La journée des Critériums à Saint-Cloud 2016, une journée angevine sous influence "Pantall"

31/10/2016 - Focus divers
Deux des épreuves de la journée ont été enlevées par la casaque Godolphin. Les deux vainqueurs sont issus de mères ayant pris pension en Anjou, chez Henri-Alex Pantall. Par Xavier BOUGON.

Jollify, gagnante à Saint-Cloud ce dimanche ©APRH

 

Jollify, fille de Jomana, l’angevine gagnante de Groupe

 

Le Cheikh Mohammed Al Maktoum est acheteur, en 1983 à Keeneland, d’un yearling pour $2.000.000. Nommé Local Suitor (Blushing Groom), il va intégrer les effectifs du Major Dick Hern. Vainqueur des Mill Reef St. (Gr.2), il devra ensuite se contenter de la 3ème place des Dewhurst St. à une tête de Law Society.

Au printemps de la même année, la mère, Home Love (Vaguely Noble), a mis au monde une pouliche de Conquistador Cielo, nommée Cielo’s Love. Suite aux performances de Local Suitor, Cheik «Moh» va s’enticher de la mère qu’il va acquérir, pleine de Mr Prospector, à l’issue d’une négociation à l’amiable auprès de son propriétaire américain, William Forster, lequel l’avait achetée à l’âge de 4 ans pour $375.000.

Naîtra un futur vainqueur Dareed dont les performances ne permettent pas de s’y arrêter. Le Cheik de Dubai fait appel ensuite à Northern Dancer dont la saillie culmine à $950.000. Home Love donnera naissance à Local Talent (1986), vainqueur des Prix Jean Prat et La Rochette puis étalon.

 

Local Talent

 

Home Love va ensuite à la rencontre du sprinter Ajdal. De cette union, nait en 1989 une pouliche nommée Homage qui restera inédite sur la piste. Elle deviendra la mère de Mark of Esteem (1993 Darshaan), vainqueur des 2000 Guinées et des Queen Elizabeth II St. pour l’entrainement de Saeed Bin Suroor.

 

Mark Of Esteem sous la casaque Godolphin

 

En 1992, Home Love va pouliner d’une femelle de Seattle Dancer (Nijinsky), nommée Kerenza. Envoyée à l’entrainement à Chantilly, elle possède les engagements classiques mais elle est incapable de les honorer. Elle prendra la direction de l’Anjou, chez Henri-Alex Pantall qui la fait gagner à La Roche Posay dès sa première sortie en juillet de ses 3 ans.

Auréolée d’une victoire (c’était le but), elle prend la direction du haras où dès sa première maternité, elle donne naissance à Jomana (1998 Darshaan).

A l’entrainement à Beaupréau, elle s’impose à sept reprises à 3 et 4 ans, avec des victoires dans les Prix Exbury et Corrida après avoir débuté au pied du podium à Saint-Malo.

Jomana rejoint le haras et avant de donner naissance à la gagnante du jour, Jollify (2013, Manduro), elle avait donné trois autres vainqueurs dont Litigant, que l’on a vu dans le Prix Royal Oak, le week-end dernier.

 

Notes

- Cielo’s Love, gagnante à 3 ans aux USA, donnera naissance à Tuesday’s Special (1990 Irish River). Gagnant du Prix Exbury pour Patrick Offenstadt et 3ème du Prix d’Harcourt, il sera le seul black-type de la fratrie.

- Ajdal est un fils de Northern Dancer et de Natice Partner que son éleveur (Ralph C. Wilson) n’avait pas voulu laisser partir yearling (en 1985) à moins de $ 7.500.000 (top-price des yearlings rachetés jusqu’en 2008).

- C’est 1982, que le Cheik Mohammed Al Maktoum a gagné son premier Gr.1 avec Awaasif (montée par Lester Piggott) dans les Yorkshire Oaks, suivi de celui de Touching Wood dans le St Leger pour Maktoum Al Maktoum.


L’angevine Eastern Joy, la mère de Thunder Snow et de trois autres black-type

Fille de Dubai Destination (un achat yearling en 2000 pour $1.500.000), Eastern Joy débarque en Anjou au début de l’année 2009, encore inédite. Elle ne débutera que fin juillet à Vichy dans une épreuve où elle met tout le monde à la raison dont sa première dauphine laissée à 5 longueurs. Après un passage en septembre à Longchamp où elle termine au pied du podium, elle prendra deux accessits à Toulouse et Bordeaux. Direction le haras où elle ne va donner, à l’heure actuelle, que des produits black-type : Ihtimal (2011, Shamardal), Always Smile (2012, Cape Cross), First Victory (2013, Teofilo) et Thunder Snow (2014 par l’australien, Helmet), le vainqueur du Critérium International de ce dimanche. Une yearling de Shamardal vient compléter la fratrie. Il n’y aura pas de foal cette année puisqu’elle est restée vide du même étalon.

