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Chez Olivier Corbière, éleveur de Saonois (1/3) : l'homme de la terre

11/06/2012 - Découvertes
On boit encore du champagne au Haras de Nonant le Pin. Celui de la victoire évidemment, mais aussi celui de l'espoir. En remportant l'édition 2012 du Prix du Jockey Club, Saônois se transforme en "un signe tombé du ciel" confie Oliver Corbière, son éleveur, "un porte drapeau qui nous donne de nouvelles forces pour continuer à nous battre ". Par Lise Hallopé.

On plaisante à propos du "détour" qu'a fait Olivier pour se rendre aux courses le jour du Jockey : celui qui emmenait une jument à la saillie au Haras d'Etreham avant de filer à Chantilly à encore du mal a réaliser. Autour de la table, Florence son épouse, Marie Flore leur dernière fille et André Collange, le 1er garçon de l'écurie. Chacun savoure et se remémore cette incroyable journée. Les sombres yeux bleus d'Olivier pétillent et s'adoucissent.

 

         Autour de la table, Oliver Corbière avec son épouse Florence et leur fille cadette Marie Flore et André Collange,       le premier garçon du Haras.

Travailleur minutieux, Olivier exploite aujourd'hui une ferme de 160 ha avec une douzaine de poulinières, un troupeau de 60 vaches Salers et pas moins 150 moutons. Humble et fier à la fois, Olivier ne manie pas de baguette magique sur ses terres : il revendique plutôt du bon sens, de l'application et de la volonté. "Je ne suis pas plus malin qu'un autre", précise Olivier,  " moi, je suis seulement un homme de la terre, avec les pieds sur terre. Même si c'est parfois long à venir."

 

 

Olivier n'est jamais plus heureux que dans ses paturages : "Voir grandir les poulains et s'occuper des bêtes, c'est ça mon métier "

 

Une histoire de famille.

Depuis 3 générations, sur ces verts pâturages des terres du Haras de Nonant-le-Pin, nombre de champions ont vu le jour : pas moins de 4 gagnants du Jockey du Club et des noms de légende comme Belfonds, Château Bouscaut, Imprudence, Dupleix, Rodosco

Sur les murs épais de la maison familiale, tableaux et photos de ces célébrités ornent des tapisseries caressées par le temps. A 62 ans, Olivier, petit fils d'Henri Corbière, le fondateur du Haras, en a vu passer des bons. Aujourd'hui, il s'apprête à accrocher la photo de son dernier champion à lui. Passionné de chevaux depuis sa jeunesse, Olivier entreprend tout de même des études de biologie à Caen, sur les conseils de sa mère. Licence en poche, Olivier revient pourtant au haras où il apprend le métier aux côtés de son père, Jean.

Montons et vaches salers paturent aux côtés des champions d'Olivier. Sur ce domaine familial de Nonant le Pin, on travaille avec le coeur et on a la passion de la terre.

 

L'incroyable histoire de Sicambre, né un an après la restitution de sa mère comme prise de guerre par les allemands !

De belles et étonnantes histoires, il y en a dans chaque recoin de ce magnifique domaine. On croise les vestiges du château fort construit au XVe siècle. On chemine sous de belles allées verdoyantes. On traverse les écuries, reconstruites après la guerre… Le maître des lieux se souvient. Il aime raconter l’histoire de Sif, la mère du futur crack Sicambre, qui fut réquisitionnée par les allemands en 1942. Propriété de la famille Stern alors en exil, « l’armée avait débarqué un jour au haras et exigé qu’on leur livre la jument" , raconte Olivier, « tous seuls, ils sont allés la chercher dans les herbages. » Sif traverse le Rhin, on perd alors sa trace. Après la libération, les « prises de guerres » sont restituées et un beau jour de l’année 1946, sans crier gare, Sif est ramenée sur les terres de Nonant le Pin. L’année suivante, elle sera saillie par Prince Bio et donnera naissance au haras du champion Sicambre.

 

Sicambre, né au Haras de Nonant le Pin en 1948, remporte le Grand Prix de Paris en 1951. L'ambiance à Longchamp ne semble pas avoir vraiment changé ! Archives INA