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Chronique du Jockey-Club: l'ère des pionniers

31/05/2016 - Grands destins
A 5 jours du Prix du Jockey-Club, la grande course classique de Chantilly qui fête cette année ses cent-quatre-vingt ans d’existence, Xavier BOUGON revient sur les premières années de la course. Elle fut courue pour la première fois le 24 avril 1836 sous le patronage de Son Altesse, Monseigneur le Duc d’Orléans, fils du roi Louis-Philippe. Et si nous revenions presque deux siècles en arrière?

Les Grandes Ecuries du Château de Chantilly ont vu se disputer de très nombreuses éditions du Prix du Jockey-Club. Qui sera le gagnant de la 175ème édition? Réponse dimanche 5 juin 2016

 

Première décennie : on était loin du classicisme

Depuis le 11 novembre 1833, date de la fondation de la Société d’Encouragement pour l’amélioration des races de chevaux en France, quelques sportsmen déterminés et enthousiastes avaient décidé d’organiser en France des courses en s’inspirant de l’exemple venu d’Angleterre. Forts de l’appui du duc d’Orléans, héritier du trône, et séduits par la qualité du terrain de Chantilly, ils y organisèrent une première réunion le jeudi 15 mai 1834. Cette initiative, renouvelée l’année suivante et fortement appuyée par la municipalité de Chantilly (avec aux commandes le premier magistrat de la ville, Charles Royer qui léguera son mandat à Toussaint Bougon), fut accueillie très favorablement, suggérant au comité de la Société de lier spécifiquement le nom de Chantilly à celui d’une grande course de la même manière qu’était associé l’hippodrome d’Epsom au Derby anglais. Le Prix de Chantilly portera la dénomination de Prix du Jockey Club. Pour mémoire, le premier Derby anglais remonte à 1780 et son premier vainqueur n’est autre que Diomed, un pensionnaire de Sir Charles Bunbury.


Notes :

Le premier Comité de la Société d’Encouragement, présidé par Anne-Edouard de Normandie et fondé sous le patronage des ducs d’Orléans et de Nemours (son frère), se composait de douze membres dont celui que l’on a appelé, «le père du turf français» Lord Henry Seymour, premier président, et du prince de La Moskowa et Nicolas-Joseph Rieussec, vice-présidents.

Quand, le 24 juin 1835, la décision avait été prise de faire courir le Jockey Club à Chantilly, Lord Seymour, bien que co-fondateur de la Société, n’avait pas tardé à prendre ses distances avec celle-ci, s’étant carrément situé dans l’opposition à cette initiative. Il ne sera conquis par l’hippodrome des Condés qu’après la première édition du Prix du Jockey Club. Il était fortement attaché aux courses de Versailles, pourtant données sur l’hippodrome de Satory, plus détestable encore que celui du Champ de Mars.

 

Lord Heny Syeymour que l'on a couramment appelé le "père du turf français"

 

Frank, le premier vainqueur

C’est ainsi que le premier classique français fut couru en 1836 sur la distance de 2.500 mètres (un tour et un quart), une distance ramenée à 2.400 mètres à partir de 1843.

Il convient de dire que ce premier «Derby français», couru par un temps médiocre devant une assistance clairsemée, n’avait pas suscité un enthousiasme débordant. Il y eu tout juste dix engagements et cinq partants dont Frank, le premier lauréat pour les couleurs de Lord Henry Seymour (orange toque noire). Ce fils de Rainbow (un étalon importé d’Angleterre par Nicolas-Joseph Rieussec en son haras de Viroflay) est le premier des quatre Prix du Jockey Club gagné par le premier président de la Société d’Encouragement. Ses chevaux étaient entrainés par Thomas Carter, premier membre de la famille arrivé en France en provenance d’outre-Manche. Frank, monté par le jockey de l’écurie Thomas Robinson, avait devancé nettement Brougham, un pensionnaire du duc d’Orléans, qui, au soir du 24 avril, offrit un diner à quelques privilégiés.

