L'épopée Wildenstein : Georges, les débuts d'une passion sauvée par l'élevage

01/09/2016 - Grand Destin
 L’amour des chevaux et des courses est venu de Nathan, grand-père de Daniel Wildenstein, un expert renommé ne manquant jamais une occasion de se rendre sur les hippodromes parisiens. Georges, son fils, prendra les rênes après la première guerre mondiale pour donner de l'envergure à la casaque bleue, mais ses débuts seront quand même assez difficiles malgré de lourds investissements aux ventes, rattrapés par l'élevage. Par Xavier Bougon.  
Le mercredi 28 septembre, 18 yearlings présentés par The Castlebridge Consignment, seront proposés à la vente Goffs à qui a été confiée, la «Dispersal» Wildenstein Stables. Sous le numéro 472, dernier lot de la vente des yearlings, est inscrit un fils de Dubawi et de Beauty Parlour, gagnante de la Poule d’Essai des Pouliches et seconde du Prix de Diane. Nul doute que tous les regards seront pointés sur le ring au moment de son passage. Il fait partie de la centaine de chevaux de l’effectif de la casaque bleue à manches bleu-clair qui cesse son activité. A la suite des yearlings, seront présentés une quarantaine de chevaux à l’entrainement. En novembre, sont inscrites une trentaine de poulinières dont Beauty Parlour, pleine de Kingman et une vingtaine de foals, dont la fille de Beauty Parlour, par Dansili.

L’œuvre hippique des Wildenstein a débuté il y a un siècle


Un élevage, c’est l’œuvre de toute une vie. Une œuvre, c’est le résultat d’une vision des choses, d’une pensée murie au fil du temps à laquelle s’ajoute, parfois, une touche de génie. L’élevage mondial a, lui aussi, ses artistes comme l’était l’italien Federico Tesio, d’autres les connaissances et la rigueur dans la sélection, tel les français Edmond Blanc et Marcel Boussac, la saga Aga Khan, le Prince Khalid Abdullah ou les familles Wertheimer et Head. Chez les Wildenstein, l’art on connaît pour y « baigner » du matin au soir. Pour eux cette passion est un travail de recherche minutieux, un sens du détail accentué. Voilà comment a débuté leur histoire.

Nathan
et surtout Laure Wildenstein emmenaient leur fils Georges et leur petit-fils Daniel, alors âgé de 4 ans, sur les hippodromes parisiens. Il n’en fait pas plus pour donner le virus à la famille. Georges va ainsi gérer une petite écurie dès la fin de la première guerre puis déclare ses couleurs en 1923, casaque bleue, toque bleu-clair.

Notes :


En 1892, mon père, Georges, est né.  Je dois dire que je n'ai jamais été un grand admirateur de papa. Peut-être et même sûrement pas assez, j'en conviens. Mon père a été un mauvais père. Et j'ai donc été un mauvais fils. E
n clair, mon père était une bibliothèque vivante. Dès l'âge de 6 ans, il a commencé à collectionner des cartes postales et des photographies de tableaux. Et à lire... à tout lire, littérature et livres d'art, par milliers. Il lisait un livre en une heure et il s'en souvenait toute sa vie. Ce n'est pas une image. C'est la réalité. Mon père était un phénomène de foire. Je n'ai jamais vu ça. Sur les quatre millions de gravures qui sont à la Bibliothèque nationale, il en avait plus de trois millions dans un coin du cerveau. A la maison, nous avons quand même quelques dizaines de milliers d'ouvrages; mon père avait tout absorbé, tout lu, tout bu. Il avait une mémoire encyclopédique. Et la seule chose, la seule, qui aura vraiment compté pour lui, à part sa mère, c'est l'art. (extrait d’une entrevue à bâtons rompus entre le journal Les Echos et Daniel Wildenstein, en août 2000).
 
Georges, les débuts de la passion de l’entre deux-guerres
 
Le seul fils vivant de Nathan, Georges (1892- 1963) épousera Jeanne («Jane») Lévy (1892-1964) qui lui donnera deux enfants, Daniel-Léopold (né en 1917 à Verrières le Buisson) et Myriam (1921-1994, marié à Gérard Pereire).
Georges prend la suite de son père, devient galeriste, marchand de tableaux et prend le poste de directeur de la Gazette des Beaux-Arts. Il est certes un collectionneur averti, un critique d’art passionné, un érudit curieux, mais les chevaux deviennent une affaire aussi importante que les tableaux. L’écurie débute avec 3 deux ans, deux poulains et une pouliche. Dès la première année, les couleurs seront portées deux fois victorieusement.
 
