
3 générations de Princes ont fait confiance à Alec Head
 
 
En 1947, c’est en plat qu’il décroche son tout premier succès avec un mâle entier de 7 ans, nommé Beau Sire. Dans un handicap couru au Tremblay le 27 septembre 1947 et monté par Fernand Rochetti (au poids de 52,5 kg), il permet au mesnilois d’inscrire son nom dans la colonne des entraineurs, moins de 3 mois après avoir raccroché le breeches. Pour Georges Rouquié (casaque grise, croix de Lorraine et toque rouge) son tout premier propriétaire gagnant, Beau Sire réédite, toujours dans un handicap (monté par Roger Poincelet à 56 kg.) le 7 novembre à Paris (Longchamp). Rochetti et Poincelet finiront l’année aux deux premières places en nombre de victoires. Son second pensionnaire vainqueur est Sirfranc dans un handicap couru au Tremblay le 22 octobre. Monté par Henri Signoret, il est la propriété de Daniel Courtois, élevé par son père Georges. Il termine la saison avec 3 victoires.
 
L’hippodrome d’Auteuil voit un nouvel arrivant qui ne tarde pas à inscrire son nom dans les statistiques. Dès le 1er novembre 1947, Alec remporte le Prix La Veine, un steeple-chase avec un ancien pensionnaire de son père, Sarabry pour les couleurs de Roger Guthmann (blanche, manches et toque marron).
Cinq jours plus tard, le 6 novembre, il réalise un «coup de trois» à Auteuil avec les élèves de Jacques Powels (casaque bleue, manches et toque violettes : Fiteraflor, monté par Léon Gaumondy et Ofanto, qui ouvrait son palmarès sur les obstacles, après une carrière sur le plat, entraîné par Willy) et de Daniel Courtois (casaque noire, toque orange : Sirfranc). Il terminera l’année avec un total de 11 victoires en obstacles en moins de 5 mois.
 
Alec Head (à droite) lors des ventes de yearlings, assis aux côtés de Gérard et Alain Wertheimer
 
Sa nouvelle carrière débute donc sous les meilleurs auspices d’autant plus qu’en 1948, il termine au 7ème rang des entraineurs vainqueurs en obstacles avec 27 succès (et deux à Rome) derrière les deux frères Pelat, Noël et Georges, Henri Gleizes, Daniel Lescalle (tous installés à Maisons-Laffitte). En plat, il termine l’année avec 24 victoires dont 2 à l’étranger en septembre, le Grand Prix de Saint-Sébastien remporté par Quatrain, pour Pierre Chastenet et monté par Jacques Doyasbère. Quatrain récidivera 15 jours plus tard dans le Grand International de Saint-Sébastien.
1948, c’est également l’année de sa première victoire de groupe en France grâce à Admiral John (un hongre de 8 ans par Admiral Drake et élevé par Léon Volterra) à Saint-Cloud dans le Grand Prix du Printemps (Gr.2, futur Prix Jean de Chaudenay), monté par Roger Poincelet portant les couleurs de Mme José Kékédakis (bleue, coutures blanches, toque bleue, ressemblant étrangement aux couleurs des Wertheimer) qui se signalera ensuite comme étant la propriétaire de Damasco.
 
Sa fin de carrière
Sanguine, en 1950, lui donnera sa première victoire de groupe 1, le Prix Morny (pour le représentant de Pierre Wertheimer, le Baron Robert de Nexon) suivi un mois plus tard par Kilette dans le Prix Vermeille pour Roger Guthmann.
Trente ans plus tard, en 1981, Gold River (élevée par Jacques Wertheimer, en photo ci-contre) lui offrira son dernier groupe 1 (le 84ème), le Prix de l’Arc de Triomphe, son 4ème après ceux de Nuccio, Saint Crespin et Ivanjica.
 
Grand Orient sera le dernier partant d’Alec dans une course de groupe, le Critérium de Saint-Cloud (Gr.2) en l’occurrence, dont il terminera à la seconde place tout près d’un certain Darshaan (21 novembre 1983).
Truculent lui donnera sa dernière victoire dans une course de groupe, le Prix Saint-Roman (1er octobre 1983).
A Fontainebleau, le 19 novembre, Santina (fille de Targowice et de Saquebute, donc, demi-sœur de Satingo, propriété des Wertheimer) sera la dernière victoire de sa carrière forte de plus de 2300 succès.
Il selle son dernier partant le 5 décembre 1983 à Maisons-Laffitte. Non placé, Topper est un fils de Val de l’Orne et de Top Twig, un demi-frère donc de Tip Moss et Twig Moss, élevés par la famille Wattinne.
 
