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La chronique de Guillaume Macaire : Pieux, Dutronc et les fesses en l'air

21/08/2015 - Grands destins
Fine plume et analyste avisé, aussi précis qu'il l'est dans son travail de champion entraineur d'obstacle, Guillaume Macaire porte cette fois un focus sur Christophe Pieux, sur son style inimitable qu'il a forgé à partir de bases classiques, que l'homme de Royan est bien placé pour connaitre car le crack-jockey a fait ses 1e armes dans son écurie ! NB : merci à l'APRH pour les archives extraordinaires qu'ils nous proposent ci-dessous.


Les reconnaissez-vous ? Le 29 mars 1987 à Auteuil, Christophe Pieux, alors âgé de 20 ans, remporte sa 1e course à Auteuil pour Guillaume Macaire, pour qui il travaille alors, sous la casaque du Dr Benoit Gabeur, splendide avec son allure de premier de la classe.


A 20 ans en 1987, Christophe Pieux n'avait pas encore adopté le style qui l'a rendu célèbre. Il montant encore "classique" en prenant son cheval bien entre les jambes. (PHOTOS APRH)

 

 " La course des légendes à Deauville ce week-end donnera l’occasion à Christophe Pieux de remettre les couleurs pour « le fun… ». Au delà du coté ludique de cette prestation il reste que ce célèbre jockey a marqué d'un sceau indélébile son époque laissant à la postérité un record qui n'est pas prêt d'être égalé. Son style si particulier a fait des émules, et d'aucuns ont cru qu'il suffisait de raccourcir ses étriers pour lui emboîter le pas. Ceux qui ont toujours rêvé d'avoir les fesses en l'air, comme dans la chanson de Jacques Dutronc, n'ont pas forcément tout compris.

Si Christophe Pieux, en artiste qu'il était, a crée un genre bien à lui, n'oublions pas qu'il avait commencé par des fondamentaux établis depuis des lustres, et je peux l'affirmer vraiment car je suis précisément celui qui lui a inculqué ces bases fondamentales et en droit fil, je fus le premier à le faire monter en courses à obstacles et à lui faire gagner des courses.


" Il montait la jambe à l'équerre "


A cette époque, et les photos sont là pour en attester, il montait "la jambe à l'équerre". Ce n'est qu'après qu'il a trouvé son style propre guidé par le talent génial qui était en lui. Mais n'allez pas croire que Picasso ou même d'autres artistes au style si particulier ont toujours peint de la même manière que celle qui les a portés au firmament. Eux aussi ont appris les bases de façon classique. Ils ont, avec le temps, trouvé leur style.


Hélas, beaucoup de jeunes jockeys qui n'avaient ni son équilibre, ni son talent, ni sa propension à encaisser des coups, et encore moins sa propension à fêter des victoires avec autant d'entrain, ont compris à leurs dépens, mais souvent trop tard que l'imitation s’arrêtait à la courtesse des étrivières et aux prouesses bachiques...Je me suis donc souvent, dans mon action de coach auprès des jeunes en devenir, attaché à leur enlever de l'idée de faire un copier/coller du jockey aux 15 cravaches d'or.

 
Christophe Pieux avait davantage un physique de bouledogue que la silhouette du duc d'Albuquerque. Il a fait partie de la dernière fournée de ce type de jockeys plutôt près de terre, alors qu'aujourd'hui le modèle a changé, bien que le talent de certains aux allures très longilignes n'en est pas moins certain. Le fait d'être très grand n'est pas un plus toutefois et il faut savoir à l'instar de David.Cottin ou de Jonathan.Plouganou se plier en plusieurs morceaux pour cultiver ce fameux liant qui est la base de toute équitation de qualité. Le centaure ne sera toujours qu'un mythe car c'est l'association totale de l'homme et de l'animal, inséparables...Ce n'est donc, à mon sens, qu'en étant le plus près de son cheval qu'on est dans l'association parfaite. Hors, ces jeunes fraîchement émoulus des écoles avec une idée, la même que l'hôtesse de l'air de Jacques Dutronc, pensant que cela va être magique !

 


Jusqu'à la dernière année de sa carrière, ici en 2012 avec Ulyssia Royale, 5 mois avant de raccrocher les bottes, Christophe Pieux a conservé son style merveilleusement aérien, mêlé à une efficacité diabolique et une dureté personnelle à toute épreuve.
 
 
A l'un d'eux que je questionnai pour savoir quel intérêt il portait à la doctrine du « cul en offrande », il me répondait qu'ainsi, en cas de chute, il serait éjecté plus loin et minimisait ainsi les risques de se faire écraser par sa monture. Je sais bien qu'aujourd'hui la sécurité doit primer sur tout, mais à un âge où le goût du risque et le mépris du danger doivent faire partie intégrante du mode de vie que l'on a choisi quand on a embrassé ce métier, permettez-moi de trouver cela un peu triste comme réflexion.
 
Le liant, ce mot difficile à définir reste une des deux clés d'une équitation idéale. L'obtenir se travaille même pour ceux que la grâce a touché avant même qu'ils aient mis le postérieur sur une selle. Le travail, c'est l'autre clé du trousseau, car avec le cheval, il faut chaque jour se contenter d'un peu, mais redemander souvent. A la fin de sa vie, au paroxysme de son expérience équestre, le célèbre cavalier portugais Nuno Oliveira disait: " Ce n'est pas des rênes que je tiens dans mes mains mais des fils de soie et je n'ai plus besoin de demander à mon cheval, je pense, et il le fait."
 
Je ne suis pas loin de penser qu'il n'était pas très éloigne de la vérité !
 
 


Christophe Pieux: son 1e exploit inconnu par FranceSire