Sunday Silence, l'affreux, sale et méchant héros de l'Arc 2014 ?

28/09/2014 - Chef de race
Fou dangereux et presque infirme, il avait tous les défauts et il est mort jeune. Mais une qualité immense, le talent pur, a permis a Sunday Silence de transformer l'élevage japonais, lui qui venait des Etats-Unis dont plus personne ne veut aujourd'hui du sang pourri pour le dopage américain.... Trois des petits-fils de l’américano-japonais, Sunday Silence sont arrivés en France et seront au départ du Qatar Prix de l'Arc de Triomphe. Retour non pas sur le fameux film d'Ettore Scola, mais sur un destin exceptionnel. Par Xavier BOUGON.
Sunday Silence dans le froid et l'hiver rude du Japon
 
 
L’Arc de Triomphe sous le signe du Japon, comme depuis longtemps !
 
Danger public, invendable dans sa jeunesse, il désepérait son entraîneur, le pourtant placide aigle chauve Charles Whittingham, et tous ses infortunés cavaliers jusqu'à ce qu'un jockey aussi génial et fou que lui, Pat Valenzuela, le plus cocaïnomane de l'histoire des courses, ne lui monte sur le dos pour aligner les exploits en course. Malgré cela, son entourage sera soulagé de s'en débarrasser de l'autre côté du monde, au Japon, dans ce pays fermé bizarre achetant n'importe quoi pour très cher, longtemps réputé comme un grand trou où tout rentre mais dont jamais rien ne ressort...Là-bas, il est resté méchant, inserviable sans la menace d'un coup du lourd bâton de bois dont l'étalonnier ne se séparait jamais, et est mort très jeune, à 16 ans. C'était inimaginable à l'époque, et carrément impensable aujourd'hui vu le discrédit jeté sur les étalons des Etats-Unis pourris par le dopage. Mais le jusque là inimitable canadien Northern Dancer a trouvé son alter-ego en Asie, un américain expatrié au Japon, Sunday Silence. Il débarque à Longchamp cette année avec ses trois petits-enfants, issus de trois de ses fils.
 
  • GOLD SHIP est un fils du déjà vu, Stay Gold (père des deux japonais ayant obtenu le meilleur classement dans l’Arc, Orfèvre et Nakayama Festa).

    Gold Ship est le vainqueur des 2000 Guinées, du St-Leger et de l’Arima Kinen à 3 ans. Côté maternel, il est issu d’une famille japonaise depuis bien avant-guerre suite à l’importation en 1931 d’une jument américaine Fairy Maiden, pleine d’un étalon américain (Campfire). La foal à naître s’appelle, Tsukishiro (l’aïeule de Gold Ship). Elle gagnera le Spring Tenno Sho. Rappelons que Stay Gold, son père, est issu d’un grand-père maternel français, Dictus.
     
  • HARP STAR aura à cœur de venger son père, Deep Impact, (3e de Rail Link dans l’édition 2006, puis distancé) également père de Kizuna (l’un des deux visiteurs japonais de l’an dernier).

    La mère d’Harp Star, Historic Star (demi-sœur du Derby-winner japonais, Admire Vega) est issue des amours du globe-trotter européen Falbrav (vainqueur de la Japan Cup pour l’association italo-japonaise, Rencati et Yoshida) et de la japonaise Vega, (1000 Guinées et Oaks), fille du vainqueur de l’Arc de Triomphe 1988, Tony Bin. Vega, née en 1990, est le premier foal de sa mère à naitre au Japon. Sa mère américaine, Antique Value, avait fait l’objet d’un achat par la famille Yoshida.
     
  • Par contre, on va découvrir le premier partant en France d’un fils de Heart’s Cry, vainqueur, sous la selle de Christophe Lemaire, de la Sheema Classic, 3e des King George VI and Queen Elizabeth d’Hurricane Run (futur père d’Ectot) à Ascot et premier « tombeur » de Deep Impact dans l’Arima Kinen. Elevé par la Shadai Farm, son rejeton de 5 ans, vainqueur de la Dubai Duty Free, JUST A WAY, est le favori des nippons.