Le 14 octobre à Longchamp, Georges a deux partants. Le premier, Baal (Sardanapale),enlève à 19/1 (on imagine que la famille avait joué) le Prix des Réservoirs, réservé aux 2 ans de tous sexes. Il l’avait acheté seulement 15 jours plus tôt à son propriétaire-éleveur, le baron Maurice de Rothschild. Le second, Montrichard (Jus d’Orange), débute troisième du Prix de la Fourrière. Baal est monté par Eugène Allemand et Montrichard par son frère cadet Marcel. Si Baal ne confirmera pas, par contre, Montrichard perdra son statut de maiden un mois plus tard à Saint-Cloud. A 3 ans, il s’impose en haies à Auteuil et à 4 ans, avec quatre victoires en haies et en steeple-chase, il s’avère être l’un des meilleurs chevaux de l’année à Enghien avec, entre autres, un succès dans le Steeple-Chase des 4 ans. Elevé par le comte Maurice des Montiers-Mérinville au Haras de la Bourdaisière (Indre et Loire), Montrichard avait été acheté yearling à Deauville, 28.000 F. Le même jour, le 22 août 1922, Roch Filippi s’était fait adjuger, pour le compte de Georges, une pouliche, née au Haras de la Rablais, élevée par le comte Paul de Pourtalès, La Trappe (Alcantara II). Cette dernière ne sera pas capable de prendre le moindre franc sur la piste.
 
 

Roch Filippi, l'entraineur d'Héros XII, ici entre son propriétaire Henri Coulon et son jockey George Mitchell.
 
 
En 1923, deux yearlings sont achetés : Saint Brice, payé 20.000 F. à Georges Antoine-May (Haras du Perray) et Montchevrel (Bruleur), acheté 40.000 F. à Henri Corbière (Haras de Nonant le Pin). Ne nous attardons pas sur leur performance.
 
L’année 1924 est vierge de toute victoire en plat. Mais le 18 septembre, Auteuil voit la première victoire d’un élève de Georges en obstacles, Salam (Sardanapale), vainqueur du Prix Beaumanoir (haies) après l’avoir acheté à la sortie de l’hiver de ses 4 ans au baron Maurice de Rothschild. Il confirmera quinze jours plus tard à Enghien sur le steeple. En novembre, Montichard enrichit le palmarès de Georges d’une troisième victoire en obstacles.
 
Notes
 
-Baal et Montrichard sont entrainés par Roch Filippi à Maisons-Laffitte qui était également l’entraineur à cette époque de Héros XII. Roch est décédé en 1944 des suites du bombardement par l’aviation anglaise du pont de chemin de fer reliant Sartrouville à Maisons-Laffitte.
 
Licteur, le premier groupe pour les Wildenstein
 
L’année suivante, le 10 août 1925 à Deauville, Georges achète l’un des 50 yearlings élevés au Haras de Villebon, mis en vente par le diamantaire Atanik Eknayan , décédé un mois plus tard. Il paye 57.000 F. un fils de Samourai (l’étalon de la maison), vainqueur du Prix du Cadran. Nommé Licteur, il va donner les premières joies d’une victoire principale dite black-type.
 
C’est à Saint-Cloud que Licteur débute victorieusement sur 900 mètres en juillet de ses 2 ans, monté par Marcel Allemand. En septembre, il termine au pied du podium du Prix de la Salamandre puis s’impose dans le Prix d’Arenberg, monté par Eugène Allemand (le frère).
 
Après avoir figuré dans le Grand Critérium, il domine un certain Nino, âgé de 3 ans, dans le Prix de la Forêt. Pour sa rentrée à 3 ans, il débute victorieusement dans le Prix Daphnis puis termine à la 4e place de la Poule d’Essai (de Fiterari). Il met un terme à sa saison le 2 novembre sur une victoire sur 1.300 mètres à Saint-Cloud. A 4 ans, il émigre chez Elijah Cunnington qui lui fait prendre la 3e place du Prix Edmond Blanc (1.500 m.) pour sa rentrée. Rallongé, il prend la seconde place du Prix du Prince d’Orange (2.400 m.) en septembre avant de s’imposer sur 3.100 m à Saint-Cloud. Encore en piste à 5 ans, il ouvre son palmarès de l’année en dominant le Prix de Reux (2.600 m.) sous la selle d’Albert Sharpe, après avoir participé au Prix du Cadran. Les Haras Nationaux s’attacheront ses services.
 
