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Centenaire du Jockey-Club à Moulins (Episode 1) Teddy, la genèse

20/02/2016 - Grands destins
La Société des Courses de Moulins, présidée par le sympathique et dynamique Roger Winkel, a eu l’ingénieuse idée, en cette année 2016, de fêter le Centenaire du Jockey Club qui s’était couru dans l’Allier, sous une autre identité, pendant la période de guerre, le Prix des 3 ans. La journée de commémoration se déroulera le 16 avril. Xavier BOUGON évoque, dans ce premier épisode, la genèse de Teddy, le lauréat de l'époque de ce fameux Prix des 3 ans.
Teddy, un cheval qui a marqué l’histoire. Son destin vous est compté par Xavier Bougon ©DR
 
 
Arrêt des courses, état des lieux et climat politique de l’époque
Le 28 juin 1914, le jour du Grand Prix de Paris, l’ambassadeur de l’empire austro-hongrois se trouve à Longchamp où il est prévenu de l’attentat de Sarajevo. Un mois après, le mardi 28 juillet, a lieu à Chantilly, la seule réunion de l’été. C’est le dernier jour de courses en région parisienne. Le vendredi 31, Vichy et Pont-l’Evêque donnent leurs dernières réunions. Le 2 août, jour de mobilisation générale, les réunions de Lannemezan et de Saumur sont les dernières avant le début des hostilités.
 
 
En région parisienne, c'est à Maisons-Laffitte et Chantilly que l'on court les "épreuves de sélection". Ici, l'enceinte des balances en 1917 est presque vide à Maisons-Laffitte et pour cause, le gouvernement n'autorise pas de public sur l'hippodrome ©DR
 
 
Le Ministère de l’Agriculture (Jules Méline), par un arrêté du 17 juillet 1916, autorise la Société d’Encouragement à organiser des «épreuves de sélection» à condition qu’elles soient disputées exclusivement en semaine, le matin, sans entrées payantes, sans public et sans paris. Trois hippodromes sont choisis dans les principales régions d’élevage de l’époque, la Normandie, le Centre et le Sud-Ouest. Vingt-deux réunions seront programmées : du 4 au 16 septembre 1916 à Caen (8 réunions) et en octobre à Moulins (du 2 au 14, soit 8 réunions) et à Mont de Marsan (du 25 au 31 soit 6 réunions). Le mercredi 11 octobre 1916, sur 2.400 mètres, est programmée l’épreuve qui sera considérée comme le Jockey Club. Pour fêter l’évènement, la Société des Courses de Moulins a obtenu l’organisation d’une course principale, le Prix de Suresnes (Listed sur 2.000 mètres), à défaut du Prix du Jockey Club, le samedi 16 avril 2016.
 
Auteuil accueille les bovins sur la pelouse, Longchamp des ambulances. Les centres d’entrainement de Maisons-Laffitte et de Chantilly perdent la moitié de leurs effectifs. Que faire des chevaux de courses ?
 
 
Il est bien loin de temps où la foule nombreuse quittait l’hippodrome de Longchamp ici sur l’avenue du Bois (aujourd’hui avenue Foch) ©DR
 
 
L’armée, sous forme d’achat ou de réquisition, va s’approprier près de 4.000 sujets adultes. Des éleveurs se tournent vers l’étranger pour écouler leur production. Huit cents jeunes vont être exportés, principalement vers les Etats-Unis (environ 550) et l’Italie (environ 200). Le conflit se prolongeant, un grand éleveur perd confiance.
C’est dans ce climat qu’à Neuilly Saint-James, le 9 octobre 1915, Edmond Blanc vend aux enchères une cinquantaine de pensionnaires dont quelques 2 ans. Pour une bouchée de pain, 5.400 F., un fils d’Ajax deviendra la propriété d’un anglo-américain, Jefferson-Davis Cohn. Il s’appellera Teddy qui n’était encore que yearling quand le conflit éclate.
 
 
Sur la pelouse d'Auteuil en septembre 1914, plus de chevaux mais des bovins ©DR
 
 
Teddy, par Ajax et Rondeau par Bay Ronald, un futur chef de race mondial
En 1913, Teddy naît au Haras de Jardy (une ancienne ferme du XIXème siècle située sur la commune de Marnes la Coquette) chez Edmond Blanc. Le nouveau pensionnaire de J.D. Cohn est issu d’un père vainqueur du Derby français et d’une mère importée d’Angleterre en 1906.
 