 

Notes :

Le premier Prix du Jockey Club s’est couru en troisième course alors qu’il était programmé en sixième. A la demande de Lord Seymour, l’ordre des courses avait été chamboulé pour permettre à son poulain, Frank, de disputer la course suivante, La Coupe, pour aider sa compagne d’écurie, Miss Annette...et en fait lui servir de leader ! Selon le Règlement de cette époque, les propriétaires dont les chevaux avaient plus d’un engagement pouvaient demander que les courses aient lieu plutôt dans un ordre que dans l’autre. Il suffisait d’en avertir le secrétaire de la Société quatre jours avant la réunion. On voit donc le caractère familial de ces premières éditions.....on était loin du classicisme...

 


Frank  


Le vainqueur du 1e Prix du Jockey Club, nommé Frank, a fait le leader pour une compagne d'écurie dans la course suivante...la même journée !

 

Lydia, à l’origine de sept classiques

Le 14 mai 1837, il fait très beau (contrairement à la réunion précédente où il faisait un temps exécrable) pour les cinq partants au départ, quatre pouliches dont deux formeront le jumelé pour Lord Seymour et le duc d’Orléans : Lydia (fille de Rainbow), monté par Edward Flatman, remplaçant Th. Robinson, accidenté, et Esmeralda (fille de l’étalon Sylvio, un sire du Haras National du Pin) qui restait sur un succès 48 heures plus tôt. Les deux autres pouliches sont tombées dont la favorite, Angèle (au Duc d’Orléans) qui, en faisant un brusque écart, jeta à terre sa monture, Arthur Pavis.

La mère de Lydia, Léopoldine, n’est autre que la sœur cadette de Prince Leopold, vainqueur du Derby.....anglais 1816. Au haras, Lydia n’a pas eu la même carrière que sa propre sœur, Georgina qui «tracera» en donnant sept classiques : Serenade, Campeche et Cambridge (Prix de Diane), Patricien et Bois Roussel (Derby...français), Nicolet et Bakaloum (Poule d’Essai).

 

 
Lydia

 

Vendredi, monté par Robinson

Au soir du 20 mai 1838, c’est la passe de trois pour Lord Seymour, qui, avec son poulain Vendredi, remporte le Prix du Jockey Club pour la troisième fois. Il devance à cette occasion et pour la troisième fois une pensionnaire du duc d’Orléans, Margarita.

Lord Seymour affiche ses ambitions de remporter un troisième succès avec un certain Fortunatus (fils de Royal Oak) sur lequel il ne craint pas d’engager un gros pari (on parle de 800 livres) bien que celui-ci eut été récemment battu, par la faute de son jockey, prétend son propriétaire.

Ce dernier, dans le but évident d’accroitre ses chances, non seulement aligna un cheval de jeu (encore maiden), Vendredi, mais tenta en vain d’acheter à H. de La Salle son élève, Insulaire, pour un gros prix (18.000 francs). S’acquittant parfaitement de sa tâche, Vendredi imprima à la course un train sévère alors qu’au contraire, Insulaire refusait complètement de s’employer. Alors que, dans la phase finale, Fortunatus se montrait incapable de régler le sort de Margarita, son compagnon d’écurie ralliait le poteau en vainqueur. Lord Seymour avait donc réussi la passe de trois consécutifs ; il n’en fût pas moins ulcéré de ne pas avoir gagné avec son favori et ceci sonna la disgrâce de son jockey Thomas (Tom) Robinson qui avait monté le gagnant : sanction injuste puisque de toute façon Fortunatus était battu ! Ce Fortunatus était monté par le crack jockey anglais, James (Jem) Robinson, le demi-frère de Tom.

Vendredi était un fils de Caïn, un étalon en vogue, et de Naïad, une excellente poulinière qui donnera naissance ensuite à deux filles de Royal Oak, Nativa et Dorade, deux gagnantes du Prix de Diane pour le prince Marc de Beauvau.

 

Notes :

Lord Seymour importa de nombreux reproducteurs dont Royal Oak, en 1832, dont le prix de saillie était le plus élevé de l’époque (250 F.). Il était stationné tout d’abord à Sablonville puis dans son haras de Glatigny, près de Versailles. A 19 ans, Royal Oak devient propriété des Haras nationaux tout comme Ibrahim, âgé lui de 10 ans. Ils sont morts tous les deux en 1849.

