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Nelson-Bunker Hunt (2/3) : un homme sous influence...de Vaguely Noble

20/11/2014 - Grands destins
Le célèbre roi du pétrole texan ruiné et décédé récemment doit son premier grand succès en Europe à Vaguely Noble qui effectuera sa carrière d’étalon aux USA. Auteur de 54 lots de la dispersion évoquée lors du précédent épisode, le vainqueur du Prix de l’Arc de Triomphe 1968, l’atypique Vaguely Noble (co-propriété de notre ex-milliardaire texan) est le père de Dahlia mais aussi d’innombrables élèves de Nelson Bunker Hunt. Par Xavier BOUGON

Crack authentique, Vaguenly Noble s'envole dans le Prix de l'Arc de Triomphe 1968 devant Sir Ivor.

Vaguely Noble, né en Irlande en 1965, est un poulain très tardif et «long à se faire». En pension chez Walter Wharton, il débute fin août de ses 2 ans à Newcastle, finissant second d’un maiden, les Sandgate St. (dont le vainqueur avait déjà 4 sorties à son actif) puis terminera à la même place lors de sa sortie suivante à Doncaster dans les Feversham St. (à une demi-longueur d’un inédit portant les couleurs de Gerry Oldham, Saraceno, futur 4e des Dewhurst St.). Rien à redire, mais rien d’exceptionnel non plus.
 
Puis en octobre, il ouvre son palmarès, en terrain très lourd, dans les Sandwich St., épreuve qui a déjà révélé de bons talents (1400 m. à Ascot). Monté par William James Williamson, il devance son suivant de 12 longueurs. Cette performance lui donne le droit de courir l'Observer Gold Cup (le futur Futurity St. puis Racing Post Trophy) moins de 15 jours plus tard. Ses deux cents derniers mètres sont impressionnants. Il devance son second, Doon, de 7 longueurs (écart qui aurait pu être de 10 ou 12). Ses suivants se distingueront ensuite : Riboccare (C.W. Engelhard), Lorenzaccio (CAB St George, second du Prix Morny), Connaught (second du Derby de Sir Ivor l’année suivante pour H.J. Joel), entre autres.
 
Au terme de la saison, dans le Free Handicap (la version anglaise de l’Optional), les handicapeurs le placeront une livre en dessous du top-weight, l’invaincu Petingo (Gimcrack St et Middle Park St.). Vaguely Noble possède donc tous les critères pour en faire l’un des favoris du prochain Derby, sauf qu’il n’y est pas engagé !
 
 
Regardez les 10 meilleurs vainqueurs de l'Arc de Triomphe selon le journaliste anglais Jim McGracth., qui classe Vaguely Noble en 4e position (voir à 3'14'')
 
 
Changement de casaque pour Vaguely Noble
 
 
Vaguely Noble (fils de Vienna) a été élevé par le Major Lionel Holliday qui avait déjà remporté, en tant que propriétaire-éleveur, l’Observer Gold Cup en 1963 avec Pushful. Mais cette fois, Vaguely Noble porte les couleurs de Lionel Brook Holliday (né en 1928), le fils de son éleveur (né en 1881, décédé en décembre 1965, l’année de la naissance de son protégé).
 
La dispersion des effectifs du défunt a lieu à Newmarket et Vaguely Noble passe donc en vente lors de la session de décembre 1967. Sa vente risque d’être affectée par son absence d’engagement dans le classique d’Epsom puisque le fils de l’éleveur n’avait pas trouvé opportun de souscrire sa candidature. Et pourtant, les enchères vont monter jusqu’au tarif record pour un 2 ans en Europe, de 136.000 Guinées. On se demande quel prix «il aurait fait» s’il avait été pourvu d’engagements.
 
