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Eleveur de Saonois et Storm of Saintly, Olivier Corbière n'est plus

06/10/2016 - Grands destins
 Un homme à part est parti. Eleveur des champions Saonois et Storm of Saintly au Haras de Nonant, à Nonant-le-Pin, grand combattant anti-GDE, Olivier Corbière s'est éteint d'une hémorragie cérébrale au soir du 5 octobre 2016, à l'âge de 66 ans.


Olivier Corbière devant ses chers prairies de l'Orne.

Courageux, Olivier Corbière l'était pour avoir lutter toute sa vie et travailler d'arrache pied malgré son hémophilie qui l'a bien sur beaucoup handicapé et géné dans ses déplacements. Mais cela ne l'a pas empêcher de reprendre le haras familial implanté sur 160 hectares à la sortie du bourg de Nonant-le-Pin, en direction du Pin-au-Haras. C'était un grand haras et une ferme en même temps, avec 60 vaches et 160 moutons. Mais c'est bien sûr avec les chevaux qu'Olivier Corbière et le Haras de Nonant sont devenus célèbres.

Déjà, Nonant est un haut lieu d'histoire grâce au grand-père, Henri Corbière, éleveur très célèbre dès avant-guerre et qui a reconstruit le haras détruit après les combats, au moment où naissait son plus grand champion, Sicambre, née de la jument Sif qui lui avait été restituée après avoir été enlevée par les allemands. Les Corbière hébergeaient alors des juments de la famille Stern, contrainte à l'exil. Dans l'Orne, en pleine région de la fin de la bataille de Normandie (l'Encerclement), les destructions ont été parfois totales. Le chateau familial, qui a avait été pris comme lieu de commanderment par les allemands, a été bombardés par les américains qui l'ont rasé. La famille Corbière a vécu alors pendant un mois dans les champs pour se protéger de la pluie de la mort.

Dans les années 2010, alors qu'Olivier Corbière, arrivé à l'âge de la retraite, pensait à arrêter ou au moins diminuer son activité, il a bénéficié d'une extraordinaire embellie. Ainsi, il sort Saonois, fils de sa jument Saonoise, gagnant du Prix du Jockey-Club 2012 chez Jean-Pierre Gauvin, sous la casaque du boulanger Pascal Treyve.

 


 




Saonois et Storm of Saintly, un double chef d'oeuvre pour Olivier Corbière (photos APRH)



Seulement 2 ans plus tard, Storm Of Saintly, qu'il avait élevé pour le compte de son ami alsacien Jeannot Andt, remporte le Grand Steeple-Chase de Paris ! Et cela pour en citer que les principaux car ces derniers temps on trouvait dans de très nombreux vainqueurs la marque Corbière, alors qu'il n'avait qu'une 12aine de poulinières à la maison ! Mais l'homme a toujours eu une intuition terrible et un nez inimitable. D'ailleurs, outre les chevaux, il était très fin éleveur de labradors.

Paralllement, Olivier Corbière fit partie des premiers et des plus virulents combattants anti-GDE. S'il n'était pas visible en 1e ligne, car il était de nature timide et sa maladie compliquat sa mobilité, il a toujours ouvert ses portes et mis toutes ses structures à disposition du front anti-GDE pour un combat de plus de 10 ans qui a été finalement remporté.

 

 

Et pendant ce temps là, Olivier Corbière travaillait...Il avait eu le temps de venir à Chantilly pour voir gagner Saonois...après être parti dans le sens inverse le matin pour faire saillir une jument à Poliglote au Haras d'Etreham. Un grand homme de cheval est parti, sans souffrir.

Toute la rédaction adresse ses plus sincères condoléances à sa femme Florence et sa dernière fille Marie-Flore qui l'aidait au quotidien, à sa famille, ses proches et ses amis. Qu'ils sachent que le personnage qu'ils pleurent aujourd'hui restera dans les mémoires des courses tant il avait d'admirateurs.

La sépulture aura lieu lundi 10 octobre à l'Eglise de la commune du Merlerault, à 14H00.

 

Après la 1e victoire de Gr.3 de Saonois, au printemps 2012, Xavier Bougon s'était plongé dans l'histoire du Haras de Nonant-le-Pin et de la famille Corbière. Voici un extrait de l'article en question :

 


L'équipe gagnante  de Saonois : Antoine Hamelin et Jean-Pierre Gauvin et un propriétaire, Pascal Treyve, artisan boulanger dans le Forez. Tous vivent un rêve éveillé.
 