 


Vendredi  

 

Victoire princière en 1839

Avant que la révolution, dans sa folie destructrice, ne vienne balayer les timides essais d’institution de courses régulières en France, les deux sportsmen les plus en vue étaient le comte d’Artois et le duc de Chartres. Quand, beaucoup plus tard, le premier montera sur le trône de France sous le nom de Charles X, son haras royal de Meudon deviendra le siège d’un élevage réputé. Le fils du duc de Chartres (guillotiné par les révolutionnaires), Louis-Philippe devient roi de France en 1830. Le haras de Meudon fit retour à la Couronne et fut confié à un sportsman de haut niveau, le comte de Cambis ; si le souverain ne professait à l’égard des courses qu’une bienveillante attention, il n’en allait pas de même de son fils ainé, Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans, héritier du trône, qui était un passionné.

Ses couleurs, écarlate, toque de velours bleu, gland or, furent présentes, comme nous l’avons déjà évoqué, dès le premier Prix du Jockey Club avec son élève, Brougham, second de Frank.

L’année suivante, Son Altesse voulut donner plus d’éclat aux courses de Chantilly. Il vint s’installer, avec son frère cadet le duc de Nemours, pour une durée de trois jours au Château où il convia un certain nombre de personnalités.

Sa pensionnaire, Esmeralda, sera dominée par une élève de Lord Seymour, Lydia. En 1838, Vendredi, appartenant à Lord Seymour, devance de nouveau une élève princière, Margarita.

 


Romulus  

 

La casaque princière est enfin récompensée par la victoire de Romulus (monté par George Edwards) le 19 mai 1839, un succès face à neuf adversaires dont deux «Seymour» (qui auraient été touchés par la toux) et deux autres «Orléans». Le prince recueille ainsi les fruits des nombreux efforts pour se constituer un élevage et une écurie de qualité. Romulus est le fruit des amours de Cadland, vainqueur (pour l’entrainement de Richard Dixon Boyce) du Derby anglais 1828 puis importé en 1834, et de Vittoria. Celle-ci avait donné naissance à une propre sœur aînée de Romulus, Nautilus, vainqueur par trois fois du Prix du Cadran pour les couleurs du duc d’Orléans. Dix ans plus tard, naîtra Vergogne, gagnante du Prix de Diane. 

Réceptions et divertissements allèrent dès lors en s’amplifiant jusqu’en juillet 1842, l’année où le duc trouva une mort prématurée dans un accident de voiture (les chevaux tirant la calèche se seraient emballés, route de la Révolte, près la Porte Maillot), sans avoir réussi à faire du meeting de Chantilly l’équivalent de celui d’Ascot dont il avait rêvé.

 

Notes :

Par analogie à la victoire du duc d’Orléans, on peut rappeler qu’en 1788, un prince de Galles, le futur George IV, avait gagné le Derby d’Epsom avec Sir Thomas. Un autre prince de Galles, le futur Edouard VII, enlèvera, en 1896, les 1000 Guinées avec Thaïs et le Derby et le St Leger avec Persimmon. Quant à son frère, Diamond Jubilee, il réalisera le même doublé en y ajoutant les 2.000 Guinées. Sans oublier beaucoup plus tard, Sun Chariot (Triple couronne) pour le Roi George VI et Carrozza, Aureole, Highclere, pour sa fille, l’actuelle Reine d’Angleterre.



Tontine

 

Tontine, celle par qui le scandale arriva

Les choses ne se présentent pas trop mal pour la casaque orange de Lord Seymour en 1840, quand sa pouliche, Jenny (Royal Oak) remporte, deux jours avant le Prix du Jockey Club, les Foal Stakes à Chantilly. Elle se présente favorite face à trois «Orléans» (dont Quoniam et Gygès) et quatre autres concurrents. Seymour l’aurait appuyée au «betting» pour 90.000 F.

Après un faux départ, bientôt suivi de la dérobade du gagnant de la première Poule d’Essai, Gygès, les concurrents rentrent dans la ligne droite. Alors que la partie semblait se jouer entre Jenny et Quoniam survint Tontine qui non seulement les déborda sans coup férir mais s’en alla au poteau sans être autrement inquiétée ; seconde Jenny à Lord Seymour.

