Courses anglaises : la grande pagaille au sommet

05/03/2026 - Actualités
Depuis plusieurs mois, le galop britannique traverse une crise institutionnelle profonde. Entre démissions au sommet du British Horseracing Authority, querelles entre hippodromes et bataille politique autour des taxes sur les paris, les luttes d’influence paralysent les réformes.

 

 
À quelques jours du Festival de Cheltenham, le galop britannique traverse l’une des plus graves crises institutionnelles de son histoire récente. Depuis plusieurs mois, les luttes d’influence entre hippodromes, professionnels et instances dirigeantes paralysent la réforme de la gouvernance. Dernier épisode en date : la démission fracassante de Lord Charles Allen de la présidence du British Horseracing Authority (BHA) - le France Galop britannique -  après seulement six mois en poste. Une nouvelle secousse dans un sport où la stabilité politique semble devenue une denrée rare.
 
Arrivé officiellement en septembre 2025, Lord Charles Allen devait incarner la modernisation du galop britannique. L’ancien dirigeant de médias avait été choisi pour ses connexions politiques et son expérience du monde des affaires, avec une mission claire : réformer la gouvernance et doter le BHA d’un conseil d’administration totalement indépendant. Mais très vite, le projet s’est enlisé dans les rivalités internes.
 
 
    Lord Allen a rapidement jeté l'éponge
 
 
Le cœur du conflit porte sur la commercialisation des données de course, un enjeu financier majeur dans un sport où les paris représentent une part essentielle des revenus. Les hippodromes, notamment ceux regroupés autour d’Arena Racing Company, ont refusé toute réforme susceptible d’augmenter leurs coûts d’accès à ces données, tandis que les représentants des propriétaires et professionnels souhaitaient au contraire exploiter davantage cette manne économique. Faute d’accord entre les différentes organisations membres du BHA,  dont l’unanimité est nécessaire pour modifier les règles, le projet de réforme s’est retrouvé bloqué. Incapable de faire avancer son agenda, Allen a finalement jeté l’éponge début mars, laissant la gouvernance du galop britannique dans une situation pour le moins chaotique.
 
 
La crise dépasse largement la seule personne du président. Elle révèle une fracture profonde entre les différents acteurs de l’industrie. Les grands hippodromes, tels qu’Ascot, York, Goodwood ou ceux appartenant au Jockey Club, soutenaient les réformes et réclament désormais une refonte du système de représentation au sein des instances. En face, les structures plus modestes, souvent liées au groupe Arena Racing Company et dépendantes du modèle économique des droits médias, redoutent que ces changements ne se traduisent par une hausse de leurs charges. Cette opposition a conduit certains observateurs à évoquer le spectre d’une véritable guerre entre hippodromes, les grandes pistes menaçant même de quitter certaines organisations représentatives si la gouvernance n’évolue pas.
 
 
 
 
 
Comme si la guerre interne entre institutions ne suffisait pas, le galop britannique a également traversé ces derniers mois une confrontation directe avec le gouvernement sur la question des taxes sur les paris. À l’automne 2025, le Trésor britannique a étudié une réforme visant à harmoniser les taxes appliquées aux différentes formes de jeux en ligne. Dans le scénario le plus redouté par l’industrie, les paris hippiques auraient vu leur taux passer d’environ 15 % à un niveau similaire à celui des jeux de casino en ligne, soit autour de 21 %. Une mesure qui, selon les dirigeants du sport, aurait pu coûter jusqu’à 40 millions de livres par an au secteur et fragiliser tout l’écosystème des courses.
 
La réaction fut immédiate. Pour la première fois de son histoire récente, l’ensemble de l’industrie s’est mobilisé derrière la campagne « Axe the Racing Tax », allant jusqu’à organiser en septembre une journée de grève des courses avec plusieurs réunions annulées afin d’alerter le gouvernement sur les conséquences économiques de la réforme. Les dirigeants du BHA ont alors évoqué une menace existentielle pour un secteur qui génère plus de 4 milliards de livres et fait vivre près de 85 000 personnes au Royaume-Uni.
 
 
     Les grandes figures de pelotons s'étaient manifestées contre la hausse des taxes
 
 
Finalement, lors du budget d’automne, le gouvernement britannique a fait marche arrière. Les paris sur les courses hippiques ont été explicitement exclus de la hausse générale de la fiscalité sur les paris en ligne et continueront d’être taxés à 15 %, notamment parce que les bookmakers versent déjà une contribution spécifique de 10 % au Horserace Betting Levy. Une victoire politique pour les courses… mais aussi un épisode révélateur d’un climat particulièrement tendu. D’autant plus que rien n’assure que le gouvernement ne reviendra pas de nouveau à la charge dans quelques moins/années pour demander une contribution encore plus importante à la filière. 

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