Les enchères avaient débuté à 80.000 Guinées, soit, même s’il est délicat de comparer les époques, plus du double du record de Newmarket datant de février 1900 pour le lauréat de la Triple couronne anglaise, Flying Fox, acheté par Edmond Blanc pour 37.500 Gns (soit 984.000 F.) face à l’underbidder qu’était le Prince de Galles.
 
L'acheteur, Albert Yank, l’emporte pour le compte des époux Franklyn, le Dr. Robert A. (chirurgien plastique à Los Angeles) et Wilma, après une courte bagarre de surenchères l’ayant opposé à Godolphin Darley (A. Neuhut) agissant pour le milliardaire texan, Nelson Bunker Hunt, qui s’était arrêté à 135.000 Gns. Robert Franklyn l’envoie en Irlande chez Paddy Prendergast.
 
Après l'Arc de Triomphe de Vaguely Noble, Nelson Bunker Hunt (2e à partir de la droite) est entouré (de droite à gauche) par le Président Marcel Boussac, son associé le Dr Franklyn et l'entraineur Etienne Pollet.
 

Explosif vainqueur de l'Arc de Triomphe
 
 
Ayant des regrets, N.B. Hunt réussi à convaincre le nouveau propriétaire, non seulement de lui en céder la moitié mais aussi d’envoyer Vaguely Noble en France chez Etienne Pollet à Chantilly.
Faute d’avoir été engagé dans le Prix du Jockey Club (à l’époque, les engagements des classiques français sont clos en décembre suivant leur année de naissance ; les engagements supplémentaires n’interviendront que 20 ans plus tard), son programme passe par le Prix de Guiche puis par le Prix du Lys (le Jockey Club du « pauvre » couru le même jour que celui des «riches»), deux épreuves qu’il gagnera facilement (3 et 8 longueurs) monté par Jean Deforge. Il échoue ensuite dans le Grand Prix de Saint-Cloud finissant derrière deux 4 ans dont Hopeful Venture (sous les couleurs de S.M. la Reine d’Angleterre).
 
Monté par l’australien Bill Williamson (Deforge étant retenu par son contrat avec le baron Guy de Rothschild), il fait une rentrée victorieuse dans le Prix de Chantilly (le futur Prix Niel) avant le sacre du Prix de l’Arc de Triomphe devançant le champion de Vincent O’Brien et de Lester Piggott, Sir Ivor (2000 Guinées et Derby), devant Carmarthen, Roselière (Diane et Vermeille) et La Lagune (Oaks). Cette victoire le consacre cheval de l’année avec un rating de 140, l’un des plus élevés de l’histoire des courses (le top étant Frankel, plus de 40 ans plus tard).
 
L'étalon le plus cher du monde
 
L’Arc de Triomphe sera sa dernière sortie et entre au haras l’année suivante à Gainesway Farm (John-Ryan Gaines) qui débourse $ 1.250.000 (déjà avant l’Arc, il aurait pris une option dans la co-propriété à hauteur de 25%). Syndiqué pour le prix record de $ 5.M, (2 milliards et demi de nos anciens francs) il devient l’étalon le plus cher au monde.
 
Avant son décès en 1989 à Gainesway Farm, il a été bien « utile » pour la jumenterie Hunt. Parmi ses rejetons à la casaque gros-vert et vert-clair, une grande majorité ont fait leur preuve en Europe tels que Dahlia, Aces of Aces, Noble Decree (de sa first-crop), Empery, Exceller (puis carrière américaine), Mississipian, Nobiliary, Amazer, Swiss, Hartebeest, Vidor, Estrapade (achetée ensuite pour $ 4,5 M par Allen Paulson, rachetant ainsi les parts de Hunt et McNall),les Luigi Turner, Friendswood et Quadrupler, Rosedale (en Australie).....
 