 

First Victory, une soeur de Thunder Snow

 

L’acquisition de Red Slippers inspire celle de sa sœur, Balanchine

Eastern Joy n’est autre qu’une fille de Red Slippers, donc la sœur cadette (de deux ans) d’une certaine West Wind. Cette dernière avait élu domicile chez Henri-Alex Pantall en août de ses 2 ans. L’angevin ne la débutera qu’en mars suivant après la date de clôture des engagements classiques. C’est ainsi qu’une supplémentation est nécessaire pour être présente à Chantilly. A l’arrivée du Prix de Diane 2007, le trio gagnant est exclusivement composé de «provinciaux» à commencer par la gagnante, l’élève de Beaupréau.

 

Après une ballade de santé à Ascot, dans les Kensington Palace St. (6 longueurs la séparent de sa première dauphine), Red Slippers (Nureyev) est jugée digne de participer au Prix Marcel Boussac 1991. Son propriétaire-éleveur, Robert Sangster (Swettenham Stud) l’avait confiée à Luca Cumani. Elle terminera au 7ème rang de ce groupe 1 remporté par Culture Vulture. Le Cheikh Mohammed Al Maktoum s’en rend alors acquéreur durant l’hiver. Il faudra attendre la fin août de l’année suivante pour qu’il en perçoive les dividendes, en enlevant une Listed à Newcastle puis les Sun Chariot St. (encore Gr.2) à Newmarket.

Deux ans plus tard, les frères régnants de Dubaï négocient le même deal avec Robert Sangster pour lui acheter, durant l’hiver, la sœur, la 2 ans Balanchine (Storm Bird). Son entraineur de l’époque, Peter Chapple-Hyam, lui avait fait gagner ses deux premières sorties à deux ans.

 

Balanchine sous la casaque de Maktoum Al Maktoum

 

Pour sa rentrée, Balanchine devra s’incliner d’une encolure lors des 1000 Guinées, seulement devancée par « la Sangster » Las Meninas. Elle se vengera dans les Oaks en disposant de ses adversaires dont Wind In Her Hair (future mère de Deep Impact). Elle remettra le couvert dans les Irish Derby dans lequel, elle devance King’s Theatre (un Maktoum acheté durant l’hiver après son succès dans le Racing Post Trophy) et Colonel Collins (un Sangster, 3ème des 2000 Guinées et du Derby). Balanchine faisait partie d’un lot de quatre 2 ans achetés, pour une somme rondelette à leur éleveur, Robert Sangster

 

Notes

- Ces victoires avaient un parfum exotique puisque dans la colonne «entraineur» on trouvait le nom d’Ibrahim Hilal, installé à Dubaï où il avait la charge des chevaux de Cheikh Mohammed. Celui-ci avait en effet lancé depuis deux saisons une expérience originale en envoyant de bons 2 ans hiverner dans son pays afin d’être préparés aux classiques européens de printemps.

Bien entendu, Balanchine n’est pas repartie à Dubaï après les Guinées de Newmarket. Elle est restée sur place, sous la surveillance de Jeremy Noseda, ancien assistant de John Gosden, chez qui il avait des boxes. C’est donc par pure complaisance que la pouliche courait le nom d’Ibrahim. Elle portait les couleurs de Maktoum Al Maktoum, porteur de parts de Godolphin.

 

Trois des quatre filles de Red Slippers ont été hébergées en Anjou

Henri-Alex Pantall a accueilli, outre West Wind (Machiavellian) et Eastern Joy (Dubai Destination), la sœur ainée, Hunt The Slipper (2000 Seeking The Gold). Elle aussi perdra son statut de maiden sous l’entrainement de l’angevin. C’était en octobre de ses 2 ans à Nantes, après quoi elle sera exportée en Australie.

Quant à la cadette, Hometime, elle ira à Chantilly grossir la cour d’André Fabre. Elle aussi gagnera sa petite course. C’était en Basse-Normandie à Argentan en novembre de ses 3 ans, lors de sa dernière sortie.

Par contre, aucune des filles de Balanchine n’a pris la direction de l’Anjou. Mais aucune n’a ensuite été une poulinière prolifique.

A ma connaissance, notre angevin de Beaupréau n’accueille, parmi les effectifs de la famille Maktoum, que les pouliches afin de les faire gagner une course (qu’elles n’ont pu remporter outre-manche). Aussitôt après avoir perdu le statut de maiden, elles entrent au haras, à quelques exceptions près telles que West Wind ou encore Clerio.......

Mais combien sont passées en Anjou avant une excellente carrière de poulinière (nous ne parlerons pas d’Hasili puisqu’elle appartenait au Prince Khalid Abdullah).

 

Alex Pantal, l'homme de Beaupréau ©APRH