L'histoire de DNA Pedigree: Pharis II, le nouveau gladiateur

17/04/2021 - Grand Destin
Avec sa plume pour glaive et ses ouvrages comme bouclier, Thierry Grandsir (DNA Pedigree) vous attend de pied ferme dans l'arène afin de vous conter l'histoire de Pharis II, un excellent compétiteur dont les performances lui valurent le surnom de "Gladiateur", et dont l'aura aurait sans doute été décuplée si la Seconde Guerre Mondiale n'avait pas causé la suppression des classiques auxquels il devait participer. 

Pharis II (1936-1957), par Pharos et Carissima (Clarissimus)

 

Ayant validé son plan de monte un peu trop tardivement, l’éleveur italien Federico Tesio dût renoncer à présenter sa jument Nogara à Fairway, liste pleine en 1934. Il l’envoya donc à Pharos, propre frère de Fairway, pour concevoir celui qui deviendra l’un des plus grands Chefs de race de tous les temps: l’invincible Nearco.

 

 

Un an plus tard, Marcel Boussac choisit de présenter sa jument Carissima (gagnante du Prix de Malleret et deuxième du Prix de Diane) au même Pharos, en station au Haras d’Ouilly, pour concevoir celui qui deviendra à son tour l’un des meilleurs performers du XXème siècle: Pharis II. Baptisé ainsi en hommage à une divinité de la mythologie grecque, le poulain noir comme une corneille aurait pu écrire la plus belle page de l’Histoire de nos courses et de notre élevage, avec un peu plus de chance.

Très brillant à l’entraînement, Pharis II ne fut pas engagé à 2 ans, Marcel Boussac et l’entraîneur Albert Swann estimant son modèle trop important pour prendre le risque de le courir. Il est vrai que le cheval faisait afficher un bon 1,68 m à la toise, avec des genoux un peu effacés et un dos un peu long. Pas de carrière de juvenile pour Pharis II, qui devra donc patienter jusqu’au printemps de ses 3 ans pour voir un champ de courses.

Doté d’un tempérament calme bien que se mordillant parfois les flancs, Pharis II avait la présence d’un seigneur et se montrait bien disposé au travail. Il lui arriva certes une fois de mordre son lad, mais celui-ci avait commis l’erreur de retirer le seau d’eau un peu vite à son goût…

Fin prêt et monté par son fidèle partenaire Charles Elliott, Pharis II effectua directement ses débuts dans le Prix Noailles (Gr.2) à Longchamp, pour une victoire acquise par trois franches longueurs, et au canter. Direction Chantilly quelques jours plus tard pour un Prix du Jockey Club (Gr.1) couru sous des trombes d’eau et dans lequel, attardé au dernier rang, il déborda tous ses adversaires au prix d’une pointe de vitesse fulgurante !

 

Marcel Boussac et Pharis II après leur triomphe dans le Jockey Club 1939…

 

Cette victoire, la cinquième pour son propriétaire-éleveur dans le Derby français, fut suivie par une performance tout aussi exceptionnelle dans le terrain lourd du Grand Prix de Paris (Gr.1) : placé en retrait puis bousculé au point qu’il faillit tomber sur les genoux à 400 m du but, Pharis II fit sensation en s’imposant avec aisance au prix d’une accélération stupéfiante. Il fut alors appelé le nouveau Gladiateur !

Au-delà des résultats, le style était là, la classe à l’état pur. À l’automne, le St Leger de Doncaster devait être le théâtre du match de l’année entre Pharis II, le crack tricolore, et Blue Peter, vainqueur des 2000 Guineas St. (Gr.1), du Derby (Gr.1 – par 4 longueurs) et des Eclipse St. (Gr.1) en Angleterre. L’Europe entière attendait cette rencontre, mais la déclaration de guerre du 3 septembre 1939 mit un terme à ce projet et à la carrière de coursier de Pharis II, qui plus est victime de troubles respiratoires.

Invaincu en trois sorties sans avoir jamais puisé dans ses réserves, Pharis II entra au haras à Fresnay-le-Buffard et fut ensuite « acheté » par les nazis en août 1940 (contre une somme modique et sans l’accord du vendeur). Sa première saison lui aura au moins permis de concevoir treize foals, dix vainqueurs, quatre gagnants de Gr.1 dont Ardan, lauréat du Prix du Jockey Club (Gr.1) et du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr.1) à 3 ans !

Tête de liste des pères de gagnants en 1944 et enfin de retour en mai 1945 à Fresnay-le-Buffard où il assura la monte jusqu’à sa disparition le 27 février 1957, Pharis II a conçu de nombreux Champions dans tous les registres de distance dont neuf classiques. La seconde Guerre Mondiale et ses cinq années perdues en Allemagne aura été un lourd handicap dans sa carrière de reproducteur (Marcel Boussac refusa d’ailleurs de signer les déclarations de naissance des produits de Pharis II nés outre-Rhin durant cette période), mais il aura établi une lignée mâle solide bien que très dispersée dans le Monde: Pardal (en GB), Ardan (aux USA) et Scratch II (en Argentine) auront été ses meilleurs continuateurs, sans oublier Pharas au Brésil, Talma au Pérou, Gabador en NZ, etc...

Ses fils demeurés en France n’eurent pas le même impact, tel le fantasque Auriban (vainqueur du Prix du Jockey Club bien qu’ayant prit, à son habitude, le départ en sens inverse !). Une dynastie aujourd’hui éteinte dont on reparla encore en 1972 avec la victoire de son descendant direct Hard to Beat dans le Prix du Jockey Club (Gr.1 - en temps record), en 1974 avec le succès de Snow Knight dans le Derby d’Epsom (Gr.1), et en 1982 lorsque Akiyda, inbred en 3x4 sur Pharis II, s’imposa dans le Prix de l’Arc de Triomphe (Gr.1). Une course d’ailleurs supprimée du programme en 1939. Pas de chance…

 

Akiyda, et la robe noire de Pharis II sur lequel elle était inbred en 3x4…

 

 


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