 
Vaguely Noble, étalon à Gainesway Farm
 
 
Quel est le rapport entre Vaguely Noble et Jane Birkin
 
La 4e mère de Vaguely Noble, Brulette, avait remporté les Oaks 1931 après s’être imposée dans le Prix Pénélope. A l’entrainement chez Frank Carter à Chantilly, elle avait fini seconde de sa compagne d’entrainement, Pearl Cap, dans le Prix Vermeille puis avait terminé au pied du podium (juste derrière Prince Rose) du Prix de l’Arc de Triomphe de cette même Pearl Cap. A 4 ans, elle avait fait sien le Prix du Cadran pour le frère (le Major Harry Lawrence Birkin) de son éleveur, le Lieutenant-Colonel Charles-Wilfred Birkin (décédé en avril 1932). Elle était née au Haras de Mortefontaine (propriété d’Edward Esmond dans l’Oise) et n’était autre que la sœur cadette de Hotweed (Prix du Jockey Club, Grand Prix de Paris 1929 et second de Motrico dans le Prix de l’Arc de Triomphe 1930). Brulette est également la 5e mère d’All Along et d’innombrables autres stakes-winners.
Pour l’anecdote, Harry Lawrence n’est autre que le grand-père de Jane Mallory Birkin, l’actrice et chanteuse.
 
NOTES :
  • Vienna (père de Vaguely Noble), propriété de Sir Winston Churchill, fait la monte en Angleterre jusqu’en 1967, puis prend la direction de la France (au Haras de Messelan, situé près de Méru, propriété d’Edouard et Pierre Gugenheim en Seine et Oise, devenue Val d’Oise), l’année du triomphe de son fils avant de rejoindre le Japon. Il sera incapable de reproduire ne serait-ce que l’ombre de Vaguely Noble, ce qui fait dire à certains que le champion n’est pas le fils de son père.
     
  • En France, Brook Holliday s’est imposé dans le Prix Vermeille 1970 avec Highest Hopes, la protégée de Dick Hern, aux dépens de Miss Dan après s’être classée seconde du Prix de Diane. Pour l’anecdote, Brook achète en 1958 un haras à Newmarket, Sandwich Stud, qu’il revendra en 1986 à la famille Thompson qui le rebaptisera, Cheveley Park Stud.
     
  • Le père de Brook Holliday avait été tête de liste des propriétaires en Angleterre en 1956, 1961 et 1962 et tête de liste des éleveurs en 1954, 1956 et 1962. Il avait gagné les Oaks 1951 avec Neasham Belle, le St Leger 1962 avec Hethersett, les 1000 Guinées 1965 (quelques mois avant son décès) avec Night Off. De plus, il avait élevé le père (Hethersett) et la mère (la célèbre Windmill Girl) de Blakeney. Hethersett descend de Lost Soul (achetée, yearling, pour 1.800 Guinées) et Windmill Girl descend de Springtime (demi-sœur de Blue Peter) achetée lors d’une vente privée à son éleveur, le renommé Lord Roseberry. Ces deux achats seront les piliers de leur élevage.
     
  • Holliday avait été patron d’une entreprise de teintures et textiles à Huddersfield, près de Manchester (fondée par son grand-père, Read, en 1803). Major en France lors de la 1e guerre mondiale, il est très vite rappelé (1915) car il est l’un des rares britanniques à savoir manipuler l’acide picrique, vital pour la production d’explosifs.
     
  • Walter Wharton, entraineur de Vaguely Noble, avait débuté en 1950 près de Wetherby (Yorkshire). Il devient l’entraineur particulier du Major Lionel Holliday qui lui avait offert le poste à partir de 1964 à Newmarket. Wharton avait débuté en 1950 près de Wetherby (Yorkshire). Lionel Holliday, d’un caractère effroyable, avait limogé pas moins de 13 entraineurs différents, certains même avait préféré jeté l’éponge et démissionné malgré les superbes résultats !

 

L'imposant Nelson Bunker Hunt et sa gracile épouse en compagnie (de gauche à droite), de Maurice Zilber, de M. Gotlieb et de son grand ami Edward Stephenson, le beau-père de Georges Doleuze, après le succès de Dahlia dans le Grand Prix de Saint-Cloud.