    La grand-mère de Just A Way, Charon, née en Floride, s’est adjugée les C.C.A. Oaks 1990 et avait terminé première dauphine des Mother Goose S., des Alabama S. et des Ashland S. Son éleveur avait acheté $ 800 la mère portant dans ses flancs la future Charon laquelle rejoindra le giron d’Issam Farès pour $ 400.000 en novembre 1992. Elle prendra ensuite la direction du Japon, pleine de Wild Again, à la suite de son achat pour $ 275.000 lors de la dispersion des effectifs Farès aux ventes de Keeneland 1998. L’année suivante, naît Sibyl, mère de Just A Way.
 
Sunday Silence : les américains n’ont pas voulu de lui, qu’ils se rassurent...
 
Né à Stone Farm (propriété d’Arthur Hancock III, petit-fils du créateur de Claiborne), un haras voisin, à l’époque, de Claiborne Farm, Sunday Silence (Halo), élevé par Oak Cliff Thoroughbred (Thomas Tatham et A. Hancock), a effectué toute sa carrière sur les pistes nord-américaines puis stationnera comme étalon aux côtés d’un certain Tony Bin chez Zenya Yoshida au Japon Ce dernier prend le contrôle de l’étalon suite à l’échec de sa syndication proposée aux éleveurs américains par ses co-propriétaires d’origine, Arthur Hancock III (50%), le Dr Ernest Gaillard et Charlie Whittingham. (HGW Partners).
 
Notes :
 
Pour l’anecdote, Charlie Whittingham est décédé en 1999 à 86 ans alors que le Docteur Ernest Gaillard, décédé en 2004 à 91 ans, diplômé de l’Université de Louisville, avait été le médecin en chef, avec le grade de Lieutenant-Colonel, de la «Eighth Army Air Forces» pendant la seconde guerre mondiale avant de résider en Californie à La Jolla.
 
 
Sunday Silence avait un caractère tel qu'il mettait souvent ses partenaires dans des postures difficiles...
 
 
Sunday Silence a échappé à la mort à deux reprises
 
Mais avant cet achat et sa carrière sur la piste, Sunday Silence avait échappé à la mort à plusieurs reprises ; une première fois lorsqu’il est à peine sevré, il est atteint par un virus puis, par deux fois, il prend la poudre d’escampette avec les risques que cela comportent. Plus tard, à deux ans, au Texas, il s’en tire après que le chauffeur du van soit victime d’une crise cardiaque fatale et que l’embarcation se retrouve sur le flan, par miracle, le cheval est indemne.
 
Hancock l’avait racheté yearling à la session de Juillet à Keeneland pour $ 17.000 puis avait tenté, en vain, de lui trouver un acquéreur à $ 50.000 aux ventes de 2 ans en Californie (à Hollywood). Racheté $ 32.000, il va lui permettre de remporter le Kentucky Derby, associé à son entraîneur, le maître Whittingham (à 76 ans, Charles-Edward est l’entraîneur le plus âgé vainqueur de ce Derby jusqu’à l’arrivée, cette année, d’Art Sherman- 77 ans).
 
 
 
 
 
Le fils de Halo (stationné chez Hancock à Stone Farm) n’a couru que trois fois à 2 ans, débutant second seulement fin octobre puis gagnant sa première course par 10 longueurs à Hollywood Park. Battu ensuite (en décembre) d’une tête (par Houston, déjà installé favori du Derby qu’il finira en 8e position) dans une Allowance à Hollywood, le poulain allait s’améliorer très sensiblement à 3 ans, abordant le Derby sur un impressionnant succès (11 longueurs) dans le Santa Anita Derby (le 8 avril).
 
Les Preakness S. offrent à Easy Goer (Alydar) la chance d’une revanche. Il n’échouera que d’un nez, au terme d’une lutte âpre qui va valoir à cette course d’être votée « course de l’année ». Pour l’anecdote, les commissaires recevront une réclamation de Pat Day contre Pat Valenzuela, mais rien n’y fera, le résultat est entériné.
 
Sunday Silence s’achemine sur la perspective de la Triple Couronne (comme cette année), mais sur les 2.400 m. des Belmont S., Easy Goer (propriété de la famille Phipps entrainé par Claude McGaughey III) inflige une sévère défaite à son adversaire (8 longueurs) à l’issue d’une course dont le chrono reste encore le second de toute l’histoire derrière celui de Secretariat. Cette année-là, un bonus est en jeu : $ 5 M. étaient versés au vainqueur de la Triple Couronne. Les associés recevront quand même $ 1 M. promis au cheval ayant cumulé la meilleure série de performances au cours des 3 étapes.
 