Notes
 
-Albert Sharpe est resté dans les annales des distancements célèbres après sa victoire dans le Prix du Conseil Municipal 1922 en selle sur Dauphin, un élève de Jefferson-Davis Cohn. Au retour aux balances, il lui manquait 125 grammes. Entre les deux pesées, il était allé satisfaire un besoin naturel. Il jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. Pour l’anecdote, ce même Dauphin remportera la même course l’année suivante avec sur le dos, Gabriel Vatard.
 
 

Georges Wildenstein avec son fils Daniel, alors tout jeune. Selon ce dernier, l'entente n'était pas très chaleureuse entre eux.
 
 
 
Deux poulains de la même génération vendus aux Haras Nationaux
 
En fin d’année, Georges Wildenstein accepte la proposition des Haras Nationaux qui achète Licteur pour 100.000 F. Il débutera sa nouvelle carrière au Haras de Tarbes. Georges Wildenstein l’utilisera notamment pour honorer l’une de ses premières poulinières, Dafnée.
 
Issu de la même session des ventes de yearlings, Caulet Flori (Radamès), acheté 37.000 F. à son éleveur, Jean Ravel, s’impose à 2 ans à Deauville puis à 3 ans dans le Prix Georges Trabaud à Marseille avant de confirmer dans le très prisé Prix des Acacias à Longchamp. Non placé dans le Prix du Jockey Club et dans le Grand Prix de Paris, il se classe à la 3e place d’une Biennal à Longchamp et de la Coupe d’Or (futur Coupe de Maisons-Laffitte) et  4e du Prix Jacques Le Marois d’une certaine Vitamine (future mère de Brantôme). Lors de sa seule sortie en obstacles, il s’impose dans le Prix Pride of Kildare à Auteuil. Il sera vendu en 1929 pour 70.000 F. aux Haras Nationaux qui l’installeront la première année à Lamballe.
 
Premier bilan : 
 
Deux victoires en 1923 en plat, trois victoires en obstacles en 1924 (Montrichard et Salam), tel est le bilan des deux premières années. Celui de 1925 ne laisse apparaître qu’une seule victoire en plat malgré les six chevaux à l’entrainement. Ce succès est dû à un deux ans, Loup Berger (Clarissimus) acheté yearling à Mme Edmond Blanc, 80.000 F. à l’amiable. Vainqueur à Deauville lors de sa dernière sortie de l’année après avoir été non placé dans l’Omnium des 2 ans (futur Prix Robert Papin), il récidive pour sa rentrée lors de la première réunion parisienne, en enlevant l’Handicap Optional (assez prisé à l’époque). Il se classe ensuite troisième de l’important Prix des Acacias (l’allocation est aussi conséquente que celle des Poules courues le même jour) puis termine au pied du podium des Prix Lagrange (également prisé) et de Guiche. Loup Berger sera vendu ensuite en Algérie.
 
Quant au palmarès d’obstacles 1925, il est plus reluisant ; il s’est enrichi de huit victoires : les quatre déjà évoquées de Montrichard, celle de Salam, les deux de Grand Henry sur le steeple d’Enghien (monté par Lucien Delfarguiel, l’oncle de Pierre) et celle de Banasa à Auteuil. Grand Henry avait été acheté durant l’été de ses 4 ans après avoir enlevé, en janvier, la Grande Course de Haies de Nice et pris la seconde place de la Grande Course de Haies d’Enghien (en mai) pour les couleurs de M.P. Moulines. Quant à Banasa, elle avait rejoint l’effectif durant l’hiver de 3 à 4 ans. Elle deviendra poulinière pour la casaque bleue.
 
 

Caulet Fleuri, un bon cheval acheté aux ventes par Georges Wildenstein, homme pas toujours très heureux aux enchères.
 
 
Les ventes de Deauville et les premiers achats
 
Après une poignée de yearlings achetés à Deauville entre 1922 et 1924, Georges Wildenstein et son entraineur, Roch Filippi, font une nouvelle incursion aux ventes. Il se rend acquéreur en 1925 de quelques sujets dont Caulet Flori et Licteur (évoqués plus haut), Ad Aeternum (Pilliwinkie), Touareg (Sandy Hook).
 