Cette Tontine, qui n’avait pour simple bagage qu’une victoire dans un Trial, appartient à son éleveur, Eugène Aumont (Haras de Victot, associé à son frère ainé, Alexandre) dont les couleurs (Rose, toque noire) commençaient à connaître une certaine notoriété.

Eugène a donc tout motif de se réjouir de ce beau succès quand, quelques instants plus tard, le public est informé d’une réclamation de Lord Seymour contre la qualification de cette pouliche. Depuis un certain temps circulaient des rumeurs accréditées par un groom renvoyé de l’écurie Aumont, selon lesquelles Tontine était en réalité une jument de 4 ans importée d’Angleterre et du nom d’Hérodia. L’affaire est assez grave pour mériter une enquête approfondie ; les commissaires se donnèrent un mois avant de rendre leur verdict qui conclut au maintien du résultat, fautes de preuves convaincantes de substitution.

C’était mal connaître Seymour que d’imaginer que les choses pourraient en rester là. Apparemment, la vie de l’écurie continua et un an plus tard Poetess (Royal Oak) lui donnait une quatrième victoire dans le Prix du Jockey Club, mais dans le même temps, deux évènements nouveaux étaient intervenus. En premier lieu, l’affaire était maintenant instruite devant les tribunaux ; par ailleurs, Eugène Aumont ayant fait passer en vente la jument Hérodia, celle-ci fut achetée 1.000 F. par John Palmer qui la rétrocède à Lord Seymour lui-même. Celui-ci ne manqua pas d’effectuer une enquête approfondie dont les résultats, basés sur des témoignages indiscutables, se révélèrent déconcertants puisqu’ils établirent de façon formelle que la jument achetée sous le nom d’Hérodia...n’était pas Hérodia !

 

Notes :

- Depuis la création, les conditions prévoient un poids de base à 50 kgs avec déjà trois livres de décharges pour les pouliches. En raison des difficultés à trouver des jockeys «faisant le poids», il est décidé, à partir de 1840, que le poids sera porté à 54 kgs puis à 56 kgs à partir de 1876 et 58 kgs à partir de 1901.

 

- Jenny avait été rachetée, lors de la liquidation Seymour, par le prince Marc de Beauvau qui faisait sa première apparition sur le turf français (1839). A l’âge de 6 ans, Jenny remporte, sous l’entrainement d’Henry Jennings, le Grand Prix Royal, la course la plus importante de l’époque, un «Arc» avant la lettre. En 1847, Jenny donnera naissance à Fleur de Marie, future gagnante du Prix de Diane, l’un des cinq succès du prince dont la réussite est insolente : sa casaque rouge, toque idem, s’imposera également avec Nativa, dans l’édition inaugurale, avec Lanterne (on le lira plus loin), Dorade, la propre sœur de Nativa (Royal Oak et Naïad) et Serenade.

 

Tontine, privée de descendance

Quand, après les délais habituels, la justice rendit son verdict, celui-ci fut tout à fait mitigé puisque, s’il était admis qu’il y avait eu substitution lors de la vente d’Hérodia, il n’était pas retenu que celle-ci eut pu disputer le Prix du Jockey Club 1840 à la place de Tontine. Lord Seymour était en conséquence débouté d’une action qu’il avait été quelque peu imprudent d’entreprendre, bien placé qu’il était pour connaître la souveraineté des décisions de la Société d’Encouragement. Celle-ci, cependant, fut suffisamment ébranlée pour décider de bannir Tontine du stud-book et lui interdire ainsi toute descendance officielle. Cette malheureuse affaire allait connaître un épilogue doublement ironique :

 

- Lord Seymour, d’abord, décida de se retirer de la vie du Turf, son écurie et son effectif (à l’exception de Royal Oak dans un premier temps) étant vendus très peu de temps après le Prix du Jockey Club 1842.

- Sanctionné d’aucune façon autre que morale, le malheureux héros de l’affaire Tontine-Hérodia décida lui aussi d’abandonner l’élevage et les courses. C’est ainsi qu’Eugène Aumont vendra Plover (Royal Oak) pour 30.000 F. au vicomte Edouard de Perregaux, deux jours avant le Prix du Jockey Club. Bonne pioche, il devance Angora (Auguste Lupin) et Annetta (fille de Miss Annette).