 

Dahlia, la pouliche des King George, un quitte ou double avec NB Hunt.

 
Née en 1970, de la première production de son père, Vaguely Noble et de Charming Alibi (qui n’avait pas moins de 71 courses à son compteur), Dahlia a gagné brillamment pour ses débuts dans le Prix Yacowlef (montée par Lester Piggott). Ce sera sa seule victoire à 2 ans. Elle terminera seconde du Prix des Réservoirs après deux échecs dans le Prix du Calvados et le Prix d’Arenberg. A 3 ans, seconde du Prix de Diane et 3e de la Poule à chaque fois devancée par Allez France.

Elle va marquer l’histoire des courses mondiales et européennes en particulier malgré la présence d’Allez France. Elle va s’imposer à 15 reprises de 2 à 6 ans dont deux Arcs anglais, les King George VI and Queen Elizabeth.
La décision de Maurice Zilber de courir Dahlia, âgée de 3 ans, dans les King George d’Ascot du 28 juillet contre les mâles est irréversible, personne ne pourrait lui faire changer d’avis, pas même son propriétaire. Aucune pouliche de 3 ans n’avait, depuis la création, réussi à l’emporter, encore moins, une semaine après un succès dans un groupe 1, en l’occurrence, les Irish Oaks (21 juillet) laissant Mysterious à 3 longueurs et Hurry Harriet, à 5 longueurs.
 
N.B. Hunt est aux USA, c’est la période des July Select Sales de Keeneland. Il s’est formellement opposé à la décision de courir Dahlia et Maurice lui aurait répondu que ce serait sans doute la première et dernière fois qu’il pourrait rencontrer la Reine d’Angleterre. Il a répondu que s’il courait Dahlia, c’était à ses risques et périls, sous entendu, qu’il perdrait sans doute la pouliche. Elle a gagné, montée par Bill Pyers, en devançant de 6 longueurs (!) le futur vainqueur (en octobre suivant) du Prix de l’Arc de Triomphe, Rheingold. Nelson était absent.
 
Dès 10 heures du matin l’année suivante, le texan est présent à Ascot pour la seconde victoire de Dahlia (montée par Lester) aux dépens de Highclere, la gagnante des 1000 Guinées et du Prix de Diane sous les couleurs de la Reine.
En 1975, pour sa 3e participation, elle n’est devancée que par Grundy et Bustino dans un temps record (qui sera battu par Harbinger en 2010 pour 20 centièmes puis par Novellist en 2013).
 
Nous n’allons pas énumérer toutes ses sorties, ce serait fastidieux même si l’on peut se remémorer à l’étranger, outre les Irish Oaks et ses deux succès à Ascot, les Washington D.C., les Man O’War S., les Canadian Championship, la B. and H. Gold Cup de York (deux fois, le futur International St.).
 
Comme une certaine Goldikova, Dahlia sera restée à l’entrainement jusqu’à l’âge de 6 ans. Souhaitons donc à la jument des Wertheimer la même réussite au haras que sa devancière.
 
Si Allez France est restée dans les annales du turf, ce ne sera pas le cas au haras. Par contre, Dahlia va marquer les mémoires par sa descendance. Elle y sera mère de 13 foals, 11 ayant couru dont 8 vainqueurs dont :
Decadrachm (1979 What a Pleasure), Dahar (1981 Lyphard), Rivlia (1982 Riverman), Delegant (1984 Grey Dawn), Llandaff (1990 Lyphard), tous étalons. Les femelles, Dahlia’s Image (1985 Lyphard), Wajd (1987 Northern Dancer), Dahlia’s Dreamer (1989 Theatrical).
 
Dahlia, âgée de 18 ans et vide, faisait partie de la vente de dispersion. C’est Allen Paulson qui l’a acheté pour $ 1.100.000. Sa fille Wajd, alors yearling, a été vendue $ 1.300.000 à Darley.
 