Ad Aeternum, acheté 28.000 F. à ses éleveurs (la famille de Gasté du Haras de la Genevraye), va s’imposer à deux reprises en haies et en steeple-chase dont le Prix de Meudon à Auteuil. Il se classe ensuite troisième du Prix Aguado. A l’automne, il prend la seconde place d’un Prix Wild Monarch (réservé aux inédits....en steeple-chase) avant de finir second (dead-heat) du Prix Congress.
 
Touareg, acheté 52.000 F. à R. Rousselle, éleveur sans sol au Haras de Vaucresson (alors dirigé par Victor Donon, ancien manager de l’élevage d’Edmond Blanc), ne courra pas en plat et ne se sera pas capable d’être à l’arrivée lors de ses sorties en obstacles à 3 ans. C’est à 4 ans qu’il ouvre son palmarès avec deux victoires à Auteuil avant de prendre  la quatrième place du Prix La Haye-Jousselin, monté par le premier jockey de la maison, Lucien Niaudot.
 
L’année 1926 voit Georges investir dans une dizaine de yearlings lors des ventes de Deauville pour environ 700.000 F. Parmi le lot de yearlings, Astir (Sundari) et Cigarette (Le Traquet)
Astir, payé 100.000 F.en provenance du Haras de Chaumont en Vexin, élevé par l’armateur grec, Nicolas-Eustache Ambatielos, va récompenser son acheteur en gagnant en plat et en obstacles sous la coupe de Roch Filippi : second du Prix Finot puis vainqueur de la Grande de Haies de Printemps à Enghien, Grande Course de Haies de Deauville et troisième du Prix Omnium II en plat.
 
Outre ses quatrièmes places dans les Prix Vanteaux et Chloé, Cigarette (Le Traquet), achetée à l’amiable 27.000 F. à son éleveur Joseph Prieur, va s’imposer non seulement en plat mais aussi en haies à Enghien en décembre de ses 3 ans.
Parmi les yearlings notons les achats de deux élèves du Haras de Montfort (comte Jean de Nicolaÿ), Nellini et Africa (deux fils de Rabelais), payés respectivement 100.000 F.et 75.000 F., Flûte de Pan (Badajoz), acheté 90.000 F. au Haras de Menneval (comte Guy Dauger), Cachafaz (Cylgad), acheté 58.000 F. à Guillermo Ham.
 
 

Charlemagne.
 
 
Une bonne Confiserie
 
Avec plus de 700.000 F. d’achat, les ventes de yearlings de 1927 sont une «grande cuvée» pour Georges. Confiserie (Dominion et Cherry) est achetée 120.000 F. à Myran Eknayan, éleveur au Haras de Joyenval, Grock (Joyeux Drille) est payé 38.000 F. au comte Paul de Pourtalès (Haras de la Rablais). Parmi les nombreux lots présentés par le Haras de Champagné Saint-Hilaire, propriété du baron Maurice de Rothschild, figurent les achats de Charlemagne (fils de Sardanapale, l’étalon vedette d’après-guerre) payé 125.000 F., et de Therapia (Niceas et Sérénade), négociée 148.000 F. après avoir été retirée. Cette dernière gagnera sa course à réclamer à 3 ans puis quittera les effectifs.Quant à Kantara (par Cylgad, un « sire » importé d’Angleterre en 1922), elle est retirée à 88.000 F. Mais on l’a retrouvera sur la piste portant les couleurs Wildenstein.
 
Confiserie est une fille de Cherry, sœur de Chatwood la mère de Cid Campeador. Les présentations étant faites, Confiserie se classe seconde du Prix d’Arenberg après avoir gagné le Prix de la Vallée d’Auge puis elle termine à la cinquième place du Grand Critérium. Elle s’accidente et part aussitôt au haras où elle donnera naissance notamment à Corviglia (voir le chapitre plus loin)
 
Grock gagne le Prix Saint-Roman (devançant sa compagne Kantara) après avoir été non placé dans le Prix Morny. A trois ans, il s’impose dans le Prix Gontaut-Biron et prend quelques places tout au long de l’année (2e Px de Fontainebleau, 3e Prix de Guiche, Eugène Adam). Il termine également à la 3e place du Prix Royal Oak juste devant son compagnon de couleurs, Charlemagne. Grock sera acheté par les Haras Nationaux l’année suivante (1930) pour 90.000 F. et effectuera sa première saison à Saintes.
 