 
La souche de Sarepta, exploitée par Jacques Bédel
 
Saônois est donc né chez Olivier Corbière, au haras de Nonant le Pin. Jean-Pierre Gauvin connaît bien l’élevage et la famille du poulain, car il entraînait déjà sa mère, Saônoise (née en 1998 d’Homme de Loi et de Sa Majesté), pour le compte de Jacques Bédel qui l’avait loué à son éleveur.
Honnête jument de petits handicaps, Saônoise a couru jusqu’à l’âge de 8 ans franchissant le poteau en vainqueur à 5 reprises, toutes dans le Centre-Est. Au haras, elle avait déjà donné Sainte Baume (Enrique), qui évolue dans les petits handicaps ou les "réclamer". Le 2 ans, Sarrebourg (Sageburg) est déclaré à l’entraînement chez Jean-Pierre Gauvin. Le yearling est une pouliche de My Risk, nommée Sarrola.
 
La mère de Saônoise (Garde Royale), Sa Majesté, née en 1991, a très peu couru. Elle est décédée en juin 2010 après avoir mis au monde 3 vainqueurs et le dernier-né en 2009, Salve, est une fille de Sin Kiang à l’entraînement à Saint-Cyr les Vignes.
 
Sa Majesté, est une petite-fille de Scalene (Jefferson), gagnante de handicaps Listed et déjà élevée par la famille Corbière, en l’occurrence par Jean, le père d’Olivier. Scalène est également la mère de Sarepta (née en 1981, de Grandchant), qui pour les couleurs Bédel, l’entraînement de Louis Boulard et la monte de Robert Laplanche a remporté, entre autres, le Grand Prix de Vichy (Gr.3), Le Vase d’Argent (L.), le Prix des Fédérations Régionales (L.) à Longchamp. Son frère cadet, Samovar (RB Chesne) s’est aussi imposé à Longchamp dans le Prix des Fédérations Régionales pour le même entourage.
 
 
 
SKIRA SCALENE SAREPTA BAYARECK    
1954 Relic 1973 Jefferson 1981 Grandchant 1992 Alzao    
El : L. Duval-Lemonnier El : Jean Corbière   2e Prix Finot    
Pr : Cte Guillaume d'Ornano          
    SCAMANDRE SA MAJESTE SAONOISE SAONOIS
    1983 Labus 1991 Garde Royale 1998 Homme de Loi 2009
           
    SAMOVAR      
    1986 R B Chesne      
           
    STENOREE SARRE    
    1990 Garde Royale 2000 Freedom Cry    
    3e des Jouvencelles 2e Muguet    
           
      SEGRE    
      2002 Fragrant Mix    
 
 
Nonant le Pin, une affaire de famille
 
Tout d’abord associé à partir de 1974 à son père, Jean (né en 1904), Olivier devient le « patron » du haras de Nonant le Pin au décès de son père en 1988. Olivier n’est autre que le neveu de Pierre (1898-1986) et le petit-fils d’Henri, grand éleveur du début du siècle et l’un des principaux vendeurs de yearlings de l’entre-deux guerres.
Le domaine de Nonant (sur les bords de la Dieuge) ne date pas d’hier : le château fort est construit au XIème siècle puis sera maintes fois détruit et rebâti alors que les douves et la chapelle datent de l’an 1503. Le logis, vétuste, est démoli en 1844 et reconstruit de 1845 à 1848 par le parisien Jacques Valentin (grand-père de Jacques Olry, grand éleveur de trotteurs). En 1868, le château est acquis par Jacques Léonard Lepetit (grand-père d’Henri Corbière) qui y crée le haras.
 
 
 
Henri Corbière, un grand homme du début du 20e siècle, c'est à dire d'un autre temps.
 
