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Street Name, une drôle d'histoire pour le gagnant du Olry-Roederer

25/11/2015 - Grands destins
Fils d’Al Namix, neveu de l'américain Fourstars Allstars et petit-fils du crack néo-zélandais Zabeel, Street Name s’est littéralement envolé dans la ligne d’en face. Le parcours de sa mère est assez original pour être conté. par Xavier BOUGON

Street Name a gagné le Prix Léon Olry-Roederer d'une rue mais ce ne fut pas une promenade de santé pour son jockey Kevin Nabet, comme le prouve son saut de la dernière haie (photo APRH)
 
Sa mère a foulé les rings de Goffs France et d’Osarus
 
La mère de Street Name, Acland Street, déclarée accidentée, n’a pas couru. Née en février 2000 dans l’Orne, elle est issue des amours d’un étalon néo-zélandais avec une jument irlandaise achetée par un résident australien. Acland Street fera l’objet de deux petits tours sur les rings de ventes, l’une organisée par l’ex Goffs France en juillet 2003, à 3 ans, et l’autre chez Osarus en novembre 2012, à 12 ans, pleine d’Al Namix.
 
Lors de la vente de Saint-Cloud, elle est présentée par Jean de Roualle pour le compte de son propriétaire-éleveur australien, Bob(Robert-Alan) Scarborough (par ailleurs président du Moonee Valley Racing Club). L’entité M.L. Bloodstock Ltd s’entiche de cette jument, inédite sur la piste et maiden au haras pour 13.000 €.
 
 

Street Name repart aussitôt la dernière haie...
 
 
 
Neuf ans plus tard au Lion d’Angers, elle est présentée par son acheteur de la première heure, mais son palmarès ne fait état que d’un seul vainqueur (en plat) pour 6 produits en âge de courir avec tout de même un update, celui des débuts non placés, 4 jours plus tôt, d’un certain Street Name, alors âgé de 2 ans. Acland Street repartira du ring d’Osarus, rachetée 4.000 €, tout juste séparé de son poulain de l’année, un fils de Konig Turf (nommé ensuite Konig Drive). Elle a donné naissance, depuis, à Street Mix (né en 2013 par Al Namix), puis à Street Fight (né en 2014 par Al Namix) et en 2015 à une pouliche de Rajsaman, tous nés dans la Manche à Gavray.
 
Notes :
 
  • La fille de Zabeel a été baptisée du nom d’une rue de Melbourne où demeure son éleveur australien, sous l’entité Wood Nook Farm Ltd. Son élevage (120 ha), de réputation mondiale situé près de Nagambie, a, depuis, été dispersé lors des ventes Magic Millions du mois de mai dernier (18 poulinières et 12 foals).
     
  • Pour mémoire Goffs France (qui avait absorbé l’Office du Pur Sang en 1979) fusionnera avec Arqana en 2006.
 


Al Namix au Haras de Mirande à la Route des Etalons 2015.
 
 
Street Name, le premier black-type d’une fratrie de 10 frères et sœurs
 
Retour donc sur le parcours de Street Name. Castré avant même ses premiers pas à 2 ans, sans résultat (4 jours avant la présentation de sa mère aux ventes), le fils d’Al Namix, débute victorieusement sur les haies d’Auteuil au mois de mars des ses 3 ans. Le Prix Rush est réservé aux débutants et l’élève de Guy Chérel ne fait pas dans la dentelle puisqu’il laisse ses poursuivants à «quelques» longueurs : 15 pour Cold March, 30 pour Nando, 40 pour Bébé Star et Theinval. Tousont, depuis, gagné leur Groupe ou Listed.
 
Vainqueur d’un nez, trois mois plus tard, de la Listed, le Prix Aguado (l’un des derniers succès de son pilote, Cyrille Gombeau), il sera incapable de confirmer au plus haut niveau, terminant ainsi au pied du podium des Prix Georges de Talhouet-Roy (Gr.2), Cambacérès (Gr.1) et Général de Saint-Didier (Gr.3) à Enghien pour les couleurs de Veneta Galabova, la compagne de Gérard Augustin-Normand.
 
Il termine dans le lointain lors de sa rentrée à 4 ans dans le Prix d’Indy puis enchaine sur deux succès consécutifs à Lignières et Vittel lors de ses débuts sur le steeple, monté par Alain de Chitray. Ce seront ses deux seules sorties de l’année. Après un an d’absence, c’est David Cottin qui sera son partenaire lors de son retour, un retour gagnant en haies, celles de Cholet en septembre dernier. Vainqueur à Auteuil de la Listed, le Prix Claude Le Lorrain en octobre, il atomise donc l’opposition avec un premier succès dans un groupe, le Prix Léon Olry-Roederer, non sans une petite frayeur sur la «der».
 