Kantara est la petite-fille de Clyde, gagnante du Prix de Diane 1905. Il semblerait qu’un accord soit intervenu entre l’éleveur et Georges pour une carrière en bleue sur la piste. Kantara s’impose dans le Prix de Caen à Deauville après avoir fait illusion dans la première édition du Prix Robert Papin (ex Omnium des 2 ans). Elle se classe seconde du Critérium de Saint-Cloud, 3e du Prix Saint-Roman (de Grock), 4e du Prix Morny. A 3 ans, elle s’impose à 3 reprises : Prix Chloé, Minerve et et Coupe d’Or (futur Coupe de Maisons-Laffitte). Elle prendra la seconde place du Prix Vanteaux puis de la Poule d’Essai, du Prix Jacques Le Marois, du Grand Prix de Deauville. Après la carrière de course, elle est de retour au haras du baron Maurice de Rothschild où elle donnera naissance à Kant (1932 Sardanapale).
 
Kant, vainqueur de la Poule d’Essai des Poulains, un point c’est tout
 
Ce dernier sera vendu à Georges Wildenstein pour 95.000 F. Il portera les couleurs bleues lors de son succès dans la Poule d’Essai des Poulains mais sera incapable de rééditer à l’exception d’une 3e place dans le Prix de l’Elevage (une version pour futurs étalons). Non placé du Prix Lupin, du Grand Prix de Paris, 5e du Prix du Jockey Club et du Prix Jacques Le Marois, il servira de leader à sa compagne d’écurie, Sa Parade, dans le Prix de l’Arc de Triomphe. Il rejoindra, au début de la seconde guerre, le haras pour une nouvelle carrière.
 
Charlemagne, vainqueur du Grand Prix de Deauville, le premier étalon-maison
 
Parmi les achats de 1927 figure donc également Charlemagne (Sardanapale). Il ne débute qu’à 3 ans et à cette occasion il devance un certain Hotweed dans le Prix de Boulogne à Longchamp. Hotweed se vengera dans le Prix Hocquart laissant Charlemagne à la 5e place. L’élève de Georges prendra ensuite la 3e place du Prix Lupin (de Hotweed), la seconde du Prix du Jockey Club (de Hotweed) et la 6e du Grand Prix de Paris (de Hotweed). Après s’être imposé dans le Grand Prix de Deauville (devant Kantara, sa compagne), il termine au pied du podium du Prix Royal-Oak (juste derrière Grock portant les mêmes couleurs) et non placé du Prix de l’Arc de Triomphe de l’italien Ortello. Georges Wildenstein résiste aux offres d’achat et l’installe étalon au Haras de la Rablais.
 
Notes
 
-Lucien Niaudot, ancien apprenti de Charles Bariller, sera l’un des membres fondateurs de l’Association des Jockeys de Galop, créée en 1929.
 
Guillermo Ham est le fondateur, d’origine argentine, du Haras de Saint-Jacques situé à Bessancourt en Seine et Oise. L’année précédent la vente d’un yearling à Georges, il avait présenté à Deauville un certain Mon Talisman (né à Bessancourt) qu’Edouard Martinez de Hoz, un compatriote, avait acheté 570.000 F. (un prix record). Le fils de Craig an Eran enlèvera le Prix de l’Arc de Triomphe et le Prix du Jockey Club deux ans plus tard.
 
- Le Haras de la Rablais, situé à Saint Cyr sur Loire (Indre et Loire) était la propriété du comte Paul de Pourtalès (frère ainé d’Hubert, gendre du baron Arthur de Schickler) qui fut Président de la Société d’Encouragement de 1926 à 1933, année de son décès, et vice-président de la Société de Sport de France. C’est à lui, en majeure partie, que l’on doit la création de l’hippodrome du Tremblay. Après avoir été associé comme propriétaire à Maurice Caillault, il se consacre à l’élevage. C’est lui qui lancera les étalons Alcantara II, Sans le Sou ou Joyeux Drille. Il cède le haras en 1929 à Roch Filippi qui en fait profiter Georges Wildenstein qui installe donc Charlemagne.
 