 

Une peinture de Dahlia avec en fond les tribunes d'Epsom.
 
 
NOTES :
 
  • Seules Pawneese en 1976 et Taghrooda en 2014 vont enlevées les King George à 3 ans.
     
  • A l’occasion des King George 1974, la compagne d’écurie et de couleurs de Dahlia, Hippodamia, pourtant classique, était présente pour lui servir de leader. Dans cette édition, l’italienne Orsa Maggiore était également présente. Elle deviendra la mère de Paradise.
     
  • Charming Alibi aurait été achetée, sur les conseils d’Henry Dulin White et de C.F. Parker, pour $ 80.000.
     
  • Le frère de Dahlia, né en 1975 de Secretariat, nommé Canadian Bound sera vendu par NB Hunt. Il sera le premier yearling à passer la barre du million de dollars ($ 1,5 M. relaté plus haut). Il n’a pu s’imposer mais le «sans grade» est devenu étalon......certainement grâce à sa sœur !
 
 
Maurice Zilber perd Allez France mais touche Dahlia la même année.
 
Né en 1920 au Caire en Egypte, Maurice Zilber nous a quittés en décembre 2008 après avoir mis un terme à sa carrière en juillet 2005. Son père, d’origine franco-hongroise, était un homme d’affaires expert en thé, agent général pour la Compagnie Lipton pour le Moyen-Orient et d’une mère, d’origine turque, dessinatrice de mode très cotée. Gamin, il passe ses mois de vacances à Rhodes où il a son premier coup de cœur pour le cheval. Il fait ses premières armes chez le monstre sacré du Moyen-Orient, l’entraineur John Jack Jenkins qui ne tardera pas à lui donner sa chance. Son premier client n’est autre que Gabriel Smaga (Gaby, le père de David, le premier entraineur de la fille de Trillion, Triptych) qui lui met trois chevaux en pension. Quelques années plus tard, il est tête de liste avec comme principal client, M. Huri (industriel dans le coton à Alexandrie, il finira ruiné à cause de l’effondrement de la Bourse comme un certain Hunt).
 
Après l’arrivée au pouvoir de Nasser dans les années 60, la famille est condamnée à l’exil. Arrivé en France (où se trouvaient déjà ses frères) en provenance du Caire en 1963, Maurice, qui était déjà titulaire de plus de 800 gagnants, débute à Maisons-Laffitte comme assistant de Maurice Wallon et de Maurice d’Okhuysen. A la fin de l’année, il est contacté par Daniel Wildenstein (dont les élèves avaient pris pension chez William Clout) qui deviendra son premier « client » suivi, entre autres, de Gaby Smaga, (qui avait émigré lui aussi en France). Le divorce est consommé et en avril 1972, Maurice démissionne laissant à son successeur (Albert Klimscha) une certaine Allez France, qui n’a pas encore débuté.
 
 
Maurice Zilber, une figure et un caractère des courses modernes.
 
 
Sans transition, N.B. Hunt lui demande d’entrainer pour lui car le torchon brûle entre lui et John (Jack) Cunnington, c’est ainsi, qu’à partir de mai 1972, Maurice récupère l’effectif composé, entre autres, d’une 2 ans, nommée Dahlia !
L’un de ses premiers gagnants pour N.B. Hunt est un 4 ans, Clems Match, le frère cadet de Gris Vitesse (voir plus haut), précédemment entrainé par George Moore (comme avait été, en cette année 1972, le reste de son effectif. Moore aura, en tant qu’entraineur, une carrière de météore). Il va s’imposer à Longchamp, monté par Jean Cruguet, devant une pensionnaire de la casaque bleue et entraînée par Albert Klimscha, l’un des nouveaux entraineurs de Daniel Wildenstein !
 