Notes
En 1971, la famille est réunie dans la victoire, dans le Prix de Diane, avec Pistol Packer, propriété de Mme Alec, entraînée par son mari et montée par leur fils, Freddy.
 
Pistol Packer dans le rond de Longchamp, hippodrome sur lequel elle ne fut battue que par le champion Mill Reef dans le Prix de l'Arc de Triomphe
 
Le Quesnay
C’est un an avant la victoire de Saint-Crespin (Prince Aly Khan-Alec Head) dans l’Arc de Triomphe 1959 qu’Alec décide d’acheter le Haras du Quesnay. Il en parle à son père qui lui rétorque : «tu vas nous mettre sur la paille».
«Quand mon père est rentré de Cagnes sur Mer après l’hiver, il est venu au plus vite en Normandie pour visiter mon achat (explique Alec). Mais lorsqu’il a vu dans quel état étaient les installations, il m’a dit que j’étais complètement fou ! ». Alec s’empresse d’entamer la restauration du site dans le style de l’époque.
Treize ans après son achat ambitieux, Alec devient éleveur et fait naître un premier champion, Le Fabuleux pour Mme Guy Weisweiller. Entrainé par William Head, il s’adjuge le Prix du Jockey Club 1954, monté par Jean Massard.
 
L’achat du Quesnay est une opération d’une grande envergure par rapport à ce qui se faisait à l’époque en France. Le Haras, de plus de 200 hectares, dans la campagne luxuriante normande est à quelques lieues du centre de Deauville.
Le château avait été construit vers 1602 et la propriété sera transformée en haras en 1904 par William-Kissam Vanderbilt en y ajoutant «quelques boxes» pouvant accueillir une centaine de poulinières. Vanderbilt décède en juillet 1920 et le haras est cédé par les héritiers (pour officieusement £480.000, source The Bloodstock Breeders’Review 1920) à un autre américain, Abraham-Kingsley Macomber, un banquier de Californie qui vivait en France depuis 1919 et grand ami de la France. Il faut ajouter à cet achat, le centre d’entrainement de Saint-Louis de Poissy et tout son effectif (55 chevaux à l’entrainement et 70 sujets d’élevage dont 4 étalons, Maintenon, Sea Sick, McKinley et Oversight)
 
Alec Head, au milieu de la cour principale du Haras du Quesnay supervise l'arrivée des poulinières
 
Le haras est réquisitionné par les allemands pendant la guerre et les boxes servent de prison pour les soldats alliés. Ils peignent également les bâtiments en noir pour éviter d’être repéré par la Royal Air Force d’autant plus que les allemands en avait fait également un quartier général pour la Gestapo.
Voilà la situation dans laquelle Macomber retrouve le haras à la fin de la guerre. Dégouté, Macomber n’a plus le même enthousiasme et c’est ainsi qu’en 1958, le haras est acquis par la famille Head.
 
Il se dit que pendant la restauration et le nettoyage, qui dura 2 ans, une grande quantité de vieux Calvados a été trouvé caché dans un mur, mais cela n’a jamais été confirmé par le nouveau propriétaire des lieux.
Près de 25 ans plus tard, Alec fait construire une petite piste d’entrainement (d’environ 1.500 m. à la fois en dirt et en gazon) et suffisamment de boxes pour accueillir quelques 60 chevaux. Evidemment, cet investissement créé des emplois, une trentaine environ et permet d’accueillir environ 70 poulinières et 6 étalons.
 
Mr Sidney a intégré la cour des étalons du Haras du Quesnay en 2010
 
Notes
En 1923, Macomber gagne l’Arc de Triomphe avec Parth (entrainé en Angleterre) et l’important Cesarewitch Handicap avec Rose Prince.
En 1925, il remporte deux des plus gros handicaps anglais, le Cesarewitch H. avec Forseti et le Cambridgeshire H. avec Masked Marvel.
 
La reconnaissance
Le Thoroughbred Club of America, perpétuant la tradition d’honorer chaque année une personnalité d’envergure internationale ayant rendu de grands services au monde des courses, a dédié la 58ème édition (réunie à Keeneland le 5 novembre 1989) à Alec Head. A cette occasion, il lui est remis, le «Testimonial Scroll» et l’accueille comme membre à vie.
 
 
BON ANNIVERSAIRE MONSIEUR ALEC HEAD !

 


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