Henri, né en 1869 à Londres (décédé en 1955), possède une sacrée carte de visite : Capitaine d’artillerie, Chevalier et Officier de la Légion d’Honneur, Commandeur du Mérite Agricole, Maire de Nonant de mai 1900 à mai 1930, Membre de l’Académie d’Agriculture, Membre de la Commission du Stud-book, membre du Conseil Supérieur des Haras et du Conseil Supérieur de l’Elevage.
Aucun des problèmes agricoles ne lui est étranger. Sorti de Grignon, il prend en 1893 la gestion du domaine familial de plus de 500 hectares auquel il consacre son existence.
Jusqu’en 1905, il se consacre aux trotteurs ; toutefois il avait acheté en 1899 quelques poulinières à Newmarket .
En 1902, Henri Corbière fait son apparition sur le marché des yearlings à Deauville. Il y vendra une partie de sa production jusqu’en 1932, année où il décide de ne vendre qu’à l’amiable.
La guerre de 1940 fut un désastre pour Nonant : la propriété fut réquisitionnée et pillée lors des séjours de l’occupant ; le château, le mobilier, la bibliothèque, les archives furent brûlées. En 1944, une partie est reconstruite y compris les écuries. C’est miracle que, dans ces conditions, l’élevage ait pu seulement subsister, les animaux ayant dû plus ou moins être dispersés et c’est grâce à son long passé de gloire et sa merveilleuse vitalité que l’élevage put continuer.
 
 
 
L'ancien château féodal de Nonant le Pin (il n'en subsite que la Chapelle puisque toutv le reste a été détruit pendant le bombardement)

 

Maurice Caillault, éleveur sans sol
 
Au début du siècle, Henri Corbière prend en pension une partie de l’effectif de poulinières de Maurice Caillault (dont Ortie Blanche, Prix Vermeille 1897). Grand propriétaire de l’époque, il avait débuté une dizaine d’années plus tôt. Puis en 1906, la totalité de l’effectif débarque avec comme sires les fameux chevaux de courses qu’avaient été Perth (Poule d’Essai, Grand Prix de Paris, Prix du Jockey Club, du Cadran, Royal-Oak) etMacdonald II (Prix Royal-Oak, 2e Prix du Jockey-Club, 3e Grand Prix de Paris), que rejoignit bientôtChéri(Grand Prix de Paris, Poule d’Essai 1901) avant d’être exporté en Allemagne en 1912.
Maurice Caillault, fils d’un grand industriel d’Angers, était Lieutenant au 2ème Régiment de Chasseurs à cheval en poste à Pontivy ; c’est là qu’il fait la connaissance du Comte Paul de Pourtalès avec qui il s’associe sur la propriété de quelques chevaux. Il adopte en 1894 les couleurs du Prince de La Moskowa (bouton d’or, manches et toque bleues). Eleveur « sans sol », il acquiert sa première poulinière, Rose of York qui donnera naissance àRoxelane (Grand Critérium, Prix de Diane, Poule d’Essai et mère ensuite de Roi Herode) puis l’année suivante à son propre frère Rodilard (Poule d’Essai). Maurice Caillault était propriétaire de l’écurie ‘Mill Cottage » où Richard Carter Jr entraînait pour lui. Il reprend du service pendant la Grande Guerre et après les hostilités abandonne progressivement le turf et ses poulinières prennent le chemin d’autres élevages, ceux de Jean Prat et d’Atanik Eknayan en particulier.
A la fin de son existence, Maurice Caillault était conseiller technique du baron Edouard de Rothschild. Il décédera en 1930.
 
Notes :
-Perth, qui avait été acheté yearling à la vente annuelle (1897) de Maurice Ephrussi mourut à l’âge de 12 ans suite à une subite affection des reins. Une perte d’autant plus grande que Maurice Caillault ne l’avait pas assuré et que surtout il venait de refuser une offre mirobolante (500.000 F.) de la part du gouvernement hongrois.
-Macdonald II, né au haras d’Ouilly chez le Prince d’Arenberg, avait été acheté yearling. Il passa une dizaine d’années à Nonant et fut le père, pour Maurice Caillault, de Moia (Prix de Diane, Vermeille 1913), l’une des meilleures élèves de l’époque née à Nonant le Pin.
-Chéri, qui malgré Claudia gagnante du Prix Vermeille, ne se distinguera que par ses filles dont descendent entre autres Biribi et Saperlipopette (jument base de l’élevage Stern).
-Roi Hérode fut vendu par Maurice Caillault en Irlande en 1910 et deviendra le père de The Tetrarch, lui-même père, entre autres, de l’exceptionnelle Mumtaz Mahal.
-Les terres de Nonant le Pin sont voisines de celles du Haras de Montaigu et de la Reboursière (Aliette Forien).
 