 
Zabeel, un top étalon qui a pourtant laissé de tristes souvenirs en France.
 
 
 
Un hommage à son grand-père néo-zélandais, Zabeel, mort en septembre dernier
 
 
Acland Street est née des amours de Zabeel et de Chauncy Lane, une mère (par Sadler’s Wells) achetée par l’australien Bob Scarborough lors des ventes d’élevage de Tattersalls en décembre 1998 pour 120.000 Guinées. Chauncy Lane était présentée par son éleveur, Richard Bomze, pour qui elle s’était imposée à deux reprises à 3 et 4 ans en Irlande (Naas et Navan) sous la coupe de Michael O’Brien.
 
Acland Street est le premier produit de sa mère qui avait été, après son achat à Newmarket, envoyée en Nouvelle-Zélande rencontrer un certain Zabeel. Quelle mouche à piquer Bob pour l’envoyer dans l’Hémisphère sud ; il est vrai qu’il venait de «sortir» Octagonal. Bob possédait-il des parts du fils de Sir Tristram ?
 
La «folie» ne sera pas renouvelée......puisque le foal suivant est né des amours avec le français Linamix, d’où Clemax, vendu aux ventes de l’Agence Française. Suivra un mâle par Indian Ridge puis un suivant par King’s Best. Ce dernier s’avérera être le meilleur produit de la fratrie, Best Alibi est vendu foal par Bob 42.000 Gns. Son pinhooker en «tirera» 190.000 Gns, yearling, un bon signé par John Ferguson pour le frère ainé des Maktoum. A l’entrainement chez Sir Michael Stoute, il doit se contenter de la 4e place des Racing Post Trophy.
 
A 3 ans, il se classe second des Dante St., préparatoire au Derby dans lequel, il termine au 6e rang d’un podium occupé par Sir Percy, Dragon Dancer et Dylan Thomas. Direction le Derby irlandais dans lequel, il n’est devancé que par Dylan Thomas et le «Fabre», Gentlewave. Il prendra ensuite la direction des States.
 
 

Sir Tristam était entrainé en France par Charley Millbank. Cheval de niveau semi-classique, il est devenu un chef de race en Australie.
 
 
NOTES :
 
Zabeel est mort en septembre dernier à 29 ans, enterré aux côtés de son père Sir Tristram. Il était entré au haras en 1991, stationné à Cambridge Stud (chez Sir Patrick Hogan). Père de 45 vainqueurs de Gr.1 et de 154 stakes-winners il a été Tête de liste en Australie et en Nouvelle-Zélande à maintes reprises grâce à ses produits tels qu’Octagonal (un temps, étalon en France), Might of Power, Efficient, Vengeance of Rain (à Hong-Kong), entre autres. A son actif, en tant que père, il est vainqueur de trois Melbourne Cup, trois Caulfield Cup, quatre Cox Plate....
 
Il était le demi-frère de Baryshnikov (également un temps étalon en France), tous les deux fils de Lady Giselle, une française fille de Nureyev. Ce Zabeel, compte-tenu des désastres au haras de son flls Octagonal et de son frère Baryshnikov, a laissé de sinistres souvenirs en France, et a contribué à y jeter l'opprobe pendant une 15aine d'années sur les sangs australiens avant que les antipodes ne reviennent brutalement à la mode depuis 3 ou 4 ans.
 
 
  • Pour l’anecdote, Lady Giselle (comme Maximova ou Ma Biche) a été élevée par Mme Galina Tkatch (de Briones), épouse de François Louis-Dreyfus. Lady Giselle est une petite-fille de Derna, la mère de Detroit, de Durtal et de Valderna. Valderna a été élevée par Mme Jacques Charrier, seconde épouse de l’acteur, de son nom de jeune fille, France Louis-Dreyfus, la sœur d’Alain Louis-Dreyfus, les enfants de François.
     
  • Son père, Sir Tristram, a été considéré au haras comme le Northern Dancer des Antipodes. Sur la piste, il avait fait des débuts victorieux à 2 ans à Evry (monté par Georges Doleuze) pour les couleurs de son éleveur, Raymond Guest (propriétaire également de son père, Sir Ivor) et l’entrainement cantilien de Charley Milbank. Second de l’Omnium II 1974 (puis rétrogradé à la 3e place), il est vient une idée à son entourage, celle de courir le Kentucky Derby dans lequel, sous les couleurs de Powhatan Stable (l’entité américaine de Raymond Guest qui avait terminé 3e de l’édition 1965 avec Tom Rolfe), il termine non placé de Cannonade. 
  • Chauncy Lane (Sadler’s Wells), sœur de Fourstars Allstar, sera revendue lors des ventes australiennes d’Inglis en avril 2009 ($AUS 70.000), pleine de Given Saturday.

