Oisin Murphy : " L'Arc, c'est la course que je rêve de gagner !"

10/08/2021 - Actualités
A 25 ans, Oisin Murphy réalise une saison dantesque en Angleterre, où il est en passe d'être couronné "Champion Jockey" pour la 3e année consécutive. Star des pelotons et des réseaux sociaux, cet Irlandais de naissance connait une ascension fulgurante, et sera même en selle dans l'Arc 2021 sur la japonaise Chrono Genesis. Découvrez l'interview d'un des meilleurs pilotes actuels, qui se livre en toute simplicité. 

Rencontre avec Oisin Murphy, la nouvelle star des jockeys en Angleterre ! (APRH)

 

A 25 ans, Oisin Murphy a déjà gagné Gr.1 dans 7 pays différents, et compte deux titres de "Champion Jockey" en Angleterre. Au delà de ses titres et de son talent à cheval, l'irlandais adopté par ses voisins anglais est devenu la nouvelle idole de la jeune génération britannique, car en plus d'être bon, Oisin Murphy est un formidable ambassadeur des courses. Gopro sur le casque dans les Gr.1, commentateur exceptionnel lorsqu'il n'est pas lui-même à cheval, rien n'échappe à ce sympathique jockey au visage juvénile : " Il faut jongler entre les courses, le travail le matin, et tout le reste explique Oisin. J'ai la chance d'avoir un chauffeur quand je vais aux courses, donc j'ai le temps de répondre aux messages et de m'occuper de la partie communication. J'ai aussi la chance d'avoir un manager, Jimmy Derham, qui s'occupe de beaucoup de choses pour moi également. Ma carrière est fondée sur un travail d'équipe, et ce serait très dur sans elle. Heureusement, cela me permet de me concentrer sur mon métier : monter des gagnants."

 

Oisin Murphy remportait les Sussex Stakes il y a une semaine avec Alcohol Free (©PA)

 

On comprend là toute la dimension des courses dans un pays comme l'Angleterre, où les jockeys ne sont pas seulement cavaliers, mais aussi ambassadeurs et communicants. Malgré son jeune âge, Oisin Murphy est aujourd'hui l'un des visages les plus représentatifs des courses hippiques, et ce surtout grâce à ses résultats en piste. Il est bien parti pour remporter en 2021 son 3e titre consécutif de "Champion Jockey", la cravache d'or anglaise. Avec 93 victoires à ce jour et un ratio de 23% à la gagne, Oisin fait tout pour aller au bout : " Ce 3e titre est évidemment un objectif, et ce n'est pas facile, il y a beaucoup de bons jockeys, qui ont eux aussi d'excellents chevaux à monter. On travaille très dur pour cela. Pat Eddery, Lester Piggott, ou encore Richard Hughes sont des jockeys qui ont gagné plusieurs titres à la suite, et c'est un honneur de pouvoir inscrire mon nom à leurs côtés."

 

Oisin Murphy aux côtés de Andrew Balding, son ancien maître d'apprentissage pour qui il monte régulièrement (©Getty)

 

La saison d'Oisin Murphy est d'autant plus belle qu'il est associé à la championne Alcohol Free, gagnante des Coronation Stakes (Gr.1) à Royal Ascot, puis des Sussex Stakes à Goodwood la semaine dernière : " Je pense que c'est la meilleure femelle de 3 ans en Europe, surtout quand les pistes s'assouplissent. J'ai de la chance de monter une pouliche comme elle, et cela me fait d'autant plus plaisir pour Andrew Balding son entraîneur, qui a été mon maître d'apprentissage à mon arrivée en Angleterre. Je monte toujours beaucoup pour lui, et j'y vais toutes les semaines pour travailler les chevaux. C'est aussi un avantage quand je les retrouve l'après-midi sur l'hippodrome. Andrew Balding a vraiment pris une autre dimension ces dernières années, et la qualité de son effectif a considérablement augmenté."

 

Oisin Murphy a aussi fait l'école des courses de poneys ! Il est ici avec sa mère et son grand-père (©J.Reidy)

 

Malgré cet apprentissage en Angleterre, Oisin Murphy est un irlandais pure souche, né à Killarney, un endroit célèbre pour l'un des champs de courses les plus pittoresques du pays. Et comme de nombreux jockeys, tout a commencé avec les courses de poneys (!) : " C'est une belle école se souvient Oisin. C'est un circuit bien connu en Irlande, d'où sont sortis des jockeys comme Colin Keane et Paul Townend. Il y a bien sûr des courses avec des vrais poneys, mais on a aussi des épreuves avec des pur-sang qui évoluaient à un petit niveau en piste et qui sont réformés pour faire des courses de pays. Ca m'a donné envie d'être jockey ! ". La famille Murphy déménage alors pour être plus près de Jim Culloty, l'oncle de Oisin, qui fut lui-même jockey en obstacle, avant d'entraîner des gagnants de Cheltenham Gold Cup et de Grand National: " C'est mon oncle qui m'a tout appris à cheval. Il m'a encouragé à essayer d'être jockey de plat, car il avait eu beaucoup de blessures quand il montait en obstacle. En plus j'étais assez petit donc le gabarit correspondait à la discipline. C'est aussi Jim qui m'a envoyé chez Andrew Balding à 17 ans, car il le connaissait d'avant. Ce n'était pas ma décision à l'époque, et c'était très dur de quitter l'Irlande... J'avais le mal du pays ! Je n'arrêtais pas d'appeler ma famille pour leur dire que je voulais rentrer à la maison ! (rires). Ils m'ont toujours dit non, et ont eu bien raison !"

