L'histoire de DNA Pedigree : Zev, le roturier qui a rejoué la Guerre d'Indépendance

03/04/2021 - Grand Destin
 Pour la 1e fois, en 1926, dans la cadre d'un duel organisé dont l'Amérique a la secret, le gagnant du Kentucky Derby battait le vainqueur du Derby d'Epsom, qui avait traversé l'Atlantique pour cette fantastique occasion. Thierry Grandsir (DNA Pedigrée), vous conte cette aventure où le roturier des Etats-Unis a rejoué la Guerre d'Indépendance en version hippique face au prince d'Angleterre.

  

 
 
ZEV (1920-1943), par The Finn et Miss Kearney (Planudes)

 
 
Homme de cheval réputé en son temps aux USA, John E. Madden eut la joie d’enregistrer la naissance d’un foal bai brun au printemps 1920, fruit de l’union entre l’étalon noir The Finn, performer utile et solide (Champion à 2 ans et à 3 ans, titulaire de 19 victoires en 50 sorties dont les Belmont Stakes), et la très inbred Miss Kearney, une fille du modeste mais très bien né Planudes. Un croisement volontairement outcross, et pour cause : les trois premières mères du foal avaient toutes pour géniteur un fils du Chef de Race St Simon !!!
 
Athlétique et de bonne taille, non dénué d’influx (d’où le port des œillères), le poulain, nommé Zev par son nouveau propriétaire Rancocas Stable (Harry F. Sinclair), réalisa un début de carrière remarquable à 2 ans : 5 victoires et 4 places de 2e en 12 sorties publiques, des actifs suffisants pour mériter le titre de Champion 2yo Colt.
 
De belles promesses, tenues haut la main la saison suivante : malheureux dans les Preakness St. (Gr.1), qui fut la première épreuve de la triple couronne en 1923, Zev se racheta en dominant ses rivaux dans le Kentucky Derby (Gr.1) et dans les Belmont Stakes (Gr.1). Cheval correct au pedigree médiocre, assez talentueux pour devenir vainqueur classique sans être un crack pour autant, Zev vit son destin basculer en fin de saison.
 
 

Zev après sa victoire dans le Kentucky Derby 1923.
 
 
Au premier quart du 20e siècle, les tensions entre les gardiens du Stud Book anglais et leurs homologues américains ne cessaient de croître, les premiers prétendant qu’un coursier Nord-américain ne pouvait être comparé à un authentique Pur-Sang, natif de la perfide Albion. Un match opposant le meilleur 3 ans de chacune des deux nations fut donc organisé, le 20 octobre 1923 sur les 2400 m de Belmont Park à Long Island (état de New York).
 
Les Etats-Unis cherchent leur Champion, et Zev est finalement retenu pour défendre les couleurs US. Du côté Britannique aucune hésitation, Papyrus est de loin le meilleur 3 ans. Il a remporté le Derby (Gr.1) à Epsom devant les excellents Pharos et Parth et n’a rien perdu de sa forme. Récent deuxième de la Championne Tranquil mais devançant Teresina dans le St Leger (Gr.1), il partira en position de favori.
 
Papyrus traverse l’Atlantique, et tout est mis en œuvre pour assurer sa sécurité et son confort. Le souci du bien-être animal n’est pas une nouveauté dans le monde des courses : sur le bateau, les parois du box spécialement aménagé pour Papyrus sont capitonées à l’aide de matelas pneumatiques !!!
 
Le jour J est arrivé, et près de 70.000 personnes ont envahi les gradins de Belmont Park. Pour attiser l’évènement, les deux protagonistes sont mesurés et pesés tels deux boxeurs avant un Championnat du Monde poids lourds. La toise ne peut départager Zev et Papyrus, la bascule offre quelques kilogrammes de plus à Zev dont le front est plus large que celui de Papyrus, mais celui-ci présente un passage de sangle plus profond.
 
 
 
ZEV, le vainqueur du Kentucky Derby, devance de 5 longueurs le gagnant de Derby d'Epsom PAPYRUS à Belmont Park…
 
 
 
 
Zev, assez tendu et muni d’œillères comme à son habitude, suit Papyrus au défilé. Le départ est donné, Papyrus s’élance en tête mais Zev le dépasse et prend tête et corde. Il n’amuse pas le terrain et attaque dès la ligne d’en face. Papyrus ne peut refaire son retard sur Zev dans la ligne droite, et doit s’incliner cinq longueurs en retrait. Pour la première fois de l’Histoire, un cheval américain a battu un gagnant de Derby d'Epsom en Angleterre ! 
 
 
Zev conclura sa saison de 3 ans avec le titre de Horse of the Year et de Co-Champion 3yo Colt, avant des prolongations à 4 ans qui lui permirent d’amasser un total de $313,639 de gains, nouveau record effaçant des tablettes celui qu’avait établi un certain … Man O’War !
 
Héros de tout un peuple, Zev entra au haras avec les honneurs mais il fut vite rattrapé par sa génétique : avec seulement deux modestes gagnants de Stakes à son actif (à savoir Zevson et Zida), la production de Zev ne lui permettra pas de tracer utilement. Son rival déchu se montra par contre beaucoup plus influent en devenant un père de mères de premier plan : c’est en effet la position qu’occupe Papyrus dans le pedigree de nombreux gagnants de Gr.1 et de plusieurs Chefs de Race, dont l’exceptionnel Princequillo !
 
 
 
 
Zev demeurera tout de même le cheval de cœur de l’Amérique, qui ne l’oubliera pas en inscrivant son nom au National Museum of Racing Hall of Fame, le livre d’or des Champions US. Par contre, le peuple américain s’efforcera très vite d’oublier son propriétaire Harry F. Sinclair, un des personnages centraux du Teapot Domescandal, une affaire de corruption sur fond de revenus pétroliers qui secoua aussi fort la présidence de W.G. Hardingque le fit le Watergate pour l’administration Nixon un demi-siècle plus tard…
 
Aurions-nous par hasard omis de vous signaler pourquoi Harry F. Sinclair avait baptisé son chevald u nom de Zev ? Réparons très vite cet oubli : Zev était tout simplement le diminutif du colonel James Williams Zeverly, l’avocat du … futur prisonnier Harry F. Sinclair !
 
 
 

Voir aussi...

Grand Destin

Histoire de DNA : Ballymoss et l'architecte de la Maison Blanche

Dans la foulée de cette incroyable investiture du nouveau Président américain, le vénérable Joe "Robinette" Biden, et quelques jours après l'invasion du Capitole provoquée par Donald Trump, Thierry Grandsir fut interloqué par la révélation de Xavier Bougon. Celui-ci indiquait que le rénovateur de la Maison Blanche qui a finalement changé de locataire, mais aussi l'architecte du Pentagone, ne fut autre que le propriétaire du champion irlandais Ballymoss, lauréat de l'Arc de Triomphe !