Le 1er coup de 4 de l'histoire de Royal Ascot pour Dettori : Frankie la main chaude

20/06/2019 - Actualités
 Vous avez beau vous passionner particulièrement pour le galop, vous connaissez sans doute le surnom de Franck Nivard dans les travées des hippodromes de trot : Frankie la main froide. Aujourd’hui à Ascot, la légende Dettori a décidé d’écrire sa version personnelle : Frankie la main chaude. Le meilleur jockey de tous les temps de l’histoire de la vie humaine et peut-être même extra-terrestre (on pèse nos mots chez France Sire) s’est offert un nouveau moment d’histoire en remportant les quatre premières courses de la réunion de la Gold Cup. La plus belle faisant bien évidemment partie du carré. Par Fabien Cailler, envoyé très très spécial à Royal Ascot, arrivé pile poil le bon jour.
 Dettori celebrates a seventh Gold Cup success (PA)
Dettori remporte la 7ème Gold Cup de sa carrière, 27 ans après la première. A 48 ans, l'homme de tous les records aligne sa 4ème victoire de la journée, une Première dans l'histoire de Royal Ascot.
 
 
Cette grande première dans l'histoire de Royal Ascot restera comme un instant magique pour les 66 700 spectateurs présents, y compris la Reine qui a kiffé (grave) le moment. Les seuls à tirer une tête de quinze miles de long : les bookmakers. Et encore, il sont passés tout près de la banqueroute. Retour sur une journée pas comme les autres à Royal Ascot.
 
 
 A'Ali and Dettori strike in the Queen Mary (PA)
Dettori ouvre le bal dans les très convoités Queen Mary Stakes, un Gr.2 pour les femelles de 2 ans, avec A'Ali.
 

14h30, english time.

Le public est encore tout émoustillé d’avoir vu sa Reine bien aimée, 93 ans dont 76 de rêgne, parée de gris métallique (selon le communiqué officiel) que Frankie coche sa première case du jour. Avec un 2 ans, A’Ali (Society Rock), qui détenait une chance (la preuve) mais pas forcément un coup sûr. Les organisateurs se frottent les mains, Frankie est dans le game et ravit les très nombreux parieurs qui ont juste fait confiance au seul pilote qu’ils connaissent. Car à Ascot, dans sa configuration Royal, on croise des personnes issues de toutes les couches de la société à partir de la classe moyenne et jusqu’à la super haute. Hormis le fait de se croiser le temps d’une après-midi de fun total, ces gens-là n’ont pas grand chose, voire rien en commun. Sauf le fait de connaître Frankie. Le lauréat de sept courses d’une même réunion ici à Ascot lors de la grande réunion d'automne il y a 23 ans, statufié de son vivant, le miraculé d’un crash d’avion, l’ancien participant à une émission de télé-réalité, le vainqueur de toutes les plus grandes courses du monde, le rescapé de la cocaïne, l’ami des médias.

 

Sangarius and Frankie Dettori win the Hampton Court
Dettori double la mise avec Sangarius

 

Yeaaahhhhhh

 

Au moment de sa 2ème réalisation du jour, les « yeaaahhhh » montent des tribunes bondées à l’annonce du speaker : « First, number 15, Sangarius ridden by Frankie ». Inutile d’ajouter le patronyme de l’Italien depuis longtemps considéré britannique par tous ses fans et plus car affinités. C’est la deuxième du jour, la sauce menthe commence à prendre et seuls les crépitements des photographes tentent de détourner l’attention sur Sir Michael Stoute, lauréat ici de sa 80ème course du meeting de Royal Ascot. Record absolu.

 


Et de 3 pour Dettori avec Star Catcher dans les Ribblesdale stakes (Gr.2)

 

Comme dans un pub à Liverpool

 

Mais ce ne sont finalement que des statistiques (même si elles révèlent bien sûr un savoir-faire exceptionnel d’un personnage qui vaut mieux que par ses seuls chiffres) et l’important est ailleurs : que monte Frankie dans la prochaine ? Une John Gosden répondant au joli nom de Star Catcher (par Sea The Stars). Paré de la casaque de Golden Horn, Frankie signe le triplé dans une ambiance de pub de Liverpool un soir de finale de Ligue des Champions. Que le Pimms coule à flot, Frankie vole aujourd’hui.

 


John Gosden, toujours magnfique en haut de forme et queue de pie.

 

Que le pimms coule à flot

 

La prochaine, c’est la belle, la plus belle. La Gold Cup, Frankie l’a remportée pour la première fois en 1992, en selle sur Drum Taps. Vingt-sept printemps plus tard, rien ne semble pouvoir arrêter la furia dettorienne. Et certainement pas un peloton où il se trouve enfermé à 400m du poteau. Une boîte de laquelle va se sortir non pas le diable mais le dieu Dettori. Frankie et ses fans font trembler les murs d’Ascot : Stradivarius est à la hauteur de l’événement et s’en va quérir sa seconde Gold Cup consécutive. Pour son génial pilote, c’est donc la 7ème. John Gosden est admiratif et déclarera : « Il est phénoménal. Pour un môme de 48 ans, il est remarquable. Et quand il est ici, il monte toujours d’un cran. Il est allé à la salle de musculation, s’est entraîné et quand il arrive aux courses, il est totalement relax. Les chevaux ont un travail à faire mais le job de Frankie est si bien fait qu’il fait toujours la différence. »
 
 
 
 
27 ans après sa 1ère victoire de Gold Cup
 
 
Sur le podium, c’est la réunion de deux monstres sacrés : la Reine en personne accueille son vieux complice. Il se permet une ou deux familiarités, tout passe crème. C’est son 66ème succès à Royal Ascot et il repousse son propre record personnel. Sauf que sa soif de victoires étant proprement insatiable, le métier l’attend. Les fans aussi. Les bookmakers moins. Ils tremblent de tous les billets qu’il leur reste : toutes les tribunes ont convergé vers les guichets pour toucher leurs gains de Stradivarius-Frankie dans la précédente avant de reposer une bonne partie sur… Frankie dans la prochaine. Face à lui, 27 adversaires ! Et pourtant Frankie est proposé à 2/1 ! Incroyable mais vrai. Tout autant que la bronca qui accompagne le moment où Turgenev prend une, deux, trois longueurs sur la meute lancée à ses trousses. Ne me dites pas que c’est pas vrai. Il va le faire, mais c’est pas possible, il va le faire ! En fait, non. Biometric et Harry Bentley viennent anéantir le rêve des 70 000 spectateurs de voir leur idole faire le quintuplé. « Il y a vingt ans, je l’aurais gagnée celle-là », lancera plus tard un Dettori toujours aussi show-man. Les books peuvent souffler, le patron de l’hippodrome aussi : Frankie lui avait demandé plus tôt de préparer une nouvelle statue s’il en remportait cinq ! « Je ressens un peu la même chose qu’en 1996 » a-t-il conclu. What else ? 

 


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