 

Notes

Le vicomte Edouard de Perregaux est connu pour être officier de cavalerie mais aussi pour avoir inspiré le roman d’Alexandre Dumas, La Dame aux Camélias, suite à sa liaison avec Marie Plessis (dite Duplessis). Née à Nonant le Pin, elle s’était unie au vicomte en 1846 à Londres, un an avant son décès à 23 ans.

 

 
Poetess, la lauréate devant Tragédie, au 2e plan.

 

Poetess, le tournant du destin : mère de Hervine et Monarque

Eugène Aumont avait un frère, Alexandre, et quelques temps après la vente Seymour, celui-ci se porta acquéreur de Poetess, gagnante pour Lord Seymour du Prix du Jockey Club. Or cette jument, en produisant plus tard Hervine (Prix de Diane) et Monarque (Prix du Jockey Club) fit la gloire du Haras de Victot.

 

Poetess, gagnante du Prix du Jockey-Club, elle-m^me mère de deux classiques

 

Pour l’anecdote, parmi les effectifs de Lord Seymour se trouvait non seulement Ada vendue 730 francs mais aussi sa championne de fille, Miss Annette, vendue 1.220 francs au département des Hautes Pyrénées et sa sœur Poetess. Cette dernière aurait été achetée pour un petit prix pour l’utiliser comme hack.....dans un premier temps par le baron Le Couteulx. Cependant on la retrouve deux ans après chez Alexandre Aumont à Victot où nait, en 1848, sa fille Hérodiade dont la descendance sera riche en classique. Poetess obtient donc une certaine notoriété grâce à sa descendance. Une semblable progéniture aurait dû suffire à l’entourer de soins. Devenue âgée et estropiée (elle avait les postérieurs à moitié tordus), faute de surveillance, elle se rompit le cou dans une chute provoquée par les amusements irresponsables d’une bande de gamins.

A ne pas confondre avec une de ses descendantes du même nom (née en 1875), future mère d’une certaine Plaisanterie.

 

Notes :

- Richard Boyce exerçait à Newmarket quand Lord Seymour fait appel à lui pour prendre la direction de ses effectifs (dont une partie est déplacée de la Porte Maillot à La Fourrière) en remplacement de Thomas Carter (parti chez les barons Anthony et Nathaniel de Rothschild) et pour monter la fameuse Poetess dans le Prix du Jockey Club. Après l’arrêt de son «patron», il rentrera au pays. Il est le frère de Frank, Henry et William, tous jockeys, qui sont les fils de Richard-Dixon Boyce, célèbre entraineur de Newmarket, vainqueur de 17 classiques anglais.

 

- Le «Journal des haras» révèle qu’Eugène Aumont, affecté par les évènements, est également en proie à des difficultés financières et abandonne donc l’élevage. Il vend, en octobre 1841, 31 pur-sang (15 à l’entrainement et 16 sujets d’élevage). Son frère, Alexandre en achète 12 dont Plover, alors âgée de 2 ans, pour 1.500 F., qu’il revend à 3 ans pour 20.000 F. juste avant sa victoire dans le Prix du Jockey Club.

 

Renonce, après dead-heat sur 2.400 mètres

L’année 1843 voit la création du Prix de Diane, couru l’avant-veille du Prix du Jockey Club et le Derby français est ramenée sur 2.400 mètres. L’arrivée donne lieu à une vive lutte entre l’extrême outsider, Renonce (Young Emilius), propriété de Célestin de Montalba, et Prospero. Renonce va rejoindre le poteau dans la même foulée que le protégé de Thomas Carter qu’il avait dû acheter à son éleveur, Alexandre Aumont pour son «nouveau patron» le baron Anthony de Rothschild. Les deux propriétaires auraient pu partager le prix, qui se montait à 20.000 F., mais ils préférèrent recourir, d’autant plus que le gagnant devait recevoir, en plus du prix, un jeu de dominos en vermeil et pointes en perles fines, ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette. A l’issue de la seconde épreuve, Renonce (Young Emilius), entrainé par Elijah Carter (neveu de Thomas) l’emporte facilement.