Rieur, vainqueur du Grand Prix de Deauville, le second étalon-maison
 
Georges passe la vitesse supérieure en cette année 1928 puisqu’il va jusqu’à dépenser plus 1.200.000 F. en achat de yearlings. Malgré les efforts consacrés, un seul poulain gagnera son avoine : Rieur (Joyeux Drille), acheté 48.000 F. au comte Paul de Pourtalès, co-propriétaire de sa grand-mère, Roxelane (gagnante du Prix de Diane et de la Poule d’Essai 1897). Rieur a pour mère Reine de Naples (demi-sœur de Roi Hérode)qui marquera la famille par sa descendance en France comme outre-atlantique. Après une place dans le Prix de Ferrières, Rieur s’impose dans le Prix des Marronniers à Longchamp. Il récidive au mois d’août en s’adjugeant le Grand Prix de Deauville devançant de trois longueurs un certain Motrico (six semaines avant son premier succès dans le Prix de l’Arc de Triomphe). Rieur fait ainsi triompher les couleurs pour la seconde année consécutive après Charlemagne. Il termine son année en se classant 3e du Prix Royal-Oak. L’année suivante, il enlève le Prix de Reux, préparatoire au Grand Prix de Deauville auquel il ne participe pas puis à 5 ans, se classe au second rang du Prix des Sablons (futur Prix Ganay). A 6 ans, il est encore en piste et débute victorieusement au mois de mars à Saint-Cloud puis se classe au pied du podium du Prix des Sablons, sa dernière sortie.
Il rejoint immédiatement Charlemagne au Haras de la Rablais chez Roch Filippi pour une nouvelle carrière. Il est le père notamment de pouliches Wildenstein, Bonbonnière et Christinia, deux filles de Confiserie (évoquée plus haut).
 
Georges termine l’année 1928 avec un score de 20 victoires en plat et se classe dans le top 10 des gains en obstacles. L’année sera également marquée par la victoire en obstacles d’une de ses pensionnaires achetée en vente privée, une fille d’Ex Voto (par ailleurs, père d’Héros XII, ancien pensionnaire de Roch Filippi), âgée de 4 ans, Esperanza II. Inédite en plat, elle enlève, à 4 ans, quatre épreuves à Auteuil et à Enghien dont le Prix Auricula, le Prix d’Essai et surtout le Grand Steeple-Chase d’Enghien, monté par Lucien Niaudot. Elle sera l’une des premières poulinières de l’élevage Wildenstein (voir le chapitre des premières poulinières).
 
Deux millions de francs pour un lot de yearlings
 
Alors que dire des ventes 1929 à Deauville puisque Georges met la barre encore plus haute avec plus de 2.000.000 F. d’achat. Il se fait adjuger, au marteau ou à l’amiable, dix yearlings du baron Maurice de Rothschild. Ce n’est pas une réussite, seuls sortent du lot : Pirate (Sardanapale) acheté 370.000 F qui ne justifiera pas son prix de vente totalisant seulement deux victoires en haies à Enghien et Clairefontaine. A l’entrainement chez Elijah Cunnington, Roxane (Sardanapale) provenait également des ventes (178.000 F.). Elle perd son statut de maiden pour sa rentrée à 3 ans au Tremblay puis se classe 3e du Prix de Bagatelle. Elle intègrera la jumenterie Wildenstein. Valreas, élevé par le Haras de la Fontenille (Roch Filippi) et acheté 40.000 F., va débuter victorieusement dans le très prisé Prix Juigné, un succès sans lendemain (non placé dans le Prix Royal-Oak, La Coupe d’Or et Prix du Conseil Municipal).
 
Les premières poulinières Wildenstein
 
Banasa (Négofol) avait gagné en 1925 à Auteuil pour Georges après l’avoir acheté en vente privée. Elle fera partie des premières poulinières en «bleue». Suivront, presque dans la foulée, quatre anciens achats de Deauville, Confiserie, Grenade (Cylgad), Phocea (Souviens Toi) et Micantara (Alcantara II).
 
Nous avons déjà relaté l’achat de Confiserie mais pas celle de Grenade qui est restée inédite. Elle avait rejoint l’effectif des yearlings pour 125.000 F., achetée au baron Maurice de Rothschild. Elle faisait partie de la même session que Phocea acquise pour 140.000 F. à l’amiable. Elevée par le duc Decazes (Haras d’Ouilly), Phocea avait remportée le Prix Rose de Mai à 3 ans puis s’était classée seconde du Prix Vanteaux ce qui lui ouvrait les portes du Prix de Diane (de Commanderie) dans lequel elle ne fait que figurer.
 
Quant à Micantara, achetée au duc d’Audiffret-Pasquier (Haras de Sassy) pour 88.000 F. , elle s’imposera à 2 ans à Clairefontaine.
 