- Ajax, (en photo ci-contre ©DR) le père de Teddy, avait gagné le Prix du Jockey Club et le Grand Prix de Paris 1904 avec comme partenaires, le même entraineur et la même monte qu’à Moulins, 12 ans plus tard. A cette occasion, George Stern enlevait son second Derby français après celui de 1901. Il restera dans l’histoire comme étant le plus jeune jockey à enlever le classique cantilien ; il est âgé seulement de 17 ans et 8 mois (80 ans plus tard, Serge Gorli approchera ce record, il a 18 ans et 5 mois). Pour l’anecdote, Ajax est le fils de la première production de Flying Fox (Triple couronne anglaise pour le Duc de Westminster et l’entrainement de John Porter) qu’Edmond Blanc avait acheté aux enchères lors de la «dispersal des effectifs du Duc» pour une somme record en février 1900.
 
 
- Rondeau, la mère de Teddy, avait été achetée par Edmond Blanc à Newmarket en décembre 1906 pour l’équivalent de 105.000 F., une somme conséquente tout de même. Elle est la fille d’un étalon anglais, Bay Ronald, qui, après trois saisons de monte outre-manche, émigre en France suite à son achat par un groupement d’éleveurs français.
 
 
Teddy, à l’entrainement chez Robert Denman (l’ancien homme de confiance d’Edmond Blanc), n’a pas encore pu fouler un hippodrome en compétition officielle. En ces temps de conflit, plus de la moitié des concurrents débutent à 3, voire 4 ans. Teddy ne fait pas exception et c’est ainsi qu’il entamera sa carrière à 3 ans en Espagne (pays neutre). Il enlève, en juillet en terrain lourd, le Grand Prix de Saint-Sebastien (100.000 F. d’allocations dont 70.000 au vainqueur) face à 25 adversaires venus de France dont son compagnon d’écurie, Spirt, arrivé second. Son pilote, R. Stokes, portait peu de poids, 49 kg selon les conditions qui accordaient 5 kg de décharge aux 3 ans n’ayant jamais couru.
 
 
 
Robert Denman a entrainé des chevaux d'Edmond Blanc jusqu'à la Première Guerre mondiale ©DR
 
 
Il confirme le 17 septembre suivant, monté par George Stern, dans le Saint-Leger de Saint-Sébastien sur 2.500 m. (au lieu de 2.800 m.) (le Premio Villamejor d’aujourd’hui) devant 3 adversaires dont deux compagnons de couleurs.
Le 24 septembre, il doit s’incliner dans la Coupe d’Or du Roi d’Espagne remportée par un de ses compagnons de couleurs, Rabanito, monté par R. Stokes. Une coupe est offerte par le Roi Alphonse XIII et l’allocation conséquente est versée en espèces.
De retour en France, c’est à Moulins que son entourage décide de faire sa première apparition sur son sol natal. Il remporte, le mardi 3 octobre, le Critérium des Produits (le Prix de Darbonnay) disputé sur 2.200 m. devant un élève de l’américain, W.K. Vanderbilt. Ils n’étaient que 3 partants ; pas étonnant, les conditions n’admettaient que les chevaux issus de juments nées hors de France.
Deux jours plus tard, toujours à Moulins, le jeudi, il devance d’une tête l’élève du baron Edouard de Rothschild, Jus d’Orange dans le Prix de Darnay (Grand Critérium des Produits).
 
Vient enfin le mercredi 11 octobre, soit moins d’une semaine après son dernier succès. Il remporte donc le Prix des Trois ans, considéré comme le Prix du Jockey Club de l’année avec comme partenaire, George Stern. Les allocations sont offertes par la Société des Steeple-Chase de France.
Il clôture sa campagne de 3 ans, le 31 octobre à Mont de Marsan, par une 3ème place dans le Prix de l’Elevage (2.400 m.) à distance (4 longueurs) du 3 ans, Antivari (qui porte les couleurs du Duc de Tolède et l’entrainement du français Jean Lieux) et de Sans le Sou, un cheval d’âge du baron Edouard de Rothschild.
En juin de ses 4 ans, pour son unique sortie publique, il devance La Farina et Rabanito dans une épreuve de sélection à Chantilly (le Prix des Sablonnières) qui clôture sa carrière sur la piste.
 
