L'histoire de DNA Pedigree: Diamond Jubilee, jamais sans son lad

25/06/2021 - Grand Destin
Impressionnant en piste, Diamond Jubillee faisait néanmoins preuve d'un caractère exécrable au quotidien, ne tolérant la présence à ses côtés ou sur son dos que d'une toute petite poignée de personnes seulement, dont parmi elles Herbert Jones, son fidèle lad devenu ensuite son jockey attitré, avec qui il a notamment remporté le Derby d'Epsom (Gr.1) de l'an 1900. Une histoire signée DNA Pedigree (Thierry Grandsir).

Diamond Jubilee (1897-1923), par St Simon et Perdita II (Hampton)

 

Jument solide, durable et qualiteuse, Perdita II avait attiré l’attention de John Porter, l’entraîneur de Son Altesse Royale Albert Edward, Prince de Galles (le futur roi Edward VII, ndlr) auprès duquel il vanta les mérites : "Elle a certes un modèle un peu anguleux mais de beaux points de force, et je suis convaincu qu’elle pourrait devenir une très bonne poulinière". Ses performances parlaient pour elle : 7 victoires dont la Liverpool Summer Cup, la Ayr Gold Cup et deux éditions de la Great Cheshire Cup. Malgré l’avis réprobateur de son secrétaire Sir Dighton Probyn, le Prince de Galles accepta de débourser la somme de 900 Guinées pour acquérir Perdita II et l’intégrer dans sa jumenterie, à Sandringham.

 

 

Après deux foals assez médiocres de Barcaldine, la caractérielle Perdita II engendra sept produits donc cinq par le très  "électrique" St Simon, un croisement à haut risque qui donna pourtant trois performers de grande classe : Florizel II (1891), 11 fois vainqueur, notamment dans les St James’s Palace St. (Gr.2) et la Goodwood Cup (Gr.3); Persimmon (1893), gagnant du Derby (Gr.1) et du St Leger (Gr.1) à 3 ans; puis Diamond Jubilee (1997), nommé ainsi par la Princesse Alexandra (épouse du Prince de Galles) en raison du Jubilée d’Argent que célébrait la reine Victoria cette année-là. La presse anglaise annonça sa naissance à la une, eu égard à la noblesse de ce poulain et de son entourage !

Noble il l’était, et il le savait. D’une conformation quasi-parfaite bien qu’un peu léger, arborant une superbe robe baie parsemée de quelques charbonnures en sus d’une fine raie de mulet (ligne noire parcourant sa colonne vertébrale de la nuque à la queue, ndlr), Diamond Jubilee eut très tôt conscience de son immense valeur et ne manqua jamais une occasion de le rappeler. Dès son arrivée à l’entraînement chez Richard Marsh, à Egerton House (Newmarket), chacun savait qu’il ne fallait ni se trouver sur son chemin, ni l’aborder sans son consentement.

Quasi-indomptable, l’animal se fit remarquer dès ses débuts en compétition en juin de ses 2 ans, à l’occasion des Coventry St. (Gr.3) à Ascot. Intenable durant les préliminaires de la course et après avoir blessé un spectateur et retardé le début des opérations, il ne cessa ensuite de se battre avec la main de son jockey, Jack Watts, sans se préoccuper de la course, concluant non placé. Bis repetita dans les July St. (Gr.3) à Newmarket, course dans laquelle il termina bon dernier après avoir désarçonné Jack Watts au canter et s’être échappé sur la piste…

La castration de Diamond Jubilee fut alors sérieusement envisagée mais étant monorchide, l’opération chirugicale aurait été compliquée et trop dangereuse. On préféra plutôt changer de pilote en faisant appel à Mornington Cannon, solution qui donna quelques résultats à l’automne : une victoire modeste et des accessits d’honneur dans les Middle Park St. (Gr.1) et dans les Dewhurst St. (Gr.1) derrière le hongre Democrat.

 

Diamond Jubilee et son lad, Herbert Jones, devenu jockey grâce à lui…

 

Richard Marsh était convaincu de détenir un cheval de Derby, mais le projet s’annonçait un peu compliqué: Diamond Jubilee détestait Jack Watts, et l’agression qu’il réserva à Mornington Cannon un matin (se roulant littérallement sur lui après l’avoir projeté au sol !) découragea ce dernier. À vrai dire, il ne restait plus que Herbert Jones, son jeune lad, qui semblait plutôt bien s’entendre avec lui le matin du haut de ses 19 ans. Il sera son jockey, et disputera la triple couronne avec lui l’année suivante !

En fait, Diamond Jubilee n’acceptait Herbert Jones que sur son dos: à pied, le pauvre lad subissait morsures, coups de pieds, ruades… Mais ce jeune pilote le mena à la victoire pour sa rentrée à 3 ans dans les 2000 Guineas St. (Gr.1 - par 4 longueurs) puis dans les Newmarket St. (L.) et enfin dans le Derby d’Epsom (Gr.1), égalant le chrono record de l’épreuve alors detenu par … son propre frère Persimmon !

Diamond Jubilee et Herbert Jones remportèrent ensemble les Eclipse St. (Gr.1) en temps record puis le St Leger (Gr.1) à Doncaster. Il fallut certes vingt bonnes minutes pour parvenir à le seller ce jour-là, mais sa supériorité fut éclatante sur la piste. Diamond Jubilee ne retrouva plus le chemin du succès et entra au haras à Sandringham aux côtés de ses frères Florizel II et Persimmon, désormais étalons classiques.

En 1905, près de Buenos Aires (Argentine), le Haras Las Ortigas venait de perdre son étalon fêtiche, Neapolis. Don Ignacio Correas se rendit donc en Angleterre pour lui trouver un remplaçant, et tomba amoureux de Diamond Jubilee à Sandringham. Il rentra chez lui en juillet 1906 avec le cheval et … 30.000 Guinées de moins en poche. Diamond Jubilee se classa quatre fois tête de liste des pères de gagnants en Argentine et sa production engrangea plus de $4,500,000 de gains !!!

Diamond Jubilee vécut jusqu’à 26 ans, sans jamais calmer ses ardeurs (il n’acceptait que Don Ignacio Correas et le Stud Manager Harry Garlick à l’exception de quiconque). De son côté, Herbert Jones poursuivit sa carrière et confirma qu’il était bien un grand jockey classique !

 

 

 



 


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