En 1928, la pouliche de 3 ans, Dafnée (Tracy Le Val), intègre les effectifs de Roch Filippi et s’adjuge deux épreuves à Saint-Cloud et une course de haies en fin d’année à Enghien. A 4 ans, elle réédite en enlevant une course de haies et un steeple toujours à Enghien et se classe seconde du Steeple-Chase des 4 ans d’Enghien en mai. Elle intégrera, elle aussi, la jumenterie «bleue » en compagnie d’une autre sauteuse, Esperanza II (évoquée plus haut).
 
La première prime à l’éleveur et Beaux Arts, le bien-nommé
 
Banasa donnera naissance à Sarban (Sardanapale) qui s’imposera dans le Prix de Nexon 1930 à Longchamp à 2 ans sous la selle d’André Rabbe ; c’est ainsi que Georges «touche» ses premières primes à l’éleveur. Suivra, l’année suivante, sa propre sœur Bièvres qui débutera victorieusement son année de 3 ans à St-Cloud puis se classera 3e du Prix Pénélope. Après été non placée dans la Poule d’Essai et le Prix de Diane, elle s’imposera dans le Prix Gontaut-Biron avant de prendre une 3e place dans La Coupe d’Or (future Coupe de Maisons-Laffitte).
 
Au haras, Bièvres donnera naissance à deux filles de Rieur (l’étalon maison), toutes les deux vendues après un succès à réclamer. Rieur sera également le père de Beaux Arts (mâle né en 1937) qui débutera 3e du Prix Yacowlef suivie d’une même place dans le Prix de Cabourg. A 3 ans, il fait une rentrée victorieuse à Longchamp suivie d’une place de second dans le Prix de Fontainebleau. La France est en pleine débâcle et la casaque disparaît des programmes, remplacée par un nom d’emprunt, Henri Vezzani. Cela n’empêche pas Beaux Arts de gagner à nouveau et de prendre la seconde place derrière Djebel du Prix d’Essai (considéré comme la Poule de l’année, courue en novembre à Auteuil). A 4 ans, sous la coupe de Maurice d’Okhuysen, il s’impose en septembre à Longchamp après avoir été 3e du Prix Jean Prat et quittera ensuite les effectifs Vezzani-Wildenstein.
 
Corviglia, vainqueur du Prix de la Forêt, réquisitionné par l’occupant
 
Le meilleur produit de Confiserie, Corviglia, est né en 1937 issu de l’étalon-maison, Charlemagne. Après un succès au Tremblay devant Maurepas, il se classe second d’une certaine La Futaie à Deauville puis termine à la même place dans le Prix de la Vallée d’Auge. A 3 ans, toujours sous l’entrainement de Roch Filippi, il se classe second du Prix Omnium II avant de s’imposer dans les Prix de la Jonchère, Jean Prat et La Forêt en fin d’année à Auteuil sous les couleurs d’Henri Vezzani. Il effectuera ensuite une carrière d’étalon en Allemagne où l’occupant le débaptise et l’appelle dorénavant Comet.
 
- En l’absence des Wildenstein, Confiserie va donner naissance, deux années consécutives, à deux filles de Rieur, Bonbonnière et Christinia. La première sera vendue en Italie où elle donnera un black-type, Nogaret (Last Post), et la seconde s’imposera en France à 3 ans sous la coupe de René Bertiglia et de François Mathet. Christinia donnera naissance en France en 1952 à Meslay (Last Post). Ce dernier a été élevé par Henri Vezzani qui le vendra à réclamer. Dans la même année, son nouveau propriétaire enlèvera le Prix La Haye-Jousselin. Il possède également trois podiums dans le Prix La Haye-Jousselin deux ans plus tard, le Prix du Président de la République et dans le Prix Montgomery.
 
- Grenade donnera naissance à Grenadier III (1931 Nino), son meilleur produit. Il compte sept victoires en obstacles dont le Grand Prix du Printemps (l’actuelle Grande Course de Haies de Printemps) où il figure également comme second à 4 ans. Outre cette victoire en haies, il s’est classé troisième du Gran Premio di Merano en 1937.
 
- Esperanza II, gagnante du Grand Steeple-Chase d’Enghien donnera naissance à Eginhard (1933 Sardanapale) entre autres, digne fils de sa mère quoique seulement troisième du Grand Steeple-Chase d’Enghien. Il compte six victoires en obstacles et quelques podiums dans la Grande Course de Haies d’Automne et du Grand Steeple-Chase des 3 ans, le tout toujours à Enghien.
 
