L'histoire de DNA : Pretty Polly et le major fantasque

15/09/2020 - Grand Destin
 Quand son propriétaire éleveur, le fantasque Major Eustace Loder, était à l'agonie, son personnel a amené sa championne Pretty Polly dans sa maison de la plaine du Curragh, jusqu'à sa chambre, pour qu'il puisse lui dire adieu. Thierry Grandsir (DNA Pedigrée) nous conte le fameux destin de la crack irlandaise.


 
PRETTY POLLY (1901-1931), par Gallinule et Admiration (Saraband)
 
 
Officier au XIIème régiment de lancier, le Major Eustace Loderest était un jeune homme audacieux. Sa casaque ayant connu quelques succès dans sa native Irlande en obstacles puis dans un Stakes à Ascot, il décide de fonder son élevage et achète 120 acres de terre (soit environ 55 hectares) dans la plaine du Curragh. Un site dont personne ne voulait, qui devient Eyrefield Lodge Stud. Pour remplir ses paddocks, le Major Eustace Loder se lance dans l’acquisition de pouliches et de juments à bas prix.
 
 
 
 

Le Major Eustace Loder
 
 
Il ne concèdera ainsi que 450 Guinées pour acheter Astrology, une fille de Hermit qui lui donnera Star Shoot (Isinglass), bon vainqueur à 2 ans avant de devenir un grand Chef de Race aux USA (cinq fois tête de liste des pères de gagnants !). De même, il ne dépensera que £500 pour acquérir Concussion, qui engendrera Dabchick (Irish Oaks en 1897), Hammerkop (Yorkshire Oaks en 1903 et mère du gagnant de Derby Spion Kop), Llangibby (Eclipse St. en 1906 et étalon classique) et l’invaincue Sirenia.
 
 
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Eyerfield Lodge Stud en 19105 avec au 1e plan, une propre soeur de Pretty Polly, portrait craché de son père Gallinule.
 
 
 
Il déboursera enfin 510 Guinées pour la yearling Admiration (Saraband), une alezane aux quartiers affaissés et aux jarrets coudés qui eut l’heur de lui plaire malgré un pedigree très faible sous sa mère Gaze : non placée, vendue 15 Gns, reconvertie en jument de promenade ! Admiration lui offrira deux succès en modeste compagnie en Irlande, une place dans un steeple-chase militaire, et … Pretty Polly.
 
 

Pretty Polly
 
 
Qu’importe ses performances, le Major Loder croit en elle et l’envoie à la saillie de Gallinule, excellent à 2 ans (trois victoires) avant d’être victime de saignements et de cornage, ce qui ne l’empêchera nullement de devenir l’un des plus grands Chefs de Race de tous les temps en Irlande.
 
 
 
GALLINULE, le père de PRETTY POLLY, souffrait de saignements et de cornage
 
   
De cette union bancale naquit donc, en mars 1901, une pouliche alezane qui fut baptisée Pretty Polly. De taille correcte mais assez commune, elle reçut la visite de son futur entraîneur Peter Gilpin, récemment installé à Newmarket, qui déclara plus tard: « La première fois que je l’ai vue, dans son paddock, elle me parut beaucoup trop puissante. Si quelqu’un m’avait dit qu’elle deviendrait une Championne, j’aurais éclaté de rire ! »…
 
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Admiration, la mère de Prettu Polly, effectivement affligée par un physique épouvantable.
 
 
De bon tempérament mais assez électrique (elle rentra miraculeusement saine et sauve de trois échappées solitaires à l’entraînement), Pretty Polly débuta fin juin de ses 2 ans pour aligner neuf succès en autant de sorties cette année-là, dont les Cheveley Park St. et les Middle Park St. (aujourd’hui Gr.1). Elle devança même par deux fois et dans un canter le mâle St Amant, qui remportera les 2000 Guinées et le Derby l’année suivante pendant qu’elle s’imposait dans les 1000 Guineas St. (Gr.1, en temps record), dans les Oaks St. (Gr.1,au canter) et dans le St Leger (Gr.1, également en temps record), soit la triple couronne des pouliches !
 
Par sa classe pure, Pretty Polly aura supplanté son aînée de deux ans Sceptre dans le cœur du public Britannique, fort sensible au cérémonial qu’elle imposait à chacune de ses victoires dont le sucre qu’elle réclamait à l’épouse de son entraîneur à son retour aux balances, et que le roi Edward VII lui-même eut une fois le privilège de lui offrir.
 
 
 
 
PRETTY POLLY, Reine de Course et Jument-Base de la Famille 14-c
 
 
Et que dire dela présence de Little Missus, un cob dont elle s’était prise d’affection, qui ravissait le public lorsqu’il cantérait avec elle jusqu’au départ. Après la course, Pretty Polly se mettait à hennir jusqu’à ce qu’elle retrouve Little Missus, qu’elle l’embrasse, et qu’elle rentre avec lui aux balances. Le cob, tombé malade un jour de Gold Cup, justifia par son absence l’une des deux seules défaites de Pretty Pollyen 24 sorties...
 
 
 
 
Devenue nerveuse et irritable au haras, Pretty Polly demeura vide deux saisons avant d’avorter de jumeaux la troisième. Elle s’apaisa très vite en délivrant dix foals en onze ans : six mâles, tous médiocres en courses, et quatre femelles qui, à l’image de la lauréate des Cheveley Park St. (Gr.1) Molly Desmond, ont toutes tracé au haras. Si sur un pedigree vous voyez la mention« Famille 14-c », c’est que le cheval en questiondescend en droite ligne de Pretty Polly comme les gagnants de Derby St Paddy, Psidium, Workforce et Wings of Eagles, ou encore Brigadier Gérard, Donatello II, Cape Cross, Great Nephew, Luthier, Nearctic, Sigy
 
 
Pretty-Polly-by-George-Paice
 
 
 
Le Major Eustace Loder, condamné par une longue et incurable maladie à 47 ans, demanda à voir une dernière fois sa chère Pretty Polly. On conduisit la jument  dans la maison jusque dans sa chambre, pour un dernier regard !
 
Pretty Polly coula pour sa part une retraite heureuse à Eyrefield Lodge Stud jusqu’à l’âge vénérable de trente ans. Elle repose aux côtés de Spearmint et de Spion Kop et son nom, honoré par une course de Gr.1 en Irlande et une Listed à Newmarket, restera à tout jamais gravé dans nos cœurs, et dans les pedigrees !

 


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