Le souvenir d’Imprudence
 
Henri Corbière, qui conserva quelques poulinières de Maurice Caillault, devient alors le seul éleveur de Nonant le Pin : une nouvelle ère commence. Aidé de ses deux fils, Pierre et Jean, Henri s’attachera à posséder des poulinières de haute origine, se basant davantage sur la qualité du pedigree que sur la valeur montrée en courses (au contraire de Maurice Caillault). C’est ainsi qu’en faisant ses emplettes à Newmarket, il déniche, en 1935, une fille d’Hurry On âgée de 3 ans, Indiscrétion qui deviendra la mère d’Imprudence. 
Aucun des succès précédents ne pourrait être comparé à sa carrière triomphale avec les couleurs de Mme Pierre Corbière (jaune, un cercle blanc, toque noire).
 
 
 
En 1947, Imprudence remporte à la suite les 1000 Guinées, la Poule d'Essai et les Oaks d'Epsom.
 
 
Née en 1944, c’était une fille de Canot (Nino) et d’Indiscrétion. Sa carrière à 2 ans n’annonçait pas la championne qu’elle fut à 3 ans, malgré sa seconde place dans le Prix de la Salamandre et une 4ème place dans le Prix La Forêt. Que dire de sa campagne 1947 : entraînée par Joseph Lieux à Maisons-Laffitte, elle fait une rentrée victorieuse en avril au Tremblay disposant du pensionnaire de Percy Carter, Pearl Diver (vainqueur ensuite du Derby d’Epsom). Elle enlève ensuite (le 2 mai), de haute lutte, les 1000 Guinées de Newmarket à 20 partantes. A 12 ans d’intervalle, MM Corbière pouvaient revivre le même exploit que celui de l’élève de Nonant,Mésa que « Rae » Johnstone avait également menée à la victoire pour les couleurs Wertheimer.
Imprudence récidive quelques semaines plus tard dans l’équivalent français, la Poule d’Essai battantMontenica (future gagnante du Prix de Diane). Elle ridiculise, ensuite (5 juin), ses adversaires dans les Oaks d’Epsom, laissant sa dauphine, Netherton Maid, à 5 longueurs.
Battue sur le poteau dans le Prix Jacques Le Marois, elle ne figurera plus dans ses deux dernières sorties, le Prix Vermeille et l’Arc de Triomphe. Elle sera vendue ensuite aux USA.
 
Il est quasiment impossible de citer tous les vainqueurs nés au Haras de Nonant le Pin mais citons pêle-mêle, outre les élèves de Maurice Caillault et la championne Imprudence :
Belfonds, Château Bouscaut, Duplex (tous vainqueurs du Prix du Jockey-Club), Black Domino (achetée à Newmarket et mère de Barneveldt, vainqueur du Grand Prix de Paris, entre autres et qui fera les beaux jours du haras en tant qu’étalon), Rodosto (2000 Guinées et Poule d’Essai), Marveldt (achetée à Newmarket et mère de Mackwiller, Poule d’Essai et mère elle-même de Mesa, 1000 Guinées), Slip Along (achetée à Newmarket et mère de Assuerus, 2e Prix de l’Arc de Triomphe), Rebia (Poule d’Essai), Pont l’Eveque (fils de Barneveldt et issu d’une jument Corbière et vainqueur du Derby d’Epsom)…
 
Notes : Mackwiller est aussi la mère de Mammee (sœur de Mesa et élevée également par Pierre Corbière) à l’origine de Vimy, Midget, Mige, Truculent, Ma Biche….
 
En guise de conclusion, notons que le propriétaire forézien qu’était Jacques Bédel était l’un des principaux acheteurs de la production du Haras de Nonant le Pin. Outre la famille de Saônois, Olivier Corbière a fait naître de nombre de vainqueurs et en particulier, les deux frères, Robin des Champs et Robin des Prés.

 

HOMMAGE à OLIVIER CORBIERE, par Loïc MALIVET, président de la Fédération des Eleveurs de Galop

 

Sa famille élevait déjà sur place au 19ème siècle ! … Imprudence,  Château Bouscaut, Duplex et bien d’autres cracks sont nés sur ces terres.

Lorsque le lot Corbière passait aux ventes entre les deux guerres, le silence se faisait et les enchères s’envolaient.

Olivier était la distinction et la discrétion réunies. Toujours affable et souriant avec cette modestie non feinte qui est la marque de ceux qu’on aime côtoyer. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la volonté était de fer et il l’a montrée avec éclat, lors du combat contre GDE.