- Micantara est la mère de Molitor (1935 Charlemagne) qui sera entrainé par Elijah Cunnington. Il lui fait gagner le Prix Kergorlay à 3 ans et se classera second du très prisé Prix Delâtre et troisième du Prix Ridgway. Il ne pourra que figurer dans le Prix Lupin et le Grand Prix de Paris. Micantara avait donné naissance à un propre frère l’année précédente nommé Mandy. Il se classera second du Prix de Fontainebleau, et troisième de La Coupe du Cinquantenaire derrière Corrida et du Prix Miss Gladiator (une Poule de Produits).
 
-Phocea est la mère d’un fils de Charlemagne né en 1934, nommé Pépin le Bref. Son palmarès compte six victoires en obstacles dont celle, à 3 ans, du Steeple-Chase de Début (dead-heat). Il est second du Prix d’Essai en haies à Enghien puis second du Gran Steeple-Chase di Milano et du Prix des Drags.
 
Notes
 
La majeure partie des chevaux sont en pension chez Roch Filippi à Maisons-Laffitte et quelques-uns chez Elijah Cunnington sur le site de Chantilly. L’effectif de la casaque bleue grossit, c’est ainsi que Georges fait signer un contrat de premières montes à l’apprenti André Dupuit remplacé deux ans plus tard par André Rabbe (pour deux ans). Il avait également obtenu les secondes montes pour une année de Marcel Allemand et de Roger Brethès.
 
Last Post (Tourbillon) avait été acheté yearling à l’amiable à son éleveur, Clément Hobson par le propriétaire-entraineur, Guy Pastré. Last Post détiendra le temps record des 1.000 mètres de Longchamp jusqu’en 1950. Placé des Prix de Saint-Georges, de Meautry et du Petit-Couvert, il s’est également imposé en 1938 à Baden-Baden sur 1.200 m. Il avait ensuite été acheté par Henri Vezzani qui possédait ou qui louait en 1941 un haras à Champigny sur Veude (Indre et Loire) où sont stationnés Charlemagne, Rieur et Kant en provenance du Haras de la Rablais.
 
Sa Parade, peut-être la meilleure depuis le début de la passion
 
Echaudé par les achats désastreux à Deauville, Georges réduit très sensiblement la « voilure ». C’est ainsi que l’effectif à l’entrainement n’est, pour ainsi dire » plus composé que de chevaux élevés par lui-même à l’exception d’une pouliche acquise à Deauville, Sa Parade (Grand Parade). Il l’avait acheté 15.000 F. à l’amiable à André Chédeville (Haras du Tellier, à l’époque). Elle débute victorieusement au Tremblay, sous la férule d’Elijah Cunnington puis se classe troisième du Prix des Chênes et seconde du Grand Critérium de Brantôme tout en devançant Mary Tudor (future gagnante de la Poule et du Prix Vermeille et seconde du Prix de Diane). A 3 ans, elle enlève le Prix Pénélope, le Prix de Pomone et La Coupe d’Or. Elle va se classer seconde de Mary Tudor dans la Poule d’Essai et du Prix Fille de l’Air, 3e du Prix Vermeille, de Malleret et Maurice de Gheest. Elle termine tout près dans le Prix de Diane (6e d’Adargatis) et dans le Prix de l’Arc de Triomphe (5e de Brantôme)
 

Toujours lors d’une interview, Daniel raconte dans ses mémoires ce que fut la vie de la famille pendant les années de guerre. En 1941, les W quittent la France via Alger, Tanger, Lisbonne. Après un voyage de 21 jours à bord du Siboney, ils s’installent au Pierre, un célèbre hôtel de Manhattan…..Ils seront de retour pour continuer leur œuvre. 


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L'épopée Wildenstein semble prendre fin. La fin d'un siècle de passion (Episode 1)

L’annonce de la liquidation des effectifs de Wildenstein Stables Ltd (Guy et son fils David) fait l’effet d’une bombe, une bombe qui végétait depuis le décès de Daniel, le père, il y a déjà quinze ans. C’est aussi l’histoire de l’épopée de l’arrière grand-père, un homme sans le sou et sans aucune culture artistique, qui entre par le plus grand des hasards dans le monde de l’art. EPISODE 1. Par Xavier BOUGON.