Ski joring à Saint-Moritz (Suisse): un grand coup d'adrénaline!

24/03/2020 - Découvertes
La série Grand Bol d'Air vous emmène cette fois en Suisse Allemande, à la découverte d'une discipline aussi officielle qu'unique au monde, disputée seulement dans un seul endroit de la planète : le Ski-Joring de pur-sang.  Composé d'un skieur tiré par un cheval au galop, le ski joring de Saint-Moritz se dispute sur une piste en neige gelée de la station ultra Jet Set qui monte un hippodrome provisoire sur un lac gelé pour 3 réunions par an en février. Retour en 2012 avec la 1e victoire de la future légende Mombasa, avec toutes les explications de son partenaire Adrian Von Gunten.


A cause du dérèglement climatique, les organisateurs du meeting de Saint-Moritz (White Turf), qui s'étend sur 3 dimanches de suite en février, au coeur de la saison des sports d'hiver, ont eu toutes les peines du monde à avoir une piste suffisamment ferme et régulière sur le lac gelé, car la neige était trop molle. Heureusement, après plusieurs éditions chamboulées, tout s'est très bien déroulé en 2020. C'était aussi le cas lors de notre reportage réalisé en 2012. En effet, il a neigé presque toute la journée, ce qui dérangeait moins les 10.000 convives très fortunés, issus d'une jet set et/ou d'une aristocratie en quête de loisirs à l'ancienne, que lors du dimanche précédent où le froid était si piquant que le champagne gelait dans les verres !

 

 

L'hippodrome de Saint-Moritz, unique au monde, est complètement fou, témoignage joyeux des délires des plus riches qui peuvent tout s'autoriser pour leur loisir, ce qui conduit parfois à des événements fantasques, loufoques, magiques. Cela se traduit souvent dans les courses qui sont depuis toujours un moyen d'expression des fantasmes des riches de ce monde. Le must pour un gars qui en a plein les fouilles, est de faire ce que personne d'autre ne peut faire, malgré son manque de condition physique. Organiser des courses de chevaux dans un lieu totalement improbable est un moyen très efficace pour épater la galerie. Les princes arabes font aujourd'hui ça dans le désert. Les anglais l'ont fait au 19e siècle à Hong Kong et dans de nombreuses autres colonies. Les suisses, afin d'offrir un loisir a priori inacessible aux touristes fortunées venus s'exercer aux sports d'hiver, ont ainsi eu cette idée folle d'utiliser la seul surface naturellement plate de la région : le lac qui gèle en hiver à l'altitude de 1800 m, et se couvre de neige. Tout est installé sur place à la dernière seconde, un peu comme sur les hippodromes marins en France en été, les bars à champagne en plus. Il y a même un tunnel qui part de la place principale entourée d'hôtels vraiment luxueux (pas kitchs) et qui mène directement à l'entrée du lac hippodrome.

 

 

Et comme impossible n'est pas suisse, les organisateurs ont ajouté aux disciplines classiques du galop et du trot, où les roues des sulkies sont remplacées par des patins, un sport qui mélange les 2 extrêmes inconciables, le pur-sang et le ski alpin. Ainsi, si les skieurs tractés par des chevaux et poneys de trait sont bien connus en Scandinavie, l'adaptation aux courses de galop à Saint-Moritz est tout simplement unique au monde. Ne restait plus qu'à faire venir et stationner les chevaux de courses dans la station d'Engadine, dont l'accès par la route est tout de même fastidieux. Mais avec de l'argent tout s'arrange.

 


Turfiste local...


Jet Set internationale

 

Soit-disant lents, les suisses sont diablement rapides sur des skis, comme le prouvent les palmarès des coupes du monde et Jeux Olympiques. Le Herman Maier des lacs gelés s'appelle Adrian Von Gunten. Bien connu en France pour élever en association avec Pierre Talvard au Haras du Cadran mais aussi Pierre de Maleyssie-Melun, cet opticien de métier est le champion de la casaque qui dispute le moins de courses de tous les pilotes du monde : au maximum trois par an !

 


Adrian Von Gunten

 

Mais il en tire une adrénaline exceptionnelle...à regarder une course en vrai, il y a de quoi ! En 2012, nous lui avions demandé avant la course de nous faire le guide, sur les conseils de Denis Roux, journaliste suisse bien connu sur Equidia. Il courait ici pour la 1e fois avec une certaine Mombasa qui décrouvrait les courses sur la neige, préparée pour l'occasion par Peter Schiergen. Le crack-entraineur allemand, toujours aussi modeste, arrivait pourtant à Saint-Moritz en Guest star, tout auréolé de son récent succès avec Danedream dans le Prix de l'Arc de Triomphe 2011. Il n'avait jamais engagé un cheval à Saint-Moritz. Pour faire plaisir aux propriétaires historiques de Gestut Bona, il a préparé une bonne jument déjà placée de Listed, Mombasa. Pour être sûr qu'elle supporte le harnachement du ski-joring, il l'a passé aux longues rênes à l'écurie.

 


Peter Schiergen n'avait jamais préparé un cheval pour le Ski Joring.

 

Tout s'est finalement passé comme dans un rêve malgré les nombreux accrochages et chutes pendant le parcours. Von Gunten a pris le risque de se caler à la corde et finalement tous les cartons se sont déroulés à l'extérieur. Infiltré à l'intérieur du leader à la sortie du dernier tournant, il a dominé de haute lutte un rival très courageux qui avait déchaussé à la sortie des stalles et a donc fait tout le parcours sur un seul ski ! Les suisses sont peut-être lents, mais sur des skis ce sont des sacrés équilibristes.

 


Extraordinaire : une lad en manteau de fourrure !

 

Mombasa, du nom d'une célèbre ville portuaire du Kenya, est devenue une légende à Saint-Moritz puisqu'elle a remporté le Grand Prix du Ski Joring à 3 reprises, en 2012 puis en 2013 et enfin en 2016. A 11 ans, la fille de Black Sam Bellamy y a fait ses grands adieux en 2018 en prenant la 2e place devant une foule conquise. En 2020, Adrian Von Gunten, a repris son titre de roi d'Engadine aux commandes de Zambeso (Zambezi Sun), qui est lui aussi blanc que la neige sur laquelle il brille !

 


Adrian Van Gunten rase le rail.

 
Mombasa prend l'avantage !!!!


On arrose ça.


Les musiciens se réchauffent avec des bouteilles de gaz !

 
Et tombe la neige