NOTES :
 
  • Etienne Pollet, l’entraineur de Vaguely Noble, est originaire de Roubaix-Tourcoing (la famille serait à l’origine de La Redoute et serait affiliée aux Masurel, Ternynck, Wattinne). Il s’est intéressé à l’entrainement au cours de ses nombreux déplacements à Chantilly puis émigre dans le Sud-Ouest en 1940 lors de la débâcle. Il débute par hasard en 1943 à Pau et « monte » à Paris en 1945. Il prendra sa retraite hippique en 1970 soit deux après le succès de Vaguely Noble et cinq ans après celui de Sea Bird. Il est décédé en novembre 1999.
     
  • Les Yelapa, Felicio, Faraway Son, Le Chouan, Don en plat, Gopal (Grande Course de Haies d’Auteuil), Dalanik (Prix Maurice Gillois) en obstacles, étaient des élèves de Maurice Zilber pour la casaque bleue. Georges Pelat sera son successeur à la tête des sauteurs.
     
  • La fille de Trillion, Triptych, avait été achetée aux July Select Sales de Keeneland (1983) pour $ 2.150.000 par Horse France pour Alan Clore. Avant la fin d’une carrière exceptionnelle sur la piste, conclue en novembre 1988, elle sera revendue, lors de la dispersion des effectifs Clore (mars 1988), à Peter M. Brant réalisant $ 3.4 M, le top-price de la vente. Mais la suite de sa carrière s’est arrêtée tragiquement au printemps suivant. Alors qu’elle venait d’être annoncée pleine de Mr Prospector, elle est décédée des suites d’un accident imprévisible : elle est entrée en collision avec le véhicule de l’équipe de sécurité de nuit de Clairborne Farm, qui effectuait sa ronde nocturne dans les paddocks, une dizaine de poulinières se sont précipitées vers les phares du véhicule, parmi elles, il y avait Triptych.

 

Bruce McNall avec son épouse, l'archétype du milliardaire américain.

 

Son association avec Bruce McNall et Allen Paulson.

 
Il est impossible de dénombrer exactement l’effectif de Nelson Bunker Hunt tant il a eu d’associés (minoritaires) : outre ses liens avec Edward Stephenson, il a conclu de nombreux partenariats avec, entre autres, Allen Paulson et surtout Bruce McNall (son cadet de 24 ans), son « filleul » en quelque sorte dans le monde hippique.
 
Bruce McNall:
 
Né en Californie en 1950, Bruce(Patrick) Mc Nall est un touche à tout. Grand collectionneur d’antiquités et de pièces anciennes, il est depuis sa tendre enfance un numismatique très éclairé. Il aurait fait fortune dans des circonstances qu’il ne m’appartient pas de juger. Propriétaire, entre autres, d’un Boeing 727, d’une équipe de hockey (les Los Angeles Kings), d’une équipe de football américain (les Toronto Argonauts), il a également gouté au basket-ball en devenant l’un des propriétaires (avec NB Hunt) des Dallas Mavericks. Il investit également dans l'industrie du cinéma et ses premiers films sont des succès (War Games, Blame It On Rio et Mr Mom)
 
Au tout début des années 80, Hunt possède pas moins de 240 yearlings. Il fait appelle à une vingtaine de partenaires qui achètent des parts pour un total de $ 48 M. Le groupe comprend des joueurs de basket-ball (Bill Walton et Kiki Vandeweghe), l'ancien sénateur californien John Tunney, un producteur de cinéma Alan Landsberg. Hunt conserve la moitié des parts et les chevaux pour lesquels Bruce McNall a pris une participation de 20% courent, aux USA, sous l'entité Summa Stable. Pour l’anecdote, un certain Mandarino et le piètre mais bien-nommé Numismatist (chez Guy Henrot) ont été élevés par cette entité.
 
