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Arc : Treve à l'aube de l'exploit que même son éleveur n'a jamais vu

28/09/2015 - Grands destins
Alec Head est né une paire d’années après le premier doublé de l’histoire du Prix de l’Arc de Triomphe, un doublé que son élève actuel(le) a réalisé avant de tenter un triplé jamais tenté. Par Xavier BOUGON.
Alec Head attend avec impatience la journée du 4 octobre 2015, jour où son élève Treve tentera de remporter une 3ème édition du Prix de l'Arc de Triomphe
 
Un exploit pour la 70ème édition de l’après-guerre
L’avant-guerre a donné, en 18 éditions, 3 doubles vainqueurs (Ksar, Motrico, Corrida). Depuis 1946, en 69 éditions, seulement quatre chevaux ont réussi l’exploit de garder leur titre de l’année précédente : deux sont entrainés à l’étranger (l’Italie pour Ribot et l’Irlande pour Alleged) et deux sont ou étaient logés sur le site de Chantilly (Tantième et Trêve). Mais cette 70ème édition d’après-guerre est d’ores et déjà unique dans l’histoire puisqu’aucun double vainqueur n’a tenté une 3ème levée. L’éleveur de la prétendante (Alec Head) au 3ème sacre a connu 6 des 7 exploits (le premier ayant été réalisé deux ans avant sa naissance) et on lui souhaite d’assister à ce qui serait de l’inédit.
 
Tantième fut le dernier cheval entrainé en France à avoir réalisé le doublé, deux années consécutives, dans l'Arc avant Treve
 
Notes
William Head débute l’entrainement en 1923, rue de la République au Mesnil le Roi puis l’année suivante, son épouse donne naissance à Jacques-Alexandre, très vite appelé Alec. Le bambin est assis sur les bancs de la communale du Mesnil quand son père s’installe entraineur rue Béranger à Maisons-Laffitte (c’est bien plus tard qu’il déménage avenue Marengo). Agé donc de 8 ans, il assiste avec son père à la seconde victoire du mansonnien Motrico (installé chez Maurice d’Okhuysen) et, depuis, ne manquera aucun des 5 autres doublés. S’il  a «loupé» celui de Ksar (et pour cause, il n’était pas né), par contre son père a donc assisté à six doublés y compris celui d’Alleged. Disparu en 1984, il n’a pu admirer l’actuel dernier prodige du Haras du Quesnay.
 
- Trêve est déjà entrée dans l’histoire à l’issue du dernier Prix Vermeille en réalisant un doublé après sa victoire à 3 ans dans cette épreuve qui n’est ouverte aux pouliches d’âge que depuis 2004 (pour les 4 ans) et 2006 pour les plus âgées.
 
Treve lors de son Prix Vermeille 2015 ©APRH
 
- L’Arc de Triomphe des anglais, les King George VI and Queen Elizabeth St. avait vu la française Dahlia de Nelson-Bunker Hunt et de Maurice Zilber, gagnante à 3 ans en 1973 (montée par Bill Pyers) et en 1974 (Lester Piggott), revenir « en troisième année ». Elle avait dû se contenter de la 3ème place derrière Grundy et Bustino. Outre Dahlia, le protégé de Godolphin Swain, est le seul à avoir enlevé l’épreuve à deux reprises (1997-1998). Il n’a, par contre, pas tenté le triplé.
 
Motrico avait terminé, lors de sa première tentative à 3 ans, au pied du podium dont la plus haute marche était occupée par Kantar. A 4 ans, il fait l’impasse, tout comme à 6 ans. Son second succès, à 7 ans, fait de lui le plus vieux vainqueur du Prix de l’Arc de Triomphe.
 
- Rappelons que Corrida avait enlevé l’Arc à 4 et 5 ans. L’élève de Marcel Boussac revenait en troisième année après avoir pris la 3ème place, à 3 ans, terminant à une encolure de Péniche (la gagnante du Prix de Diane de l’année) laquelle n’était devancée que d’une encolure également par la 3 ans, Samos (Bruleur). Cette dernière était une pensionnaire d’Evremond de Saint-Alary, l’éleveur d’un certain Ksar, fils, lui aussi de l’étalon maison, Bruleur.
 
Ksar et sa fascinante origine : le seul doublé auquel Alec n’a pu assister
Le premier doublé auquel Alec Head n’a pu assister a été réalisé en 1922 par un élève de Madame Edmond Blanc, Ksar, un fils de Bruleur et de Kizil Kourgan, un vrai pedigree Saint Pair du Mont puisque tous les deux sont nés au haras normand d’Evremond de Saint-Alary qu’il avait acheté à la succession de Léonce Delâtre, (décédé en 1892) le fondateur.
 