 

Oisin Murphy et Aclaim dans le prix de la Forêt 2017 (APRH)

 

Oisin Murphy fait son trou immédiatement dans les pelotons, et est couronné meilleur apprenti en 2014, année où il remporte son 1er groupe avec Hot Streak pour la casaque de Qatar Racing. Il est aujourd'hui le premier jockey du Cheikh Fahad Al Thani. Mais tout change en 2017 lorsque Oisin Murphy gagne son 1er Gr.1... en France ! C'était avec Aclaim dans le Prix de la Forêt : " Evidemment, on rêve tous de gagner des Gr.1, donc je n'oublierai jamais mon premier avec Aclaim. Je me souviens que j'étais assez "relax" ce jour là, et confiant, car je montais le favori. C'était à Chantilly puisque Longchamp était encore en travaux, et il y avait beaucoup d'anglais et d'irlandais pour l'Arc, donc je ne me sentais pas dépaysé ! C'était une atmosphère incroyable, et je pense que cela a marqué un tournant dans ma carrière..". 

 

Oisin Murphy avec son champion Roaring Lion et Cheikh Fahad Al Thani, pour qui il est premier jockey 

 

L'année suivante, la carrière d'Oisin Murphy prend un tout autre tournant lorsqu'il tombe sur son premier champion : Roaring Lion. Le crack gris de Qatar Racing s'offre les Eclipse Stakes, les International Stakes, les Irish Champion Stakes et les QEII Stakes au coeur d'une campagne formidable : " Roaring Lion est sans doute le meilleur cheval que j'ai jamais monté. C'était un vrai gentleman, très calme, avec un changement de vitesse impressionnant. Il était très beau et en plus intelligent à mon sens. C'est un privilège d'avoir pu être associé à un cheval comme lui. C'est peut-être le cheval de ma vie ! ". Et l'année suivante, Oisin tombe encore sur un champion pour Cheikh Fahad, Kameko, qui lui permet de gagner son premier classique dans les 2.000 Guinées : "C'est encore un sentiment différent avec Kameko. Je le voyais toutes les semaines chez Andrew Balding durant son année de 2 ans et son année de 3 ans. Il n'arrêtait pas de progresser au fil des courses. Tout s'est bien passé à Newmarket et il a gagné les Guinées les plus rapides de l'histoire. En plus c'était pour Andrew et Qatar Racing, pour qui je suis premier jockey. C'était un jour très particulier pour moi."

 

Kameko a offert un premier classique à Oisin Murphy dans les Guinées 2020 à Newmarket (©Getty)

 

Reparti à fond de cale en 2021 avec de grands succès à la pelle, Oisin Murphy attend avec impatience le 3 octobre à ParisLongchamp, où il sera associé à une jument japonaise. Il a déjà une histoire avec le pays du Soleil Levant, où il a remporté la Japan Cup en 2019 avec Suave Richard : " Depuis petit, je rêvais de monter au Japon. Je me souviens que je regardais Christophe Soumillon monter là-bas en me disant que je voulais faire pareil ! Quand j'ai gagné la Japan Cup, il y avait une foule immense. C'est un pays où les courses sont vraiment reines, et où le niveau des chevaux est très élevé. On le voit à l'international.". Et maintenant, le voilà qui est booké pour Chrono Genesis, une quadruple gagnante de Gr.1 qui aura de l'ambition dans l'Arc: " L'Arc, c'est la course que je  rêve de gagner ! J'espère bien apporter un premier titre au Japon. Je tiens à remercier l'entourage de Chrono Genesis de me confier cette championne. Elle a été 2e de Mishriff à Dubai, et elle évolue à très très haut niveau cette année. L'Arc compte vraiment beaucoup pour moi, je vais essayer de bien faire en 2021 !"

 

L'exploit dans la Japan Cup 2019 avec Suave Richard 

 

A 25 ans, Oisin Murphy a donc déjà vécu une vie que peu de jockeys ont eue, et ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Le jeune irlandais, qui confie son admiration pour Christophe Soumillon mais aussi Stéphane Pasquier, entraînera même peut-être un jour : " C'était mon rêve de gosse d'être entraîneur, encore plus que jockey. La fin de ma carrière est encore loin, mais c'est une option à envisager pour la suite, même si le contexte est très dur, qu'il y a beaucoup de problèmes pour trouver du personnel...C'est aussi devenu extrêmement compétitif. Pourtant, il n'y a jamais eu autant de jeunes dans le métier, et qui réussissent qui plus est, alors pourquoi pas !" Avant cela, Oisin Murphy a encore tout un tas de grandes courses à gagner, et de Gr.1 à ajouter à son palmarès qui en compte déjà 20. Et pourquoi pas une belle surprise lors du premier week-end d'octobre... Fingers crossed ! 

 

Chrono Genesis réalisera t-elle le rêve de Oisin Murphy le premier week-end d'octobre...? (©JRA)


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Cracksman et Roaring Lion impériaux à Ascot avant le haras

Le premier a 3 ans, le second a 4 ans. Tous deux sont entraînés par John Gosden et ont gagné leur 4ème Gr.1 respectif. Le gris Roaring Lion, lauréat des Queen Elizabeth II Stakes, prendra la direction de Tweenhills Stud pour commencer sa carrière d’étalon en 2019 tandis que Cracksman, grand gagnant des Champion Stakes pour la deuxième année consécutive sera lui aussi étalon. Aucun nom de haras n’a encore été dévoilé.