Christophe Soumillon : 4 000 victoires, mille renaissances

20/02/2026 - Actualités
Suspensions, ruptures, polémiques : la carrière de Christophe Soumillon n’a jamais été linéaire. Pourtant, à force de talent et de résilience, il atteint aujourd’hui les 4.000 victoires en France, preuve éclatante de sa longévité au plus haut niveau et d’une force de caractère unique.  

 Chritsophe Soumillon, encore un peu plus dans la légende ©APRH


Ces dernières années, tous les sports ou presque ont vu fleurir des débats enflammés pour désigner leur « GOAT », le plus grand de tous les temps. Football, tennis, basket : les comparaisons traversent les générations et alimentent des discussions sans fin. Les courses n’échappent pas à cette tentation du classement suprême. Et s’il fallait aujourd’hui inscrire un nom tout en haut de la hiérarchie des jockeys français, celui de Christophe Soumillon s’imposerait avec un poids considérable. Le cap symbolique des 4.000 victoires en France ne règle peut-être pas définitivement le débat, mais il le fait pencher un peu plus encore en sa faveur.
 
 
       En selle sur l'inédite Grande Baignade, Christophe Soumillon a signé son 4000 succès en France ©APRH
 
 
Arrivé en France à la fin des années 1990, le jeune Belge au physique fluet mais à la détermination immense ne tarde pas à éclore. Moins de quatre ans après ses débuts, il décroche l’un des graals du galop français, à savoir le contrat de première monte pour l’écurie du Prince Aga Khan. Cravache d’Or à répétition, partenaire des cracks Dalakhani, Zarkava, Thunder Snow, Almanzor, Good Ba Ba ou encore Al Ghadeer, Soumillon a construit un palmarès époustouflant. En France, seul le Prix de l’Abbaye de Longchamp n’est pas encore tombé dans son escarcelle. La faute à un faux départ dans l’édition 2008, où il aurait sûrement brillé avec le dragster hongrois Overdose.
 
 
Christophe Soumillon doit beaucoup à feu le Prince Karim Aga Kha
 
 
Mais réduire Soumillon à son talent serait passer à côté de ce qui le rend unique : sa capacité à rebondir. Sa carrière n’a jamais été un long fleuve tranquille. Tout d’abord, Soumillon doit lutter quotidiennement contre le poids. Contrairement à certains de ses compagnons de vestiaire, il ne peut monter en dessous de 55 kilos, ce qui ferme mathématiquement certaines portes. Ajoutez à cela une fatigue physique et mentale accrue.
 
Dans les années 2000, il subit les déboires de son caractère parfois volcanique et de son franc-parler lorsqu’il se brouille avec l’entraîneur numéro 1 du pays, André Fabre. De même lorsqu’il perd son contrat avec la casaque verte à épaulettes rouges, en 2009 puis en 2022 après son geste malheureux à Saint-Cloud, qui lui valut soixante jours de suspension et une onde de choc médiatique mondiale. Beaucoup y ont vu un tournant, certains ont parlé de déclin. Lui est revenu. Encore, avec la résilience qui le caractérise.
 
 
 
 
Christophe Soumillon, en féroce compétiteur qu’il est, a toujours avancé avec une logique de défi. En 2017, alors que son palmarès était déjà pléthorique et qu’il n’avait plus rien à prouver, il s’est fixé comme objectif de battre le record de succès en une saison établi par son meilleur ennemi, Pierre-Charles Boudot. Parcourant la France de réunion en réunion, multipliant les déplacements, acceptant les montes les plus diverses, il a établi le record européen de victoires sur une année civile avec 306 succès. Une performance d’endurance autant que de talent, construite à force de kilomètres, d’organisation millimétrée et d’une faim intacte.
 
 
Soumillon avait dépassé le légendaire Yves Saint-Martin au nombre de victoires en 2020 ©APRH
 
 
Et comme si dominer le plat ne suffisait pas, Soumillon s’est offert un autre challenge, presque à contre-courant : aller se mesurer à l’obstacle, à Auteuil, le temple exigeant où l’erreur ne pardonne pas. Un pari audacieux pour un jockey installé au sommet de sa spécialité et déjà la trentaine passée. Il ne s’y est pas contenté de faire de la figuration : il y a remporté deux Groupes 1, prouvant que son talent dépassait les frontières d’une discipline. Sa chevauchée fantastique avec Mandali dans la Grande Course de Haies d’Auteuil est sûrement l’une des courses les plus marquantes de l’histoire du galop françaises.
 
 
Mandali, l'une des plus grandes masterclass de Soumillon ©APRH
 
 
Soumillon a traversé plusieurs générations de chevaux, d’entraîneurs et de propriétaires. Il a gagné avec les champions des années 2000 comme avec ceux des années 2020. Il a su évoluer tactiquement, s’adapter aux courses internationales, gagnant aux quatre coins du globe. En 2025, il est choisi par Aidan O’Brien pour remplacer Ryan Moore, alors victime d’une fracture de fatigue. Une pression maximale que le pilote a su parfaitement gérer. Surmotivé et gérant la pression comme personne, « Soum » remporte douze nouveaux Gr.1 l’an passé. Celui qui soufflera en juin sa quarante-cinquième bougie est encore au sommet de son art et ne semble pas songer à la retraite.
 
 
Christophe Soumillon, un amoureux des chevaux avant tout ©APRH

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