Ksar
 
Bruleur est le gagnant du Prix Royal-Oak et, non sans gêner deux concurrents, du Grand Prix de Paris 1913 (la course la plus renommée de l’époque), monté par George Stern (lequel écopera à cette occasion de 15 jours de mise à pied mais le résultat est maintenu). Entré au haras en 1914 aux côtés de son père Chouberski, Evremond lui présente une jument d’un certain âge dont le palmarès sur la piste n’a pas d’égal et dont l’exploit est encore inédit à ce jour : 4 victoires consécutives à commencer par la Poule d’Essai suivi du Prix Lupin, du Prix de Diane et du Grand Prix de Paris. Il s’agit de Kizil Kourgan qui «sombre» progressivement dans l’oubli depuis son entrée au haras.
 
Kizil Kourgan (en photo co-contre) était née au siècle précédent des amours de son étalon-maison, vainqueur du Prix du Jockey Club entre autres, Omnium II (élevé par le fondateur de Saint-Pair du Mont, Léonce Delâtre et vendu foal 6.000 F. puis yearling à Deauville pour 14.100 F à Henri Ridgway, agissant pour le compte du jeune Saint-Alary, âgé de 25 ans) et de Kasbah, la gagnante, pour les couleurs d’Henry Delamarre, du Prix de Diane 1895 et la seconde de la Poule d’Essai. La même année que Kizil Kourgan, Omnium II deviendra le père de Basse Terre (future mère de Bruleur et de Basse Pointe). Il n’aura pas le temps de «faire» mieux puisqu’il meurt deux ans après ses débuts au haras mais qui deviendra la clé de voûte de son élevage à Saint-Pair du Mont.
 
 
 
Ksar a donc un papier avec un inbreeding sur Omnium II (3 x 2), ce qui fait dire à Jean Trarieux : « quelle fascinante origine à faire tomber en pamoison les fervents de la consanguinité. S’il n’est point irréprochable (maigriot et dégingandé) en sa robe d’un alezan un peu pâle et en son modèle heurté, il rappelle étonnamment son aïeul, au dire des anciens».
 
En 1919, c’est la reprise des courses et de l’élevage et les Etablissements Chéri présente 194 yearlings à Deauville. On vend, le 17 août, une dizaine d’élèves provenant de Saint-Pair du Mont dont Ksar que l’acquéreur, Edmond Blanc, va payer 151.000 F., dépassant de loin l’ancien record (100.000 F.).
La surprise fut grande quand on apprit l’identité de l’acheteur qui avait liquidé la plus grande partie de son écurie au début de la guerre. Reprenant confiance, il dit à son entourage «je crois que j’ai fait une bonne affaire. Ce poulain n’est pas beau mais il est laid à la manière de son grand-père Omniun II. C’est un genre de laideur qui ne me déplait pas ».
 
L’élève d’Edmond Blanc s’impose en débutant d’une courte tête dans le Prix de la Salamandre sous la coupe de Walter-Robert Walton (entraineur particulier d’Edmond Blanc assisté de son fidèle manager, Wulfram Canaple) et la monte de George Stern. Il doit se contenter ensuite de la seconde place du Prix Saint-Roman (aussi bien doté que la Salamandre) sur 1.800 m., couru le 3 octobre, le jour de la première édition du Prix de l’Arc de Triomphe gagné par Comrade, un achat Saint-Alary en décembre de ses 2 ans, entrainé à Newmarket (Clarehaven Stables) par Peter-Purcell Gilpin et monté par l’australien, Frank Bullock.
 
Durant l’hiver, Edmond Blanc décède et sa veuve reprend les couleurs (orange, toque bleue) que portera Ksar lors de ses victoires dans les «classic trials», le Prix Hocquart et le Prix Lupin avant de s’adjuger le Prix du Jockey Club (monté par Frank Bullock qui devance George Stern en selle sur un élève Boussac avec qui il est lié par contrat) et de «passer complètement à côté» dans le Grand Prix de Paris en raison d’une course folle en avant que lui fit faire son jockey George Stern. A l’automne, il fait directement sa rentrée dans le Prix Royal-Oak (Frank Bullock) qu’il enlève de 3 longueurs suivi d’un triomphe dans une action aérienne dans l’Arc de Triomphe (monté par George Stern puisque Marcel Boussac n’a pas de partant) et en l’absence du premier vainqueur, Comrade, rentré au haras de Saint Pair du Mont où il meurt prématurément.
 
A 4 ans, il enlève au printemps le Prix des Sablons (futur Prix Ganay) et le Prix du Cadran. A l’automne, il récidive en dominant (de 4 longueurs) le Prix du Prince d’Orange et le 8 octobre enlève, au petit galop, son second Arc, monté par Frank Bullock, qui avait pris la place de George Stern en selle sur l’élève de Marcel Boussac, Ramus, le vainqueur du Prix du Jockey Club de l’année mais qui a montré du caractère en restant au poteau. Le jumelé à l’arrivée de cette édition 1922 est identique à celui de l’édition précédente ce qui n’arrivera plus ensuite. Son dauphin, Fléchois (élevé par le comte de Talhouët-Roy), le devancera lors de leur sortie suivante dans le Prix Gladiateur (6.200 m.).
 