 

Importé d’Angleterre en 1834, Young Emilius (1828 Emilius) n’avait pas couru ni même débuté la monte. Mais il était issu d’un gagnant de Derby (1823) et d’une lauréate des Oaks et des 1000 Guinées, Cobweb pour les couleurs de Lord Jersey. Young Emilius est le second foal de sa mère, une sacrée matrone puisqu’elle donnera naissance ensuite à trois classiques dont Bay Middleton (Derby 1836). Young Emilius, acheté par Ernest Leroy (l’un des 12 membres fondateurs de la Société d’Encouragement et membre de la première Commission du Stud-Book) pour l’Administration française, va débarquer en France, dans un premier temps au haras Royal de Meudon puis en Normandie au dépôt du Pin puis celui de Saint-Lô. Il va donner naissance à trois vainqueurs du Prix du Jockey Club, Renonce, Fitz Emilius (en 1845) et Amalfi (en 1851). Quant au vainqueur 1848, Gambetti (frère utérin d’Amalfi), il est issu d’Emilius, le père de Young Emilius et de Tarantella, une gagnante des 1000 Guinées, achetée par Auguste Lupin.

 

Lanterne, un doublé rarissime puis mère d’une estropiée renommée

L’année 1844 voit en Lanterne, la plus grande jument française de l’époque. Appartenant au futur député, le prince Marc de Beauvau, elle avait réussi un exploit unique, celui de remporter à 2 ans, l’Omnium couru sur 2.400 mètres sous le poids de 37 kgs et battant cinq concurrents plus âgés qu’elle. Elle avait débuté victorieusement dans le Prix du Premier Pas puis avait récidivé dans le Poule de Juin. Elle confirma cette brillante performance à 3 ans en enlevant successivement le Prix de Diane et, trois jours après, le Prix du Jockey Club. Depuis lors, Jouvence (1853) et La Toucques (1863) sont les seules pouliches qui aient réussi ce glorieux double event. Cette édition du Prix du Jockey Club réunissait 16 partants et le trio vainqueur est composé uniquement de pouliches, le même trio que quelques jours plus tôt dans le Prix de Diane.

 

Le père de Lanterne, Hercule (Rainbow) est né chez Nicolas Rieussec en son haras de Viroflay où avait été stationné Rainbow, une importation de 1823. Sa mère, Elvira, est née en Angleterre puis avait été importée en France en 1833 avant de partir dix ans plus tard en Italie. Mais avant de partir, Lanterne va devenir la mère, entre autres, de Constance qui jouera un grand rôle au haras à travers la famille 6-d. Constance est une fille de la première production française de son père Gladiator (second du Derby anglais de Bay Middleton) qui venait d’être importé par les Haras Nationaux pour la modique somme de 62.500 F. Il aura une grande influence sur l’élevage français dont il peut être considéré comme un des quatre fondateurs avec Royal Ok, Ion et Cadland. 

Henry Jennings a une prédilection toute particulière pour les produits de Lanterne puisqu’elle avait fait sa renommée d’entraineur. Constance était si petite que sans lui, elle n’aurait pas été entrainée. Elle ne débuta qu’à 3 ans à Chantilly et se cassa le boulet. Son propriétaire-éleveur, le prince Marc de Beauvau, voulait la faire abattre, mais devant la nouvelle insistance de Jennings, il la lui donna pour en faire ce que bon lui semblait. Il la soigna puis la vendit à un cultivateur de Pontoise, Monsieur Sarrazin, en se réservant certains droits sur sa production.
 


Fitz Emilius  

 

La famille Aumont et le haras de Victot

Suite à l’affaire Tontine, Eugène Aumont abandonne après une dernière victoire en 1841 avec Déception (la bien-nommée et sœur de Serenade, Prix de Diane) dans le Prix du Cadran. Déjà impliqué dans une partie de l’effectif, c’est donc son frère aîné, Alexandre, qui reprend les commandes du Haras de Victot qui, à partir de 1842, va prendre son véritable envol. Son nom est associé à Fitz Emilius (Young Emilius) lors de sa victoire dans le Prix du Jockey Club 1845. Ce succès sera le premier des cinq pour ses couleurs (blanche, toque verte). Il domine la gagnante du Prix de Diane, Suavita la pouliche d’Auguste Lupin. Par ailleurs, la Poule d’Essai est annulée faute d’engagements suffisants, comme l’avait été l’édition de 1843.

