L'histoire de DNA Pedigree : Touchstone, cheval bizarre...

18/03/2021 - Grand Destin
Bizarre, bizarre que ce Touchstone ! Né avec 19 vertèbres et 19 paires de côtes au lieu de 18, ce cheval né et élevé en Angleterre par le premier Marquis de Westminster, Robert Grosvenor, au XIXème siècle, a en effet défrayé la chronique en réalisant une magnifique carrière aussi bien en course qu'au haras. Une histoire "bizarre" mais une belle histoire quand même, signée Thierry Grandsir (DNA Pedigree).

Touchstone (1831-1861), par Camel et Banter (Master Henry)

 

Membre du Parlement anglais, réputé pour son intransigeance et pour ses frasques (dont le jet d’un livre de prières au visage de Sa Majesté le Roi George IV lui-même…), Robert Grosvenor connut une grande année en 1831 : c’est en effet à cette date qu’il devint le 1er Marquis de Westminster, retour en grâce d’autant plus apprécié qu’il s’accompagna de la naissance du cheval qui le rendra célèbre en tant qu’éleveur : Touchstone.

 

 

Robert Grosvenor avait développé le haras familial Eaton Stud pour y élever de grands coursiers, et c’est dans ce but qu’il avait acquis la jument de chasse Boadicea qui, croisée au modeste étalon Master Henry, lui avait donné la double gagnante Banter. Bien que de taille réduite, Banter fut conservée au haras et présentée en première saison au modeste Camel, un fils du classique Whalebone très puissant pour l’époque.

Un bon croisement ? Difficile de l’affirmer à ce stade: si la nature fait généralement bien les choses, il sembla en l’occurence qu’elle s’était trompée en montant Touchstone… Les hanches puissantes étaient bien celles de son père, la taille réduite venait bien de sa mère (il ne dépassera pas 1,55 m à l’âge adulte), mais le reste pouvait être qualifié de bizarre, et en particulier l’extrême longueur de son dos: Touchstone avait une vertèbre dorsale et une paire de côtes de plus que la normale !

Faible et chétif (il fallut le porter pour le présenter à son éleveur), il est clair que le foal n’aurait pas été conservé sans l’insistance de son groom. Et le pire était sans doute sa façon de galoper, l’angle de ses jarrets obligeant ses postérieurs à billarder fortement vers l’extérieur, comme si une barique était accrochée entre ses jambes !

Fainéant à l’entraînement, Touchstone était assez bizarre en courses. Lent au départ, il profitait ensuite de sa grande vitesse de base pour se propulser en tête, arrachant les bras de son pilote malgré les doubles rènes. Et impossible de sortir la cravache sans engendrer une embardée !

 

Touchstone : 19 vertèbres dorsales et 19 paires de côtes... au lieu de 18 !

 

Malgré ces bizarreries, Touchstone débuta victorieusement dans un "walk over" avant de se placer troisième des Champagne St. (Gr.2) à 2 ans. Gagnant des Dee Stakes puis lauréat des Palatine Stakes le lendemain même devant Queen Bess en début d’année de 3 ans, Touchstone ne disputa pas le Derby mais il se plaça deuxième du Liverpool St Leger en juillet, attirant ainsi l’attention de l’entraîneur John Scott qui s’adressa au fils de Robert Grosvenor en ces termes : "Confiez-moi ce cheval, et vous gagnerez le St Leger !". Une offre trop tentante pour être refusée…

Surnommé le sorcier du Nord, John Scott était basé à Malton dans le Yorkshire. Touchstone prit donc la route à pied, tenu en main (nous sommes en 1834), sur un chemin où les tavernes ne manquaient pas. Au point que son groom en oublia le concept de modération et, ivre mort, laissa échapper le cheval dans la nature. Touchstone fut ramené à Sheffield par un marin, et arriva à Malton dans un bien triste état…

Ajoutons à cela un boulet explosé à l’entraînement qui motiva le refus de William Scott de le monter (il fut remplacé par le jockey de province George Calloway), sans oublier la présence de l’imbattable gagnant de Derby Plenipotentiary au départ, et le St Leger s’annonçait bien mal pour Touchstone, outsider à 40/1. Après trois faux départs, il s’élança loin devant Plenipotentiary (jamais dangereux car empoisonné avant la course) et dépassa le leader Bubastes (visiblement tiré par son jockey) pour l’emporter par quatre longueurs à la stupéfaction générale !

Touchstone poursuivit sa carrière avec succès, remportant notamment deux éditions successives de l’Ascot Gold Cup (Gr.1 – 4000 m). Sa tenue devint légendaire, et il entra au haras avec un palmarès riche de 15 victoires en 21 sorties.

 

Touchstone, une influence génétique encore très présente de nos jours…


Il devint rapidement un excellent étalon, bien que… assez bizarre: il ne transmettait pas plus ses défauts que ses qualités, ses produits ayant de bien meilleurs aplombs que lui et possédant souvent plus de vitesse que de tenue !

En sus de quatre titres de tête de liste des pères de gagnants en Grande-Bretagne et en Irlande, de la paternité des lauréats de Derby Cotherstone, Orlando et Surplice et des 68 vainqueurs classiques inbred en 4x4 ou inférieur sur son nom, Touchstone a établi une lignée mâle dont l’influence persiste de nos jours via ses descendants directs Spearmint, Domino, Ack Ack, Black Toney, Sans Souci II, Hampton, Dark Ronald, Gainsborough, Hyperion, Son-in-Law, Herbager, Birkhahn, Surumu et bien d’autres !

 

 




 


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