Sun des Mottes sauvée des eaux de la Manche

13/11/2011 - Infos générales
Le dernier classique en plat pour les AQPS a été remporté par Sun des Mottes, déjà gagnante du Prix de Craon à Longchamp. Celle qui est donc la meilleure AQPS d'âge en 2011 a été retrouvée au début d'année en Angleterre, où elle était condamnée à un triste destin.

C'est peut-être une parole d'éleveur mal placée, mais il ne parait quand même pas si compliqué, parfois, d'entrainer des chevaux de course et de gagner de belles épreuves une fois qu'on a du gaz dans les mains. Georges Pelat disait : "les chevaux parlent, il suffit de les écouter". Avec Sun des Mottes, il n'a fallu qu'appliquer des règles de base du monde animal et de l'équitation pour décrocher la timbale.

 

Sun des Mottes, bien soutenu par Fabrice Véron qui s'entend à merveille avec l'impétueuse jument alezane brûlée, repousse courageusement sous 70 kilos les assauts de Thet Viva, qui portait 8 kilos de moins. (PHOTO APRH)



En effet, cette jument de 5 ans a été rachetée en Angleterre, en fin supposée de carrière de course, pour la somme de 3.000 € en février 2011. Elle était considérée comme inapte à la compétition : folle et saignant des poumons. C'était alors une chute vertigineuse pour celle qui avait été l'une des meilleures 3 ans APQS en plat en 2009 chez Cyriaque Diard, gagnante du Prix Florence Charrier à Moulins et 2e battue d'un souffle dans le Prix des Guilledines. Vendue en Angleterre après une belle saison initiale (2 victoires et 5 places pour 7 sorties, et 39.000 € de gains), elle avait bénéficié de plusieurs mois de repos avant d'intégrer l'écurie de David Pipe. Pendant l'hiver 2010-2011, tout a tourné au désastre. La jument court 5 fois en haies et termine 5 fois dernière décollée, même au pire niveau (classe 6 !), dont 1 fois à 138 longueurs du gagnant...

 

De gauche à droite, Anne-Marie, Yann, Charlotte et Claudie avec Sun des Mottes et son jockey Fabrice Véron.



Ses éleveurs, l'Ecurie des Mottes (Claudie et Joël Poirier) souhaite la récupérer pour faire une poulinière. Le courtier Richard Venn parvient à la racheter "en l'état", sans l'avoir vu, pour 3.000 € alors qu'elle est soupçonnée saignant des poumons et part pour la casse. Sun des Mottes traverse donc la Manche dans le sens inverse. A la descente du camion, la bête n'est ni cassée ni boiteuse ni quoi que ce soit. Avant de la faire saillir, un check up véto réalisée par la clinique de Meslay-du-Maine apprend que la jument est en parfaite santé, n'ayant jamais saigné de sa vie ni quoi que ce soit d'autre ! Anne-Marie et Yann Poirier (le fils aîné), au Haras du Chêne, qui détiennent un permis d'entraineur, décident de monter dessus, pour voir. Sun des Mottes est en bonne santé, en effet, mais folle à lier. Elle qui a toujours été allante (portant des bouchons dans les oreilles à 3 ans), n'est plus contrôlable, partant au grand galop sitôt qu'elle met le pied sur la piste. Un bon vieil élastique orange en guide d'enrênement, des trottings et des 15 jours de galop de chasse plus tard, Sun des Mottes redescend sur terre. Il se fait qu'elle ne pensait qu'à "barder", prenait en Angleterre un obstacle d'avance sans que son jockey essaie de maîtriser sa fougue, puis prenait un mur dans la tête à mi-parcours...

 

Sun des Mottes à l'âge de 2 ans à l'Elevage des Mottes, déjà au centre, à la pointe du combat. Elle va désormais retrouver ces prairies.



Moins de 2 mois après son retour en France, Sun des Mottes revient aux courses, mi-avril dans une bonne épreuve en plat à Nantes. Elle gagne en se balladant, et regagne 9 jours plus tard en toute décontraction au Lion d'Angers. L'affaire semble anodine parmi d'autres mais fait quelques vagues outre-manche. David Pipe se prend une belle soufflante de la part de son client David Johnson. Le 1e courtier, Claude Charlet, qui s'était fait traiter d'escroc pour avoir fait acheter un mauvais cheval, prend une revanche spectaculaire. Richard Venn doit raser les murs face à Pipe, qui l'accuse d'avoir fait recourir la jument.

Pendant ce temps, Sun des Mottes a gagné 4 courses en 2011, dont le Prix de Craon et donc le Prix Chloris pour l'ultime sortie de sa carrière, avec 72.500 € qui porte son compte total à 111.500 €. Cette jument de modèle imposant pourrait aller sur les obstacles désormais, mais elle a déjà beaucoup donné et sera envoyée à Poliglote pour sa 1e saillie en 2012.

 

Cousine de Sun des Mottes (les 2 mères sont soeurs), Puszta des Mottes avait déjà été une classique, gagnante ici du Prix Glorieuse.



Cette fille d'Adnaan imitera en cela sa soeur ainée Royce des Mottes (Maresca Sorrento), autre gagnante classique, qui est pleine du patriarche d'Etreham pour la 1e fois en 2011. Toutes 2 sont filles d'Ingrid des Mottes, une AQPS "à l'envers" issue de Useful. Ingrid des Mottes a été louée depuis à Jean Pedron, mais l'élevage des Mottes récupère les produits : Umberto d'Icy (Charming Groom) est un bon cheval à 3 ans, puis Vasco d'Icy (Equerry) est un 2 ans qui montre de la qualité au pré-entrainement au Haras du Chêne. Cette famille descend d'Annaretta, qui a été la 2e jument achetée par Joël Poirier lorsqu'il a commencé l'élevage. Il l'a acquise un peu par hasard, ayant promis de prendre le gagnant du réclamer de la dernière course à Angers su 1300 m, un chaud 23 juin 1974. C'était elle. Cette jument de vitesse pure a donné un gagnant de Listed à Longchamp à 2 ans, Tarzan des Mottes, mais sa descendance compte aussi de nombreux bons sauteurs : Elie des MottesQosmos des Mottes, Royan des Mottes, etc...Pour boucler la boucle, c'est avec la tante de Sun des Mottes, nommée Anarata des Mottes, qu'Anne-Marie Poirier avait fait ses débuts en course comme cavalière. Conservée poulinière, elle a donné d'emblée Puszta des Mottes, qui lui a offert sa 1e victoire en tant que permis d'entrainer, dès sa 1e sortie, avant de devenir une jument classique APQS, aujourd'hui poulinière suitée d'une yearling de Della Francesca puis d'un foal de Califet.


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