Dahar (fils de Dahlia), Estrapade (associé à Paulson et Hunt) font partie de cette génération de yearlings des années 80-81. On va les retrouver à l’entrainement en France, mais Bruce Mc Nall (casaque à losanges gris et gros-bleu, m et t gros-bleu, puis à losanges gris et noirs, m et t blanches) va aussi «rouler» seul. Il achète des chevaux clés en mains, on se souvient d’Argument (associé à Berry Gordy et acheté à Pierre Ribes), de Saumarez (acheté à CAB St George), de Trempolino (aurait été acheté pour moitié à Paul de Moussac avant sa victoire dans l’Arc), de Golden Pheasant (associé à Wayne Gretzky, actionnaire dans l’équipe de football de Toronto).
 
En mai 1994, soit 6 ans après la déroute de NB. Hunt, la faillite est consommée pour Bruce McNall qui avait amassé des fortunes dès l’âge de 24 ans. C’est en 1974 qu’il fait l’actualité en achetant aux enchères en Suisse une pièce grecque rare, datant de deux siècles (l’Athens Decadrachm) pour une somme record, $ 420.000 au nez et à la barbe d’Aristotle Onasis et d’un certain Valéry Giscard d’Estaing, pas encore Président. Il l’aurait revendu 6 ans plus tard pour $ 1.000.000.
 
Ses champions sur les pistes européennes feront ensuite carrière aux USA.
 
Aucun des champions portant la casaque à damiers ne fera carrière ensuite en France. Que ce soit sur la piste ou au haras, ils retourneront tous de l’autre de l’Atlantique (ce qui fait grincer les dents....) à l’exception de certaines poulinières. Parmi ces exceptions, Belle Angevine (loin d’être considérée comme une championne sur la piste) a rejoint un étalon stationné aux USA pour revenir donner naissance à Gazala en France. Sa fille est le résultat des amours avec Dark Star, un gagnant du Kentucky Derby. Elle a été conçue à Spendthrift Farm et naîtra ensuite au haras d’Omméel. Elle sera entrainée par John Cunnington Jr.
 
NOTES :
 
  • Le Haras d’Omméel était, alors, la propriété d’Albert Neuhut (Godolphin Darley Agency, l’entité qui achetait en son nom). Il sera «cédé» ensuite à Hubert Honoré qui avait été son élève et employé pendant plus de 10 ans.
     
  • Belle Angevine doit sa renommée exclusivement à Gazala, sa seule filleblack-type. Elle est désormais la propriété officieuse des époux Neuhut. Suite à la naissance de Gazala, elle reste en France et rejoint, deux années consécutives, Tamanar (Sunny Boy), stationné au haras du Verbois (un retour chez lui puisqu’il y est né pour Robert Forget). Acheté à l’amiable dans le cadre des ventes de yearlings de Deauville par l’espagnol Ramon Beamonte et placé à l’entrainement chez John Cunnington, Tamanar gagnera le Prix du Jockey Club devant la pouliche Bella Paola. Une de ses filles par Tamanar donc, Calderilla, une fois vendue, deviendra la 3e mère des hurdlers, Jance (1993) et Kidder (1995).
     
  • Gazala était «présente» lors de la dispersion par sa fille Fargaze (Lyphard), pleine d’Alydar, qui a rejoint l’effectif d’Allen Paulson pour $ 1.350.000, (le 3e top-price).
     
  • John Cunnington Jr (dit « Jacquot » fils de Jack) a obtenu sa licence en 1950. Nelson-Bunker Hunt, qui avait eu quelques divergences avec Jack (ce qui a été le cas également avec François Mathet) lui confie quelques chevaux. En 1966, il «reçoit» Gazala puis en 1969, Pampered Miss et Gris Vitesse. Jacquot est décédé en mars 1997 d’une crise cardiaque. 
A suivre, ses champions, tels que Nobiliary et les trois mousquetaires, Empery (le seul français vainqueur dans le Derby jusqu’à l’arrivée de...), Youth et Exceller.