Notes :
 
Un entraineur avait dit un jour de Sunday Silence que son postérieur gauche était tellement tordu qu’il ressemblait à des cintres (coat hangers) !
 
Blessé avant une course montée de toute pièce.
 
La Breeders’Cup Classic (à Gulfstream Park) sera sa 8e victoire, portant ses gains à $ 4.600.154. Monté pour la 1e fois par Chris McCarron, il conserve une encolure sur son grand rival de la saison, le fils d’Alydar, Easy Goer, encore une fois revenu trop tard, qui n’aura connu qu’une seule monte, celle de Pat Day, pas exempt de tous reproches (selon les médias).
 
Il fait une rentrée victorieuse le 3 juin 1990, mais 20 jours plus tard, Sunday Silence subit la loi (une tête) de Criminal Type dans la Hollywood Gold Cup ; ce sera sa dernière performance. Sa carrière prend fin suite des pépins tendineux, à 4 ans, lors de sa préparation à la Challenge Cup, évènement monté de toutes pièces (début août à Arlington) pour qu’il retrouve son rival, Easy Goer (battu dans le Kentucky Derby par...Sunday Silence), lequel a aussi claqué en visant cet objectif !
 
 
Sunday Silence contre son grand rival Easy Goer.
 
 
Notes
 
-Sunday Silence a reçu les titres honorifiques de meilleur 3 ans de sa promotion et cheval de l’année aux USA à 3 ans. En 14 sorties, il aura passé le poteau en vainqueur 9 fois pour 5 places de second. Au haras, dès sa «first-crop », il est tête de liste des pères de 2 ans, puis sera sacré tête de listes des étalons 13 années consécutives (de 1995 à 2007) battant le précédent record (10) de Northern Taste. En 2000, il faisait encore la monte à 1.500.000 francs (environ 250.000 €). Il a couvert environ 2000 juments au Japon.
 
-Sunday Silence est issu de la 10e année de monte de son père, Halo, par ailleurs déjà père du Derby-winner, Sunny’s Halo, de l’exceptionnelle pouliche, Glorious Song et de son jeune frère, Devil’s Bag, top 2 ans de l’époque.
 
- L’Arlington Challenge Cup organisée pour un nouvel affrontement entre les deux grands rivaux à 4 ans n’aura pas lieu, les deux protagonistes étant blessés. Il était promis une allocation d’$1 M. si les deux poulains étaient au départ, mais seulement $ 600.000 si l’un des deux faisait faux bond face à quatre autres invités (dont Steinlen et Criminal Type). Suite à ces défections, la course est annulée.
 
-Les trois dernières éditions de la Japan Cup ont pour vainqueurs des petites-filles de Sunday Silence : Buena Vista (par Special Week, également vainqueur de la Japan Cup) et Gentildonna (double lauréate, fille de Deep Impact). Il est aussi impliqué dans 8 des 10 dernières éditions.
 
- Malade depuis mai 2002, il décède à 16 ans le lundi 19 août suivant suite à des fourbures. Ses propriétaires avaient envisagé de l’euthanasier mais finalement, Sunday Silence se couchera dans son box pour ne plus se relever.
 
-Zenya Yoshida (décédé en août 1993) s’était rendu propriétaire de la totalité du futur étalon après avoir déjà acquis un quart du cheval durant l’hiver 89-90. Officieusement, l’achat aurait été de l’ordre de $ 10 M. ($ 2,5 M. au début de son année de 4 ans et $ 7,5 M.)
 
Lutte fantastique à l'arrivée des Preakness Stakes entre Sunday Silence et Easy Goer.
 
 
Le dernier duel Sunday Silence - Easy Goer dans la Breeders'Cup Classic.
 

Le Japon d'accord, mais ailleurs ?
 
La liste complète de ses enfants « black-types » serait fastidieuse mais citons Deep Impact (le plus riche de ses produits, issu de son avant-dernière année de monte, père, outre Harp Star, de la championne, Gentildonna, de Beauty Parlour, de Kizuna), Zenno Rob Roy, Special Week (père de Buena Vista), Neo Universe (père de Victoire Pisa), Divine Light (stationné un temps en France, il est bien connu pour être le père de Natagora. Il est décédé en mai dernier en Turquie), Dance In The Dark (père de Delta Blues, Melbourne Cup), Agnes Flight et son frère Agnes Tachyon, Fuji Kiseki (étalon), Manhattan Cafe (un des visiteurs japonais à Longchamp), Silent Name (pour les couleurs Wertheimer puis père de Silentio, 3e Breeders’Cup Mile 2013), Hat Trick (père de Dabirsim)...
 
