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La chronique Facebook : Orfèvre, le dernier espoir

28/12/2013 - Grands destins
Il nous était apparu dans le Prix Foy tel un prodige sans éclat, replié sur lui-même comme pour se dissimuler au regard de l'Europe et aux jugements oppressants. Il n'était pour nous qu'une tentative, mais pour eux, il était l'espoir. Crack nippon et fantasque, Orfèvre a désormais quitté la scène. Source : http://www.facebook.com/AndTheyreOff

Orfèvre, le crack nippon, a réussi des adieux triomphaux dans l'Arima Kinen, l'Arc de Triomphe du Japon, mais il n'a pas réussi son défi dans l'Arc français.

 

Orfèvre était donc l'espoir de la nation japonaise. Peut-être un de plus, certainement perçu comme le dernier. Car ils avaient été nombreux depuis l'ultime galopade automnale du siècle dernier, mais d'un nez ils avaient tous échoué, s'écroulant les uns après les autres, ramenant au pays leur couverture de damnés et les pleurs inconsolés.

Mais il semblait si différent. Il n'avait rien du cheval ordinaire, du champion à la génétique avérée, pour qui les victoires de prestige sont une évidence et le couronnement une simple destinée. Certes, Orfèvre était né pour gagner. Mais pour ce cheval à la sensibilité hors du commun, l'attente exacerbée qui s'écrasait en continue sur tout son être était insupportable.

Il était devenu une légende, en quelques foulées seulement. Il avait été impérial, s'adjugeant la triple couronne avec désinvolture, savourant son jeu de jambe dévastateur et maîtrisé opportunément. Mais déjà, il prenait peur. Tandis qu'il s'enfonçait dans la pénombre du tournant de Kyoto, victorieux de la dernière épreuve depuis quelques secondes seulement, les cris de la foule, et la vue des papiers s'envolant par milliers, foudroyèrent ses jambes et son esprit. Il tenta de s'extirper au délire provoqué, fonçant aveuglement dans la barrière, stoppé par une once de lucidité. Son cavalier s'échoua sur la piste, sonné par le prestige, secoué par la chute. Orfèvre réalisa alors son tout premier tour d'honneur, tenu en main, entouré de ses amis, acclamé de tous.

Devenu roi, le poulain alezan découvrit la piste de Nakayama le jour de Noël, s'élançant dans la plus belle compétition du pays, l'Arima Kinen. Protégé d'une foule dévouée, il remporta la course en une remontée assurée, et saisit les cœurs pour l'éternité.

Mais Orfèvre, dans la célébrité, se sentait toujours aussi seul et perturbé.

Pour sa rentrée, alors âgé de quatre ans, il explosa, refusant de s'adapter au doux train opéré. Il imposa son rythme, luttant avec le cheval de tête, s'énervant contre des maux invisibles, devenant incontrôlable. Perdu dans son esprit, il ne se plia pas à l'amorce du tournant, continuant sa route pleine piste, se précipitant dangereusement vers une intersection délimitée. Son jockey, dans l'urgence, lui arracha le commandement. Ralenti, Orfèvre se retrouva dernier, et recouvra ses esprits. Immédiatement il se relança, bondissant à l'assaut des croupes, contournant les corps, s'étirant sur la piste, laissant son souffle s'échouer sur l'épaule de Gustave Cry, gagnant du jour.

La vidéo fit le tour du monde. Orfèvre devint fou, Kenichi Ikezoe, cavalier incompétent.

Mais le talent était là, les exploits réalisés, les espoirs justifiés.

Reposé de son envolée dans le Takarazuka Kinen, Orfèvre se lança à l'assaut du vieux continent, et de sa course mythique, le Prix de l'Arc de Triomphe. Auréolé d'un Prix Foy peu admirable, il s'élançait parmi les meilleurs en ce premier dimanche d'octobre 2012, entouré par un monde inconnu, et par une concurrence qu'il ne maitrisait pas.

