L'histoire de DNA : Merlin, l'enchanteur des parieurs

19/05/2020 - Grands destins
 Votre conteur Thierry Grandsir a dépoussiéré son plus vieux grimoir pour retrouver une histoire datant de 3 siècles, celle du tout premier match officiel entre 2 chevaux de courses du nord du sud de l'Angleterre, remporté par Merlin et qui a provoqué un immense chao politique dans tout le pays. 

  
Débat au Parlement Britannique en 1702, suite au MERLIN match

 
Deux cavaliers se croisent à la sortie d’un village anglais. La discussion tourne très vite autour des qualités de leur monture respective, chacun prétendant chevaucher l’animal le plus rapide. Un défi est lancé, une allocation est définie, des badauds se mêlent à l’affaire et engagent des paris. Gloire et richesse au premier qui atteindra le village suivant, le match peut commencer, la passion des courses vient de naître…
 
 
 
 
Les règles sont simples, le sport est pur, la réputation des grands vainqueurs traverse les comtés de l’Angleterre : le Nord et le Sud ont chacun leur champion. L’affrontement, inévitable et attendu de tous, attire les spectateurs par dizaines de milliers. Malheur au juge à l’arrivée s’il s’égare en désignant un vainqueur douteux, erreur à l’origine de quelques batailles sanglantes entre les deux camps. Des débordements évités avec la création du dead-heat : le match est nul, on en dispute un autre, voire un troisième, jusqu’à ce qu’un vainqueur se dégage. La guerre des Roses, blanche pour le Nord (York), rouge pour le Sud (Lancaster), fait rage.
 
Aux alentours de l’an de grâce 1702 se disputa, à Newmarket,la course qui décida de l’avenir de l’hippisme :le Merlin match. Le représentant de l’Angleterre du Nord, propriété de Sir William Strickland, était connu sous le nom de Merlin, ou Old Merlin, ou Strickland Merlin, ou Little Merlin
 
 
 

Merlin a remporté le 1e duel officiel de l'histoire entre les champions du nord et du sud de l'Angleterre.
  
 
Elevé par Sir Matthew Pearson dans le Yorshire, né entre 1694 et 1696 ou peut-être un peu avant, Merlin était condidéré comme le meilleur coursier de son temps, bien qu’ayant été battu par l’excellent Bay Bolton, issu du même élevage que lui. Un Bay Bolton qui avait remporté sept victoires dont un high prize devant huit adversaires à Quainton Meadow, après avoir marché 320 km pour se rendre sur le champ de course…
 
L’adversaire de Merlin n’était pas nommé, usage courant à l’époque. On l’appelait Tregonwell Frampton Horse, du nom de son propriétaire Tregonwell Frampton, que l’on qualifiera plus tard de father of the turf (et qui entraînera les chevaux de l’Ecurie Royale). Un parieur invétéré qui n’hésitait pas à engager des sommes énormes sur ses chevaux, comme d’ailleurs sur ses combats de coqs, et qu’aucun scrupule ne pouvait tempérer : vainqueur d’un match avec son cheval Dragon face à une jument, le propriétaire de cette dernière, ruiné par la défaite, proposa à Tregonwell Framptonun quitte ou double dès le lendemain entre sa jument et« n’importe quel hongre du Royaume ». Tregonwell Frampton castra Dragon le soir même, pour remporter une nouvelle victoire fort rémunératrice le jour suivant. Le pauvre Dragon s’effondre trois foulées après le poteau…
 
 

Tregonell Frampton, entraineur redoutable, adversaire de Merlin, totalement abattu après la défaite.
 
 
Avant le Merlin match, les lads des deux champions se mirent d’accord pour effectuer un trial (course d’essai), histoire de leur faire découvrir le parcours. Le lad de Merlin ajouta en secret quelques kilos supplémentaires sur le dos de son cheval, sans savoir que le lad de son adversaire en avait fait autant. Le trial fut remporté par Merlin, de très peu. Chaque camp s’en retourna convaincu de détenir le futur vainqueur du match, et engagea des mises astronomiques.
 
Le match eut lieu comme prévu, et couronna le nordiste Merlin, facile vainqueur.Une chanson vantant ses mérites fut composée derechef, mais ce fut bien là la plus anecdotique des conséquences de la course. 
 
Nombres de supporters du cheval du Sud connurent la ruine, au profit de ceux du Nord. Plusieurs comtés changèrent de main, entraînant un chaos politique retentissant dans tout le Royaume. C’en était trop, et les députés décidèrent de se réunir pour éditer un Acte du Parlement statuant sur le pari hippique : aucune somme supérieure à £10 ne sera dorénavant acceptée comme dette de jeu !
 
Merlin entra au haras en 1703 à Boynton (East Yorkshire) chez Lord Strickland et, sans devenir un grand étalon, il laissa derrière lui les juments-bases des Familles 26 et 55 et le bon reproducteur Castaway. Mais il est clair que son nom, symbolisé par le Merlin match, est passé à la postérité pour avoir été à l’origine du code des courses.
 
Une nécessité, histoire d’éviter par exemple la mésaventure survenue à Bajazet, disqualifié car son jockey s’était débarrassé de ses poids avant la course pour les reprendre juste avant le retouraux balances. S’ensuivit un duel entre son propriétaire et celui du second le lendemain à l’aube, Lord March ayant finalement la sagesse de présenter ses excuses. Et souvenons-nous de Little Driver qui, malgré trois heats successifs sur 6400 m face à Aarone n 1753, dut attendre quatre mois pour que sa victoire soit officellement validée…
 
Le premier bookmaker connu fut Harry Ogden, qui officiait dans les années 1790. En 1845, le gaming act décréta que les seuls paris autorisés au Royaume Uni ne pouvaitent concerner que les courses de chevaux, mais il fallut attendre 1961 pour que le gouvernement Britannique légalise les betting shops, et s’assure de l’honnêteté des bookmakers !
 
En France ? Notre bon roi François 1er, dans son infinie sagesse et par un édit de 1539, avait déjà imposé le monopole de l’Etat sur les jeux…