La grande majorité de ses fils étalons sont ou ont été stationnés au Japon pratiquant également le shutting avec l’hémisphère Sud (comme l’Australie) à l’exception de quelques-uns comme Hat Trick (aux USA, père de Dabirsim), Divine Light (en France et en Turquie), Silent Name (aux USA et au Brésil), Peer Gynt (en France)....la liste n’est pas exhaustive.
 
 
 
Natagora, petite-fille de Sunday Silence, marque les esprits lorsqu'elle remporte les 1000 Guinées sous la monte de Christophe Lemaire. Son père Divine Light, 1e fils de Sunday Silence à faire la monte en France, sera exporté dans la foulée en Turquie.
 
 
Jusqu'à présent, il ne s'est pas à ce point imposé comme une star en dehors du Pays du Soleil-Levant. En France, de ses fils on retient surtout l'enorme surprise fourni par son fils Divine Light avec Natagora, pourtant pas née dans la pourpre. Par ailleurs, Layman a été expédié en Suède car plus personne n'en voulait en France mais il a donné Boldogsag et finalement un bilan enviable. Bref, de la qualité mais la vraie histoire. Notons tout de même qu'il est père de mère cette année de Karakontie, le vainqueur de la Poule d'Essai des Poulains. Une victoire dans l'Arc de Triomphe changerait sûrement son crédit international.

Les étalons américains dans le Prix de l’Arc de Triomphe :

 
Si Sunday Silence est aujourd'hui authentifié nippon, il reste un pur américain à la base. Quelques précurseurs européens sont allés chercher le sang américain dans les années 60 pour étayer notre élevage. A cette occasion, les Northern Dancer, Mr Prospector et une kyrielle de leurs fils ont apporté à l’Europe un maximum de champions. Mais une grosse majorité a ensuite été attirée par la « starspangledbanner » et sont repartis de l’autre côté de l’Atlantique, après une carrière en Europe sur le turf, pour y passer une seconde vie au haras.
 
Si la grande majorité de nos vainqueurs de courses principales sont issus d’une lignée «americano-européenne», fort est de constater que leurs pères ont accompli leurs exploits sur les pistes européennes. C’est peut-être un juste retour.
En prenant comme référence, le Prix de l’Arc de Triomphe et ses 50 dernières éditions, seuls Mill Reef (Never Bend) et Alleged (Hoist The Flag) sont issus de pères ayant fait leur carrière uniquement aux USA. Et si, cette année, le vainqueur avait du sang américano-japonais, celui de Sunday Silence ?

Quelques exemples d’étalons ayant fait carrière sur le turf français, puis une carrière dans un haras des USA :

  • Miswaki (né aux USA) (père d’Urban Sea)
  • Blushing Groom (Rainbow Quest)
  • Lyphard (USA) (Three Troikas, Dancing Brave)
  • Riverman (USA) (Detroit et Gold River)
  • Sea Bird (Allez France)
  • Nureyev (USA) (Peintre Célèbre).....

Avant-guerre, les champions européens avaient déjà fait l’objet de tractations envers l’Amérique du Nord à l’image des étalons Aga Khan III. L’élevage d’Amérique du Sud repose en grande partie grâce l’importation d’étalons en provenance d’Europe et de France en particulier, juste après-guerre (étalons Boussac, entre autres). Plus récemment, l'Amérique du Sud s'est focalisé sur la "grande soeur" du Nord. Mais l'élevage américain est aujourd'hui pourri par le doping depuis plusieurs générations. Les étalons issus de son élevage et n'ayant de performances qu'aux Etats-Unis sentent littéralement le gaz en Europe, et même l'Amérique du Sud, ayant accumulé dans les prés des poulains inexploitables faute de médication autorisée, reviennent vers de bonnes vieilles souches plus saines de l'autre côté de l'Atlantique...
 
Conclusion :
 
Le chef de race du Japon contemporain est symboliquement une sorte de dernier des mohicans, tant le reste du monde tourne le dos actuellement aux sangs purement américains comme était la souche de Sunday Silence.

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