Teddy est considéré comme le leader de sa génération, considéré comme l’égal de son aîné, le champion Sardanapale.
 
 
Notes
- La création de l’hippodrome de Lasarte près de Saint-Sébastien fut décidée en octobre 1915 à cause de l’interruption des courses en France. La construction commence en février 1916. On se contentera, dans un premier temps, d’une piste en sable et l’ouverture se fait, comme prévu, le 2 juillet, date du Grand Prix de Sebastien.
 
- Si le Prix du Jockey Club n’a pu se dérouler en 1915, le Prix des Trois ans fait partie des 154 épreuves disputées en 1916 et des 175 en 1917, disputées le matin. Cette année-là, il se dispute le jeudi 21 juin à Chantilly sur 2.400 m., en terrain lourd, sans public et sans pari. C’est un élève de William-Kissam Vanderbilt, Brumelli qui s’impose qui va doubler la mise en s’adjugeant ensuite le Grand Prix de Paris (couru à Maisons-Laffitte). En 1918, ce «Derby» est reconduit à Maisons-Laffitte le 31 octobre et voit la victoire de Montmartin, un pensionnaire d’un des membres de la Société d’Encouragement, Jean Prat, qui méritait bien ce succès, lui qui avait financé, moyennant des intérêts de 5%, une grande partie des courses des années de guerre avec l’autorisation du Ministère de l’Agriculture.
 
 
Chantilly, théâtre officiel du Prix du Jockey-Club ©DR
 
 
- S’il vendit Teddy, Edmond Blanc achètera, une fois la guerre terminée (août 1919 à Deauville), un yearling qu’il paiera une somme record. Elevé par Evremond de Saint-Alary, le poulain nommé Ksar, va réaliser le premier doublé de l’histoire du Prix de l’Arc de Triomphe portant la casaque de Mme Edmond Blanc, son mari étant décédé avant les exploits de son protégé.
 
- L’afflux de «gros» propriétaires-éleveurs américains (Gould, Vanderbilt, Cohn, Ogden Mills, Widener....etc) en Europe et plus particulièrement en France avant la 1ère guerre mondiale était consécutif à l’abolition des paris en 1908 dans certains états nord-américains dont celui de New-York. La levée de l’interdiction interviendra dans les années 1920.
 
- En 1914, Jefferson Davis Cohn s’était fait délester de tout son effectif équin, réquisitionné par l’armée dans sa propriété de Chamant qui, par ailleurs, aurait été occupée par l’état-major allemand du Général von Kluck lors de la première bataille de la Marne (septembre 1914). Les officiers allemands n’ont pas manqué de mettre «à feu et à sac» le château, ses tapisseries et autres objets de valeur.
 
Arrivée de la 4ème course, le Prix des 3 ans, le mercredi 11 octobre 1916 à Moulins
Teddy devance son compagnon de couleurs, Yverdon de ¾ long., puis dans l’ordre, Triomphant à 2 longueurs, Charaille, à 3 longueurs, Condorcet et Saint Rémy ;
Temps du gagnant : 2’45’’60
 
Teddy (George Stern) et Yverdon (Matthew Mac Gee) portent les couleurs de Jefferson-Davis Cohn casaque cerclée blanc et bleu-clair, col, poignets et toque noirs et sont entrainés par Robert Denman. A partir de 1920, les pensionnaires de Jefferson porteront d’autres couleurs : Cerise, toque noire gland or. Il cède ses premières couleurs à son épouse.
 
Triumphant (Alex B. Cormack): appartenant à Léon Andraut, entrainé par George Cunnington Junior.
Cerise, manches vertes, toque gris-perle
 
Charaille (Marius-Baptiste Floch): appartenant à Achille Fould, entrainé par George Cunnington Senior
Rayée blanc et lilas, toque noire
 
Condorcet (Owen Grant) : appartenant à Alexandre Aumont, entrainé par George Cunnington Senior.
Blanche, toque verte
 
Saint Rémy (John Jennings) : appartenant au Baron Henri Nivière, entrainé par Frédérick Reynolds.
Blanche toque bleu-ciel
 
Les 6 concurrents portent 58 kgs. Les 4 premiers avaient remporté précédemment une ou plusieurs épreuves de sélection.