Ksar ou son influence sur l’élevage mondial
Une très importante offre d’achat émanant d’un éleveur américain ayant été rejetée, Ksar rejoint Flying Fox et Ajax au Haras de Jardy où son influence sur l’élevage français et mondial sera primordiale pendant près de 50 ans.
Si Ksar s’avérera un excellent reproducteur, il n’enlèvera le titre de pères de vainqueurs qu’une seule fois (1931) alors que son père, Bruleur et son fils Tourbillon feront mieux en conquérant ce titre, chacun à trois reprises, alors que sur la piste, ils furent loin de l’égaler.
Ksar engendrera quatre vainqueurs classiques, la première issue de sa 3ème année de monte, Ukrania (Diane pour la famille de Rivaud) puis Tourbillon et Thor (Jockey Club pour Marcel Boussac) et Le Ksar (2000 Guinées pour E. de Saint-Alary).
 
Tourbillon, fils de Ksar, remportera le Jockey-Club en 1931. L'arrivée de ce classique se trouve ci-dessus
 
Pour ne parler que du championnat du monde des pur-sang, il n’a pas donné de vainqueur d’Arc mais un placé, Amfortas (second de Pearl Cap en 1931). Indirectement, il inscrit son nom au palmarès avec les victoires de Le Pacha (comme père de mère) et de Nuccio (par son fils Muzio). Il doit surtout son influence à son fils Tourbillon, père, entre autres, de Djebel (Arc 1942) et Caracalla (Arc 1946), de Tornado (2ème en 1942), d’Esmeralda (2ème en 1943). Djebel est à l’origine de quatre autres vainqueurs d’Arc : Coronation (et fille d’Esmeralda), Levmoss, Puissant Chef, Sagace. Un autre de ses fils, Goya, a donné Goyama et Niryal (second en 1947 et 1948).
 
Ksar n’a pas fini ses jours en France puisqu’il est vendu, à 17 ans, en 1935, aux USA où il meurt d’une hémorragie interne deux ans après son arrivée (septembre 1937) près de Millwood en Virginie à Montana Hall Stud (chez Abram S. Hewitt qui était venu lui rendre visite à Chantilly lors de sa victoire dans le Jockey Club 1921, invité par un camarade de promotion d’Harvard).
 
Notes
Kasbah, âgée de 20 ans lorsque son petit-fils double la mise dans l’Arc,est aussi la grand-mère de King’s Cross (seconde, à 6 ans, de l’élève d’Evremond de Saint-Alary -en portrait ci-contre-, Comrade dans la première édition de l’Arc de Triomphe) et la 3ème mère de Kantar, élevé par Saint-Pair du Mont, vainqueur de l’Arc 1928 pour les couleurs de l’américain Ogden Mills (qui décède l’année suivante) associé à Lord Derby.
 
Bruleur est non seulement le père de Ksar mais aussi de deux autres vainqueurs d’Arc, Priori (en 1925) et la pouliche Samos (1935).
 
- Pour l’anecdote, Kizil Kourgan est âgée de 23 ans quand son fils Ksar réalise le doublé. Seules Primavista (Priori) et Brooklyn’s Dance (Solemia) seront plus vieilles d’un an lors des victoires de leurs rejetons. Trevise a, pour sa part, 14 ans lors du doublé de Trêve.
 
- L’édition 1921 du Grand Prix de Paris se court en présence du Président de la République Alexandre Millerand et de sa femme, accompagnés du futur Empereur japonais Hirohito.
 
- Toujours pour l’anecdote, il est amusant de constater que le vainqueur du Grand Steeple-Chase de Paris 1944, Hahnhof a pour père Motrico et pour père de mère, Ksar !
 
Dans l’histoire du turf, Ksar laisse le souvenir d’un cheval possédant à l’état pur la « grande classe » qui lui avait été transmise par ses illustres parents à l’instar d’un certain Sea The Stars.
 
La renaissance des courses après la Grande Guerre
En 1920, la Société d'Encouragement veut offrir une vitrine à l'élevage du pur-sang en France. Soucieuse de perfection, elle imagine une nouvelle course, après le Grand Prix de Paris (créé en 1863 sur 3.000 m. mettant aux prises les vainqueurs du Derby d'Epsom et du Jockey-Club) et le Prix du Conseil Municipal (1893, sur 2.400 m. en octobre, permettant la confrontation des 3 ans à leurs ainés). A cette course, richement dotée, il lui faut un nom éloquent :
 
Pour célébrer la victoire des forces alliées, les troupes victorieuses n'ont-elles pas défilé le 14 juillet 1919 sous l'Arc de Triomphe, ce monument édifié à la gloire des armées françaises? Alors, même si une petite course de Longchamp était appelée ainsi depuis 1882, on va donner le nom de Prix de l'Arc de Triomphe à l’épreuve internationale ayant pour but de comparer la valeur des élevages de pur sang européens et de désigner un champion.
C’est René Romanet-Riondet (alors secrétaire général de la Société d’Encouragement), l’instigateur du Prix de l’Arc de Triomphe, qui propose le nom au Comité de la S.E. le 24 janvier 1920. Ce nom sera préféré à celui de Prix de la Victoire.