Australie-France : deux trajectoires économiques opposées

15/01/2026 - Actualités
Le contraste n’a jamais été aussi saisissant. Alors que l’hippisme français traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire récente, l’Australie continue, elle, d’afficher une solidité économique enviable, portée par des volumes de paris élevés et une capacité intacte à attirer capitaux, parieurs et investisseurs. Par Baptiste Bourgeais.

 Australie et France : deux situations bien différentes


Sur la dernière décennie, le constat est implacable. En Australie, le volume des paris hippiques – qui est à la base de tout – a connu une croissance spectaculaire, passant d’environ 15 milliards de dollars australiens à près de 30 ces dernières années. Dans le même temps, les paris sportifs ont connu une progression fulgurante, sans pour autant assécher l’hippisme, qui reste un pilier central du pari australien. En France, la trajectoire est inverse. Les enjeux hippiques plafonnent désormais autour de 6 à 7 milliards d’euros annuels, avec une érosion continue sur la dernière décennie. Pour rappel, l’Australie compte deux fois et demie moins d’habitants que la France, et pourtant son volume de paris est deux fois et demie supérieur. Le PMU, pilier quasi exclusif du financement des courses, subit quant à lui de plein fouet la concurrence des paris sportifs, l’érosion de la fréquentation des points de vente et un modèle fiscal lourd qui limite mécaniquement l’attractivité des cotes et des produits proposés.
 
 
 
 
Là où, en Australie, l’approche plus libérale fait que les bookmakers sont dans une concurrence saine, les poussant ainsi à redoubler d’ingéniosité et d’agressivité commerciale pour attirer sans cesse de nouveaux clients, chez nous, la situation monopolistique du PMU a fait que les dirigeants successifs se sont trop longtemps reposés sur leurs lauriers, n’appliquant pas les mesures nécessaires pour redresser la barre. La logique est longtemps demeurée défensive : préserver l’existant, répartir la pénurie, plutôt que stimuler la croissance et l’attractivité.
 
Le PMU n’a jamais réellement réussi son virage numérique ni son repositionnement d’image. Malgré des investissements tardifs, la marque reste associée, dans l’imaginaire collectif, à un univers vieillissant, peu en phase avec les codes contemporains. Les tentatives de modernisation ont manqué de cohérence, de continuité et surtout d’audace. Pendant que les opérateurs de paris sportifs parlaient le langage des jeunes générations, le pari hippique français est resté enfermé dans ses codes historiques. Résultat : une image ringarde, une faible attractivité auprès des nouveaux parieurs et une incapacité chronique à renouveler la base de clientèle. Là encore, l’exemple australien montre que la bataille se gagne d’abord sur le terrain culturel et médiatique. Sans reconquête de l’image, il ne peut y avoir de reconquête économique.
 
 
       Le PMU a raté le virage du numérique
 
 
En Australie, les courses ont su se rendre désirables. Les grandes autorités de tutelle et les opérateurs ont investi massivement dans le marketing, les réseaux sociaux, les contenus digitaux et l’événementiel, avec un objectif clair : attirer une nouvelle génération. Les hippodromes y sont pensés comme des lieux de sortie, de fête et d’expérience, où la musique, la mode, la gastronomie et les influenceurs côtoient naturellement le sport. Le pari n’est jamais présenté comme une fin en soi, mais comme le prolongement logique d’un moment « cool » et social. Cette stratégie fonctionne : les jeunes publics viennent aux courses, s’y familiarisent, puis parient, souvent via le mobile, avec des produits simples, lisibles et attractifs.
 
 
     Les australiens savent attirer un public jeune et nombreux
 
 
Dans l’Hexagone, on observe du mieux sur ce plan ces dernières années. France Galop, via sa politique de communication, a réussi à faire augmenter la fréquentation de ses hippodromes sensiblement. Le Trot fait venir Gims, l’un des artistes français les plus bankables, le jour du Prix d’Amérique. Ce sont des signaux positifs, mais dont les effets se feront malheureusement sentir sur le long terme. 
 
L’urgence en France est réelle, comme chacun a pu le constater. Le temps des diagnostics est largement passé. Le nouveau directeur général du PMU, Cyrille Giraudat, et ses équipes arrivent à un moment charnière : soit ils parviennent à enclencher une dynamique de rupture, soit le modèle continuera de s’éroder lentement mais sûrement. Si rien n’est fait, la filière courses française pourrait connaître le même destin que ses équivalents italiens, belges ou allemands. L’exemple australien prouve qu’un autre chemin est possible. Encore faut-il avoir le courage politique et stratégique de l’emprunter.

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