     
 
 
 
Chauncy Lane, sœur du premier américain vainqueur d’un classique irlandais.
 
Dans la longue histoire des classiques irlandais, jamais un candidat n’est venu d’outre-atlantique. Mais un entraineur irlandais, expatrié à New-York, Leo O’Brien, avait le désir fou de devenir prophète en son pays en s’alignant au départ des 2000 Guinées. Il réussi à convaincre le propriétaire-éleveur de Fourstars Allstar, Richard Bomze de tenter l’aventure.
 
Turfiste invétéré (à ses dires, il fréquente les hippodromes depuis l’âge de 10 ans et aurait même joué son premier pari à 5 ans), il est prêt pour un pari fou, d'autant plus que la piste du Curragh, très vallonnée, corde à droite, est le plus parfait opposé aux tracés américains. De plus, Fourstars Allstar a gagné une allowance de seconde zone à Belmont le 11 mai, soit seulement 7 jours avant les Irish 2000 Guineas !
 
Fourstars Allstar est né d’un croisement de Compliance (par Northern Dancer) et de Broadway Joan dont la lignée maternelle n’était jamais sortie de l’ombre, même avec 5 générations de recul......
 
Pourtant, de ce croisement fait de «bric et de broc» allait surgir deux sujets sortant de l’ordinaire : avant notre héros, son aîné, Fourstardave avait dépassé le million de dollars de gains, enlevant plusieurs stakes (21 victoires au total).
Monté par l’américain, Mike-Earl Smith, et parti en avant, sans tirer dessus, à l'américaine, Fourstars Allstar devance d’un nez l’irlandais, de chez James Bolger, Star of Gdansk (futur 3e des Derbies anglais et irlandais) et les français, Lycius (A. Fabre) et Ganges (F. Boutin).
 
Son palmarès compte 1 victoire en Irlande et 13 autres aux USA, sans compter quelques places dans des Gr.1 comme la Breeders'Cup Mile de Lure. A la fin de sa carrière sur la piste, il retraversera l’Atlantique pour y effectuer une seconde carrière au haras dont celui de Coolmore avant de rejoindre Astley Grange dans le Leicestershire en Angleterre. Autant dire qu'il a fini moins haut qu'il a commencé.
 
 
Fourstars Allstar, monté par le crack jockey américain Mike Smith, domine de haute lutte Star of Gdansk, monté par Christy Roche, dans une style radicalement différent.
 
 
NOTES :
 
  • Richard Bomze est décédé en mars 2014 à 76 ans. Il avait été patron de presse sportive et hippique à New York et patron d’une société de téléphonie. Il avait été l’éleveur des deux propres frères millionnaires, Fourstardave et Fourstars Allstars, fils de Compliance (son étalon) et de Broadway Joan (1979), achetée $ 2.500 lors d’une vente de deux ans à Belmont en avril 1981 par Collin O’Brien, pour le compte de Richard Bomze, Philip DiLeo et Michael Spielman. Après s’être «claquée», Broadway Joan ne sera jamais vue en compétition.
Richard Bomze a été président de l’Association des Eleveurs de New-York et tête de liste des éleveurs du même état en 1990, 1991 et 1993.
 
  • Compliance (né en 1978 chez E.P. Taylor) n’était autre que le propre frère (par Northern Dancer et Sex Appeal) d’El Gran Senor et de Try My Best. Sur la piste, il n’a pas eu la même carrière, aucun succès et seulement 3e des Ballycorus St. (Listed à Leopardstown) sous la coupe de l’irlandais Michael O’Brien (frère de Leo). Il est acheté, sortant de l’entrainement, par le new-yorkais Richard Bomze, associé à Mike Spielman lors d’une vente de Fasig-Tipton en août 1982 pour $ 125.000.
     
  •  Les deux frères (par Compliance) étaient entrainés par deux frères irlandais, Leo (né près de Dublin en 1940) et Michael O’Brien. Ce dernier, décédé en 2011 à 68 ans, avait été tête de liste des entraineurs irlandais en obstacles en 1972, battant alors pour pourtant inamovible Paddy Mullins, le père de Willie.
Pour l’anecdote, Leo (ancien jockey d’obstacles en Irlande puis aux USA pour Raymond Guest) a deux enfants, Keith (né en 1968 à Long Island, jockey d’obstacles en Irlande pour son oncle, Michael) et Leona. Cette dernière s’est mariée avec le crack jockey américain, John Velazquez. Ils n’ont aucun lien de parenté avec Vincent ou Aidan O’Brien.

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