Albert Ketterer, cavalier de 68 ans, le plus vieil esclave d'Alsace

05/05/2021 - Actualités
En selle tous les jours pour préparer ses propres pensionnaires, le permis d'entrainer Albert Ketterer est une grande figure des courses en Alsace, typique de l'amateurisme dans une région finalement méconnue de l'hippisme français. A 68 ans, ce précurseur de l'Agriculture bio revendique son statut d'esclave des chevaux !

 

 " Parfois on me demande combien j'ai de chevaux. Mais ce sont plutôt les chevaux qui m'ont. En fait je suis leur esclave mais c'est moi qui le veux bien ! " Agé de 68 ans, Albert Ketterer continue de monter à cheval pour entrainer ses propres pensionnaires tous les matins, seul sur sa petite piste de 800 m, dans la forêt ou sur le centre d'entrainement de l'hippodrome de Strastbourg où il se rend une fois par semaine. " Quand je vais à Hoertd, je me rends compte que je suis, et de loin, le plus vieux cavalier d'Alsace."

 

 


Albert Ketterer avec son unique pensionnaire Maurren

 

Natif de Hatten, une bourgade qu'il n'a jamais quittée au nord de l'Alsace, en bordure de la forêt d'Hagueneau, il traverse tous les jours dans les 2 sens cette petite ville entièrement rasée pendant la guerre lors d'un combat de blindés en 1945, conduit par les chars allemands tentant de reconquérir Strasbourg. C'est pourquoi Hatten est très typique de l'Alsace, avec ses maisons reconstruites dans les mêmes tailles toujours très imposantes, mais sans colombage. Albert Ketterer habite seul dans une bâtisse immense avec un très grand corps de ferme en plein milieu du bourg comme cela est habituel dans les zones rurales de l'Est de la France. A une sortie de la commune, après avoir traversé un quartier résidentiel cossu et parfaitement propre (à l'Alsacienne), il atteint sa petite piste privée, un privilège pour un permis d'entrainer. De l'autre côté du bourg, s'étendent au pied d'une fortification de la ligne Maginot ses 10 hectares de prairies où il élève lui-même ses futurs pensionnaires.

 


Albert Ketterer amène tous les matins ses chevaux au pré, 2 par 2, en traversant la bourgade à pied pour quitter la ferme et rejoindre les prairies. 

 

Albert Ketterer est donc un amateur pur et dur, issu de la grande tradition des SHR (Sociétés Hippiques Rurales) qui ont créé tant de vocations en Alsace, via les courses rurales, nombreuses à l'époque, où notre permis d'entrainer a découvert sa passion. " Les courses, c'est comme le Coronavirus ! " plaisante un homme qui en a pourtant été malade et qui a perdu sa mère de la même maladie l'an dernier. " La 1ère fois que vous gagnez une course, vous attrapez un virus qui ne vous quittera jamais plus." Si leur nombre a beaucoup diminué aujourd'hui, l'Alsace fut une niche pour les permis d'entrainer dans les rangs desquels Albert Ketterer fait figure de dernier des mohicans.

 

 

Lui qui vient d'arrêter sa profession d'agriculteur, Albert Ketterer a toujours été considéré comme un ovni dans son village. Vieux gars ( " je ne suis pas encore marié"), réfractaire au téléphone portable (" mon numéro est 00 00 00 00 00 "), il fut dès sa jeunesse sensible à la préservation de la nature et fut un précurseur dans l'agriculture bio, en un temps où ses collègues ne juraient que par le dieu pesticide et coupaient tous les arbres possibles pendant qu'un "hurluberlu avec ses chevaux" en plantaient inlassablement.

 

 

Mais attention, si ce vieux paysan à la retraite et l'accent au couteau peut faire sourire a priori, il a l'oeil vif, une souplesse qu'on n'aura plus à son âge et le sens de la formule aiguisée. Mais surtout, c'est un préparateur redoutable qui a toujours eu des bons chevaux et gagné beaucoup de courses avec son faible effectif, limité aujourd'hui à une seule pensionnaire : Maureen. Parmi ses meilleurs sujets, tous élevés maison, il a eu notamment Maienfeld, qui coule aujourd'hui à 16 ans une paisible retraite après avoir remporté 3 courses et pris 44 places en 64 sorties. Robuste, Maienfeld a couru pendant 10 saisons consécutives mais a dû attendre ses 11 ans pour enfin franchir le poteau en tête, en haies à Strasbourg sous la selle de Déborah Barnier. Meilleurs étaient Maxiboy (8 victoires de 3 à 10 ans pour 130.000 €) ou encore le gris Malcothelie (Dom Alco), gagnant de 4 courses.

 

 

Aujourd'hui, il espère que son unique pensionnaire Maureen va bientôt gagner sa 1ère course. Il y a tout le temps, car la fille de Sumitas est âgé de 6 ans et n'a couru que 7 fois pour 3 places de 4e et 5e. Elle a fait une bonne rentrée (6e) le 18 avril à Strasbourg et tous les espoirs sont donc permis.

Ami de Daniel Lassaussaye, il a toujours envoyé ses juments à la saillie aux étalons du Haras de Lignières dans l'Orne comme Michel Georges, Beyssac, Antarctique). Fidèle, il fait aujourd'hui confiance à son fils Guillaume et son étalon Choeur du Nord. Ce dernier est déjà le père de ses 2 soeurs de Maurren, nommée Maphira (2017) et Marisole (2020), et il va à nouveau saillir la poulinière Marashaan en 2021. " Car il faut préparer l'avenir ! "

 


Marashaan, la dernière poulinière d'Albert Ketterer, va à la saillie de Choeur du Nord.



La 1e victoire de Maienfeld à 11 ans

 


La grande photo de famille après les adieux de Maienfeld à la compétition.


Malcothelie monté par Tony Dal Balcon en avril 2006 à Strasbourg.


Le champion maison Maxiboy, vainqueur ici en plat à Vittel sous la selle d'Emmanuel Cardon.


Albert Ketterer avec son voisin et ami Jean-Paul Lupfer, également éleveur de chevaux à Hatten.


 

 


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