Chili : de folles courses de pays sur 200 m !

03/02/2020 - Découvertes
 Dans les campagnes profondes au pied de la Cordilière des Andes au Chili, une foule bigarrée de figures locales se rassemble pour lancer des paris privés sur des courses d'amateurs à 2, 3 ou 4 chevaux maximum sur 200 m en ligne droite ! Découvrez cette tradition typique de l'Amérique du Sud.

 

 

 

 

Ils appellent ça des courses à la chilienne. En effet, il faut se déplacer dans les profondeurs du pays le plus long du monde, sur la côte Pacifique du continent Sud-américain, pour découvrir cet incroyable type d'événement. A la base, il y a une piste en sable de 200 m de long. Très étroit, le tracé comporte 4 lignes parallèles que dévorent les candidats, des bolides qui traversent à fond les ballons la foule massée de chaque côté. Il s'agit d'un champ de courses dans toute sa splendeur, bordélique au possible, avec des pick up garés le long de la piste et une assistance composée de passionnés, enfants, femmes et hommes surmontés de chupalla, le chapeau typique du coin.

 

 

Ca boit de la bière, ça avale des côtes de porc en barbecue, ça fume des clopes, ça flambe au ladolado, une version locale du poker. Puis viennent les courses. Il n'y en a que 3 au programme mais elle tiendront en haleine le public toute la fin d'après-midi. Ici pas de guichet de jeu, de vestiaires, de pesée, ni d'allocation. Pas de programme, pas de tribunes, pas de rond de présentation, des écuries bricolées avec des vieilles planches. Tout est amateur et privé. Les propriétaires organisent les compétitons, comme à l'origine des courses en Europe ou à la boxe, en se lançant entre eux des paris sur la victoire de leur champion face à celui ou ceux des voisins. 

 

 

Sur place, le public fait de même, en faisant des paris privés dans les minutes précédant le départ. Les billets changent de main pendant que les chevaux s'échauffent en trottinant sur la piste, car il est évidemment impossible de faire un galop de chasse. Les chevaux, des pur-sangs hyper puissants et survitaminés (sans doute pas qu'avec des produits naturels) mais aussi parfois des chevaux croisés avec des criollos ou toute autre sorte de race qui veut bien galoper à toute vitesse, sont entrainés dans la campagne par des propriétaires et chevauchés par des jockeys amateurs qui montent évidemment sans casque ni gilet de protection, et presque sans selle. Ils enjambent les sprinters en s'asseyant sur une "crêpe" minuscule qui ne sert qu'à tenir les étriers qu'ils ne vont chausser qu'à la dernière seconde en entrant dans des stalles de départ rudimentaires. Ensuite, ils poussent à fond avec une main, et tape de l'autre à chaque foulée avec une cravache légère, fine et longue spécialement conçue pour !

 

 

Quand les boites s'ouvrent, c'est le délire dans la foule et aussi l'entourage des chevaux qui court derrière sur la piste en hurlant et en levant les bras. Après la victoire, c'est le retour triomphal et la photo du gagnant dans la foule. L'entourage vainqueur reçoit une coupe à 2 balles et un pack de bière. Il recevra aussi l'objet du pari de la part de son rival battu, qui se compte en général en centaines d'euros. Des courses de ce type ont lieu toutes les semaines sur quelques champs de course dans le sud du pays. Une fois dans l'année, il y a tout de même le duel de champions qui offre une cagnotte de 5000 €.

 

 

Le principe paraît simple, mais certains duels comportent une règle assez hallucinante, expliquée par l'une des organisatrices Makarena Cituentes. " S'il y a 2 partants qui s'affrontent, dans certains cas, il faut impérativement que le 1er gagne avec au moins une longueur d'avance sur son unique rival. Si le 2ème finit à sa hauteur, à moins d'une longueur, c'est lui qui est déclaré vainqueur ! "

 

 

On ne sait pas trop où les propriétaires trouvent les chevaux, mais si les équipements sont rudimentaires, les propriétaires adorent manifestement leurs protégés, présentés d'ailleurs dans un magnifique état. " Ces courses de pays nous rendent dingues ! Je suis amoureux des chevaux, c'est une passion qui se transmet en famille ", explique Matias Salinas, le propriétaire d'Alaraco, lauréat du Grand Prix du jour. " Mon père faisait cela, mon fils entraine les chevaux et j'espère que mon petit-fils continuera". Le fils en question, Eladio Salinas, poursuit : " Je dédie toute ma vie aux courses. Je n'entraine pas mes chevaux tous les jours sur la vitesse. Mais il faut beaucoup d'amour, de patience, une bonne nourriture (NDLR Dynavena sans doute) et beaucoup de vitamines ! " Quant au jockey Nico Rebolledo, en sirotant son trophée, c'est à dire une bière, il explique tout simplement : " Moi je n'ai qu'à partir le plus vite à l'ouverture des stalles. On prend des selles minuscules pour gagner du poids. Quant au casque, ce n'est pas obligatoire alors que je préfère monter avec une casquette ! En tout cas, je ne monte pas les courses, mais seulement les courses à la chilienne, c'est un plaisir unique "