Perdu, il succomba à ses démons. Alors qu'il écrasait de ses longues et puissantes foulées le peloton qui se décrochait irrémédiablement de sa croupe, il traversa la piste dans un mouvement irrépressible et vint se coller à la lice, semblant offrir à sa patrie ce sacre tant désiré. Mais seul devant, le poulain mesura l'importance du moment, et paniqua. Ses foulées se firent moins élancées, moins assurées, tétanisées par les cris de la foule qui tels un cauchemar résonnaient dans sa tête. Orfèvre perdait pied, sentant le poteau à porté de naseaux. Il ne vit pas le danger revenir de son sillage, il ne perçut pas le souffle de Solémia sur sa croupe, et lorsqu'il l’aperçut enfin, elle se frottait contre lui pour lui ravir la victoire. Accablé par la détresse, il se retint à la barrière, ne tenant plus sur ses jambes tant la douleur de l'échec personnel était important. Car Orfèvre avait plus que tout redouté cette victoire héroïque, paralysé par l'exploit et le statut divin engendré. Il ne craignait pas la concurrence, il tremblait devant l'attente de tout un peuple, si peu confiant en ses propres dons, si peu confiant en lui-même.

Pour Orfèvre, ces secondes furent cruellement éternelles, mais il lui semblait les mériter. Il n'était pas à la hauteur, il avait eu trop peur.

Cette année, le puissant cheval nous revint transformé. Il n'avait que très peu goûté à la compétition, mais déjà il était de retour en France pour un doublé dans le Prix Foy. Et il s'y montra magistral, auteur d'une accélération incroyable, mémorable pour tout esprit averti.

Il lui avait fallu un an pour parvenir enfin à s'assumer. Adulte, et conscient de son aura, il prit part pour la dernière fois à la plus grande course du monde, portant les ultimes espoirs de son peuple, apportant enfin ses propres attentes.

Malheureusement pour lui, le poteau fut de nouveau inaccessible à son long chanfrein blanc. Il combattit comme un seigneur contre le véloce Intello, laissant son successeur Kizuna explorer à quelques distances les courbes de son musculeux postérieur. Mais ils avaient devant eux l'indescriptible Trêve, dont le talent ne semble pas connaître d'égal dans le monde. Serein, il s'adjuge une seconde place méritée, et se retire du continent.

La nuit était tombée sur la ville de Funabashi, mais la clameur engendrée l'après-midi même par Orfèvre dans l'Arima Kinen semblait toujours aussi palpable. Ils avaient été cent-vingt mille à se déplacer pour son ultime tour de piste, l'admirant pour la toute dernière fois. Le cheval, au cœur friable mais au talent infini, se retirait de la compétition. Il avait soulevé les cœurs durant deux belles années, et accomplissait sa légende en s'envolant dès le dernier tournant, explosant la haute concurrence japonaise de presque dix longueurs. Jamais il n'avait été aussi puissant, aussi dévastateur.

La moitié du public présent ce jour-là était encore dans les tribunes lorsque Orfèvre revint sur la piste dans la noirceur de la nuit. Une demie-heure durant, le cheval et son jockey marchèrent devant les tribunes, sous les yeux émerveillés et les cœurs transportés de ce qui n'était pourtant qu'une poignée de ses admirateurs. Seul éclairé sur la piste, il se présentait inlassablement à ses compatriotes, sous les applaudissements et les hommages répétés. Fidèle à lui-même, il s'énerva quelques fois, cabrant pour montrer son impatience, puis refusant de poser devant un mur de photographes. Mais là, seul sur la piste, Orfèvre était une évidence. Pour son public, mais aussi pour le monde entier.

Sa carrure, ses traits particuliers, son caractère perturbé mais pourtant si attachant, Orfèvre n'était pas un cheval français, mais il nous manquera tout autant. Bon vent, champion.

Source : http://www.facebook.com/AndTheyreOff