 

Les Rothschild entrent en scène

Le baron James de Rothschild avait offert une coupe d’une valeur de 5.000 F. en 1836 au gagnant d’une épreuve gagnée par Miss Annette, secondée par Frank, vainqueur une demi-heure plus tôt du Prix du Jockey Club.

Son fils, Nathaniel, fait enregistrer ses couleurs en 1842 (ambre, manches lilas, toque grise ; ce n’est que vingt ans plus tard que ses pensionnaires porteront le bleu et la toque jaune) qui feront «mouche» dans le Grand Prix Royal 1844 (futur Prix Gladiateur) avec Drummer et dans le Prix du Cadran 1845 avec Edwin. Dans l’édition 1846 du Prix du Jockey Club, son entraineur particulier, Thomas Carter, l’ancien «employé» de Lord Seymour, présente trois concurrents, la pouliche Fleet, gagnante de la Poule de Produits (future Prix Daru), Meudon, qui, après avoir enlevé le Prix de la Ville de Paris, avait dû se contenter de la troisième place de la Poule d’Essai et Ulm, sans titre particulier. Cette triple représentation, la présence de deux «Aumont» (Liverpool et Premier Août) et deux « Pontalba » contribuaient à offrir un beau plateau.

Meudon, monté par Edward Flatman, portait les premières couleurs de l’écurie. Aux abords du poteau (à environ vingt pas du but, tel est le commentaire de l’époque), la course semble gagnée pour Premier Aout mais celui-ci se jette de côté déséquilibré par son partenaire et par son étrivière cassée. Il n’avait cessé de se retourner pour voir où en était son camarade Liverpool. Meudon, vigoureusement poussé, gagne devant Premier Août et Liverpool, le préféré de l’écurie Aumont.

Meudon était un fils d’Alteruter (Lottery), un étalon importé d’Angleterre, stationné au Haras Royal de Meudon. Sa mère, Margarita, qui défendait également les couleurs du duc d’Orléans, avait terminé seconde de Vendredi dans le Prix du Jockey Club 1838. Sur le papier, il descendait tout de même d’un berceau royal et pourtant, il ne semble pas, selon son entourage, être qu’une qualité exceptionnelle et l’avenir le confirmera. Il n’est pas digne de rentrer au haras et sera revendu, comme hack, au comte de Lauriston (son éleveur) qui l’emmènera en Russie !

 


En selle sur le cheval alezan, à la droite de son père Louis-Philippe, le jeune Duc d'Orléans est accompagné de ses 4 frères en sortant de Versailles.

 

Le Jockey Club à Versailles

C’est en juillet 1842 que le duc d’Orléans décède accidentellement. Cela n’empêche pas ses frères de reprendre le flambeau. C’est Henri, duc d’Aumale, qui décide en 1847 de moderniser les tribunes cantiliennes et l’édification de nouvelles constructions. Mais la maison d’Orléans renversée et proscrite, qu’allait-il advenir des courses en France ? Les choses se présentèrent d’abord sous un jour défavorable : il y avait alors un meeting de printemps au Champ de Mars et, ce terrain se trouvant requis par les Ateliers Nationaux, ledit meeting fut tout bonnement supprimé...On jugea par ailleurs que les esprits étaient suffisamment échauffés pour aller courir à Chantilly, lieu qui symbolisait trop ouvertement les princes bannis.

Dans ces conditions, après des négociations menées avec le Chef du Gouvernement provisoire, Alexandre Ledru-Rollin, on se résolut d’aller courir, le 18 mai 1848, sur le très médiocre hippodrome versaillais de Satory.

Seulement trois journées sont prévues pour remplacer les meetings du Champ de Mars et de Chantilly. Cela n’allait pas sans un chamboulement radical : la Poule d’Essai et le Prix de Diane se court lors de la réunion d’ouverture, quatre jours avant le Prix du Jockey Club.

Le Prix de Diane est remportée par une élève du prince Marc de Beauvau, Serenade et la Poule d’Essai et le Jockey Club par un élève d’Auguste Lupin, Gambetti.